‹ Walden, ou la Vie dans les bois. Traduction de L. FabuletChapitre 51 sur 78 · I. MmU tAmMom, difKrenl du nûtr · texte numérisé non relu

I. MmU tAmMom, difKrenl du nûtr

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souci . en obéissance à leur mère et à leur instinct, quede ,'y accroupir sans peur et sans trembler. Si parfait est cet instinct qu une fois, comme je les avais replacés sur les feuilles, et que par accident 1 un d eux tomba sur le côté, on le trouva avec les autres exactement dans la même position dix minutes plus tard Ils ne sont pas sans plumes comme les petits de la plupart des oiseaux, mais plus parfaitement développés et plus précoces que les petits poulets eux-mêmes. L’étrange regard adulte quoique innocent de eurs beaux yeux tranquilles est on ne peut plus remarquable. Toute intelligence y semble reflétée. Ils font penser non pas simplement à la purete de 1 enfance, mais à une sagesse éclairée par l’expérience. Un œil pareil n est point ne en même temps que l’oiseau, mais est contemporain du ciel qu il reflete. Les bois n’offrent pas de seconde gemme semblable. Rare est la source aussi limpide où plonge le regard du voyageur. Souvent il arrive que le chasseur ignare ou insouciant tire en pareil instant sur la mère, et laisse ces innocents à la merci de la bête de proie, ou peu à peu ne plus faire qu un avec les feuilles mortes auxquelles tant ils ressemblent. On prétend que couvés par une poule ils se dispersent à la moindre alarme, et de la sorte se perdent, car le rappel de leur mère n’est plus là pour les rassembler de nouveau. L étaient là mes poules et mes poussins. ...

C’est curieux le nombre d’animaux qui vivent sauvages et libres quoiqu’ignorés dans les bois, et pourvoient encore à leurs besoins dans le voisinage des villes, soupçonnés des seuls chasseurs. Quelle vie retira la loutre s arrange pour mener ici I Elle arrive à atteindre quatre pieds de long, la taille d’un petit garçon, sans peut-être qu’un œil humain en ait saisi un éclair. J’ai vu jadis le raton, dans les bois situés derrière 1 endroit où ma maison est bâtie, et je crois l’avoir encore entendu hennir la nuit. En général, à midi,' je me reposais une heure ou deux à 1 ombre, après les plantations, prenais mon déjeuner et lisais un instant près d’une fontaine, source d un marais et d’un ruisseau, qui sourdait de dessous la colline de tJnster, à un demi-mille de mon champ. On accédait à celle-ci par une succession de vallons gazonnés, remplis de jeunes pitchpins, qui descendaient dans un bois plus grand avoisinant le marais. Là, en un endroit aussi retiré qu ombreux, sous un pin Weymouth touffu, s’étendait même une belle pelouse terme pour s’asseoir. J’avais creusé la fontaine, et fait un puits de belle eau azuree, d ou je pouvais tirer un plein seau sans la troubler, et là presque chaque jour allais-je à cet effet, au cœur de l’été, lorsque l’étang était le plus chaud. Là pareillement la bécasse menait sa couvée sonder la vase en quete de vers, volant à pas plus d’un pied au-dessus des petits à la descente du talus, tandis qu’ils couraient en troupe au-dessous d’elle ; mais à la fin, m ayant aperçu^

la voilà les laisser pour tourner et tourner autour de moi, de plus en plus près, jusqu'à moins de quatre ou cinq pieds, en feignant ailes et pattes cassées, afin d’attirer mon attention, et faire échapper ses petits, lesquels s’étaient déjà mis en marche, avec un pipement léger et effilé, à la queue leu leu à travers le marais suivant son conseil. Ou j’entendais le pipement des petits si je ne pouvais voir la mère. Là aussi les tourterelles se posaient audessus de la source, ou voletaient de branche en branche dans les pins Weymouth plumeux au-dessus de ma tête ; ou bien le rouge écureuil, coulant au bas de la branche la plus proche, se montrait particulièrement familier et curieux. Il suffit de rester tranquille assez longtemps en quelque endroit attrayant des bois pour que tous ses habitants viennent à tour de rôle se montrer à vous.

Je fus témoin d’événements d’un caractère moins pacifique. Un jour que j’étais allé à mon bûcher, ou plutôt à mon tas de souches, je remarquai deux grosses fourmis, l’une rouge, l’autre beaucoup plus grosse, longue de presque un demi-pouce et noire, qui combattaient l’une contre l’autre avec fureur. Aux prises elles ne se lâchaient plus, et se démenaient, luttaient, roulaient sans arrêt sur les copeaux. Portant mes regards plus loin, je fus surpris de m’apercevoir que les copeaux étaient couverts de pareils combattants, qu’il ne s’agissait pas d’un duellum, mais d’un bellum, d’une guerre entre deux races de fourmis, les rouges toujours opposées aux noires, et souvent deux rouges contre une noire. Les légions de ces Myrmidons couvraient collines et vallées de mon chantier, et le sol était déjà jonché des mourants et des morts, tant rouges que noirs. C’est la seule bataille que j’aie jamais contemplée, le seul champ de bataille que j’aie jamais parcouru pendant que la bataille faisait rage ; guerre d'extermination ; les rouges républicains d'une part, les noirs impérialistes de l’autre. De chaque côté on était engagé dans un combat à mort, sans que le moindre bruit m’en parvînt à l'oreille, et jamais soldats humains ne luttèrent avec plus de résolution. J’en observai deux solidement bouclées dans l’étreinte l’une de l’autre, au fond d’une petite vallée ensoleillée parmi les copeaux, disposées, en cette heure de midi, à lutter jusqu’au coucher du soleil, ou à extinction de la vie. Le champion rouge, plus petit, s’était fixé au front de son adversaire comme un étau, et malgré toutes les culbutes sur ce champ de bataille ne démordait un instant de l’une de ses antennes près de la racine, ayant déjà fait tomber l’autre pardessus bord ; tandis que le noir plus fort le secouait de droite et de gauche, et, comme je m’en aperçus en regardant de plus près, l’avait déjà dépouillé de plusieurs de ses membres. Ils luttaient avec plus d’opiniâtreté que des bouledogues. Ni l’un ni l'autre ne montrait la moindre disposition à la

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retraite. Il était évident que leur cri de bataille était « Vaincre ou mourir. »

: Sur les entrefaites arriva une fourni rouge toute seule sur le versant de cette "vallée, évidemment au comble de l'exc, talion, et qui avait expédie son ennemi, ou n'avait pas encore pris part à la bataille : cec. probablement, car elle avait encore tous ses membres ; adjuree par s. mere de revenir avec ou sur son bouclier. Ou se pouvait-il bien etre quelque Achille, ayant couvé son courroux à l'écart, et venu maintenant venger ou délivrer son Patrocle. Elle vit de loin ce combat inégal, - car les noires avaient presque deux fois la teille des rouges - elle s approcha dun pas rapide jusqu'au moment où elle se tint sur la défensive à moins d un demi-pouce des combattants; alors, ayant guetté Tintant propice, elle bondit sur le guerrier noir, et entreprit ses opérations à la naissance de la patte droite antérieure, laissant à l'ennemi de choisir parmi ses propres membres ; sur quoi il y en eut trois unies à mort.lmontrant comme un nouveau genre d attache qui eût fait honte à toute autre serrure et tout autre ciment. Je n eusse pas été surpris, à ce moment-là, de m'apercevoir qu elles avaient leurs musiques militaires respectives postées sur quelque copeau dominant, en train de jouer leurs airs nationaux, afin de réchauffer les timides et de reconforter les mourants. Moi-même je me sentais quelque peu échauffe, tout comme si c'eût été des hommes. Plus on y pense, moindre la différence, ht certainement l'histoire de Concord, sinon l'histoire d'Amenque, ne relate pas de combat capable de soutenir un instant de comparaison avec celui-ci, soit au point de vue du nombre des enrôlés, soit au point de vue du patriotisme et de l'héroïsme déployés. Pour le nombre et le carnage, c était un Ans erl.tx ou un Dresde. La Bataille de Concord 1 Deux tues du cote des patriotes, et Luther Blanchard blessé I Allons donc I Ici chaque ourmi était un buttriclc - « Tirez I au nom du Ciel, tirez !» - et par milliers étaient ceux qui partrureaient le destin de Davis et d'Hosmer. Là, pas un mercena,re.|Je ne doute pas que ce ne fût aunom d'un principe quelles se battaient, tout comme nos ancêtres, non point pour éviter un impôt de trois pence sur leur thé ; et les résultats de cette bataille seront tout aussi importants, tout aussi mémorables, pour ceux quelle concerne, que les résultats de la bataille de Bunker

Hill 1, au moins. , - . ■

Je ramassai le copeau sur lequel se démenaient les trois que ] ai particuliérement décrites, l'emportai chez moi, et le plaçai sous un verre à boire sur le rebord de ma feiiêtre, afin de voir l’issue. Un microscope en main sur

la fourmi rouge première mentionnée, je m’aperçus que, tout en train quelle fût de ronger assidûment la jambe gauche antérieure de son ennemie, après avoir détaché l’antenne qui restait à celle-ci, sa propre poitrine, toute déchirée, exposait ce qu’elle avait de parties vitales aux mâchoires du guerrier noir, dont la cuirasse était apparemment trop épaisse à percer pour elle ; et les sombres escarboucles des yeux de la patiente brillaient avec cette férocité que seule peut la guerre allumer. Elles luttèrent une demi-heure encore sous le verre ; lorsque je regardai de nouveau, le soldat noir avait séparé de leurs corps les têtes de ses ennemis, et ces têtes toujours vivantes pendaient d’un et d'autre côté de lui tels d’horribles trophées à l’arçon de sa selle, évidemment avec autant de solidité que jamais, tandis qu’il faisait de faibles efforts, sans antennes qu’il était, avec un seul reste de patte, et couvert de je ne sais combien d’autres blessures, pour tâcher de s’en dépouiller ; ce qu’il finit par accomplir au bout d'une nouvelle demi-heure. Je levai le verre, et il s’en alla par-dessus le rebord de la fenêtre en cet état d’impotence. Survécutil finalement à ce combat, et passa-t-il le reste de ses jours en quelque Hôtel des Invalides, je ne sais ; mais j’augurai que son industrie se réduirait par la suite à peu de chose. Je n appris jamais à quel parti revint la victoire, pas plus que ce qui fut cause de la guerre ; mais tout le reste du jour je restai sous le coup de l’excitation et du déchirement que j’eusse éprouvés comme témoin de la violence, de la férocité et du carnage d’une bataille humaine devant ma porte.

Kirby et Spence 1 2 * nous racontent que l’on célèbre depuis longtemps lea batailles de fourmis et enregistre leurs dates, bien que, selon eux, Huber soit le seul écrivain moderne qui semble y avoir assisté. « Æneas Sylvius » 9, disent-ils, « après avoir rendu un compte très détaillé de l’une d’elles disputée avec beaucoup d’opiniâtreté par une grande et une petite espèce sur le tronc d’un poirier, ajoute que ce combat fut livré sous le pontificat d’Eugène Quatre, en présence de Nicolas Pistoriensis, jurisconsulte éminent, qui relata toute l’histoire de la bataille avec la plus parfaite fidélité.»® Un engagement semblable entre grandes et petites fourmis est rapporté par Olaus Magnus, engagement dans lequel les petites, ayant remporté la victoire, passent pour avoir inhumé les corps de leurs propres soldats, et laissé ceux de leurs ennemies géantes en proie aux oiseaux. L'événement fut antérieur à l’expulsion du tyran Christian II de Suède. » La bataille à laquelle, moi, j’assistai, eut lieu

1. William Kirby (1759-1850); William S pence (1783-1860), entomologiitei anglaii.

2. Enea S il vio Piccolomini (1405-1464), qui occupa le «rêne papal tout la nom de Pia II. 11 «t plut connu ccmrna

écrivain tout le nom latin.

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sous la Présidence de Polk, cinq années avant l’adoption du Bill des Esclaves- Fugitifs de Webster 1.

Plus d’un « Turc » de village, bon tout au plus à donner la chasse à une tortue de vase dans un cellier aux provisions, exerçait ses membres lourds dans les bois, à l’insu de son maître, et flairait sans succès vieux terriers de renards comme vieux trous de marmottes ; conduit peut-être par quelque avorton de roquet en train d’enfiler prestement le bois, il pouvait encore inspirer une terreur naturelle à ses hôtes, — tantôt loin derrière son guide, aboyant, ce taureau de la gent canine, à quelque petit écureuil réfugié sur un arbre pour l’observer, tantôt s’en allant au galop, faisant ployer les buissons sous son poids, s’imaginant être sur la trace de quelque membre égaré de la famille des gerbilles. Une fois j’eus la surprise de voir un chat se promener le long de la rive pierreuse de l’étang, attendu que le chat s écarté rarement si loin du logis. La surprise fut réciproque. Neanmoins le plus domestique des chats, qui aura passé sa vie couche sur un tapis, semble tout à fait chez lui dans les bois, et par ses façons rusées, furtives, s y montre plus indigène que les habitants du cru. Une fois, en cueillant des baies, je fis dans les bois la rencontre d’une chatte et de ses chatons, absolument sauvages, qui tous, comme leur mère, firent le gros dos et jurèrent furieusement après moi. Quelques années avant que j habitasse dans le» bois il y avait ce qu’on appelle un « chat ailé » dans 1 une des fermes de Lincoln tout pré, de l'étang, celle de Mr. G.l.an Baker. Lorsque ,e vins pour le voir en juin 1842. il était allé chasser dans les bo.s, selon sa coutume, mais sa maîtresse me raconta qu’il était arrivé dans le voisinage un peu plus d’une année auparavant, en avril, et qu on avait hm par le prendre dans la maison ; qu’il était de couleur gris-brun foncé, avec une moucheture de blanc à la gorge, le bout des pattes blanc, et une grosse queue touffue comme un renard ; qu’en hiver sa fourrure se faisait épaisse et lui battait le long des flancs, formant des bandes de dix ou douze pouces de long sur deux et demi de large, et sous le menton comme un manchon, le dessus libre, le dessous tassé comme du feutre, pour, au printemps tout cet attirail tomber. On me donna une paire de ses « ailes », que je conserve encore. Elles ne portent pas apparence de membrane. ^Certains ont cru qu’il s’agissait soit de quelque chose se rapprochant de écureuil volant, soit de quelque autre animal sauvage, ce qui n est pas impossible, attendu que, suivant les naturalistes, l’union de la martre et du chat domestique a produit des hybrides capables d’engendrer. C eut été tout à fait 1 es-

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