‹ Walden, ou la Vie dans les bois. Traduction de L. FabuletChapitre 25 sur 78 · I. Ben Joomo. po»t« du ««mp. d« Sh»k«p«re · texte numérisé non relu

I. Ben Joomo. po»t« du ««mp. d« Sh»k«p«re

BRUITS

de ténèbre, en train d’expier aujourd'hui leur» péchés de leurs hymnes ou thrénodies plaintives sur la scène de leurs iniquités. Us me donnent un sentiment nouveau de la vérité et de la capacité de cette nature, notre commune demeure. Ouh-ou-ou-ou que me vaut de riitre mor-r-r-r-t I soupire l’un d’eux sur ce bord-ci de l’étang, et d’un vol circulaire s’en va gagner avec l’inquiétude du désespoir quelque nouveau perchoir sur les chênes chenus. Alors — Que me vaut de ri être mor-r-r-r-t I répété un autre en écho sur la rive opposée avec une frémissante sincérité, et — mor-r-T-r-t I a’en vient comme un souffle de tout là-bas dans les bois de Lincoln.

J’avais aussi la sérénade d'un grand-duc. Là, à portée de la main, vous l’eussiez prise pour le son le plus mélancolique de la Nature, comme si elle entendait par lui stéréotyper et rendre permanentes en son chœur les lamentations dernières d’un être humain, — quelque pauvre et faible reste de mortalité qui a laissé derrière elle l’espérance, et hurle comme un animal, quoiqu’avec des sanglots humains, en pénétrant dans la vallée sombre, sanglots que rend plus affreux certain caractère de mélodie gargouillante, — - je me trouve moi-même commencer par les lettres gl quand j essaie de 1 imiter, expression d’un esprit qui a atteint le degré gélatineux de moisissure dans la mortification de toute pensée saine et courageuse. Cela me rappelait les goules, les idiots, les hurlements de fous. Mais en voici un qui répond du fond des bois sur un ton que la distance rend vraiment mélodieux, Houou, houou, houou , houreu, houou ; et en vérité la plupart du temps cela ne suggérait que d’aimables associations d'idées, qu’on l’entendît de jour ou de nuit, été ou hiver.

Je me réjouis de l’existence des hiboux. Qu’ils poussent la huée idote et maniacale pour les hommes. C'est un bruit qui sied admirablement aux marais et aux bois crépusculaires que nul jour n’embellit, suggérant une nature vaste et peu développée, non reconnue des hommes. Ils représentent les pensees tout à fait crépusculaires et insatisfaites, propre de tous. Tout le jour le soleil a lui sur la surface de quelque farouche marais, oii le sapin noir se dresse tendu de lichens, les petits éperviers circulant au-dessus, où la mésange zézaie parmi les verdures persistantes, et la gelinotte ainsi que le lapin se tiennent cachés dessous; mais voici qu’un jour plus lugubre et plus approprié se lève, et qu’une race différente d’êtres s’éveille afin d’exprimer le sens de la Nature là.

Tard le soir j’entendais le grondement lointain des wagons sur des ponts, — bruit qui s’entendait de plus loin que presque nul autre la nuit, 1 aboi des chiens, et parfois encore le meuglement d’une vache inconsolable dans quelque distante cour de ferme. Dans l'intervalle tout le rivage retentissait

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le de France

WALDEN

de la trompette des grenouilles géantes, les esprits opiniâtres d’anciens buveurs et fêtards, restés impénitents, essayant de chanter une ronde dans leur lac Stygien, — si les nymphes de Walden veulent me pardonner la comparaison, car, malgré la rareté des herbes, il y a U des grenouilles, — qui volontiers maintiendraient les règles d’hilarité de leurs joyeuses tables dantan, quoique leurs voix se soient faites rauques et solennellement graves, raillant l’allégresse, que le vin ayant perdu son bouquet ne soit plus que liqueur à distendre la panse, et que la douce ivresse n’arriyant jamais à noyer la mémoire du passé, ne soit plus qu’une simple saturation, un engorgement d eau, une distension. La plus « aldermanique >' \ le menton sur une feuille de potamot, qui sert de serviette à sa bouche baveuse, sous cette rive septentrionale ingurgite une longue gorgée de 1 eau jadis méprisée, puis passe à la ronde une coupe en éjaculant tr-r-r-ounk, tr-r-r-ounk, tr-r-r-ounk! et de quelque crique éloignée s'en vient droit sur 1 eau le même mot de passe répété, là où celle qui vient après en âge et en ceinture a englouti à fond sa part ; et quand cette observance a fait le tour des rives, alors éjacule le maître des cérémonies, avec satisfaction, tr-r-r-ounk! sur quoi chacune à son tour de faire écho à l’autre sans qu’y manque la porteuse de panse la moins gonflée, la plus percée, la plus flasque, afin qu’il n’y ait pas d’erreur ; et la coupe passe et repasse à la ronde jusqu’à ce que le soleil dissipe le brouillard du matin, moment où le patriarche, le seul qui ne soit pas alors sous l’étang , continue à mugir vainement trounk de temps à autre, en quêtant dans les pauses une

Je ne suis pas sûr d’avoir jamais entendu de mon défrichement le bruit du cocorico, et je pensai qu’il vaudrait la peine d’entretenir qqplque cochet rien que pour sa musique, en qualité d’oiseau chanteur. L’accent de cet ex-faisan sauvage de l’Inde est certainement le plus remarquable qu’émette aucun oiseau, et si l’on pouvait acclimater les coqs sans les domestiquer, ce deviendrait bientôt le bruit le plus fameux de nos bois, surpassant la trompette aiguë de l’oie et la huée du hibou ; alors, imaginez le caquet des poules pour remplir les temps d’arrêt lorsque se reposeraient les clairons de leurs maîtres et seigneurs 1 Pas étonnant que l’homme ait ajouté cet oiseau à son fonds domestique, — pour ne rien dire des œufs et des cuisses de poulet, Se promener par un matin d’hiver dans un bois où ces oiseaux abonderaient, leurs bois natifs, et entendre les cochets sauvages cocoriquer sur les arbres, clairs et stridents sur des milles à travers la terre retentissante, couvrant la note plus faible des

I. D« aUtrman — magie trat municipal, toujour» représenté goitreux et pansu 1 Comme . m. W table.

BRUITS

autres oiseau», — pensez-y ! Cela mettrait les nations sur le qui-vive. Quel homme ne serait matinal, et ne le serait de plus en plus chaque jour successif de sa vie, jusqu’à devenir indiciblement sain, riche et sage ? Ce chant d’oiseau étranger est célébré par les poètes de tous pays parallèlement aux chants de leurs chantres naturels. Tous les climats agréent au vaillant Chanteclair. Il est plus indigène même que les naturels. Sa santé toujours est parfaite; ses poumons sont solides, ses esprits jamais ne s affaissent. Il n est pas jusqu’au marin sur l’Atlantique et le Pacifique qui ne s éveille à sa voix ; mais jamais son bruit strident ne me tira de mon sommeil. Je n entretenais chien, chat, vache, cochon, ni poule, de sorte que cela vous eût paru manquer de bruits domestiques ; ni la baratte, ni le rouet, ni même le chant de la bouillote, ni le sifflement de la fontaine à thé, ni cris d’enfants, pour vous consoler. Un homme de l’ancien régime en eût perdu la tête ou fût mort d ennui. Pas même de rats dans le mur, car la faim les avait fait fuir, ou plutôt nul appât ne les y avait attirés, — rien que des écureuils sur le toit et sous le plancher, un whip-pour-will sur le faîte, un geai bleu criant sous la fenêtre, un lièvre ou une marmotte tapis sous la maison, un petit-duc, ou un grand-duc, domiciliés derrière elle, une troupe d’oies sauvages ou un plongeon avec son rire sur l’étang, et un renard pour aboyer dans la nuit. Il n était même pas une alouette des prés, pas un loriot, ces doux oiseaux de la plantation, pour jamais visiter mon défrichement. Pas de coqs pour cocoriquer en ce moment ni de poules pour caqueter dans la cour de ferme. Pas de cour de ferme ! mais la libre Nature venant battre à votre seuil même. Une jeune forêt poussant sous vos fenêtres, les sumacs sauvages et les ronces forçant votre cave ; de résolus pitchpins frottant et craquant contre les bardeaux, en quête de place, leurs racines en train de gagner le dessous même de la maison. En guise de seau à charbon ou de volet que le vent a fait tomber, un pin cassé net ou les racines en l’air derrière votre demeure pour combustible. En guise de pas de sentier conduisant à la barrière de la cour d’entrée pendant la Grande Neige, — pas de barrière, — pas de cour d entrée — et pas de sentier vers le monde civilisé 1

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