Shakespeare : Le Songe d'une nuit fC Été, acte I, sc
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cier sonne la docte je ne bronche pas, le temple brûlât-il de la base au laite. «Sur la Pointe du Pied-Hop-Et Je Cabriole, roman du Moyen-Age, par le célèbre auteur de La-Ri-Fla-Fla-Fla, pour paraître en fascicules mensuels ; il y a foule ; ne venez pas tous à la fois. » Tout cela, ils le lisent les yeux grands comme des soucoupes, la curiosité en éveil, une curiosité primitive, et le gésier infatigable, dont les corrugations n'ont même pas besoin de stimulant, absolument comme quelque petit écolier de quatre ans son édition à deux sous et à couverture dorée de Cendrillon, - sans aucun progrès, cela, ]e m'en aperçois, pas plus dans la prononciation que dans 1 accent ou la diction, ou plus de talent à en extraire ou y insérer la morale. Le résultat, c est 1 affaiblissement de la vue, une stagnation de la circulation vitale, une déliquescence générale et le dépouillement de toutes les facultés intellectuelles. Cette sorte de pain d'épice se cuit quotidiennement avec plus d assiduité que le pur froment ou le seigle et mais dans presque tous les fours, et trouve un plus sûr
^Us meilleurs livres ne sont pas lus même de ceux que l'on appelle les bons lecteurs. Quelle est la somme de lecture de notre Concord ? A quelques rares exceptions près aucun goût ne se manifeste dans cette viUe pour les meilleurs ou pour les très bons livres, fût-ce en littérature anglaise, dont les mots peuvent être lus et épelés de tous. 11 n'est pas jusqu aux hommes eleves au collège et soi-disant pourvus d'une éducation libérale, ici aussi bien quai leurs qui n'aient, en effet, qu'une bien petite connaissance, si seulement ils en ont aucune, des classiques anglais ; et pour ce qui est de la sagesse enregistrée de l'humanité, les classiques anciens et les Bibles, accessibles à tous ceux qui voudront en connaître, leur recherche n'est n'importe oùl'objet que desplus faibles efforts, lésais un bûcheron, entre deux âges, qui prendun journal français non pas àcausedes nouvelles, commeildit.carilestau-dessus de cela, mais histoire de «s'entretenir », Canadien qu'il est de naissance ; et si je lui demande ce qu’il considère comme la meilleure choseàfaire pour lui en ce monde, il déclare, en outre, que c'est d’entretenir son anglais et d’y ajouter . C'est à peu près tout ce que font ou aspirent à faire, en général, ceux qui ont été élevés au collège, et ils prennent pour cela un journal anglais. Combien celui qui vient de lire peut-être l’un des meilleurs livres anglais trouvera-t-il de gens avec qui pouvoir en causer ? Ou supposez qu'il vienne de lire dans 1 original un de ces classiques grecs ou latins, à l'éloge desquels sont familiers même ce qu on appelle les illettrés ; il ne trouvera pas âme à qui en parler, et il doit garder le silence dessus. A dire vrai, il n'y a guère que le professeur de nos collèges, s il a surmonté les difficultés de la langue, qui ait surmonté en proportion les difficultés de l'esprit comme de la poésie d'un poète grec, et ait quelque sym-
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pathie à accorder au lecteur vigilant autant qu’héroïque ; et pour ce qui est des Écritures sacrées, ou des Bibles de l’humanité, qui donc en cette ville saurait m’en dire seulement les titres ? La plupart des gens ne savent pas qu'aucune nation autre que les Hébreux ait possédé une écriture. Un homme, tout homme, s’écartera considérablement de sa route pour ramasser un dollar d’argent ; mais voici des paroles d’or, sorties de la bouche des plus grands sages de l'antiquité, et dont le mérite nous a été affirmé par les sages de chaque siècle l’un après l’autre ; — cependant nous n’apprenons à lire que jusqu’à la Lecture Facile, les abécédaires, les livres de classe, puis, quand nous quittons l’école, la « Little Reading », les livres d’historiettes, destinés aux petits garçons et commençants, et notre lecture, notre conversation, notre pensée sont toutes à un niveau très bas, digne tout au plus de pygmées et de nabots.
J’aspire à faire la connaissance d’hommes plus sages que ce sol nôtre de Concord n’en a produits, d’hommes dont les noms ne sont guère connus ici. Ou bien entendrai-je le nom de Platon sans jamais lire son livre ? Comme si Platon étant mon concitoyen je ne l’eusse jamais vu, — mon proche voisin et ne l’eusse jamais entendu parler ou n’eusse pris garde à la sagesse de ses paroles. Mais comment cela vraiment se fait-il ? Ses Dialogues, qui contiennent ce qu’il y avait en lui d’immortel, gisent là sur le rayon, sans que cependant je les aie jamais lus. Nous sommes d’éducation inférieure, de basse condition, illettrés ; sous ce rapport j’avoue ne pas faire grand’différence entre l’ignorance de ceux de mes concitoyens qui ne savent pas lire du tout, et l’ignorance de celui qui n’a appris à lire que ce qui est pour enfants et petits entendements. Nous devrions valoir les grands hommes de l’antiquité, quand ce ne serait qu’en commençant par connaître ce qu’ils valaient. Nous ne sommes qu’une race de marmousets et ne nous élevons guère plus haut en nos vols intellectuels que les colonnes du journal quotidien.
Ce ne sont pas tous les livres qui sont aussi bornés que leurs lecteurs. Il existe probablement des paroles adressées précisément à notre condition qui, si nous pouvions vraiment les entendre et comprendre, seraient plus salutaires à nos existences que le matin ou le printemps, peut-être nous feraient voir la face des choses sous un nouvel aspect. Que d’hommes ont fait dater de la lecture d’un livre une ère nouvelle dans leur vie ! Le livre existe pour nous peut-être qui expliquera nos miracles et en révélera de nouveaux. Les choses à présent inexprimables, il se peut que nous les trouvions quelque part exprimées. Ces mêmes questions qui nous troublent, embarrassent et confondent, se sont en leur temps présentées à l’esprit de tous les sages ; pas une n’a été omise ; et chacun y a répondu suivant son degré d’aptitude, par ses paroles et sa vie. En outre, avec la sagesse nous apprendrons la libéralité.
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L'homme solitaire, loué à la journée dans quelque lerme aux abords de Concord, qui, pourvu de sa seconde naissance 1 et d une expérience religieuse à lui, se trouve amené, comme il le croit, à la gravité silencieuse et à 1 exclusivisme par sa foi, peut penser que ce n est pas vrai ; mais Zoroastre, il y a des milliers d’années, suivit la même voie et acquit la même expérience ; or lui, en sa qualité de sage, connut qu'elle était universelle, sur quoi il traita ses voisins en conséquence, et passe même pour avoir inventé et établi le culte parmi les hommes. Qu'il confère donc humblement avec Zoroastre, puis, en passant par l'influence libéralisante de tous les hommes illustres, avec Jésus-Christ Lui-même, et laisse « notre église » tomber par-dessus
Nous nous vantons d'appartenir au XIXe siècle, et faisons les enjambées les plus rapides qu'aucune nation ait faites. Mais réfléchissez au peu que fait ce village-ci pour sa propre culture. Je ne désire ni flatter mes concitoyens, ni me voir flatté par eux, car cela n'avancera pas plus l’un que les autres. Nous avons besoin qu'on nous provoque, — qu'on nous aiguillonne, comme des boeufs, que nous sommes, pour être mis au trot. Nous possédons un système comparativement décent d'écoles communes, écoles pour enfants en bas âge seulement ; mais sauf en hiver le lycée à demi-mort de faim, et récemment le timide début d'une bibliothèque inspirée par l’État, aucune école pour nous-mêmes. Nous dépensons plus pour presque n'importe quel article d'alimentation destiné à faire la joie sinon la douleur de notre ventre que pour notre alimentation mentale. Il est temps que nous ayons des écoles non communes, que nous ne renoncions pas â notre éducation lorsque nous commençons à devenir hommes et femmes. 11 est temps que les villages soient des universités, et les aînés de leurs habitants les « fellows » d universités, avec loisir — s’ils sont en effet si bien à leur affaire de poursuivre des études libérales le reste de leur vie. Le monde à Jamais se bornera-t-il à un Paris ou un Oxford ? Ne se peut-il faire que des étudiants prennent pension ici et reçoivent une éducation libérale sous le ciel de Concord > Ne pouvonsnous prendre à gages quelque Abélard pour nous faire des cours ? Hélas, tant à nourrir le bétail qu’à garder la boutique on nous tient trop longtemps loin de l’école, et notre éducation se voit tristement négligée. En ce pays-a, le village devrait à certains égards prendre la place du noble d’Europe. Il devrait être le patron des beaux-arts. 11 est assez riche. 11 ne lui manque que la magnanimité et le raffinement. Il peut dépenser 1 argent nécessaire à telles choses
2. Onw2T«WW * dans le* universités anglaises. celui qui, sea études terminée», cornent i rester Ion de* familiers de son collège.
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dont le» fermiers et les commerçants font cas, mais on croit que c’est demander la lune que de proposer une dépense d’argent pour des choses que de plus intelligents savent de beaucoup plus de prix. Cette ville-ci a dépensé dix-sept mille dollars pour un hôtel de ville, la fortune ou la politique en soient louées, mais probablement ne dépensera-t-elle pas autant pour l’es- Pnt vivant, la vraie viande à mettre dans cette coquille, en cent ans. Les cent vingt-cinq dollars annuellement souscrits pour un lycée en hiver sont mieux dépensés que toute autre égale somme imposée dans la ville. Si nous vivons au xix® siècle, pourquoi ne jouirions-nous pas des avantages qu’offre le XIXe siècle ? Pourquoi notre vie serait-elle à aucun égard provinciale ? Si nous tenons à lire les journaux, pourquoi ne pas éviter les cancans de Boston prendre tout de suite le meilleur journal du monde ? — sans être là à téter la mamelle des journaux pour « familles neutres », ou brouter les Branches d'Olivier 1 ici, en Nouvelle- Angleterre. Que les rapports de toutes les sociétés savantes viennent jusqu'à nous, et nous verrons si elles savent quelque chose. Pourquoi laisserions-nous à Harper et Frères comme à Redding *t Cle le soin de choisir nos lectures? De même que le noble de goût cultivé * entoure de tout ce qui contribue à sa culture, — génie — savoir — esprit — livres — tableaux — sculptures — musique — instruments de précision, et le reste ; ainsi fasse le village, — qu’il ne s’arrête pas à un pédagogue, un curé, un sacristain, une bibliothèque de paroisse, et trois hommes d’élite, parce que nos pèlerins d’ancêtres passèrent jadis avec ceux-ci tout un froid hiver sur un rocher exposé aux vents. Agir collectivement est conforme à l'esprit de nos institutions ; et j’ai la certitude que, nos affaires étant plus florissantes que les siennes, nous disposons de plus de moyens que le noble. La Nouvelle- Angleterre peut prendre à gages tous les sages de l’univers pour venir l’enseigner, et les loger comme les nourrir tout le temps chez l’habitant, sans le Uloins du monde se montrer provinciale. Voilà l’école non commune qu’il nous fout. Au lieu d’hommes nobles, ayons de nobles villages d’hommes. S’il est nécessaire, omettez un pont sur la rivière, faites un petit détour par là, et l^ez une arche sur le gouffre plus sombre d’ignorance qui nous entoure.
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*• hebdomadaire publié 1 Bcton.
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Mais pendant que nom nom confinons dam les livres encore que lesplm . • • ? i„ inJ, rlassiaues pour ne lire que de particuliers langages ecnts, choisi ^ p >• i . ’ et dialectes provinciaux, nous voici en danger eux-memes *imP ’ choses comme tous événements parlent sans
d oublier le langage que toutes ^ 8*en pubUe, mais
métaphore, le seul ^e Je -u‘ w ^ „e seront plu8 dans
peu s en „rSs Vnd ouvert. Ni méthode, ni discipline ne sau-
le -T „ it r à 1. nfcesS de se tenir éternellement sur le qui-vive. Qu estraient supp ou ,jc philosophie, voire de poésie, quelque choix
mU ait présidé, ou la meilleure société, ou la plus admirable routine d exis- * rmrmarés à la discipline qui consiste à toujours regarder ce qui est à Ti Vou£ti" lecteur, Simplement un homme d'études, ou un voyant ? Usez votre destinée, voyez ce qui est devant vous, et faites route
h^pas de livres le premier été ; je sarclai des haricots. Que dis-je ! Je r ^ mieux nue cela. 11 y eut des heures où je ne me sentis pas en
droit de sacrifier la fleur du moment présenté nul travail soit de tête, ^soit de
T- ; nP laree marge à ma vie. Quelquefois, par un matin d ét , mains. T.„a^™u„é, je restais assis sur mon seuil ensoleillé du
kra du soleil à midi, perdu en rêve, emmi les pins, les hickorys et les sumacs, au sein d'une solitude et d'une paix que rien ne troublait, pendant que le oiseaux chantaient à la ronde ou voletaient sans bruit à travers la maiso . jusqu'à ce que le soleil se présentant à ma fenetre de 1 ouest, ou le bruit d quelque chariot de voyageur là-bas sur la grand route ■ temps écoulé. Je croissais en ces moments-là comme mais dans la nuit, et nu
des mains n'en eût égalé le prix. Ce n'éta.t point un temps soufrait a ma vie mais tellement en sus de ma ration coutumière. Je me rendais comp de ce que les Orientaux entendent par contemplation et le délaissement d ;.v“ux En général je ne m'inquiétais pas de k ^ ’°“
avançait comme pour éclairer quelque travail mien, c tout le matin voyez! c'est le soir, et rien de remarquable n est accompli. Au heu dechan comme les oiseaux, je souriais silencieusement à ma bonne fortune contln Dc me'mc qùc 1. fauvette, perchée sur Vhickory devant ma porte, avait son
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tnlle, de même avais-je mon rire intérieur ou gazouillement étouffé qu’il pouvait entendre sortir de mon nid. Mes jours n’étaient pas les jours de la semaine portant l’estampille de quelque déité païenne, plus que n’étaient hachés en heures et rongés par le tic-tac d’une horloge ; car je vivais comme les Indiens Puri, dont on dit que « pour hier, aujourd’hui et demain ils n’ont qu’un seul mot, et expriment la diversité de sens en pointant le doigt derrière eux pour hier, devant eux pour demain, au-dessus de leur tête pour le jour qui passe. » Ce n'était autre que pure paresse aux yeux de mes concitoyens, sans doute ; mais les oiseaux et les fleurs m’eussent-ils jugé suivant leur loi, que point n’eussè-je été pris en défaut. L’homme doit trouver ses motifs en lui-même, c’est certain. La journée naturelle est très calme, et ne réprouvera guère son indolence.
J’avais dans ma façon de vivre au moins cet avantage sur les gens obligés de chercher leur amusement au dehors, dans la société et le théâtre, que ma vie elle-même était devenue mon amusement et jamais ne cessa d’être nouvelle. C’était un drame en maintes scènes et sans fin. Si toujours en effet nous gagnions notre vie et la réglions suivant la dernière et meilleure façon de nous apprise, nous ne serions jamais tourmentés par 1 ennui. Suivez votre génie d’assez près, et il ne faillira pas à vous montrer d’heure en heure un point de vue nouveau. Le ménage était un gai passe-temps. Mon plancher était-il sale, que je me levais de bonne heure, et, installant dehors tout mon mobilier sur l’herbe, lit et bois de lit en un seul paquet, aspergeais d’eau le plancher, le saupoudrais de sable pris à l’étang, puis avec un balai le frottais à blanc ; et les villageois n’avaient pas rompu le jeûne que le soleil du matin avait suffisamment séché ma maison pour me permettre d’y aménager de nouveau, de sorte que mes méditations se trouvaient presque ininterrompues. Rien n’était amusant comme de voir tous mes ustensiles de ménage sur l’herbe, en petit tas comme un ballot de bohémien, et ma table à trois pieds, d’où je n’avais enlevé les livres non plus que la plume ni l’encre, là debout emmi les pins et les noyers. Ils avaient l’air contents eux-mêmes de sortir, et comme peu disposés à se voir rentrés. J’avais parfois envie de tendre une toile au-dessus d’eux et de m’établir là. C’était une joie de voir le soleil briller 8ur le tout et d’entendre souffler dessus la libre brise ; tant les objets les plus familiers paraissent plus intéressants dehors que dans la maison. Un oiseau perche sur la branche voisine, l’immortelle croît sous la table aux pieds de laquelle la ronce s’enroule ; des pommes de pins, des bogues de châtaignes, des feuilles de fraisier jonchent le sol. Il semblait que ce fût la façon dont ces formes en étaient venues à se transmettre à notre mobilier, aux tables, chaises, et bois de lit, — parce qu’ils s’étaient jadis tenus parmi elles.
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Ma maison était située à flanc de coteau, immédiatement sur la lisière des plus grands arbres, au milieu d’une jeune forêt de pitchpins et hickorys, à une demi-douzaine de verges de l’étang, auquel conduisait un étroit sentier descendant de la colline. Dans ma cour de devant poussaient la fraise, la mûre, et l'immortelle, l’herbe de la Saint-Jean et la verge d’or, les chênes
arbrisseaux et le cerisier nain, l’airelle et la noix de terre. Vers la fin de
mai, le cerisier nain (Cerasus pumila) adornaitles côtés du sentier de ses fleurs délicates disposées en ombelles cylindriquement autour de ses courtes tiges, lesquelles, à l’automne, s’affaissaient sous le poids de grosses et belles cerises, pour retomber en guirlandes comme des rayons de tous les côtés. J’y goûtai, en compliment à la Nature, toutes peu délectables qu elles fussent. Le sumac (Rhus glabra) croissait en abondance autour de la maison, se frayant un chemin à travers le remblai que j’avais fait, et poussant de cinq ou six pieds dès la première saison. Sa large feuille pinnée des tropiques était plaisante quoique étrange à regarder. Les gros bourgeons qui tard dans le printemps sortaient soudain des tiges sèches qu’on avait pu croire mortes, se développaient comme par magie en gracieux rameaux verts et tendres, d’un pouce de diamètre ; et parfois si étourdiment poussaient-ils et mettaient à l’épreuve leurs faibles articulations, qu’assis à ma fenêtre il m’arrivait d’entendre quelque frais et délicat rameau soudain retomber à la façon d’un éventail jusqu’au sol, en l’absence du moindre souffle d’air, brisé par son propre poids. En août les lourdes masses de baies, qui, en fleur, avaient attiré quantités d’abeilles sauvages, prenaient peu à peu leur belle teinte de velours cramoisi, et par l’effet de leur poids de nouveau courbaient et brisaient les membres délicats.
Tandis que je suis assis à ma fenêtre cet après-midi d’été, des busards se meuvent en cercle à proximité de mon défrichement ; la fanfare de pigeons sauvages, volant par deux ou trois en travers du champ de ma vue, ou se perchant d’une aile agitée sur les branches des pins du nord derrière ma maison, donne une voix à l’air ; un balbuzard ride la surface limpide de l’étang et ramène un poisson ; un vison se glisse hors du marais, devant ma porte, et saisit une grenouille près de la rive ; le glaïeul plie sous le poids des « babilllards» qui ça et là voltigent; et toute la dernière demi-heure j’ai entendu, tantôt mourant au loin et tantôt revivant tel le tambour d'une gelinotte, le roulement des wagons de chemin de fer qui transportent les voyageurs de Boston à la campagne. Car je ne vivais pas aussi en dehors du monde que ce garçon qui, paraît-il, envoyé chez un fermier dans la partie est du bourg, ne tarda pas à s’échapper pour rentrer à la maison, déprimé à n’en pouvoir mais
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et avec le mal du pays. Il n’avait jamais vu d’endroit si triste et si loin de tout; les gens étaient tous partis je ne sais où ; oui, on n’entendait même pas le sifflet des locomotives ! Je me demande s’il est encore un endroit de cette sorte aujourd’hui dans le Massachusetts : ,
< In truth, our village has become a butt
For one of those fleet railroad shahs, and o’er
Our peaceful plain its soothing sound is — Concord 1. »
Le chemin de fer de Fitchburg touche l’étang à environ cent verges au sud de là où j’habite. Je me rends d’ordinaire au village le long de sa chaussée, et me trouve pour ainsi dire relié au monde par ce chaînon. Les hommes des trains de marchandises, qui font le trajet d’un bout à l’autre, me saluent comme une vieille connaissance, tant souvent ils me dépassent, et ils me prennent apparemment pour quelque employé : ce que je suis. Moi aussi me verrais-je volontiers réparateur de la voie quelque part dans l’orbite de la terre.
Le sifflet de la locomotive pénètre dans mes bois été comme hiver, faisant croire au cri d'une buse en train de planer sur quelque cour de ferme, et portant à ma connaissance que nombre de marchands agités de la grand’ville arrivent dans l’enceinte de la petite, ou d’aventureux commerçants de la campagne s’en viennent de l’autre versant. En atteignant un horizon, ils crient leur avertissement pour livrer la voie à l’autre, entendu parfois de l’enceinte de deux villes. Voici venir votre épicerie, campagnes ; vos rations, campagnards ! Il n’est pas d’homme assez indépendant sur sa ferme pour être capable de leur dire nenni. Et en voici le paiement ! crie le sifflet du campagnard ; le bois de charpente comme de longs béliers se ruant à vingt milles à l’heure à l’assaut des murs de la cité, et des chaises assez pour asseoir tous les gens fatigués, accablés sous le faix, qui habitent derrière eux. C’est la politesse énorme et encombrante avec laquelle la campagne tend une chaise à la ville. Toutes les collines indiennes à myrtils se voient dépouillées, toutes les marais couverts de canneberges se voient ratissés dans la ville. S’en va le coton, s’en vient le tissu, s’en va la soie, s’en vient le lainage ; s’en vont les livres, mais s'en vient l’esprit qui les écrit.
Lorsque je rencontre la locomotive avec son train de wagons qui s’éloigne d’un mouvement planétaire, — ou, plutôt, à l’instar d’une comète, car l’ob-