MONTFORT
lU briieront jaiqu^aax débrU euz-mâmea !
Paoiv* Stvbbits , Souoenirt d'un étudittnt,, ArrdtM , arrétei , Tandales I
Ab. Mathiiv; Olla-podrtda.
L^ÀNGLAIS.
Holà ! garçon , holà ! Je voudrais bien savoir Tout ce qu'on voit ici de curieux à voir.
Je vous pairai fort bien ; guidez-moi , je vous prie : Vous avez tout le temps de faucher la prairie.
LE FAUCHEUR
Oh! ma foi , notre maître , en fait de curieux Pour le quart d'heure ici je ne vois rien de mieux Que là-haut, tout là-haut, par dessus votre tête , Ce grand soleil tout rond qui met mon herbe en fête. Mais tout rond , tout brillant que soit mon grand soleil. Sans doute en vos pays on a tout le pareil.
Est-ce bien loin d'ici que vous habitez , mattre ?
Angleterre?..., ah, parbleu! je voudrais bien connaître Ce qui devers nos champs vous fait accourir tous. Le monde a-t-il fini du côté de chez vous?
Car j'en vois tous les jours arriver par douzaine; Et la plupart m'ont l'air de souffrir la migraine.
Bs t'en Tont par les bois , par les monts , en Trais fous ;
Et puis d'autres demain. Ne vit-on pas chez vous ?
N*avez-vous point là-bas du foin , de bon laitage ,
De bon grain qui vous fait un bon pain de ménage T
N'avez-vous ni maisons , ni voisins ço^nme ici ,
Ni gens que vous aimez , qui vous aiment aussi,
Ni parents , ni famille , une excellente mère «
Ou de petits enfants qui vous appellent père ?..••
Vous ne répondez pas.. . • •
l'anglais.
Je voudrais bien savoir Tout ee qu*on voit ici de curieux à voir. .
LE FAUCHEUR
Ah , bon ! je vous comprends; excusez, notre maître.
Cest tout comme avant-hier. Je dormais sous ce hêtre.
Juste au coup de midi, quand un beau cavalier, J
Faisant claquer son fouet , s'en vint me réveiller.
Je comptai sept bidets, en tout quatorze bêtes.
C'étaient aussi, ceux-là, d'assez plaisantes têtes ,
Qui riaient, qui chantaient , qui bâillaient au plus fort ;
£t je les conduisis au château de Montfort.
Oh ! ce n'est pas bien loin. Tenez, s^r ces collines.
Droit au bout de mon doigt voyez-vous ces ruines ?
Nous pouvons y.içojitQr,
l'aaglais.
Oui, o.ui , je v^ux jsa^oîr Tout ee qu'on voit ici de curieux à voir»
LE FAUCHEUR
Ah , parbleu ! dij^ pays., cher mîlqrdd'AnglçJjerçe* Je vais vous en mQntrer çom^pon ii[e^ 'ÏPO^^ 8^^!? î C'est moi que le canton a &Mrnpflnji.é BJag-ior.V* Et vous verrez biç^têt^qujB. ce a'est pa^^i tort»
Marchons , aiilord ftnglàiit. Le ciel est a inerréifiè ,
Et prottiét'de tle^ix teinpis tihè pleine corbèinéî
Mon foin n'a Héh qai |)résse; il sera fait demain.
Venez donc par ici; c^est le meillëttr cbemin.
Mais, sous correction , vous me sembler fort Sfôlé;
Et Tfaiment tons les jours j*en rois qui font ce rôle ,
Qui ^ partis de Bien loin , ont traversé la mer ,
Qui viennent par uri temps â griller Idcîfer ,
Qui grimpât hbi rocliers , cjui percent nos bruyèrëé ,
Et tout cela pouï* voir de vieux monceaux de pierres.
C'est donc bien ciirléux que de pareils monceaux?
Nous en âVons , pardiénhë ! enCor de bien plus beàîix.
Là-bas , dans le vallon , sont de grandes carrières :
€'est là , milord , c^est là qu'on voit de fières pierres {
Ça vous est bfen taillé^ ça vou^ fait des maisons^
Des croix pôui^Ies tombeaux, dès bacs pour les cocboni ,
Et ça met au gousset mieux que des ïi>agatelles.
Car n'étaient (entre iious) ihes petite^ drin^uetteê.
Quel sou péiif-ôri gaghëf à' vos ^ièïïx bïtittiénts?
Par ici donc, JâJlôfdî... dite dfable à tous moméntij
Enragez-vous à'jinëf piaf ces rudes' rocaille*,
Pour vous casser le nez , vous tordre ïei^ ëritrailïéiif».v
Pan ! . . • votrs voilà ^àr terré . . .
Our, jevoiriaiv Tout ce qu'on voit ici de éftri^ui^ à' vôfr.
LE FAUGHEUA*
Parbleu f vous avez vu votre nez sur la terre. Montrez-moi ce nez-là. •. Bon! ce n'est rien', j'espèm; Mais voyageant ainsi , monsieur, vous ferez bien De prendre en compagnie un maître chirurgien. Ah ! vous courez déjà..... Par ma foi, bon voyage ! Mes soixante ans, milord, m^ont défendu Fusage De grimper haut et raide en courant comme un sot. Ctux qui n'ont rien à faire , ainsi font tout au tret :
Cest agir bêtement, je vous le dis sans gène. Grâce à Dieu , m'y voilà... Mais j'en perdrai Thaleine Admirez vos monceaux. Pour ma part je me tais, Et sous ce pan de mur je vais prendre le frais.... Ouf! j'ai perdu Thaleine
A la fin je respire.
Et je puis commencer tout ce qu'il faut vous dire. Je dis donc , mon anglais , que des soldats romains , Par un certain César conduits sur nos chemins , Vinrent bâtir Montfort au vieux temps de nos pères. Mon grand papa vingt foi6 m'a raconté ces guerres. Aussi nos paysans , en défrichant ces bois, En cultivant la terre autour de ces endroits, . Ont trouvé dans le temps de vieux sous de fabrique Qu'on n'a jamais voulu leur prendre à la boutique , Où d'un côté se voit à ce qu'on dit un char , De l'autre le portrait de l'empereur César, Même, voilà neuf an&y mon cousin Pierre Ignace, Sous la tour de Poulseur que vous voyez en face^ En déplantant un arbre, a morbleu découvert Une petite tête en vieux métal tout verd.
Qui sur le haut avait comme un trou pour la pendre. Le cousin pour trois francs réussit à la vendre. Mais voici l'amusant. L'acheteur du bijou Ne sut à quelle sauce accommoder le trou ; Et voulant le savoir, lie voilà qui convie Je ne sais quelles gens qu'on nomme Académie^ A s'occuper gratis d'examiner l'objet.
On discuta deux jours sur ce fameux sujet.
Un des savants , dit-^on , y vit une amulette ; Un autre y voulut voir le bout d'une sonnette : ' Mais moi , de tout cela j'ai ri comme un canon. Oui, moi, vieux grenadier du grand Napoléon , Qui fus à Marengo , qui courus l'Italie, Qui pillai vers Milan , Turin , Alexandrie , Vingt superbes châteaux de ducs et de barons , Pleins d'objets singuliers de toutes les façons ,
Qui vingt fois avais vu de ces têtes anciennes
Au moyen de leur trou pendant à des romaines ,
Je disais au cousin : » C'est un trou fort connu. »
Mais les savants, je crois, n'avaient jamais rien vu.
Pardpn , maître , on dirait que vous n'écoutez guère ;
Vous regardez au loin ; vous paraissez vous plaire.
C'est donc bien beau, milord; oh ! c'est beau : voyez- vous^
La rivière qui coule à cinq cents pieds sous nous ?
C'est rOurte aux claires eaux , miroir de ces ruines ,
Qui fuit , tourne et retourne autour de ces collines f
Et \k, tout vis-à-vis , couronnant l'autre bord ,
C'est la tour de Poulseur, le pendant de Montforf;
Fameuse tour aussi, que César fitconstruire.
£h bien , mon cher monsieur, je me suis laissé dire
Que sous rOurte un chemin faisait au temps jadis
De Montfort et Poulseur deux époux fort unis.
Mais vous prenez , monsieur , la plus drôle des mines.
Ah! ah ! je sais pourquoi Miroir de ces ruines
Couronnani Poutre bord Deux époux fort unis
Toujours, quand j'en viens là , tout le monde est surpris»
Je vous dirai tout bas qu'à l'endroit où nous sommes
J'amenai l'an passé trois fiers effameux hommes ;
Oh ! oui , trois fiers lapins. L'un était un petit ,
Frétillant; sautillant comme la puce au lit:
On l'appelait, je crois, Weustenraad Te poète.
Puis venait un moyen qui portait haut la tête ,
Van Hasselt , sauf erreur. Puis un grand, fort peu gras ,
Ayant un plaisant nom... comme Alfred Nicolas.
Ah , parbleu ! notre maître, il fallait les entendre !
C'était vraiment si beau , qu'on ne pouvait comprendre.
C'étaient des mouvements , c'étaient des embarras 5
Leurs trois langues semblaient faire des entrechats ;
Enfin ^ maître, ils parlaient comme on ne parle pas.
Le petit dît d'abord : <« Miroir de ces ruines. »
Le moyen ajouta : « l^ourne autour des collines, »
Et le grand à son tour : « C'est VOurte aux claires eaux. »
Moi , qui suis un malin , j'écoutais leurs grands mots.
fen fourrai quinze à vingt daos ma bonof mémoire « Et j'en ials mon profit en contant mon histoire* Or donc, je vous disais.. •
l'anglais.
Je voudrais bien savoir •••
LE FAUGHEUA.
Suffit, miiord, suffit. Du curieux à voir,
En voilà plein vos yeux : voyez ces vieux décombres I
Voyez ces vieux pl&tras et ces vieux trous tout sombres (
Voyez ces vieux remparts ! En voilà-t-il du vieux?
En veux^tu? en voilà l... bo , que c'est curieux I
Admirez donc , morbleu l Ce n'est-il pas merveille ?
Tenez, miiord, faut-il vous le dire à Toreille?
J'aime aussi Montfort , moi, faime beaucoup Montfort ;
Car Montfort tous les ans m'est d'assez bon rapport.
Mais par malheur on brise , on ravage, on saccage :
Les petits ne sont pas les moins forts au carnage :
Voyez ; Fenfant ici vient jouer, et l'enfant
Qui , s'il casse et détruit , se croit un vrai géant ,
A sapé peu-à-peu ces énormes murailles.
Parmi nos manants même , un vient pour des pierrailles
L'autre pour du ciment : c'est banal et commun ;
L'autorité d'£sneux laisse faire à chacun ;
Et mon pauvre Montfort , s'en allant pierre à pierre ,
Ne sera plus bientôt que terre et que poussière.
Ah ! vraiment c'est pitié ; vraiment ce n'est pas bien :
Avant trois ans d'ici l'on ne verra plus rien.
Et pourtant , cher miiord , cette vieille carcasse
De gens aux bords de l'Ourte attirait une masse.
Puisqu'ils aiment cela , ma foi , chacun son goût ;
Nous y gagnons un peu, n'y perdons rien du tout;
Et permis à quiconque a le cœur aux masures
D'en parler , d'en rimer , d'en tirer des peintures.
C'étaient donc tout l'été des anglais^ des français ,
Quelques belges aussi parmi les moins épais ,
Nous arrivant de Tiff , de Spa , de Chaudfontaine ,
Qui buvaient notre lait , qui payaient notre peine ,
Qui semaient quelques sous au pays que voilà ;
Avant trois ans d'ici plus un seul ne viendra.
Oh ! je voudrais qu'enfin , se mettant en campagne^ ,
La belgique allât faire un tour en Allemagne.
Elle apprendrait là-bas comme on sait conserver ,
Acheter au besoin et toujours réparer
Tous ces vieux monuments , l'honneur de la patrie.
Voilà ce que disait un monsieur d'Italie ,
Qui nous vint l'autre jour ; il arrivait du Rhin ,
Et n'avait vu que burgs le long de son chemin ;
Car c'est ainsi qu'au Rhin tout viefux château s'appelle.
« Votre gouvernement perd-îl donc la cervelle
« Pour laisser , me dit-il , périr ainsi Montfort ,
« Montfort que Ton connait du midi jusqu'au nord ,
« Et que des fils d'Aymon l'histoire populaire
« Depuis bientôt mille ans montre à l'Europe entière? »
Puis il me demanda si nous avions céans
Une commission veillant aux monuments ,
Qui s'enquit de quel droit les voisins , les voisines ,
Venaient creuser ^ miner et fouiller ces ruines ,
De quel droit les manants du village prochain
Se rendaient pas à pas les maîtres du terrain ;
Qui voulût bien chercher si ce manoir aatique
Ne serait pas plutôt propriété publique n
Qui prit garde en effet que Montfort autrefois
Etait un château fort des citoyens liégeois ,
Et s'il fallait enfin racheter ces vieux restes ,
Qui pût , pour les payer , ramasser quelques zestes.
Cet étranger vraiment parlait comme un milord.
« Souscrivons , disait-il, pour conserver Montfort;
N Souscrivons ! souscrivons !.... » Moi, ne sachant que dire.
J'ai dit que pour ma part je voulais bien souscrire.
Et vous , milord , et vous ?
l'anglais
Je voudrais bien savoir Tout ce qu'on voit ici de curieux à voir.
LE FAUCHEUR
Goddam ! si tout cela ne peut pas vous suffire ,
Ma fol , cherchez ailleurs ; je ne saurais qu'y dire.
Vos farceurs de pareils ne sont jamais contents :
A peine ont-ils ici flairé quelques momehts ,
Qu'il faut courir ailleurs. Montez donc dans la lune ;
La terre est par ma foi trop vieille et trop commune;
Et si vous rechignez à monter aussi haut,
Veuillez , milord anglais , m'écouter comme il fautr
Gourez^ morbleu ! courez là-bas dans la vallée:
Là-bas , dans le fin fond d'une gorge isolée ,
Vous trouverez , morbleu ! le moulin d^Out-si'ploutj
Puis un hameau plus loin , nommé P^iq^si-ti-pous.
Oh ! oh ! je vois enfin (que le ciel vous bénisse !)
Vos yeux s'ouvrir plus grands que ceux de ma génisse.
En voilà-t-îl des noms, de fiers noms! Et pourtant
C'est tout simple, milord. Manquant d'eau fort souvent ,
Le moulin d'Out-si-Plout compte un peu sur la pluie;
Si bien qu'au bon meunier qui bâille et qui s'ennuie
Nous crions en riant : u Pierre , écoute e'il pleut, »
Quant au nom du hameau, c'est vis-si-tu-le-peux.
Ce hameau , voyez-vous , recouvre une colline ,
Où l'on voyait à peine un genêt, une épine,
Où de soif et de faim les buis allaient mourants :
La commune en fit don à de pauvres manants,
Qui remuant, grattant et régrattant la terre,
Y font enfin venir le Dieu de la misère ,
La crompire^ en un mot. Courez encor, milord;
courez à Brialmont qui vous plaira très-fort :
Oh! l'œil est triomphant du haut de sa terrasse;
Et c'est dessous que Tilf a sa grotte qui passe,
Sa grotte aux grands salons tout de sucre candi ^
Où le diable autrefois dinait le vendredi
Avec jambons de roc et longs boudins de pierre
Qui pendent par milliers du plafond jusqu'à terre ,
Avec bacons de lard aux voùtes attachés,
Mais que le diable seul aurait jamais mâchés.
Et de beaux gros chaux-'fleurs, dont la sauce piquante
A travers le rocher goutte à goutte est tombante; *
Enfin, quoi ? c'est miracle; et je vous dis tout net
Que qui n'a pas vu Tilf est un fameux baudet.
Vous ne l'avez pas vu, monsieur, que je suppose.
Courez donc vite ; et si, vous trouvant un peu chose ,
Vous souffrez du cerveau , des reins , de pieds fourbus ,
D'un nez tombé par terre ou de boyaux tordus ,
Du mal français peut-être ou de la bile anglaise.
Montez à Brialmont ; montez , ne vous déplaise»
Là réside à grand bruit un docteur tout nouveau,
Qui vous guérit de tout avec rien que de l'eau ,
De l'eau qu'on boit, qu'on mange et qu'on sue à toute heure.
On ne sait qu'inventer pour que pauvre homme meure.
Mais courez donc, morbleu! courez plus loin encore
Gourez à Golonster, où la vue est tout d'or.
N'oubliez pas Embour , milord, je vous en prie :
C'est là des Eburons la fameuse patrie ;
C'est là qu'Ambiorix taquinait les Romains;
El c'est là que Ton voit les étonnants jardins ,
L'étonnante maison d'un grand monsieur que j'aime f
Car il vient fort souvent. Mais non... J'y pense même....
N'allez pas voir d'Embour les étonnants parvis ,
Si vous voulez plus tard vous plaire en Paradis.
Et pour voir en effet ^ à quoi bon , sur mon âme ,
Courir si loin d'ici, comme une sotte femme
Qui ne sait s'amuser que hors de son logis?
Voyez autour de vous ; voyez moi ce pays ; .
Voyez à droite , à gauche ; oh î c'est le ciel en terre :
Des Ilots qu'on dirait nager sur la rivière;
Et le long du coteau de grands rochers tout nus ;
Et les prés de Poulseur à nos pieds étendus.
Et ses riant» vergers , sa haute tour en pierre
Qui maintenant encor monte à cent pieds de terre f
Et du Sart au dessus les rustiques maisons ;
Et le Fays qui perche au dessus des vallons ;
Et près de nous , pointé sur no» rudes collines ,
Le hameau de Montfort, bâti de ces ruines.
Tojon» émt ; je Toudh^is vous àéétiurrît Eftfi€»t ; Mais la haattnr le dactie; et vraftmèht c'est Htebent ; Car c'est un beau village , ayant on f^nt de y>iel*ré , Un joli pont qui sort loUt frais dé la carrière , Ayant des boii» bourrés de regards et dé Jeupfé , Des rocs troués à jour dont les Ati^laié édilt foui, Et des malsons qu'on voit s'élever aux montagnes En se donnant la nvâin eomme AkiàHt de cofnpagnéê. Ah ! ah ! farceur d'anglais , vous ricanez tout bââi. Pardienne ! ainsi disait le mébsieur Nicolas. Que ne vieUt-il souvent cet excellent grand hbinnK^f Je parlerais bientôt coinme un sairtt Cbryéesléiîië«
L'Alf«l»Al»k
Mais je voudrais.
LE FAVGHEVR.
Bon ! bon ! soyez servi , milord ; Je vais vous régaler de plus fort en plus fort. Mais gardez sous vos dents votre ennuyeux cantique , Car je sens qu'il pourrait me donner la colique'; Et le plus beau d*Esheux , ma foi , je l'oubllrals. Venez donc avec moi voir le Trou des Sotiais ; Oui, des Sottais , milord. C'étaient de petits hommes « Venus avant le Christ au pays ou nous sommes , Et qui vivaient sous terre en trous noirs et profonds. On les nommait aussi quelquefois des Nutons, Tout le pays alors n'adorait que des diables , Porteurs de noms si durs , si laids , si misérables , Que les Diables mieux nés, plus doux de ce (emps-ci, Auraient honte vraiment de s'appeler ainsi :
Tuisco , Frigga , Krodo , Woden , Thor, et bien pire. Quant au dieu des Sottais , on ne saurait le dire. Mais ce qu'on sait fort bien , c'est! qu'en tous iSes' m^ri^ p Menuisiers, forgerons, tailleurs et- cordonnier^ , Les Sottais n'avaient pas leur pareil à l'ouvragé ; Si bien que vers le soir le» gens du voisinagn'
ITaTaient qu'à déposer aux abords de leur t^n Du cuir pour des souliers, du fer pour un verrou, Des pots à ressouder ou tout autre commande (Mais , comme déraison , en y joignant Toffrande D*un pain , de quelques œufs ou. dUiQ.boo pot de lait) , £n moins d'un jour ou deux c'était ouvra|içe fait; Et de même à la brune on venait le reprendre. Jamais pendantle jour on ne put les surprendre^ Cela dura longtemps. Maison n'a plus ^rien vu>. Quand la croix du Sauveur sur nos monts a paru. Voilà du curieux, et même on peut le dire , Voilà du sérieux. Car .tenez , j'aime à rire , A rire , à badiner, mais ne ris plua du tout , Quand le nom du bon Bien vient se placer au bout. Cest qu'aussi le bon.Dîeu , c'est lui qui sur ma tète Tient en mains le soleil , ce beau soleil de ftte y Qui fait pousser mon foin , itton regain tous les ans , Et qui donne à manger à mas petits enfants... Mais je crains , entre nous-, quelque sainte bêtise : Tel se plaît un peu trop à sortir de l'église , A fourrer le bon Dieu dans ceci , dans cela ; Peut-on penser qu'au fond l'àme et le ciel sont là ? Je vous le dis tout court , tout ça ne me plait guère. Comment va. le bon Dieu j milord » en Angleterre ?
t*AN6LAIS.
Mais je voudrais savoir...
LE PAUGHEUE.
Oh f bien, oui-; pk^neE-^vou», Quand mon bon vieux tambour vknt de f^reàgramlscoups Défiler le pays devant votveExcellence !
D'honneur, vous^ variez fort peu. votre éloquence. Vous voudriez: toul samrl..... Ehbjea , saxshez^ mildrd, Que la tour de ?oul^¥.qu!on voUvà J'aiiitreb^rà, En de vieux doç^uments qii^ je ne .saurais lire , A nom de Rênantêin^ Rimm»tfmn.<, e'e^t^à dire.
L« château de Renaud
l'àuglàis.
Je voudrais bien savoir Tout ce qu'on voit ici de curieux à voir.
LE FAUCHEUR
C'est vrai, ho I c'est très- vrai. Par ma vieille moustache ,
Vous Favez dit assez pour qu'enfin je le sache.
Voici du curieux. Les quatre fils Aymon
En cour deCharlemagne ayant fait le démon ,
Enfourchèrent Bayard , et craignant les Géhennes ,
Gagnèrent au galop la forêt deà Ardennes ,
Mais non sans défier et pourfendre en chemin ,
Tantôt un fier géante tantôt un paladin ;
Et sur rOurle arrivés par le vallon des fées ,
Ils plongèrent dans Teau leurs tètes échauffées ,
Puis gravirent ce mont , et le trouvant très-fort ,
Se mirent à bâtir ou rebâtir Montfort.
£t comme ils l'ont bâti ! voyez; Tunique entrée
D'un double pont-levis avait été barrée.
Quel mur au grand donjon! Quelle aimable grosseur!
Mesurez, mesurez; douze pieds d'épaisseur.
N'auriez- vous donc pas lu dans nos vieilles chroniques ^
Des quatre fils Aymon les hauts faits, les rubriques?
Lisez, mon cher milord , lisez ce livre-là ;
Et je vous garantis qu'il vous amusera.
Les quatre fils Aymon , milord , que je les aime!
Lire ce livre-là, c'est le Paradis même.
Ma femme l'a cachée car vous devez savoir
Que je ne puis dormir, quand je le lis au soir*
On y lit comme quoi l'empereur Gharlemagne
Pour venger son affront mit armée en campagne ,
S'en vint devers Montfort , sous sa bannière ayant
Tant, tant de chevaliers que c'était eflPrayant;
Et par un chien de temps comme quoi son armée
Parvint ici bien lasse, éreintée , affamée :
Ce que voyant Renaud du haut de son donjon , Renaud, l'atné, le coq des quatre fils Aymon, n se prit à crier : « Gomment! comment, mes frères! « Vous roulez attaquer ces gens pleins de misères ! u Ce ne serait pas brave ; ils n'ont plus que les os. « Attendons 9 laissons-les prendre un peu de repos, « Et nous leur ferons voir ce que nous savons faire. » On y lit comme quoi Charlemagne en colère Donna cinquante assauts , et treize mois entiers Perdit son temps, sa peine et ses bons chevaliers : Gomme quoi certain jour le traître Hernier de Seine , Admis dans le château par bienfaisance humaine. Se releva la nuit, s'arma de tête aux pieds , Fut ouvrir la poterne à dix cents chevaliers , Et sur ses bienfaiteurs tomba sans politesse , Mais reçu par bonheur comme un diable à confesse, Fut mal mené , pris vif. ....
l'étranger.
Je voudrais bien savoir..,
LE FAUCHEUR
Oui, oui, tout ce qu'on voit de curieux à voir... Fut mal mené, pris vif, et sa peau toute crue Par quatre forts chevaux sans ciseaux décousue : Gomme quoi les morceaux de ce sans foi ni loi....
l'étranger.
Hais à la fin je veux , je voudrais
le faucheur.
Gomme quoi Les morceaux de ce chien dans un bon feu brûlèrent. Et ses cendres au vent du haut des tours volèrent : Comme quoi Gharlemagne, en un grand jour d'assaut, Rencontrant bec à bec le vigoureux Renaud ,
Qui dans les assiégeanls faisaiit terrible entaille, \
Le somma Tertement de quitter la bataille ;^
Et comme quoi Renaud , en digne fils Aymon,
Par respect pour le roi rentra dans le donjon,
Hais rongeant ses deux poings et grinçant de colère :
Comme aussi, sous Montfort, le duc Aymon, le père,
Brave et léal vassal , vrai baron du bon temps ,
Combattait pour le roi contre ses quatre enfants ;
£t comme un de ses fils , le tenant sous sa lance ,
Lui cria : « Trés«clier père , ah ! que j'ai de souffrance
« A vous trouver ainsi chevauchant contre nous!
«c Je vous en prie en Dieu , père , retirez-vous. »
£t le fils , à ces mots , s*esquivant dans la plaine g
Perça trois chevaliers pour soulager sa gène.
On y lit
Hais je veux, je veux, je veux savoir....
LE FADGHfeUR.
On y lit , on y lit comme un chevalier noir
Hit le feu dans Monfort, et comme Tincendie
But tout le vin , mangea tout le pain , croûte et mie :
Comme alors , bien maigris , les quatre fils Aymon
Délogèrent la nuit sans tambour ni clairon ,
Et portés par Bayard sur la terre et sur Fomte,
Firent cent mille tours parmi Tunivers mMde:
Comme à la fin des fins pensant à leur salut ,
Us prirent tout- à-coup grand' peur de Belzébuth,
Et pour maints bons péchés atteints de rèpenta««e ,
Saintement résolus d'en faire pénitence ,
Endossèrent un soir le froc dés pèlerins.
Et partirent à. pied, suivis par les chemins
De Bayard qui vouhil partir de compagnie ,
Lui-même ayant un peu pédié durant sa vie :
Comme ils- eurent plaisir à rosser en passant
Quinze à vingt ehevalierr , tant le diable est poussant!
Comme étant arrivés au rivage de M euse« Us entrèrent la nuit sous une roche ereuse , £t comme en leur sommeil un ramas de larrons Les tua tous les quatre à grands coups de bâtons : Que Dieu garde leur lime et mette au feu ces traîtres ! Alors le bon Bayard, privé de ses bons maîtres , Ayant flairé leurs corps , vit bien que c'était fait , Et renonçant au monde , où plus rien ne l'aimait , S'enfonça pour toujours dans les bois des Ardennes , Où quelquefois encor sur le bord des fontaines On l'entend qui hennit , où souvent sur le soir On voit passer dans Tombre un grand cheval tout noir. Ah , parbleu ! je voulais vous raconter ces choses. Je les raconte à tous. Ce sont bouquets de roses Que j'offre galamment au moment de partir.
A présent, notre maître, il est temps de finir. Déjà le soleil baisse ; et vous allez sans doute Délier vos jarrets pour vous remettre en route. Au revoir donc, milord.... Merci , vous le voulez.... Mais c'est trop, oh ! c*est trop ; milord, vous me;gâtez. Je vais bien réjouir mes enfants et ma femme. Au revoir. Mes respects à vous et votre dame : Revenez au plus tôt. Je vous ferai savoir Tout ce qu'on voit ici de curieux à voir.