I-A RENCONTRE
plus que sa parole chuchotée gravement. Son corps absent fait plus proche de nous sa pensée. Son sommeil sous la pierre est une vicerprésence, et je l'entrevois en tout. Il plane sur ces lieux, qui seraient médiocres sans lui.
— Une harmonie imprévue s'élève de Tombre, qu'on n'eût pas espérée du jour. . .
— Pour cette heure-ci, j'ai fait le voyage. Tous se sont retirés... La plupart des hommes ne se désheure pas... Ils ont, aux mêmes moments, les mêmes gestes et les mêmes pensées. Ainsi ils passent sans connaître ce que les lieux héroïques ont d'inimitable . . . Cette heure verse un sable d'amour, au sablier de notre esprit. . .
» Wagner est étrangement femme : comme elle la puissance du désir, — il veut exercer toute la séduction de la musique. Il abuse même de son pouvoir. Mais nous l'en chérissons davantage, car l'homme aime toute ivresse. Appelons Wagner la Volonté de la Musique faite chair. . .
» Moment délicieux, où il semble que l'on renaisse dans l'oubli d'avoir vécu... La fm de Pa?^sifal chante à mes oreilles. Wagner devait mourir après cela. . . Le cygne de Léda, quittant les bords enchantés de la vie, n'a pas étendu dans le ciel de plus pures ailes, ni plus alangui dans l'espace la marche de Vesper, aux écoutes ravies d'un plus beau chant. . .
» Auguste et suave tristesse de ce qui s'achève par la perfection, et non par le désastre. C'est, dans Wagner, la plus belle de toutes ces morts illustres, qui ouvrent le secret d'une vie nouvelle. Car le grand cœur de ces héros fait le rêve de la vie, jusqu'au fond de la mort; et, tous de la même famille, sont femmes en ce que sur toutes choses, — ils aiment. Voilà Senta,
Brûnnhilde et Isolde, bravant la mort sur le seuîl : maïs Parsifal seul le passe, parce qu'il est plus pur que toutes, homme par la force, et quoique sans souillures, tout de même femme.
» Paix sainte de la Nuit, —
» Toutes les grandes pensées sont du soir et naissent de lui. Le calme de la nuit est Tœuf des beaux poèmes, que couve le Silence, —
» Que Wagner en soit un pour nous : par là, sa vérité est vivante. Nous le verrons alors au plus haut point du Moi, pour fonder un culte de la Beauté.
» Celui qui accomplit une œuvre d'art non commune aime en elle son héros. Et de même, puisque nous sommes artistes, de notre héros et de son œuvre, faisons une œuvre d'art.
» Enfin, trouvons-y une occasion unique de méditer sur la splendeur de l'Ordre. »