‹ WagnerChapitre 5 sur 32 · ORDRE · texte numérisé non relu

ORDRE

« Prenons de Tart la divine leçon de TOrdre. L'Ordre est divin. Voyons dans un artiste admirable le dieu qui crée un ordre : spectacle enivrant. Saisissons-en l'orgueilleux dessein. La puissance de l'Ordre est le plus haut point où s'élève la superbe. Là, l'homme prétend fonder éternellement.

» L'art va nous donner le dégoût de toute anarchie. L'anarchie, cette bestialité, est l'Ordre des esclaves. Et ce que les Barbares nomment leur liberté n'est peut-être la loi que des Barbares. Car où sont les hommes qui aient le droit d'être libres? — Là seulement, sans doute, où ont grandi ceux qui savent bien qu'il n'y a pas de liberté. En eux, qui seuls sont libres et seuls dignes de l'être, l'œuvre de la liberté est la création d'un Ordre. Je ne vois de droit à tous les autres que d'être libres de s'y sacrifier.

» Voilà l'entretien sur la beauté que nous avons avec Wagner cette nuit : entretien fait pour nous, fait pour lui. L'anarchie n'aura point ici d'autre place que celle de la sauvage Kundry, —

la plus humiliée : qu'elle se repente, ou qu'elle reste cachée dans le buisson, égarée et frénétique. En ce temps véritablement ignoble, où tout est confondu, que la noblesse de Tart nous ouvre son refuge. O Wagner, je te vois avec une joie unique : car, sur ta pensée, qui est celle de l'art, je fonde un Ordre.

» Ainsi nous monterons par degrés, en allant du moindre au plus haut placé dans l'Ordre, de ce que l'œuvre de Wagner passe pour être, dans ce monde, en proie à l'anarchie, à ce qu'elle est vraiment dans l'espace d'un Ordre souverain, après nous être arrêtés, avec une émotion passionnée, à ce qu'elle fut en lui-même, dans le plan glorieux de sa vie. »

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