‹ WallonnadesChapitre 4 sur 9 · SALUT · texte numérisé non relu

SALUT

Savoir paisons :

Que le ïribunal de commerce a rendu le jugement suivant entre Ftètor Hugo , demandeur , et le directeur du Théâtre Français , défendeur ;

Consiàérant que^ par acte du ^ iî a été convenu entre

parties que les tragédies dudit Bugo seraient jouées pendant V espace de cinq ans; qu'à la vérité le défendeur allègue qu'il fCxj vient plus personne f et que ce serait en pure perte que It^i direc-teur ferait des frais d'affiches ^ d'éclairage et autres ; mais que cette allégation ne peut soustraire ledit défendeur à Facquit dé

ses ûbligattons; que s'il est vrai ^ en effet, comme U pùraù risulter de la notoriété publique , qu'il ne vient plus personne aus pièces dudit Huffo, le directeur a pu parfaitement prévoir ce ré-sultat à la simple lecture desdites pièces , et que dès^brs ce n^est qu^à lui-même qtCil doit imputer toutes les suites ;

Par ces motifs ,

Le tribunal condamne le directeur du Théâtre français à faire jouer endéans quinzaine les pièces dites tragédies , intitulées Rut-Blas , Lucrèce Bobgia , Li Hoi s'ahdse , et autres qualifiées dans Vexploit de Phuissier , porteur des pièces^ l'autorisant tontefois à faire baisser la toile ^ si , la demi-heure écoulée ^personne ne se présente ^

Mandons et ordonnons à nos procureurs-généraux de faire exécuter le prédit jugement ^ à tous huissiers et agents de la force publique de prêter main forte au besoin , etc. , etc.

J*aime à croire que force ett restée aux gendarmes de m. Hugo.

Pardon , lecteur ; je ne puis rien écrire , rien publier surtout, «aos adresser ma prière au vrai Dieu , sans lâcher aux idoles mon innocente bordée. Voilà qui est fait ; et à chaque nouvelle page qui Tient se joindre aux autres, vous comprenez de plus en plus, sans doute , que mes deux wallonnades ne sont qu*un vain prétexte. Eh bien ! oui , j'en conviens ; j'en suis déjà convenu. Veuillez me pardonner. Je ne me sens pas bien, ce m'es^t un mauvais jour. Je suis triste et maussade-et malade. J'ai du noir dans l'âme. J'éprouve le besoin d*écrire, de faire un préambule , un long préambule, d'écrire, d'échapper à mon cœur en me renfermapt tout entier dans ma tète. £crire , n'est-ce pas mettre un peu Ja vanité aux prises avec le chagrin qu'on éprouve? Et la vanité est un terrible jouteur.

Le pianiste morose s'assied au piano , et lance au galop l'escadron de ses doigts. L'horticulteur en peine se rend à son jardin , et va planter son mal sous une touffe de dahlias en

fleur. Le chasseur qui souffre prend son fusil double , et va décharger ses douleurs sur les perdreaux et les lièvres. L'astronome affligé braque son télescope, et va voir dans la lune si ce n'est, pas là haut un tout peu mieux qu*icî. Mais un auteur écrit , écrit , écrit encore. Permettez-moi d'écrire.

Et vous, docteur Frankinet , cher docteur et ami, me le dé- 'endez-vous? Non , non , je vous en prie. Autant vaudrait, en vérité , vous défendre à vous-même de creuser , de plonger dans tous ces arcanes de la science qui vous occupent sans cesse. Oh ! oui , je suis souffrant. Mais vous me connaissez : il faut, vous le savez bien , que je sois dans vos griffes , dans vos excellentes griffes , pour tenir un peu correctement ma plume. Quand je ne vaux rien pour rien , je suis encore bon du moins à tenir une plume. La décoction de mauve est mon hippocrène : la maladie est ma muse : vous êtes mon Apollon; et mon argument, le voici : Je me trouve malade, donc je vais bien écrire : je suis très-malade , donc j'écrirai très-bien. — Voyez ce qui précède , lisez ce qui suit , et tremblez pour mes jours.

Autrefois , dans beaucoup de familles , quand on ne savait que faire d'un enfant , on en faisait un moine : on eût fait de moi un auteur. Vous voyez bien que les couvents sont bons à quelque chose, puisqu'ils s'ouvrent à ceux qui ne sont bons à rien.

N'allez pas croire , s'il vous plait , que j'appelle mes wallonnades du nom vulgaire qu'on leur voit dans les livres : VJrbre du Bon DieUj les Cascades de Roiseux, etc. Hélas ! non ; dans ma vie littéraire , comme dans l'autre peut-être , chaque instant est marqué par sa peine; et de mes wallonnades je nomme l'une malcolique de septembre^ celle-là ma frankinetie , cette autre encore ma migraine en bémol ( effst d'une soirée de concert pÀssée à cèté de trois enragés roustceux), celte autre enfin ma verte indigestion , par suite d'une Dulcamara imprudemment avalée.

•Et mon autre sauveur, mon savant et spirituel pharmacienchimiste , croyez-vous , quand il m'apprête une de ces bonnes

douceurs qui doirent meguërîr et qui ne font pas toujours trèêbcrupuleusement leur devoir, cpoyez-vou« qu'il dise : « Se « filtre un gargarisme; je triture une poudre fumîgatoire? » Non^du tout; M. Davreux ne dit pascela; maisil dit : u Je broie « une wallonnade; je délaye un chapitre de M. Alfred Nicolas.»

Il n'est pas jusqu'au docteur.... vous savez, cet excellent docteur à la main si habile , à la raine si bonne et si heureuse, que , rien qu'à le voir , les jambes et les tètes cassées se trouvent déjà mieux , il n'est donc pas jusqu'au docteur V^édrine qui, l'autre jour, en m'arrosant l'oreille pour me guérir la gorge, ne se soit écrié un peu fort gaiement : « Les enfanld

« ne se font pas par l'oreille ; mais de celle-ci , j'espère , il va

«( nous sortir la petite F^édrinette. »

Voyons : que va-t-il nous sortir?....

Ah! j'y suis, j'y suis.

Car, à propos d'oreille, je viens de relire mon premier paragraphe où chantent le fameux Strauss, l'illustre, etc., et j'ai tout lieu de croire que j'ai scandalisé, vexé, buinilié, outragé, tourmenté, torturé, indigné, exaspéré bon nombre de mes lecteurs à Tendroit des chansons , des violons , des pianos et des danses.

Cela m'est bien égal , par ma foi. Mais il est bon pourtant que je m'explique , que je raisonne un peu , et que je cherche à voir de plus près si , en écrivant ces énormités , j'ai eu tort ou raison.

On eût dit autrefois la danseuse Elssler, le bon chanteur Bubini, Texcellent compositeur Grétry, le célèbre d'AIembert , l'illustre Montesquieu , le sublime Corneille et le diyia Racine.

On a renversé Tordre aujourd'hui, et l'on dit la divine Elssler, le sublime Rubini, Tillustre Listz, etiainsi de suite.

Ne vous aî-je pas tout à l'heure expliqué pourquoi? Je le pense. Regardez au grand baromètre de l'humanité : l'esprit baisse et la matière monte.

•Vojez-vQus , dans tous les journaux , prodiguer Tillustre et le fiameux aux Chateaubriand et aux Lamartine? Non, Dieu merci ; leur nom seul est toute l'épithète. Mais les danseuses et les musiciens , il faut bien , par la grande sainte Cécile ! que Texpressio^ les ^el^ve. C'est l'histoire du mot et de la chose. La chose n'a-t-^lle eu soi qu'une valeur médiocrement immense : vite, yite un mot immense pour la Faire valoir , pour ia faire éclater. Mais quand on s^appelle Lamartine ou Chateaubriand, on n'a pas besoin d'être appelé illustre : on l'est.

Les musiciens !.... Je suis bien mal élevé. On disait les musiciens dans le temps passé ; mais , pour Dieu ! je devrais bien savoir qvie l'fn dit aujourd'hui les artistes.

C'est étonnant. Un sculpteur , un peintre est fier de s'appeler ainsi ; et il a bien raison. Il est peintre, il est sculpteur, comme un auteur est auteur : c'est là son titre de noblesse. Mais dites à un musicien , vivant de son état, qu'il est un musicien ; ah , dianti^ej vous êtes heureux , si l'artiste (enlendez- . vous? l'artiste) ne vous donne en retour qu'une grimace. Artiste donc , artiste tout le long du bras: mais artiste en quoi? en musiq^^e apparemment : donc un musicien ; donc un homme qui trouve dans la musique son potage , son mérite et tous ses honneurs. Rougirait-il de son art, par malheur? Oh! non, c'e^t impossible. On jae rougit pas d'une chose qui n'a rien que d'honorable et qui a tant de charmes. Serait-il peut-être un nouveau , un grand Paganini , qui place lui-même son art beaucoup plus bas que nous ne voulons le mettre? Ou plutôt, sentant le vide au fond de son talent , veut-il se faire illusion et se payer d'un mot?

Artiste!... Mais le mot même vieillit, décline, se mésallie et se perd. Ne voit-on pas surgjr, en eflPet, les artistes pédicures, les artistes décorateurs, les artistes serruriers, etc.? Il faudra chercher autre chose.

D'autant plus qu'il est encore certaine espèce d'artistes, qui

que je ne sais comment dire.

L'autre jour n'avez-vous pas entendu un véritable enfer d'ap-

plaudissements furieux, fiévreux, épileptiques? C'était le grand Risley. Nos pères appelaient cela un joueur ou un faiseur de tours.C'était simple et ex^cLMais comme il n'est pas sain de se faire lapider, gardons-nous de ce mot. Ne disons pas même un jongleur, un hercule , et que sais-jeîCar la profession ya s'en* noblissant tous les jours. Il y a des jouteurs , des lutteurs, des prestidigitateurs, dix autres noms plus beaux , selon chacune des grandes spécialités de Tart. Je les oublie , ces noms. Ma mémoire trouve qu*elle a mieux à garder. Je crois qu'en ce moment ce sont généralement des clowns. Le français ne suffisait plus. Mais le clown s'use déjà. J*ai vu hier un de ces grands hommes (il a deux mètres), qui ^ s'intitule artiste en musculaire.

Je vous prie de croire que je n'étais pour rien l'autre jour dans cet enfer d'applaudissements furieux, fiévreux, épileptiques.

Entendons^nous toutefois. Je vais, comme un autre^ voir au théâtre l'artiste en musculaire^parce que de temps en temps cela peut m'a muser , parceque je me retrouve à la sortie tel que j'étais à l'entrée, et pas du tout plus fou. Après cela, je professe amour et respect pour un art nouveau qui s'appelle gymnastique, qui fortifie le corps , rend 'du nerf à l'homme, et pourra, je l'espère (grâce à M. Triât), nous faire attendre avec un peu moins d'impatience l'importation des vigoureux Circassieos et des belles Géorgiennes.

Mais il est surtout une espèce de gymnastique que j'aime infiniment; c'est la gymnastique intellectuelle, ce délicieux passe-temps qui trempe on ne peut mieux la tète, qui donne du corps à l'âme , et où l'esprit, en se portant même parfois à des choses plus ou moins légères, ne s'exerce pas moins à y voir clair et juste. J'en abuse peut-être aujourd'hui. Tout excès énerve. Mais il est un auteur dont l'amitié m'est chère et qui excelle en cet art. Prose et poésie^ fable et histoire, il vous manie tout cela avec une dextérité sans égale. Aussi, l'un de ces jours, j'envoie à M. de Stassart le mélange que je m'amuse

à délayer maintenaiit; et je ne manquerai pas , je vous assure, d'y attacher oelte petite étiquette :

Tous le sayez, mon cher Baron; Ce vieux mont dn vieux Apollon Que l'eau de Gtstalie arrose, A deux sommets fort en renom , Un pour les vers, un pour la prose; i Et souvent mon œil envieux

Vous a vu, franchissant Pabime, Sauter de l'une à Pautre cime Avec UD talent merveilleux.

Hélas! je n'ai pas votre adresse, Tîi cet élan , cette souplesse ; Et le pauvre écrit que voilà , Mêlé de prose un peu maussade, Mêlé de piètre wallonnnade.

Bien tristement vous apprendra Qu'en sautant la double colline , rai failli me rompre l'échiné En prose, en vers et cœtera.

C'est vraiment un saut diabdique.

Oh! veuillez donc, mon cher Baron, Prêter l'oreille à ma supplique, Et me donner une leçon , Deux , trois leçons de gymnastique.

L'humanîté est un dr^le d*aniroal : douce brebis et enragée panthère, ayant laine et griffes, de méchantes passions et d'excellents înstinots qui, tous et toutes, en variant d'objet à rînfinî^ doivent également ii chaque époque trouver à se repaître. Ce sont des fleuves d'amour et d'affection, des torrents de haine, de colèro ou de malignité, qui vont ronlant de compagnie, tantôt ICI , tantôt là, toujours gonflés, toujours débordés , safis jamais garder de niveau exact, et qui ne finissent |>nr s'aller perdre dans le gouffre de la raison humaine que pour faire place à d'autres , aussi gonflés , aussi démesurés. La méchanceté romaine allait faire la chasse aux Barbares, aux Chrétiens , puis s'en retournait les jeter aux bêtes, tandis que

i-affectioD romaiae couvi^alt d'or et de couronnes les athlètes et les gladiateurs. Par la suite on brûla les hérétiques ; et on y alla rondement, longtemps, moitié par haine de Tenfer, moitié par cet amour du ciel qui bâtissait, aux mêmes siècles, les monastères et les superbes t^asiliques. Elle en était là , cette aimable et odieuse humanité , quand un matin voici sortir dç la poussière des siècles toute la grande peuplade des Cicéron, des yirgile , des Homère et des Âristote. On se rua sur Athènes et sur Rome. On b^^ttit des mains a ébranler l'Europe. Je puis vous assurer que la langue française l'a échappé belle. Il ne s'en Fallut pas d'un travers de doigt qu'elle ne devînt toute grecquç et toute romaine. Demandez plutôt à feu M. Ronsarxl, à ce même Ronsard que son ami Sainte-Beuve a voulu , comme bien vous savez, ressusciter paguère, eu cherchant à le refaire' le recoudre et )e raccommoder avec les bras et les jambes du malheureux Boileau qu'il avait mis en pièces, ainsi que son bon sens. Grâce à Rabelais et à quelques autres, la langue française put vivre. Mais l'architecture y passa tout entière. En même temps , pour amuser les dents et la partie pointue de la langue humaine , on se prit un peu à l'avocat et au théologien, mais beaucoup au médecin et au moine, qui durèrent assez longtemps l'un et l'autre. Tant il y a qu'on finit par mordre à la religion même. Survint la grande révolution ; et ce ne fut plus la langue qui joua, ce fut la guillotine. Mais on vit poindre enfin des jours plus innocents, moins rouges. Le vaudevilliste apparut, le vaudevilliste français, qui inventa d'un côté la vieille fille , de l'autre le colonel , le colonel français. On tomba vivement sur la vieille fille , toi^t en exaltant le colonel. Les vieilles filles s'en moquèrent, et elles eurent raison. Il y avait fort peu d'hommes alors : il n'y avait que gloire et cadavres. Jaçquemont même les vengea galamment, ces excellentes vieilles filles , lui qui s'écrie sans cesse (avec de fort bonnes raisons, prétend-il, mais il n'a pas tout dit), qu'il n'est rien de si sot , de si niais , de si parfaitement insignifiant qu'une jeune fille. Au fait, npus cojnprcnons très-bien la vieille fille. On la comprendra chaque jour davantage. L'état de vieille fille sera bientôt l'état normal de la fille. J'en sais dix ,

TÎngt, trente et quarante, qui pour rien au monde ne consentiraient à changer de nom. Avec qui diable aussi veuton qu'elles en changent , qu'elles se dépouillent de la robe de fille? Sont-ce des hommes ça ?• , . Non, vraiment ; ce ne sont pas des hommes. Seraienl-ce des femmes peutrètre? Non encore , bien que frisés, pomponnés, corsés. Seraient-ce par hasard des bipèdes, des quadrupèdes? Non, pas précisément, bien que..é. C'est donc un tas de héros de clubs ^ de coureurs de cales , d'hommes de pipe et de jeux de cartes? Oui.... fardeaux inutiles de la terre? Oui... qui ne savent gagner au matin le loisir et le plaisir du soir? Oui , oui.... hommes passés à Tétat de ventre et de vessie?.... Oui, oui, oui. Donc les filles restent filles : on ne se fait pas femme à ce prix. Donc nous laissons au vaudevilliste usé sa dent de la vieille fille. La pâture ne manque pas. Dieu merci. Oh, la bonne pâture! Grosse et grasse pâture, abondante, succulente, toujours excitante et toujours irritante. Gourons sus , morbleu i courons sus. La langue me démange. Feu ! pan! sauve qui peut! ah, les monstres! les vauriens! les goujats! Qui m*a bâti de la canaille

comme çà? A bas! à bas! — Et tout le tremblement. ... Nous pouvons nous reposer tranquilles. La pâture est immense. Nos dents ont à mordre pour la durée des siècles. Le vautour a trouvé son foie de Prométhée. Pour très-longtemps encore » il y aura des hommes qui seront ministres et d'autres qui ne le seront pas. Le ministre est trouvé. La panthère est contente.

Oui, mais la brebis à présent? Il faut que la brebis mange et vive. Nous avons le ministre ; mais avons-nous l'autre chose? Il me faut, à moi ^ quelque chose à aimer , à chérir , à ido* lÂtrer?....

Ah! c'est vrai; je n'y penéais pas... Oui, oui, nous avons tout maintenant : d'un c^té le ministre , accompagné selon l'occurence de l'adorable jésuite ou de Tinfâme démocrate , de Tadorable démocrate ou de l'infâme jésuite : de l'autre le musicien.... Ah ! pardon , l'artiste.

Ainsi donc trois belles choses à caresser .'Tartisle en la, si, do;

Tartiste en pirouettes ; Tartisle eu musculaire. Une belle et grande chose à fouetter^: le ministre.

Tout n*est-il pas au mieux?

J*ai parfois d'étranges hallucinations. Il m'apparait en ce moment un singulier spectacle. Je vois trois douzaines d'yeux qui se dirigent sur moi, étonnés, éperdus, et me disant dans leur expressif langage : a Gomment ! nous vous aimions ; nous « pensions que vous nous aimiez , et que vous aimiez aussi lès « tendres mélodies. mon Dieu !...• n

Si j'aime la musique !.... On me demande si j'aime la musique !...• En voilà une de question!.... Si je l'aime, moi, moi qui frémis de tous nerfs aux mélodies suaves.... Mais je ne veux pas répondre. Répondez, oh! répondez pour moi, voix charmantes qui pénétrez nos âmes , voix touchantes ou légères, douces ou éclatantes, voix de Laure et de Mélanie, de Mathilde et d'Ësther, de Fanny , <l*£ugénie , voix du ciel et des anges qui nous rendez heureux. Si j'aime la musique !...• Mais non , je ne l'aime pas ; je la chéris, je l'adore; il est tant et de si douces raisons de Tadorer ainsi. Tenez, une bonne fois je vous prie de ne plus m'adresser de question pareille. Cela me fait peine, cela me fait mal, cela m'agace tout le système. Je l'aime , je l'aime, je l'aime ; entendezrvous ? je l'aime. Mais il ne me platt pas d'aller dans les théâtres m'associer à de stupides engouements , à de stupides exagérations ; il ne me plait pas de me rendre complice des sottises du siècle ; et il mé plait de remettre chaque chose à sa place.

Bravo , mon cher Yieuxtemps ! Voilà certes un concerto-modèle, bien joué, bien senti, bien digne de Bériot, votre maître. C'est charmant, c'est parfait; et j'ai à vous entendre un véritable bonheur, et je viens de passer le plus délicieux des quartsd'heure, et d'honneur je suis satisfait que vous soyez v^allon.

Bravi, Rubini, Mario !... Brave! brave, Grisi, Stolz et Persianil... Brave! Bravi! c'est chanter cela! c'est chanter! quelle voix! quel goût! quelle expression! quel éclat! Je ne connais qu'une voix à vous le disputer. Oh ! je vous dois une ravissante soirée.

Brava, Tagliooi! oui, vraiment; brava aussi toi-même! Tu viens de voltiger en vrai colibri. C'est joli, c'est gracieux; je conçois qu'ailleurs tn fasses faire des folies. Yertudieu ! si j'aimais la danse autant que la musique , faute de mieux j'applaudirais encore.

Mais je tous ai payé mes six francs à la porte , et que cela suffise.

Je laisse à d'autres le soin de se pâmer , et de crier célèbre, illustre , divin , sublime , immortel , et que sais-je ?

Quant à Lamartine et à Chateaubriand , dites, je vous prie , Chateaubriand et Lamartine tout court. Ces noms-là feraient trop d'honneur aux épithètes célèbre et illustre qui n'ont plus de valeur.

Ces aimables sons, ces accents flatteurs, ces voix si mélodieuses, que sont-elles après tout dans la grande affaire de l'hu* manité, qu'on souffle de vent dans l'air, qui passe, murmure et ne laisse rien après lui ?

Ce souffle est plein de charmes. L'art musical (qui pense à le nier?} est un accessoire infiniment agréable de toute société bien civilisée. C'est pour nous, auditeurs , un passe-temps on ne saurait plus doux; et c'est pour vous, artistes, un excellent moyen de gagner votre .vie aux dépens des riches. Mais j'en reviens toujours à la grande question du grand' Paganini : Qu'est-ce que.ma tète et le siècle peuvent gagner à cela? Je soutiens à outrance que mes six francs suffisent.

Je suis vraiment désolé d'avoir un peu moins de fièvre que beaucoup d'autres. Mais cela n'empêchera pas que tout le monde ne soit de mon avis avant deux ans , peut-être; et cela ne m'empêche pas , en attendant, de recevoir, de visiter, de rechercher,d'àimer et d'honorer l'artiste, quand il est aimable et honorable : comme j'aime et j'estime tout homme qui vit bon- ' nétement de sa profession , et pas moins le cordonnier qui vit de ses souliers, que l'auteur qui vend son manuscrit ou le musicien qui perçoit sarecette« Mais l'intelligence! rintelligence! ai-je entendu crier. Eh , bon Dieu ! croyez-vous que , si mon

QordûDDÎer manquait d'intelligence , il ne me ferait pas des savattes? et le peintre, des croûtes? et le médecin , des morts? et le banquier , faillite? Doucement » doucement , messieurs ; ne criez pas si haut, je vous en prié. A chacun sa chose et son intelligence. Vous connaissez les musiciens , je suppose , les purs musiciens, les musiciens d'àme et de corps , de naissance et d*état, les rien que musiciens. Ayez donc la bonté de baisser un peu votre ton; car on pourrait vous jeter à la face cet insolent proverbe ; Bavard comme un avocat, vain comme un auteur^ envieux comme un médecin, spirituel comme un peintre , et,.,, comme un musicten.

Veuillez j de grâce, remplir le blanc vous-même.

Je vous donnerai quelque jonr un fort joli commentaire sur ce drôle de proverbe.

Oh ! sans doute , sans doute , il 7 a plus d'une exception , plus d'une grande et honorable exception. Je connais six peintres qui sont des exceptions, et qui sont vraiment simples comme des double84itres. Je sais trois exceptions pour les musiciens, deuxpourles médecins et une pour lesauteurs. Mais, parlegrandSaint-Yvelje n'en saispas une seule pour lesavocats.

Du reste,Vest évidemment Rubens ou Wief ts qui a imaginé ce charmant proverbe.

Prenez garde à vous , messieurs Wiertz et Rubens : j*aurai un de ces jours à parler un peu de peinture et de peintres.

M^ croira qui voudra : mais je donne ma parole que je prise plus un bon chapitre de M. Nothomb, une bonne page de M. Polain , un bon li? re de M. Mocke (de feu M. Mocke , de M. Mocke avant certaines éditions à images) , oui, je prise tout cela plus que le concerto, le solo, le Risley^ le Clown, le pas de la Sylphide , et mémo la fantasmagorie à vingt doigts de l'inimitable Listz.

a Tiens! tiensi M. Polain a-t-il écrit des pages? Et M. Mocke « des livres? Et M. Nothomb des chapitres? Je connais parfai- « tement la Clochette dn célèbre Sivorî, la Philomèle du fameux « Strauss, mais mais »

Mais va te promener. Tu n*e8 qu'un allobroge.

N'est-ce pas moi plutôt qui suis un je ne sais quoi , pou^ louer , comme j« viens de le faire , quelque chose de M, le Ministre Nothomb , de M. Nothomb , le Ministre?

Ma foi , oui ; je viens de le foire. Je sais pourtant bien que M. Nothomb est tout ce qu'il y a de plus effroyable au monde, un monstre, un mammouth, un Ministre. Mais je n*ai pas moins la sottise de croire qu'il a fait mieux qu'un concerto , qu'il a fait un bon livre ; et j'ai la sottise bien plus grande encore de le dire. Que voulez-vous? Je suis ainsi bâti : homme des pen« sëes qui parlent et des opinions à haute voix. Je n'aime pas seulement de posséder mon indépendance; j'aime de la sentir; et je ne la sens vivement^ bien vivement ^ jusqu'à la muëlle des os, que lorsque je monte sur le haut des tours pour y crier les vérités terribles.

Cependant^ pour ce qui est de la fièvre vocale , instrumentale et baladipe dont tant de gens délirent, n'allez pas croire , malgré toutes mes clameurs, que j'aie la prétention ou l'espoir de les ramener de la campagne en eux-mêmes. J'ai souvent visité en Glain , près de Liège , l'ancien couvent de Sainte^ Marie-deS'lumièrea 9 en me disant, chaque fois, qu*il était impossible de placer une maison d'aliénés sous une invocation plus heureuse. Eh bien! le docteur Tombeur, notre ancien camarade , qui s'occgpe de cette maison avec tant de ihU et de taot , m*a toujours assuré que le genre de manie le plua rebelle au traitement , le plus opiniâtre , le plus hostile aux douches et aux sangsues, était celui qui procède de la cause que vous savez bien , arrivée, j'en conviens ^ à son dernier degré , à son apogée ; à son plus haut paroxysme, quand il s'agit, en un mot , d'enfermer tout de bon ceux qui jusques là s'étaient contentés d'applaudir à tout rompre et de rouler par terre d'accès d'enthousiasme. Toujours est-il que c'est une cure

morale longue et difficile ; et si la cure est déjà si chanceuse pour les individus^ que sera-ce, juste Ciel , pour les masses? et qui osera prétendre à les guérir, si ce n'est quelqu'un de ces grands guérisseurs des peuples , tels que les Cervantes , les

Boîleaui les Rabelais? Hais encore Cervantes seul a pu réussir. Boîleau a-t-il exterminé le faux goût? Pas beaucoup plus, hélas! que Sainte-Beuve n*a lui-même exterminé Boileau. Et ce bon, ce digne cUré de Meudon , a-t-il extirpé le dernier rejeton des pédants et des moines? Non pas , vraiment, que je sache ; car je viens de sentir deux capucins passer sous mes fenêtres, deux mal-peignés et fainéants capucins, suivis de trois mille autres. Capucins ou laïques , sacrés ou profanes , màles ou femelles , vagabonds ou grands seigneurs, je n'aime les fainéants d*aucun genre. Mais je n'aime pas non plus tous ces musicaux frénétiques qui se remplissent de vent.

A propo»de vent, tous les journaux de Bruxelles annoncent que Taglioni, la fiancée du zéphire, arrive dans la capitale, précédée de son immense gloire (sic).

La gloire immense d'une danseuse!.... Pends-toi, Strauss! Pends-toi « Listz! Pendez-vous, tous les illustres et tous les sublimes !

Ne rions pas. C'est très-embarrassant. Que va-t-il leur rester à eux, et que dirons-nous quand ils arriveront à leur tour? Ce n^est pas Targent qui m'inquiète. Quand on n'a plus vingt sous dans sa bourse pour une pauvre et malheureuse famille , on y trouve toujours bien six francs pour un artiste. Mais c^est la rhétorique qui va se trouver i. sec. La gloire immense d'une danseuse!.... DiaMe! diable!..,. 'Ma foi, aux grands maux les grands remèdes. Quand ils viendront les autres , je propose , moi ^ d'ouvrir toutes nos bouches jusqu'aux deux oreilles , et de crier aux nues, aux nuages, aux nuées, que le fameux Strauss, le célèbre Sivori, l'illustre Duprer^ le sublime Lislz et le divin Mario, arrivent dans la capitale du royaume de Belgique^ précédés de leur incomparable, incommutableetincommensurable immortalité.

mon siècle^ sais-tu que tu es drèle? ■

Ne sois pas trop fier , ô mon siècle ! Ta es bien grand par la matière , mais bien petit d'ailleurs.

J'ai aujourd'hui un esprit d'enfer. Je ne sais, en vérité , où

je vais chercher tant dV^sprit et de gentillesse. J ai beaucoup , beaucoup de peine à clouer mon préambule à demeure.

J*ai peut-être un peu Tair de m'amuser du lecteur? Mais quant à moi , je ne m*amuse pas mal. Je parle , je disserte, je bats les buissons, faisant lever des moines, des auteurs et des musiciens , courant sus et les touchant innocemment de ma petite baguette. C'est assez amusant. Je me trouve aussi gai qu'un affligé peut Fétre : oh ! oui , un affligé , un bien pauvre affligé; car c'est le quatrième soleil de septembre qui s'est couché ce soir , soleil malheureux et néfaste.

Je voulais partir aux rayons de cet astre, partir et voyager, donner corps et âme à de fort beaux projets. Mais je ne. voulais pas écrire , et j'écris : c'est la vie.

Saisissez le bonheur, quand il se présente : arrêtez le plaisir, quand il passe : mais gardez-yous de fixer un jour à ces légers enfants; ils vous manqueront trop souvent, hélas! et vous aurez trop à souffrir de la déconvenue.

Dieu est grand! mais parfois le diable eotbîen grand aussi!

Que n'est-elle arrivée déjà cette chère Taglioni! J'irais la voir et me distraire. Je lirais le feuilleton du jour, le feuilleton du cru^ le feuilleton sautant; et malgré mes douleurs, je rirais peut-être.

Ah! que n'est-elle ici cette immortelle Sylphide ^ cette puissance céleste, comme diiV Emancipation] cet te pudeur toute chrétienne, commeV L'mancipatian dit encore! cette ombre lumineuse, cette vapeurnacrée, comme dit le grave Observateurl précédée de son immense gloire^ comme dit ï Indépendance \ elle qui vivante^ comme dit toujours, toujours Y Émancipation ^ elle qui vivante verra étinceler sur son front f auréole de f apothéose^ toujours réêervée aux gloires éteintes, aux grandeurs mortes, mais qui luira pour elle^ comme récompense exceptionnelle d'une exceptionnelle renommée.

Yivat! vivat, dame Emancipation ! C'est toi qui dis le mieux et le plus long encore, mais prends garde; tu te feras pincer par le fameux Strauss, l'illustre, etc., et que diras-tu de César, de Charlemagne et de Napoléon?

Car décidément ils nous arrivent, tous les illustres et tous les sublimes.Déjà tous les gros journaux sont en branle. Voyons donc ces journaux : c'est fort gai.

Mais, non, ma foi, c'est fort triste. Voici mourir Jacques Bender, le directeur de la Société de la Grande-Harmonie d'Anvers^ et les journaux m'apprennent qu'on va lui consacrer

un buste en marbre blanc comme l'antiquité en consacrait a

Homère, a Cicéron, à Virgile comme la Belgique n'en a

pas encore consacré à Philippe de ComminesetàJuste Lipse

Je serais disposé à trouver cela un peu facétieux, si an fond il n'y avait un mort.

Bonne nouvelle : on attend un hercule d'Amérique ^ un étonnant hercule qui est en même temps un sauteur, u Préparez u vos bravos et vos pluies de fleurs , me dit mon brave jourtf nal. » Préparons surtout notre argent.

Un sauteur!. •• je vous assure, moi, que l'on devient fin fou. Un sauteur!... cela sent terriblement son romain du bon temps de Claude.

Ah , bien ! j'apprends avec un infini plaisir que le fameux hautbois Musikoff se trouve en ce moment à fiOndres , l'inimitable danseuse Gerîto à Naples, le prodigieux Risley à St.-Pétersbourgetles célèbres animaux deVan AmburgaYienne.

Heureuses bètes! elles voyagent, elles... et moi....

On fait très-bien, très-bien, de nous tenir ainsi au courant, jour par jour, de la vie et des vofages de toutes ces grandes illustrations d'animaux et d'hommes.

Mais qu'est-ce donc ? Voici parmi mes journaux un vieux n^de V Indépendance, Du 8 août , mon Dieu ! Est-il rien de plus vieux que le journal de la veille? C'est égal. Voyons un peu ce que Ton pensait, ce que l'on disait il y a un mois. Ça doit être bien rococo.... Oh! oh!.... mais que vois-je? Ah! par Sainte Colombe , voilà du neuf à coup sûr.

u Les pigeons de la Société d'Aubel envoyés à St.-Sébaslien « (Espagne) et qui y ont été lâchés le 28 juillet étaient tous ren- (( très à leurs colombiers le 2 août. Aussi ont-ils été portés en u triomphe à travers le village, l'harmonie en tète du cortège u et au bruit de décharges de mousqueterie.»

C'est fini, c'est fini. Le siècle tourne à la bête.

On écrit de Dinant à la Gazette à'Augsbourg :

u Toute notre p.opulatioii vient d'être mise en émoi. Le «( fameux Perpète^ la plus illustre contrebasse de l'époque , <( vient d'arriver dans nos murs; et l'on comprend que les <( Dinantais ont saisi avec un vif empressement cette occasion «( de rendre à un grand artiste tous les honneurs que mérite «c un immense talent. Un banquet a donc été offert au grand ic contrçbassier , banquet qui fera époque , et où, suivant la « formule ordinaire , la plus franche cordialité n'a cessé de « régner. Au dessert plusieurs discours ont été prononcés : « une énorme kouque de Dînant a été déposée aux pieds du u sublime instrumentiste : des toasts ont été portés' à son éter- «< nelle gloire, à son immortelle immortalité; et voilà qu'au M fracas de ces paroles une ovation éclate, brusque, soudaine, u instantanée, une merveilleuse et fabuleuse ovation. Les con- «( vives entourent le grand Perpète , l'enlèvent sur leurs bras, « leurs dos et leurs épaules , le portent triomphant par les « rues aux acclamations d'une immense queue de peuple ; et u arrivée sur le pont qui fut fait à Dinant, la multitude se rue «( sur le triomphateur, lui 6te son habit, sa veste, et autre i( chose , et après s'en être partagé , disputé , arraché les lam- (( beaux, chacun s'en retourne chez soi, emportant avec ivresse <( ces précieuses reliques.

«( Le grand contrebassîer est rentré à l'hôtel dans un état t( voisin de l'état de nature , plein de gloire et de rhume.

« Hommage , honneur , inOnie reconnaissance aux deux ou « trois Dinantais qui ont eu l'idée de cette admirable ovation , « et qui , ayant assisté il y a quelques années à un triomphe <( analogue de l'illustre Musard, ont pu ainsi élever leur patrie « à toute la hauteur de ce noble précédent !!!!!!!!»

On mande de Buénos-Ayres au Mémorial de la Sambre :

« L'empereur Rosas vient d'envoyer le cordon de son ordre «( au célèbre Musikoff , le plus grand hautbois de toutes les tf Russies. On espère que H. de Chateaubriand obtiendra bientôt u la même distinction. »

Décidément je me fais hautbois , violon ou contrebasse.

En attendant je suis un homme perdu , oh ! perdu. Exécra-

ble journal , va^ qui m*anaonce cette affreuse nouvelle sans, plus (le ménagement !

4( Le sort en est jeté : c'en est fait : Spa ne jouira pas en- « core cette année de riminortelle Taglîoni. Cette vapeur c( nacrée ne demandait que SOOO francs pour y venir sauter « pendant une demi-heure (ce qui faisait à peine /» francs par ca^^^-tY «( minute) ; mais notre inqualifiable directeur n*a pas rougi de f( la marchander de 1000 francs; et Ton conçoit que la vapeur u nacrée ne pouvait priver de cette somme les pauvres cent et u cinquante ouvriers qui lui bâtissent en ce moment aux bords « du lac de Gôme un magnifique palais, n .

Il est sûr et certain qu*il n'y en a plus que pour ces gens-là. Contrebasse on danseuse , pas de milieu ; je me fais danseuse on je me jette dans- la contrebasse. Sont-elles sottes nos jeunes filles? Sont-elles sottes et stupides? Ah , parbleu ! à leur place, et après avoir lu dans les journaux tous ces beaux articles , j'aurais bien vite quitté père et mère , je vous jure, pour aller sauter sur les planches, et chanter, et tout ce qui s'en suit. / Ce'pt^wn. francs par minute ! des pluies d'or et de fleurs ! des palais ! des châteaux ! mais il y a de quoi vingt fois désespérer fa vertu, le travail , le mérite modeste et la petite aisance

Non , non , palsambleu ! ce n'est pas non plus trop mal que de chanter. Voici des nouvelles de Moscou , qui vont droit au larynx.

<( Madame Grisonni vient de donner un concert dans la c( grande salle du RremTin qui s'est trouvée comble , et oiî le « public est allé verser avec empressement huit mille roubles. «( Indépendamment de cette somme, le prince Kurkufin , vou- « lant témoigner à l'a'Jorable artiste toute sa satisfaction per" « sonnelle , lui a fait don d'un magnifique collier de perles ce fines , qu'on évalue à plus de dix mille francs. Il faut d'au- « tant plus admirer ce trait de générosité , que le prince a fait <( cette année des pertes réellement énormes. Plus de soixante «( familles qu'il possédait dans ses villages de l'Ukraine , ont « péri de faim et de misère par suite de la mauvaise récolte. »

Pauvres familles !... Au lieu de mourir de faim et de misère^

que n^altaîent-elles danser dans les théâtres ou jouer du violon devant les grands seigneurs et les riches !

Les hautes munificences sont «à Tordre du jour. On écrit du Caucase :

« L'incomparable Aile-Air , après avoir parcouru en reine «( FEurope et TAmérique sur un char traîné par des hommes, « vient de pénétrer au sein de nos montagnes , ise dirigeant a vers TAsie. Elle a daigné signaler son passage par un pas de « trois qui a ravi en extase tous nos montagnards. Un déluge u d'applaudissements , de couronnes et de sacs de roupies est (( venu tomber sur la scène aux pieds de l'immortelle artiste. « Ici encore notre bien-aimé roi Higgglrhhg s'est montré ce (( qu'il est, grand et généreux. Non seulement il a gratifié cet « immense talent d'un gros lingot d'or pris aux Russes , mais (( voulant faire arriver partout l'henreose expression de son « enthousiasme, il a fait distribuer deux cents francs à chacun « des employés de ses différents ministères. »

A la bonne heure , cela , à la bonne heure : voilà un digne prince Higgglrhhg (c'eât difficile à lire). Deux cents francs, ce n'est pas le Pérou , j'en conviens ; mais c'est toujours cela , et c'est mieux que par nos pays oiî ce n'est rien du tout. Nos princes d'Europe ne feraient pas mal d'imiter ce brave prince du Caucase. J'en sais plus d'un (et les journaux vous apprendront leurs noms) qui donnent aussi de l'or et des bijoux aux immenses talents ; mais en est-il un seul qui songe en même temps à tous ces pauvres diables d'employés , d^agents subalternes, s'échinantdu matin au soir pour gagner à peine le pain quotidien de leurs enfants et de leur femme , de leurs pauvres soeurs sans ouvrage ou d'une vieille mère infirme ?

Il y a de cela bien longtemps. J'étais à Spa alors , buvant au Pouxhon et à la belle Géronstère, courant à cheval, visitant le Co6, Remouchamps, Juslenvillc; et respirant partout cet air

vif des montagnes qui double les santés florissantes et qui rallume peu h. peu la petite bougie des santés éteintes.

Je m'étais lié d'amitié avec une famille écossaise : oui, toutà-fait d*amitié; car c'étaient les meilleures gens du monde; et je vous dirai que, parmi toutes les qualités humaines, c'est à la bonté que je donne le premier rang. Du reste cette aimable famille, toute patriarchale , me le rendait bien» Il y avait le père , la mère , une vieille tante, sept filles et cinq garçons qui, tous et toutes , avaient fait échange de cœur avec moi. Nous ne pouvions plus nous quitter. Nous ne faisions qu'ensemble la plupart des promenades et dep courses. Ils me parlaient des beautés pittoresques de FÉcosse , de son histoire même, de ses mœurs , de ses coutumes, aussi vivement tranchées que l'éclatante couleur de ses tartans bigarrés. De mon c6téjeleur faisais tant bien que mal les honneurs de mon pays, remarquant toutefois que je n'étais pas de force à rivaliser avec eux , et que les Ecossais possèdent un peu mieux leur Ecosse que les Belges leur excellente Belgique.

Un jour , comme je sortais de la belle Allée de sept heures , j'aperçus à l'angle d'un hôtel (tout est hètel à Spa) une grande affiche en gros caractères ; et au même instant un petit bonhomme vint me mettre un papier dans la main. C'était le programme d'un concert que donnait le soir même un trèshabile joueur de violoncelle. Je ne crois pas que l'on disait alors un violoncelliste. Je ne crois pas non plus que l'on disait alors un fameux , un célèbre , un illustre violoncelliste. La folie n'était encore qu'à l'état de germe. C'était pourtant Romberg, si ma mémoire est bonne. Oh! oui; il y a bien longtemps de cela.

Je n'eus rien de plus pressé que de rentrer à notre hètel de Flandres pour apporter cette bonne nouvelle à mes amis d'Ecosse. Grande joie chez mes amis. On quitte le piano; on abandonne l'herbier; on suspend le point de la tapisserie ; on laisse le dessin commencé; on ferme même le dernier roman de Walter Scott (car cette aimable famille n'avait jamais un seul

moment à perdre, c'esUà^ire, nn âeul moment d'ennui); et voilà que Ton me fait un cercle de joyeux visages, en me demandant la lecture du programme à haute voix.

Je lus le programme en entier; et à ma grande surprise, quand j'arrivai à ce petit paragraphe : Prix du billet, 10 francs, j'aperçus un léger nuage qui traversa le front ordinairement si serein du respectable père de famille.

«Mes bons amis, dit-il^ M. Romberg me pai*ait un peu « cher : je ne tiens pas du tout 'à l'argent , vous le savez bien; «c grâce à la fortune que le ciel m'a départie, je n'ai pas besoin « d'y tenir. Mais voulez-vous me croire ? nous voilà seize per- « sonnes, ce qui fait cent et soixante francs : j'en ajoute qua- (( rante, ce qui fait deux cent; et au lieu de porter cette somme « à M. Romberg, je vous propose de la porter au village du Sart « où vous savez qu'un incendie vient de ruiner entièrement « deux ou trois malheureuses familles. »

Ainsi parla le respectable vieillard.Vingt ans peut-être se sont écoulés depuis. Mais en ce moment encore, quand je me retrace le tableau touchant qui suivit ces paroles , j'ai peine à retenir une larme de bonheur qui cherche à s'échapper.

« Bien, mon mari! Bien, cher papa! Oh, bien! bien! » Ce fut un cri unanime de joie et de satisfaction. On ressentait déjà tout le plaisir d'une bonne œuvre.

Incontinent la petite souscription s'ouvre modestement en famille. Toutes les bourses se vident ; toutes lesépargnesy pas* sent; et nous causonsà M. Romberg un préjudice de cinq.cents francs au moins. Mais comme on entend quatorze petits chevaux qui hennissent à la porte, on embrasse la mère et la tante. Tout le reste s'en va. On franchit la montagne ; on traverse la bruyère ; on reçoit les bénédictions des malheureux quQ Ton soulage, et l'on revient à Spa goûter la nuit la plus douce, la plus calme, que Ton ait passée de la vie.

Bonne et digne famille , permets-moi de t'offrir ici le souvenir de mon amitié. £t toi, surtout, son vénérable chef, sir James O'Donnell, oh, puisses-tu vivre encore! Puissent ces

lignes légères que je trace à la hâte , durer au moins quelques jours , traverser le détroit qui noas sépare^ atteindre à tes montagnes , et te porter l'expression de la sainte reconnaissance que je t'ai vouée pour avoir, grâce à toi, sacrifié le vain plaisir d'un moment au bonheur plus durable de faire une bonne action.

Voilà des pensées qui me calment et qui me font du bien. S'il n'était pas minuit , je sortirais au village , j'irais alléger quelque peine , aider quelque misère ; et peut-être alors le bienfaisant sommeil m'apporterait ma récompense. Mais l'heure s'écoule : il ne vient pas, ce bienfaisant sommeil. Au fait il ne devait guère s'attendre à me trouver aujourd'hui. Peut-être sera-t-il venu à son heure ordinaire. Mais il aura vu de la lumière : il aura cru autre chose, et il sera passé outre. Comment le rappeler à présent? Gomment lui faire savoir que je suis ici , disponible, à ses ordres.

J'ai essayé des journaux : le moyen ne me réussit pas. J'ai aussi mâché une grosse botte do Dulcamaras; mais c'est comme l'opium , endormant II petite dose^ mais à forte dose excitant. Si j'essayais de la morale?.... Le moyen n'est pas neuf ; mais qui sait? Oui-dà^ vraiment, je vais faire de la morale aujourd'hui , de la morale à minuit. J'en suis à la morale....

Bonté , c'est bêtise ^ ai-je entendu dire. — J'en doute. — Pour une bonté victime , cent malices qui sont leur propre dupe.

Il faut trois choses pour s'acquitter passablement de la vie : de bonnes gens pour amis , des sots pour ennemis, des gens d'esprit pour nos menus-plaisirs.

On court à la beauté, on vole à la grâce , on se rue à l'esprit : quant à la bonté , on y va et on reste.

Ne faites pas vos amis de ceax qui cherchent à Tétre en flattant votre vanité. C'est pour eux qu'ils vous aiment , et non pas pour vous.

S'obstiner à ne rien recevoir, à ne rien devoir, pas même un brin de reconnaissance, excessif orgueil ou grande sécheresse de cœur.

II est des gens qui ne vous flattent d*une main , que pour mieux se ménager un moyen de vous tapper de l'autre. — Surveillez les deux mains , mais surtout la gauche.

Je sais de faux amis qui vous tuent par Texcès de l'éloge , mieux que de francs ennemis par de bons coups de langue. — Ceux-ci ne sont pas aimables: ceux-là sont odieux.

Quels que soient vos destins, aimez, aimez toujours la mère de votre enfant; car vous lui devez le plus grand bonheur de la vie.

Dumas, Janin, Hugo, et encore cinq ou six douzaines, astres de cette époque : dans les nuits un peu sombres^ les lanternes brillent comme de grandes étoiles.

Pour instruire son fîls à la maison , il faut que le père n'en veuille pas faire un homme. — Pour placer sa (ille dans un pensionnat, il faut que la mère n'y ait jamais été.

La religion , qui naquit toute divine , s'est faite un peu trop humaine dans la longue nuit du moyen-âge. — Voulez-vous

rabaisser encore , en cherchant à vous élever? ou voulez-vous ta relever tout de bon, en vous humiliant davantage?

Les vives imaginations sont des aUnmettes phosphortques : gardez-vous de les frotter aux mauvais livres. Elles pétillent, elles éclatent au choc; et le cœur, la tète, Tesprit , l'âme, le corps même, tout y passe et brûle.

Quand on est content de soi , on est en bon chemin pour ôtre content des autres.

La musique platt : k peinture plaît et instruit: les livres plaisent, instrnisent, nous font ce que nous sommes.

Du reste je connais M. de Bériot. C'est un excellent hommeet je l'aime; et j'ai été dans le temps chez lui; et j'irai encore' je l'espère ; et tout ce que j'ai eu l'honneur de vous dire je le dirai à lui-même , avec accompagnement d'une bonne poignée de main. Car Bériot est notre Paganini : notre Bériot est homme d'esprit : il me comprendra parfaitement : il m'entendra mieux que vous peut-être.

M. de Bériot, en pratiquant son art , s'est créé une trèsbelle fortune ; et il a fort bien fait. Il a épousé une tort jolie femme , et c'est mieux fait encore. Il jouit admirablement de son double bien; et c'est on ne peut mieux.

Mais tout cela, ce me semble, n'empêche pas qire le ciel ne soit bleu , le flamand flamand et le violon violon , caisse de bois, allongée d'un manche garni de quatre cordes,|lesquelle8 cordes sont mues par unarchet,leqnel archet est mu par nn bras lequel bras est mu par une âme, le tout produisant un son infiniment agréable du son, rien que da son

Ce serait pourtant dommage de finir ici mon préambule. J*ai encore tant de choses à dire. J*ai à vous parler de peinture et de peintres, n*en déplaise à mon bon, franc, bien et dûment illustre ami Wappers^ j*aî a tous parler de lys et de roses malgré la défense formelle de madame Van Marcke, née Flore deRoêe-eti'P^ie^ j*ai à vous parler élections selon le désir de Monseigneur ; j*ai à vous parler Gaspard et Nicola$ à la pressante sollicitation du public; j'ai même à vous donner. ••• des extraits. ••• du recueil.... des bulletins.... des séances.... de

l'académie.. •• d'archéologie.... du royaume de Belgique...

dont deux drôles de diables de journaux d'Ardenne viennent de révéler l'existence au monde . Mais je donnerais, ma foi , toute cette académie pour un grain de sommeil. Faute de ses bulletins, continuons la morale .

La flûte est à l'esprit ce que l'ognon est à l'àme : rien du tout.

La wallonnade est à la poésie ce que les polypes sont aux végétaux : peu de chose.

L'esprit est à la beauté ce que l'aile est aux anges : beaur coup.

L'amour est à la femme ce que la sève est aux plantes : tout.

Ne jouez pas avec le feu , s'écrient les moralistes. Pauvres moralistes ! je les plains, s'ils n*ont jamais joué.

Au conteur qui en conte et travestit une historiette, la riposte est toute simple : conter la vraie histoire.

La confiance perdue est un bijou tombe au fond du fleuve. On Ifs retrouve peut-être ; mais comment le rendre à son premier éclat ? * •

la coquetterie ëit h t^atlio«rr ce que Peau est au 'fera : quelques ^^nttes rexdtent ;imaris des flefs l'étouffent.

Jadis 4«s >ote ifeiisaf^tift les grands peuples : dfésorinaîs c'est aitx peuples à faire ^les grbml^ -rois.

0É>t-4)s dtoilt d« ise pMnAr^ :de ring^âtituêe 'ceai qui iTobTigent que par égoïsme?

Une femme, pour être un ai^ge , a bien j>eu d^ ch^q ,Je ne dis pas à faire , mais à ne pas faire*

Apnée Dieu qui devons-nous àfmer? ceUx qulnous aiment.

Platon nous dit : la femme a pris trois cbose^, son corps à

la terre, son cœur au ciel et sa tète au diable.

A' 'la lillératwe : tin feuîReton , une bourse. — A la politique : Louis-Philippe, les chemins de fer, la paix. — Au

XIX** siècle: l'argent Strauss, Taglionî, Risley...\. l'argent,

Fargent.

Mais trois meilleures, trois excellentes choses dans la vie : le cœur^ quand on est jeune; le cœur, quand on est mûr; le c(»u^, qrtatod'on en vîtùx. —On n'est heureux que par les affections.

Les affections , heureux ah ! oui^ comme on Test sur la

terre*. • Je ne sais : il me parait maintenant... Je sens comme un peu de calme ^ comme un grain de pavot; et mon œil enfin soupire étend les bras

Où sont mes wallonnades, mes nouvelles, mes jolies.....

enragés musicaux!.... mais ce cher wallon et mon doux

flamand quant à Victor Hugo mais Alfred Nicolas

£t Froissard donc avec le vieux Cha^telain minuit... le bel

ange!.... et de noirs démons quel joyeux génie! apparemment bon soir.

Ëmbour, 4 septembre 18-44.

aesai

DllIBOIB 1 HOIVT HÉRY.

Bon Toyage , ami , bon voyage !

WooQViiB , Prélud»$ poétiqufê.

Admires, Walloni et Plamandi:Totlà un beau pays ([ai eit le nAtro à tous.

LssBos , Flamande •! JFàUon».

Vans nos pays du nord , où nous voyons , hélas ! Les éléments livrés à d^éternels combats , Le ciel a toujours d*eau sa quantité donnée , Tombant , soit en détail , soit en gros , chaque année ; Et quand le ciel à sec nous a laissés trois mois , Comme un déluge alors tout nous tombe à la fois. Mon ami Quetelet peut expliquer la chose.

Mais à répine aussi nous joignons une rose :

Dieu nous prodigue un peu son humide trésor ; Mais quand le fier soleil reprend son casque d'or, Combien nous jouissons ! et combien la nature Fait éclater de joie en sa neuve parure ! Oui y toujours tout est frais sur nos bords verdoyants : Nous n'avons pas chez nous ces étés flamboyants Qui, des démons du feu déchaînant la milice, A la plaine » aux forêts vont donnant la jaunisse. Voyez dans le midi ce fleuve malheureux »

Laissant à nu bien loin deux larges bords pierreux ;

Par Pindare ! on dirait un vieux fleuve en ruine. ^ C'est du moins un malade , ayant piteuse mine ; Donnez donc un peu d'eau , de soif il va mourir* Or, depuis un bon mois , nous goûtons le plaisir De grands jours lumineux , pleins de force et de vie^ Et de superbes nuits que le soleil envie; Mais demain , ah I demain que peut-il advenir? Debout , mes chers amis ! Il est temps de partir £t de courir galment chercher au voisinage Quelque bonne fortune en fait de paysage.

J*aî mis la guêtre au pied , le bâton à la main : Partons ; pour le plaisir n'attendons pas demain; L'aujourd'hui c'est à nous , le demain à personne. Voyons , de quel côté? Car mon Embour foisonne En sites merveQleux , en divins alentours y Que nous pourrons , amis , varier tous les jours. Choisissez , s'il vous plaît , de mes quatre rivières r Voulez-vous mon Amblève aux rives solitaires y Ha Vesdre aux noirs convois, mugissants et fumeux , Mon Ourte aux bords riants , aux pertuis écumeux , Ou ma Meuse qui vaut les trois autres ensemble? Allons , mes chers amis ; voyons , que vous en semble ? Je vous propose , moi, d'aller à Mont-Méry.

Eh bien ! vous vous taisez Qui ne dit rien dit oui.

Méry donc, à Méry !... Mais ce petit voyage

De plaire à ces Messieurs aura-t-il l'avantage ?

Oui , sans doute. Et d'abord , la route à tout moment

Vous placera sous l'œil quelque site charmant.

Et de maints faits aussi rappelant la mémoire.

Aura le double attrait de nature et d'histoire.

Puis au bout Mont-Méry, c'est assez curieux.

Figurez- vous , amis , sur un sommet pierreux

Où j'ai vu le genêt courir après l'épine ,

Où fleurissait à peine une pâle églantine.

Sur un sommet aride , aux bruyères livré ,

Sans eau , presque sans terre, et partout entouré

De sauvages ravins , de méchants bois éthiques , De secs versants couverts de grands blocs erratiques , £h bien ! figurez-vous que dans ces tristes lieux Un homme a su créer des plants délîcieui^ , Où croissent à Tenvi dans leur sève abondante L'élégant tulipier , le gracieux aylanthe.

Et tout fier de ses fleurs ; le beau magnolia , Et ce brillant protée i ayant nom dahlia ^ Enfin tous les trésors du plu» riche parterre ; Et cet homme n'avait que son bras pour tout faire. Mais le bras était fort* Ah ! quand il a du cœur. L'homme n'est plus un homme ; il est un créateur»

En route , en routs^y ami»! Tout cela doit vous plaire , Le désert , l'oasis , le jardin et la serre ; £t si, chemin faisant, je puis vous amuser, De botanique un peu je voudrais vous causer.

Mais ne courez donc pas : allons , allons sans gène» C'est donc ici , Messieurs , la côte du Rond-Chéne : Voyez-moi, s'il vous platt , ce fier chemin marcher Entre deux murs tout droits de bel et bon rocher, Laissant à droite à gauche une large banquette , Fauteuil du voyageur sur la mousse et Therbette. Quoi? vous vous asseyez ?... Et Vous couriez tantôt. Enfants !... Vite debout l il faut monter là-haut; Il faut quitter la route, et sans reprendre haleine , Monter , monter à droite au sommet du Rond-Chène»

Eh bien ! mes chers amis , n'avais-je pas raison? Voilà , j'espère, un grand, un superbe* horizon. Partout , autour de vous^ dans la vaste étendue Promenez à loisir , prolongez votre vue :

Minane et Ghaudfontaine , Embour et CCévremont; Beaufays, Colonster, et ïilf et Brialmont, Liège au loin, et plus haut les champs de la Hesbaye, Ah ! d'un peu de sueur voilà qui vous défraye.

Certes de la nature il était amalettr, Ce charmant Kaisêrliok, cet aimable irigémeur, Qui vint de son eerdeau marquer sur cette place La redoute en gazon dont vous vay^z la trace. Oui , voilà le fossé ; voOà le parapet :

L'Autrichien vint ici faire en trembliant le guet, Quand , brisant ses Jiens;, la France éekevelée Bondit conmu^ un lion sar f Europe ébranlée.

Je voudrais imiter les savants Chaldéens , Et dresser au sommet de ces ^onts aériens ' Quelque haute machine aux astres consacréQ , Où , le nez allongé vers la voûte azurée, Arago , Quetelet, hôtes des firmaments , Contemplent à plaisir la plaie et le beaé^ temps. Près du Parnasse ainsi Paris a sa machine.

11 faudra que j^en parle à Monsieur de Burdinne.

Mais venez , mes amis , voir ua peu mieux çrfun fort.

Ce vieux chemin.» perdu sur le versant du nord ,

Vous montre /dans le roc profondément creusée ,

Sa marque audacieuse , effrayante , ik^setifiiée.

Tremblez F c'est là de Spa le chemin primitif

Qui durement grimpait, haletant et poussif,

Par les monts, par les vaux, laissant comme un sauvage

Au rocher du bon Dieu tous les frais de! pavage ,

Non sans^risquer vingt fois par d*indignes cahots

De briser, de broyer charretiers et charriots.

Les temps , mes chers amis, ont au.^sr leur enfhnce.

Il fallait un peu mieux : car l'homme avance , avance.

Alors, tout contre ici , l'on ouvrît ce chemin ,

Que nous suivions tantôt, un chemin plus humain.

Assez large , assez droit , d'assez heureuse mine ,

Et pas trop menaçant pour la tête et l'échiné.

Mais toujours sur les monts aimant à se percher ,

Et tranchant pauvrement quelque bout de rocher.

Il fallait beaucoup mieux : car l'homme avance , avance.

Et dans ce frais vallon, où régnait le silence,

Où la Yesdre était seule, un beau chemin s'étend

Qiii ne monte jamais et Jamais ne descend,

Où Thomme et le cheval peuvent courir à Taise ,

£t par où rintendant de la famille anglaise

Tout mollement à Spa peut amener son or.

U fallait encor nueux : car Thomme avance encor;

£t l'homme impatient dit au temps, à l'espace :

« Je ne veux plus de vous l place à moi ! place! place ! ^>

£t le voilà qui court unir à l'eau le feu ,

Qui pousse sur le fer un monstre , un diable , un dieu ,

Qui part en vomissant des torrents de fumée.

Qui franchit à grand bruit la Yesdre épouvantée,

Qui fend d'un coup les monts , qui perce les rochers ,

Qui prend , jette et reprend voyageurs par milliers ,

Et se moquant ainsi du temps et de l'espace,

Arrive , avant que moi j'aie achevé ma phrase.

Que pensez-vous , messieurs , qu'ensuite il adviendra ? Ensuite.... qui le sait? on recommencera.

Pardon : dans la vapeur j'ai la tête lancée.

Que ces quatre chemins parlent à ma pensée !

Ainsi , de siècle en siècle , ont grandi les géants. Voici nos vieux aïeux et voilà leurs enfants : Aux aïeux le combat ! à leurs fils la victoire! Oui , de l'humanité la grande et noble histoire , Vous la tenez ici tout entière à la main.

Voyez et méditez ce quadruple chemin, Qui se traîne d'abord , puis qui va, court et vole , De l'éternel progrès pittoresque s}rmbole

Ne m'en voulez donc plus. Au repos du rocher , Oui, oui, chers compagnons ^ j'ai du vous arracher. Allons , remerciez-moi : c'était certes la peine De monter un instant au sommet du Rond- Chêne;

Et comprend-on qu'un point de si plaisant regard Ne soit , comme le fort, indiqué nulle part?

Bovy pousse à deux pas sa belle Promenade , Et ne dit rien. Mais moi , j'aurai ma wallonnade ; Et quelquefois Tbiver, au coin du feu chéri, Je vous régalerai d'Embour à Mont^Méry,

Mais des pauvres humains admirez les caprices. <( De Spa, s'écria- t-on , ravivons les délices : «( Attirons l'étranger , charmons le voyageur <( Par un abord facile et tout plein de douceur. » Et la vaUée obtint une excellente route.

Les riches fainéants vont affluer sans doute : Yoyctz , quel bon chemin ! quel tracé! quels beaux plans f Çhbien, le chemin fait, pendant deux ou trois ans IL advint qu'un peu moins la richesse malade Visita du Ppuxhon la salubre naïade ; Et vous saurez pourquoi : tout juste à ce propos , Une aimable marquise un jour me dit ces mots :

« Vraiment, mon cher auteur, Spa ne me platt plus guère.

« Ce n'est plus un recoin isolé de la terre.

« C'est bien fade et commun , bien aisé d'y venir.

« En partant de la Meuse, on n'a plus à franchir

« Ce pays montueux, ces âpres solitudes,

H Qui nous jetaient soudain loin de nos habitudes.

«( J'aime autant voyager à Gembloux que voilà ,

« Que d'aller de Gorroy tout couramment à Spa.

« On sait un plat chemin comme en suit tout le monde.

« Plus de cime à gravir y plus de gorge profonde ;

« Sur un vaste plateau plus de grand ciel ouvert;

« Plus de rustique bétel , perdu dans le désert ;

«c Plus rien d'aventureux, de neuf, de romantique;

«( Ah ! pardon , mais je reste en mon castel antique. »

Ainsi parlait Madame. Et vous , mes chers Spadois , Créez , créez encor de beaux chemins tout droits !

Mais les braves Spaddîs qui ne sont pa& des buses , Deux mois pour la réplique ont invoqué leurs muses ; Et puis ils m'ont crîé î « L'on a double chennrin , « L'un au creux du vallon , très-sur et très-chrétien ; « L'autre courant par saufs et par bonds sur la crête. «Vous n'avez qu'à cboisiK... » Par ma foi, pas si béte : Et la foule aussitôt de raccourir à Spa , Ceux-ci parle vallon , et par les monts ceux-là. Le remorqueur alors ne fumait pas sans doute.

Descendons à présent; reprenons la grand 'route.

Le mont des Eburons , le haut plateau, d'Embour ,

De versants escarpés bordç tout à l'entour,

Entre la Vesdre .et l'Ourte est comme une presqu'île^ ,

Tenant à Beaufays par un isthme qui file ,

Qui file étroit et mince entre deux creux profonds ;.

Voyez , plongez de l'oeil aii sein de ces vallons :

D'un cété Colonster et de l'autre Ninane. .

G*est par ici, dit-on , que loin de sa cabane,

Pour échapper Aufer d;es conquérants Romains,

Ambiorix vaincu s'enfgjt chea les Germains*

Sa cabane ! ... oui , messieurs ; Sa majesté Celtique^

N'avait pour tout patois qu'un mauvais toil rustique;

Oh ! les temps sont changés , bien changés pour nos roi» ; Mais le peuple est toujours peuple comme autrefois : Un peu mieux cependant, mais il faut mieux encore.. Libre, on Testa souhait. Mais après?... je l'ignore. Il faudrait bien aii peuple un peu moins de labeur^ Un peu plus de morale , un peu plus de valeur. En de certains pays , par exemple, en Autriche, Le peuple bien portant, aisé ] mais non pas riche^ Travaille sans sueur à son pain quotidien.

Et son roi paternel ne le tourmente en rien.

Il mange, il boit, il danse, il est toujours en fête. Eh bien ! le comprend-on ? ce peuple est assez bêle

Pour ne rien entrevoir, rien désirer de mieux,

El pour se contenter, mes amis, d'être heureuii

Mais en Belgique , en France, oh ! c'est bien autre chose,

La liberté ! voilà notre ineffable rose ,

Notre rose d^amour , de joie et de plaisir.

Être libre d'abord , et puis de faim mourir.

Non 9 non ; ne rions pas. Le problème est immense.

Moi , le corps bouffi d'adse e! gorgé d'abondanèe ,

Si je respirais l'air qn'on laisse à FAutrichien,

J'étoufferais sur l'heure en ma peâu de chrétien ;

Car de la liberté Y^ï vu le doux sourire ,

Et le bonheur d'un porc ne saurait me suffire*

Oh ! oui , de la matière il faut subir les lois ;

Mais notr^ àme immortelle a bien aussi ses droits.

Dieu n'a pas dans un champ mis Thomme à la pâture :

Qu'il soit libre et pensant ! Des mains de la nature

Libre il sortit , et libre i) doit vivre et mourir*.

Je laisse à Ducpétiaux le soin de le nourrir.

Mais je le vois , amis ; fuyant ma politique , Vous courez du regard ce pays magnifique :

Vous avez. bien raison. Voulons-nous en passant Aller de Beaufays visiter le couvent ?

Au milieu de grands bois , dans Un désert immense , Dans le siècle douzième , il fut bâti , je pense. Ail ! si tous les couvents , tous ces réduits pieux Que l'heureuse Belgique en nos jours trop heureux Aux dix points cardinaux incessamment voit naître, Oui, si tous ces couveots aujourd'hui pouvaient être Ce que fut autrefois celui de Beaufays , Moine vous me verriez dès demain , chers amis. Car Bouille nous apprend , et Bouille est très-fidèle , Que ce doux monastère était mâle et femelle , Moitié moines joufflus , moitié fraîches nonains. Il naquit , par malheur, quelques petits chrétiens : De façon que plus tard , nécessité cruelle !

Il fallut bien du mâle éloi^jner la femelle.

La femelle en pleurant partit pour Yivegnis , Et le mâle en jurant resta dans Beaufays.

Le couvent est debout. Mais sa forêt antique N*est plus depuis longtemps qu'à l'état historique. De beauûp hêtres sans doute en couvraient les taillis ; De là, chez nos Wallons , le nom^ de Beaufays. La forêt disparue, on n'eut plus à sa place Que l'humide et le froid , que le ciel et l'espace , Qu'un désert de Bruyère et de mousse et de jonc. Voilà trente ans et moins , j'en vis encor bien long. Mais depuis, oh ! depuis , la jeune agriculture , Au foyer de la paix retrempant son armure , Attaqua la bruyère , et l'attaqua si bien Qu'avant cinq ou six ans l'on n'en verra plus rien. Voyez ce foin de roi, ces vrais épis de reine : Ainsi , dans quarante ans , nos fils verront l'ardenne»

Sur la droite à présent. Car ici, mes amis , Nous quittons la grand' route , ainsi que Beaufays ; . Et poussant avec feu vers le havieau des Oies, Nous allons nous lancer en de nouvelles voies , Dans d'humides ravins , sur des sommets ombreux , Dans le vaste désert de la forêt d'Esneux.

Ah ( que j'aime des bois la solitude et l'ombre, £t les grands bruits du vent dans le feuillage sombre , Et tous ces bruits sans nom qui ne cessent jamais ! Combien de fois je vins respirer ces forêts ! Combien de fois , aux jours de mon adolescence, Je vins , des tendres fleurs adorant la science, CueiUir , analyser , baigné d^un air bien pur. Ces corolles de feu , d'argent , d'or ou d'azur. Qui brillent au velours de la verte clairière !... Mais chut! on pourrait bien m'écouter par derrière. Et puis me rire au nez. Car aujourd'hui , ma foi , Les loisirs d'écolier , c'est un je ne sais quoi

Composé du cigarre et de la politique.

On se ferait momie à parler botanique.

Tous ces pauvres enfants me font vraiment pitié.

Pour avoir à quinze ans pauvrement mordillé

Quelques pauvres croûtons fournis par la gazette ,

Ils pprtent haut le front, embouchent la trompette ,

Se jugent appelés à régir Funivers ,

£t ne sont dans le fond que des ànons tout clairs.

De grâce, 6 mes enfants, repassez vos classiques ,

Apprenez votre langue et vos mathématiques ,

Faites môme à Tesprit profiter le loisir ,

Et puis à vingt-cinq ans nous vous verrons venir.

Moi, je me réjouis tous les jours davantage D'avoir , de botanique amusant mon jeune âge , Couru la fleur des bois et la fleur du vallon , Et pris mes passe-temps le nez dans le gazon. Cela vous fait aimer la campagne paisible.

L'ennui, ce lourd bourreau , vous devient impossible. Partout , à la forêt , à la plaine , au rocher , L'on trouve à se distraire, à voir, à s'attaciier.

Cela vous rend meilleur , car douce est la science ; Et je ne sais pas trop s'il est sans importance De pouvoir distinguer mieux que les marmitons Le persil, la ciguë et tous les champignons.

Mais nos grands érudits , je ne les aime guère. Ils m'ont des vastes champs gâté tout le parterre , Cachant mes jeunes fleurs sous de mah sobriquets , De non sens et de prose attristant mes bouquets , Et dans les secs détails de leur nomenclature Jetant tous mes trésors bien loin de la nature. yaleriana phu^ me dit certain auteur :

Mon Dieu ! pourquoi pas fou , du nom de l'inventeur? Et voilà que cet autre en vrai pédant m'étale Yélar officinal , Euphraise officinale.

Et puis le cynoglosse encore tyfikSiial,

Sans compter le surean toujours officinal;

Et cent fois rofBcine!... Ah! t)ourreau, veux^-tu faire

Du beau temple de Flore un trou d'apothicaire'^

Et que vîens-*tu chanter de g€um urbanum ,

De draba muraks , de bromus tedprum?

La terre a donc gardé ces ifleurs dans'çes entrailles ,

En attendant qit';on fit des toits et des .muraHles!

Le traître enoor nous nargue , et crtra , soyez sûrs ,

Que c'est sur les rocbers que crott la fleur des murs. .

J'enrage. Et pour surcroit de mes vertes colères , .

Yoilà que Ton me pousse au carré des vulgaires :

Vechtum vulgare , la chara vulgarts ,

Vhordeum vulgare , le pyruê communis ,

Populace de flore à leur sotte étiquette.

Mais s'il est du vulgaire, oh! c'est bien l'épi thète.

Commun , tant qu'il vous plaît : ah ! commun , Dieu merci !

Le commun à Milan l'est- il encore ici?

Et la belle Ancholie, en nos bois si vulgaire ,

De rara vers Pékin vous la traitez , j'espère.

Ah ! que j'aime bien mieux l'oroôe du printemps , Le néflier de Gesêtter , le tendre épi dès vents , Et Y Ophry s porte-abeille et le vert ellébore! Voilà mes noms, à moi, voilà tes noms, ô flore!

Mais croyez-bien , messieurs, que isur tous ces peints-^là

Le franc et pur wallon vbus en reînontrera . •

Il faut , il faut la vdir notre flore rustique

Marquer tous ses enfants d'un mot simple, énergique :

Ici le florin d'or , là le pain des coucous ;

C'est la crosse d'abbé ; c'est l'airellé des loups ,

C'est la plante de mort , le dé de notre dame ,

La.., (chose) de souris et la ti*ippé-*madame , '

Rabat -Joie et Pétard et prunier de cochon ,

La morsure du diable et la fleur du lion ,

Enfin des AlleiB£Hidjs e'est la jaiine enloAle ; . Avouez qu'après ça votre Flore esl .bien s&lte*

Mais voici que desboiS nous quittons le couvert;

Et le grand horizon devant nous s'est ouvert. '

Vous le voyez, amis; plus de rîcbe campagne. .' • ' '

De lourdsTquôrtiers de roc pesant sur la anôntagàtî , '

Le genêt cà-et-lA poussant un maigre britt, ^ »;

Et la famine assise au sommet du ravin'. '- ' '^

Mais contemplez dii moifts dans ce désert sauvage ' ' '

La riante oasis , attestant le couragfe

El les robustes bras du pauvre jardinier "['

Qui de rien en ces lieux suttout faire et créer.

Il s'appelait Fastré : pleurons sa destinée.

Le puissant remorqueur , en passant à CUênée^

Jeta sur rOurte un 'pont; mais par un garde-corps* ' • "

On eut soin d'oublier d'en protéger les 'boiSrfé',* " * ' '• "

Car avant de border les ponts et les chaussées,

On sait qu'il faut toujours quelques têtes cassées.

Le malheureux -Fastré cassa la sienne. Alors " * '

Arriva le génie avec son {jarde-corps : " '' ' * -■ .^ ^ i

Puis avec deux cents francs la veuve est expéffiéê, '

Elle et ses trois enfants : puis, lia tjête payée' i " - • -'

On va sur d'autres points (je pourrais bien" dire T)ft)

Attendreuneaùtre tête avant le garde- fbii. '

Allons , Messieurs , entrons : je me sens en colère. Entrons vite au jardin , où nous allons , j'espère , Cherchant à ^soulager mieux que nos gouvernants La veuve infortunée et ses tristes enfants.

Choisira pleins massifs la rose et la clylie ; Et vous autres, amis , veuillez, je vous en prie, Au sein de l'amitié marquant votre séjour, Prendre aussi quelques fleurs pour ma villa d'Embour. Car j'aime autour de moi que tout parle à mon âme ; J'aime que l'amitié , vive et féconde flamme ,

Puisse animer toujours mon champêtre loisir ;

J'aime que chaque fleur me soit un souvenir.

Et quand seul, retiré sous mes humbles ombrages.

De mes amis absents j'évoque les images.

Oh ! j'aime , en revoyant mes enfonts du jardin ,

A me dire : « Voici de l'esLcellent Marlin ;

« C'est lui qui vint planter ce gracieusL cytise

« Voilà de fiers sapins du val de Goirfalise :

« Ils murmurent le nom du vieux ami Wodon

« Et ce beaa dahlia , Blondeau m'en a fait don , « Blondeau, mon docte ami, l'héte d'Ermenonville. *. « Mais le soleil nous cuit ; cherchons donc un asile « Sous le tilleul-Hubin ou sous le hétre-Hennau , « Bans les coudriers-Marmol et sous le frais bouleau

« Qui vit de Weustenraad palpiter le génie

« Quelle est donc cette rose à peine épanouie ?

« De Saint-Point ! Ah, jamais un plus noble berceaa«

Et je dis Lamartine , en ôtant mon chapeau .

Ainsi dans mon jardin tout me parle et s'anime : A l'entour de mon cœur j'ai mon escorte intime : Je ne suis jamais seul; et vous tous, mes amis , Vous aurez beau partir, je vous tiens au logis. Venez donc me <Aoisir quelque modeste plante. Hais avant , pour payer ma poitrine éloquente , Prenons, un pot de lait sous ce berceau fleuri ; Et voilà ma chanson i^Embaur à Moni-Méry.

Page 1