Le poète épique est le plus libre de tous
Son récit plonge par mille racines dans le mystère des origines. La légende est le besoin cardinal de sa pensée : elle la fait naître partout où elle s'applique. Un tel poète est l'âme de sa race. 11 s'espace à son gré dans la fantaisie, mais sans jamais s'y égarer pour son plaisir propre. Aucun art n'a une portée religieuse plus haute : il est la chronique vivante de ce fond sentimental, qui n'a pas d'histoire. Le poète épique peut être le plus simple et le plus raffmé des esprits. En lui, l'instinct du peuple et le sentiment propre de l'artiste s'unissent et ne se combattent pas. 11 a une voix pour tous. La vertu la plus saine, la plus naïve, la sensation pure, et le rêve le plus abstrait, la spéculation maladive, il les contient sans peine, si de telles contrariétés sont possibles dans sa race. Enfin, il tend à l'expression sublime; et il y va d'une pente naturelle, sans jamais craindre la longueur du récit, ni même l'ennui. Voilà quelques caractères du poète épique, — et de Wagner.