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a WAGNER
allemand ; il avait joué lui-même à Leipzig sur une scène d'amateurs et avait su faire de son intérieur un petit centre intellectuel très vivant où fréquentaient volontiers les artistes. Son oncle, Adolphe Wagner, était un fin lettré, doué d'une curiosité universelle qui s'étendait à la musique comme à la poésie, à la philosophie comme à la philologie classique. Dans ce milieu bourgeois très simple, sans grandes exigences matérielles, sans instincts de lucre, sans hautes ambitions sociales, mais très sincèrement épris des choses de l'esprit, Wagner a puisé de bonne heure ce culte idéaliste de l'art qui apparaît comme l'un des traits fondamentaux de sa nature.
Quelques mois après la naissance du petit Piichard, Frédéric Wagner mourait (22 nov. i8i3), victime de l'épidémie de typhus qui sévit à Leipzig où, après les grandes journées de bataille d'octobre, près de cent mille cadavres étaient demeurés entassés, dans la ville ou aux alentours. Six mois après (mai 1814) sa veuve, qui restait dans une situation assez précaire, se remariait avec un ami dévoué de son premier mari, Louis Geyer, qui s'occupait dès lors avec une sollicitude toute paternelle de ses enfants d'adoption. Au mois d'août i8i4 toute la famille va s'établir à Dresde où elle reste fixée pendant treize ans.
Geyer unissait en sa personne les talents assez
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disparates de pcinirc, d'acteur et même d'auteur draïualiquo. Ce n'était pas un beau génie et il ne s'est guère élevé au-dessus du niveau d'un dilettante intelligent. Mais à défaut de dons supérieurs il avait, semble-t-il, une réelle ouverture d'esprit, un sentiment élevé de l'art, une nature délicate et sympathique, un dévouement sans bornes pour les siens. Dans son intérieur d'artiste peu fortuné mais non point bohème régnait la plus franche cordialité. La jeunesse de Richard put s'y épanouir librement, s'y développer en pleine indépendance, à l'abri de la gêne matérielle, à l'abri aussi de toute influence tyrannique. Il prit conscience de lui-même sans hâte, sans contrainte, sans que personne songeât à violenter ses goûts. C'était là un inestimable bienfait et il a toujours gardé à son père adoptif une profonde reconnaissance et un respecttout filial. Il eut la bonne fortune, comme il le disait lui-même plus tard « de n'être point éduqué », de pousser au hasard, « en pleine anarchie » : il n'eut point d'autres maîtres a que « l'art, la vie et lui-même ».
En raison môme de la complexité de ses aptitudes, l'enfant fut assez long à trouver sa voie. Des influences variées le sollicitaient dans des sens très divers. Se dirigerait-il vers la carrière du théâtre comme ses sœurs Rosalie, Louise et Gla-
ra, ou comme son frère Albert qui abandonnait ses études de médecine pour monter sur les planches ? Deviendrait-il peintre comme l'eût souhaité Geyer qui rêvait de voir son fils adoplif atteindre à la maîtrise dans un art où lui-môme n'avait pu obtenir que de modestes succès d'amateur? Ou bien encore serait-il humaniste et littérateur à la façon de son oncle Adolphe Wagner ? L'enfant ne se sentait pas guidé dans son choix par une de ces vocations impérieuses qui décident sans appel de la vie d'un homme.
Le théâtre assurément l'attirait : il tenait son rôle dans les pièces de circonstance que Geyer faisait représenter parfois chez lui à l'occasion des fêtes de famille ; môme il lui arriva un jour de remplacer au pied levé, dans le petit rôle du fils de Guillaume Tell, l'enfant chargé ordinairement de jouer ce personnage. Mais il n'a jamais sérieusement songé à entrer au théâtre et il semble même qu'il ait ressenti de bonne heure, comme son oncle Adolphe, une sorte de répugnance pour « l'écurie de Thalie » et les « comédiens fardés ». La peinture aussi ne lui déplaisait pas. Il eût volontiers composé de grands tableaux comme ceux qu'il voyait suspe^Hius dans l'atelier de Geyer ; mais les débuts forcément arides de l'enseignement du dessin le rebuté-
rcnt ot il se lassa très vite « de dessiner indédniment des yeux ». Les humanités le retinrent davantage. Il reçut une éducation classique complète à la Kreuzschule de Dresde, lut un' écolier modèle, s'enthousiasma pour Homère, pour les drames grecs et pour les tragédies imitées de l'antique du poète saxon Apel, s'éprit passionnément de Shakespeare, décréta à 1 1 ans qu'il serait poète et ébaucha môme un drame très noir et très violent, Leuhald^ dont le héros était un surhomme redoutable aux guerriers et irrésistible auprès des femmes, où le mot ScJuirke (canaille) revenait îo4 fois, et où limitation de Shakespeare, des drames de chevalerie allemands, des « génies »du Sturm und Drang et des romantiques sautait aux yeux à chaque ligne. Mais sa vocation philologique et littéraire n'était pas solide : l'humiliation qu'il ressentit lorsqu'à son entrée au collège Nicolaï à Leipzig on le fit redescendre d'une classe, suffît pour lui enlever du coup toute ardeur au travail et le détourner à tout jamais de la carrière académique.
En définitive Richard Wagner, pendant ses années d'enfance à Dresde, hésite et tâtonne. Il amasse un trésor de connaissances et d'expériences qui lui seront précieuses dans la suite. Il acquiert une solide culture classique. Il cultive en lui l'imagination pittoresque. Surtout il
s'initie de bonne heure aux nécessités pratiques de la scène, aux mille petits détails de la technique dramalique. Mais il ignore encore ce qu'il veut faire. Sa vocation musicale s'annonce à peine. Il ne montre de disposition spéciale pour aucun instrument. Comme enfant il apprend à jouer au piano deux morceaux de Weber, le célèbre Jungfernkranz du Freiscliulz et la romance Ueb' immer Treu und RediichJceit. La veille de sa mort Geyer se fit jouer par lui ces deux compositions, et le petit Richard, âgé de huit ans, put entendre le malade dire à sa femme d'une voix affaiblie : « Aurait-il peutêtre du talent pour la musique? » Le pressentiment du moribond devait, par la suite, se réaliser au delà de toute prévision.
Il n'y paraît guère tout d'abord. Pendant les années de Dresde rien n'annonce encore, chez Wagner, le génie musical. Il se prend à la vérité d'un enthousiasme profond pour Cari Maria von Weber qui, à partir de 1817, remplit les fonctions de Kapellmeister à l'Opéra de Dresde ; il suit avec passion les efforts du grand musicien pour créer en face de l'opéra italien à la mode un opéra national vraiment allemand et populaire ; il s'exalte lorsqu'en 1822 il assiste aux représentations du Frcischûtz eX. pressent confusément dès ce moment que le délicieux chef-
(l'œuvre de Weberest une des parcelles les plus précieuses du patrimoine artistique de l'Allemagne ; il ressent comme un deuil personnel la nouvelle de la triste fin de Weber à Londres en 1826. Mais il ne fait aucun effort sérieux pour se préparer à marcher sur les traces du grand homme qu'il admire. La technique du piano le rebute comme celle du dessin et il la néglige sans pudeur. Son maître de piano, Humann, l'ayant surpris un jour en train de jouer de mémoire avec des doigtés fantastiques l'ouverture du Freischutz décréta : « Mon garçon, tu deviendras peut-être quelque chose un jour, mais tu ne seras jamais un musicien ! » Ayant essayé quelques années plus tard de se mettre au violon il devint « le plus mauvais élève » d'un artiste du Gewandhaus, Robert Sipp, qui ne put jamais obtenir de lui un travail régulier. Lorsque, à la grande surprise de sa famille, il décida à i5 ans qu'il serait musicien, il ne possédait la technique d'aucun instrument. Et dans la suite même il ne prit jamais la peine de combler cette lacune de son éducation première.
C'est à Leipzig seulement, où la famille Wagner va se fixer en 1827, que s'affirme enfin la vocation de l'enfant. L'audition des symphonies de Beethoven aux concerts du Gewandhaus et plus spécialement une exécution d'Eginoiit à laquelle il
assista en 1828 fut pour lui une révélation foudroyante. Il eut subitement l'intuition de la puissance expressive du langage musical. Et il décida aussitôt qu'il apprendrait la musique, non pas — notons-le bien — avec l'intention d'exprimer dans la langue des sons ses émotions intimes, mais parce qu'il y voyait un instrument incomparable pour communiquer au drame la chaleur et la vie. 11 se lance à corps perdu dans cette étude nouvelle, persuadé qu'il lui suffirait de huit jours pour se mettre au courant de l'harmonie et du contrepoint. Un coup d'œil jeté dans le traité de Logier le convainc bientôt que les choses ne sauraient aller aussi vite. Sans se décourager, cependant, il compose une sonate, un quatuor et un grand air, il esquisse le plan d'un opéra sur la Cuisine des sorcières de Faust^ il ébauche une pastorale dont il puise l'inspiration dans les Caprices de Vamant de Gœthe et dans la Symphonie pastorale de Beethoven. Il se rend compte, pourtant, qu'il lui faut bien se résigner à apprendre la technique musicale qu'il ignore. Sur ses instances, sa mère consent à lui faire donner des leçons par un professeur sérieux, Gotllieb Mûller. Mais l'impétueux néophyte remplit de stupeur le pauvre homme, par l'extravagance d'un mysticisme musical exalté qu'il avait puisé dans la lecture
d'HofTmann, et le professeur à son tour rebuta son fougueux élève par la sécheresse d'un enseignement pédantesque et maussade. De nouveau Wagner essaie de voler de ses propres ailes. 11 compose une Ouverture qu'il regarde lui-môme, quelques années plus lard, comme « le point culminant de son extravagance ». Le tissu musical, dit-il, en était si compliqué que la neuvième symphonie de Beethoven paraissait, à côté, aussi claire qu'une sonate de Pleyel ; le trait le plus saillant de cette œuvre étrange était le retour obstiné, toutes les quatre mesures, d'un coup de timbale fortissimo, qui provoqua chez les auditeurs interloqués, d'abord l'étonnement, puis l'exaspération et finalement la plus mortifiante hilarité. Un peu assagi après cette expérience et devenu « étudiant en musique » à l'Université de Leipzig, Wagner rencontre enfin un professeur intelligent et modeste, le cantor Weinligqui le prend en affection et en estime, réussit à lui imposer une salutaire discipline et lui enseigne en six mois l'harmonie et le contrepoint. Maître de la grammaire de la langue musicale après ce sévère apprentissage, Wagner a désormais conquis l'indépendance : possédant à fond les règles de son art il se sent par là même affranchi de leur tyrannie. D'ailleurs en s'émancipant Wagner s'est du même coup assagi. Au
CMille de Beethoven il associe maintenant celui de Mozart. Ses |)r(îinières compositions de uuisiquc pure qu'il écrit à ce moment et réussit à l'aire exécuter aux concerts de Leipzig ou de Prague sont correctes et sans grande originalité. Et sa première œuvre lyrique, les P'ées n'est guère en(;ore qu'un traditionnel opéra romanli(|ue où l'imitation de Beethoven, de Weber, de INlarschnor aj)parait très (;lairement.
Les études de Wagner, cependant, touchent à leur lin. Il a vingt ans. Il sent le besoin de se créer une situation indépendante, de ne pas rester indéfiniment à la charge de sa famille. Et comme, malgré ses premiers succès de compositeur, il ne peut compter pour vivre sur le produit de ses œuvres musicales, il se trouve tout naturellement amené à chercher une occupation au théâtre. Habitué depuis son enfance à fréquenter le monde des acteurs, il ne lui déplaisait pas de vivre dans ce milieu. Et comme il rêvait de composer des opéras, la fréquentation journalière du théâtre ne pouvait que lui être profitable en lui iournissant tout naturellement l'occasion de faire représenter ses œuvres. En i833, nous voyons Wagner se rendre à Wiirzbourg auprès de son frère Albert et remplir au théâtre lés modestes fonctions de répétiteui pour les solistes et les chœurs, aux gages de
lo giilden par mois. Puis, en i834, '1 accepte les loiu'lions de cherd'orclieslre au théâtre de Mug- (Icbour^ (i834-36). Chassé de ce poste par la raillile du théâtre, il rentre d'abord pour quelque temps à Leip/ig, puis multiplie les démarches à Berlin pour se créer une situation. Il pousse jusqu'à Konigsbcrg où on lui laissait espérer une place de chef d'orchestre; à peine l'a-t-il occupée que le théâtre de Kiinigsberg fait à son tour faillite. Et Wagner se trouve trop heureux d'obtenir une situation de premier Kapellmeister au théâtre de Riga qui vient d'être réorganisé par Iloltei et où il reste en fonctions pendant près de deux ans (1837-39). Durant ces cinq années d'existence errante, il apprend à connaître par le menu toutes les misères de la vie de théâtre dans les petites résidences allemandes.
Par surcroît il se marie. 11 rencontre à Magdebourg, en novembre i834, une jeune et charmante actrice, Wilhelmine Planer, qui tenait au théâtre l'emploi des jeunes premières. Elle lui apparaît dans le petit monde des coulisses comme le seul être digne d'intérêt; et tout de suite il s'éprend d'elle, il veut l'épouser. Il réussit non sans peine à décider la jeune fille. Et le 24 novembre i836, il l'épouse, àKonigsberg, contre le gré de sa famille, à un moment où il
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se trouvait lui-même sans situation. Dès la première année son ménage manque de se disloquer. Mari très pauvre et très amoureux d'une actrice fort belle et très entourée, Wagner tourmente sa femme par « les explosions d'une intolérable jalousie. » Or voici qu'au printemps de 1887 le théâtre de Kônigsberg fait faillite. Les deux époux sont sans position. C'est la misère à bref délai. Précisément à ce moment la jeune femme rencontre sur son chemin un homme riche qui lui témoigne sa sympathie de la façon la plus délicate et la plus empressée. Effrayée par la perspective d'une existence misérable, maltraitée par un mari jaloux, elle se décide à le planter là. Poussé par ses camarades et par sa famille, Wagner se résout à la séparation. Déjà il a déposé devant le tribunal de Kônigsberg une demande en divorce, lorsqu'au moment décisif Minna recule devant la rupture irrévocable : elle revient à son mari et reprend la vie commune. Ainsi ce mariage aventureux, où il se jette comme pour défier le sort, est pour Wagner dès le début une source de soucis et de tribulations : « J'étais amoureux, dit-il plus tard dans sa Communication à mes amis^ je me mariai par entêtement, je souffris et fis souffrir les autres en raison de la situation lamentable d'un intérieur sans ressources, et m'enfon-
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çai ainsi dans la misère qui a ruiné des existences par milliers. »
Assailli de toute part par l'adversité, le tempérament robuste et combatif de Wagner répond par un vigoureux mouvement de révolte.
De par son éducation première, Wagner subissait l'influence des deux grands courants qui dominaient la vie spirituelle allemande au début du XIX® siècle, le classicisme et le romantisme. Au classicisme le rattachent la solide éducation gréco-latine reçue à Dresde et Leipzig, ses lectures d'Homère et des tragiques grecs, ses relations avec l'humaniste Adolphe Wagner, son culte pour les deux héros du classicisme littéraire allemand, Gœthe et Schiller, son enthousiasme profond pour Beethoven et Mozart. Des affinités plus étroites encore peut-être de tempérament et de goûts l'attirent vers les romantiques. Il s'imprègne du mysticisme fantastique d'Hoff'mann ; il lit assidûment Tieck et Fouqué ; il se passionne pour Weber et son Freischïitz. Il partage avec les romantiques le sentiment profond de la nature, une certaine émotivité relii^icuse, le goût du merveilleux, l'amour des conles et traditions populaires, le culte ému de la patrie allemande et l'aspiration ardente vers un art vraiment national et germanique.
Vers i83o, une influence nouvelle vient se
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superposer à relies qui avaient jusqu'alors agi sur Wagner, C'est l'époque où, à la suite de la Révolution de Juillet et du triomphe en France des idées libérales, les aspirations libertaires prennent en Allemagne aussi un essor nouveau. En opposition consciente avec le romantisme devenu rallié de la réaction politique et religieuse, un radicalisme de plus en plus décidé se répand parmi la jeunesse allemande. On proteste contre le régime d'oppression politique que les monarques de la Sainte-Alliance font peser sur l'Allemagne, contre l'obscurantisme clérical ou piétiste qui se développe à la suite du mouvement du « réveil » protestant ou de la renaissance catholique, contre l'hypocrite pruderie de la vieille morale allemande. C'est le moment où Borne, dans ses Lettres de Paris^ lance ses diatribes virulentes contre le servilisme allemand et convie avec passion ses compatriotes, à secouer le joug des Princes et à fonder un régime de liberté et d'égalité, — où Heine, converti aux idées Saint-Simoniennes remet en honneur lajoie de vivre hellénique injustement flétrie par le spiritualisme chrétien et rêve de fonder « une démocratie de dieux terrestres égaux en béatitude et en sainteté », — où Gutzkow dans son roman de Wally, Laube dans \?l Jeune Europe^ prêchent la doctrine de l'émancipation de la femme et de
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la réhabilitation de la chair, au grand scandale; des gardiens de la morale publique.
Or Wagner subit très fortement la contagion dos idées nouvelles. Son tempérament plein de sève et bouillonnant d'ardeur le jette tout naturellement dans les rangs de ces audacieux novateurs qui sefont les champions de jeunesse contre les [)uissances vieillies de la tradition et du passé, contre le despotisme inintelligent des princes égoïstes et iudilTérents à la cause de la renaissance nationale. Il se lie d'amitié à partir de i833 avec Laube l'un des chefs du mouvement de la « Jeune y\llemagne »qui dirigeait à ce momentle Monde élégant^ une des plus importantes revues littéraires de Leipzig. Il se plonge dans la lecture des œuvres de Heinse, l'un des représentants les plus brillants du sensualisme artiste en Allemagne. Il s'aflirme révolutionnaire en politique comme en morale. Dans son second opéra, la DJfeiise (V aimer qu'il compose pendant l'été de 1834 et dont il emprunte le sujet au drame de Shakespeare Mesure pour mesure, il se fait l'apologiste de la sensualité méridionale et de la joie de vivre en nous montrant le gouverneur de Palcrme, un Allemand pudibond et hypocrite, démasqué et confondu par ses sujets siciliens à qui il prétend interdire la joyeuse licence du carnaval, les plaisirs faciles et la liberté de l'amour
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Dans Rienzi qu'il écrit quatre ans plus tard à Riga (i838), le sentiment qui l'anime d'un bout à l'autre de son œuvre c'est cet amour ardent de la liberté qu'il sent bouillonner dans son propre cœur et dont il voit dans le grand tribun romain une noble incarnation. Il chante la lutte glorieuse de la liberté et de la loi contre les caprices et le despotisme arbitraire d'une aristocratie brutale et corrompue. Et cette évolution vers le sensualisme a pour corollaire un changement profond dans ses idées sur l'art. Il se sent un éloignement toujours plus marqué pour la sécheresse scolastique de l'art allemand. Ce qu'il exige maintenant, avant tout, du drame musical, c'est la vie et la passion, l'effet immédiat sur le public. 11 est plein d'indulgence pour l'opéra italien et français. Le Grand-Opéra de Paris exerce sur lui une véritable fascination. C'est là qu'il voudrait voir représenter son Rienzi.
Loin de se poser en révolutionnaire intransigeant, il ne demande qu'à s'adapter à son milieu. Son ambition est de faire applaudir un bel opéra conforme aux lois traditionnelles du genre, mais qui soit en même temps un vrai drame, écrit dans une langue musicale élevée et sincère. Il ne déclare pas la guerre au drame lyrique de son temps. Il revendique seulement pour
liii-iiiônio le droit d'ôtre à la fois bon praticien de théâtre, et artiste hautement inspiré.