MONTFORT
Au lieu de visiter la Grèce, comme j^espérais le faire , au lieu d'aller parcourir le« bords du Géphise et de TEurotas, j'ai fait Tautre jour une excursion sur les bords de TOurte. Montfort était le but. Encore une fois, je demande pardon à certains messieurs d*avOir perdu cinq ou six heures de loisir et de vacances à rimer les souvenirs d'un antique et historique manoir. Le désir de sauver Montfort d'une destruction imminente et complète m'a fait risquer Ces rimes. Voilà le point utile : car je le sais fort bien, dans ce siècle positif, dans cette bonne Belgique qui se tient un peu au massif et au vraysemblable, tout doit aboutir à Tulile, tout, jusqu'à la poésie.»
X)n aurait pu procéder autrement : par un article de journal qu'on ne lira plus demain ; par une notice en prose qu'on ne lira pas même aujourd'hui ; par une pétition aux chambres législatives en faveur de la vieille carcasse des quatre fils Aymon.... c'eût été bien joli.
Mais la poésie se plaît aux illusions. Qui sait , en vérité , si l'humble wallonnade ne montera pas jusqu'à l'oreille du Roi , et si du Roi efle ne descendra pas au ministre^ du ministre au gouverneur , du gouverneur au commissaire de district , du commissaire de district au conseil communal d'Esneux (car
c'çst dans la comatune d'Esneux qu'est siluë Montfort)? Et qui «ait enfin si , dans le sein du conseil communal, quelque voix amie ne se fera pas entendre pour pousser à la conservaUoa d'un vieux monument qui attire a chîique instant des étrangers dans la commune ?
. Je demande même la permission au révérend curé de la paroisse, ainsi qu'au receveur dés domaines et au juge de paix du canton , de leur adresser un exemplaire de mon œuvre, en les priant, chacun en ce qui le coneerne, de voir un' peu ce qu'il y aurait à faire pour le salut de nos respectables ruines.
J'examinerai s'il ne convient pas également de gratifier d'un exemplaire monsieur le garde-champétre.
L'instituteur primaire ne sera pas oublié.
J'espère aussi que la commission des monument^ ne sera pas insensible a mon petit chant national.
Je ferai peut-être bien encore d'adresser un exemplaire de xna wallounade à M. le duc d'Arenberg; car si j'en crois quelques vieilles chartes et notes que j'ai fouillées l'autre jour, le vieux Montfort qui appartint longtetupsaux La Marck pourrait bien appartenir aujourd'hui aux Arenberg , leurs hoirs ; et certes il serait digne, bien digne de cette grande et historique famille de.conserver les dernières murailles de ce noble et antique manoir«
On ne sait trop dans la commune même à qui ces ruines peuvent appartenir. Elles sont en quelque sorte abandonnées au premier occupant.
Quant à moi, j'aurai rempli ma tâche; et si, dans quelques années, l'artiste ou le voyageur qui gravira le haut rocher de Montfort ne trouve plus vestige de son ancien donjon, je décline toute la responsabilité d'un attentat aux droits de la patrie, des beaux-arts et de l'histoire.
Il est. vraiment fâcheux que Montfort ne soit pas seulement un tout petit électeur champêtre. Je vous assure qu'alors, il ne serait pas oublié.
• Yéicî dans quels termes ta chronique dé Jèati de Los , à i^aù- Bée 149^9 rapporté là desti^iletioit de Montfort, tombé alors au poavoir de quelqueé brigaods qui y avaient étabfi leur repaire :
« Nempe permîssidne Doildiûi Leodiensis, dux Willelmus Ju- « Hacensis una cum priocipibus Alemanniâë multis expensis « ca&trum de MootFourt latronum latibulum fwrtebter obsedit, « et tandem obsessum obtinuit et obtentum funditUs destruere c( curavit. ».
Voyez les Documenia relatifs ùùx trouhhs dm pays ia Liège, publiés par M. de Ram dans la collectîoa des Chroniques belges inédites^ P^ë^o 111. Mais je crois qu'il s*est glissé une légère inexactitude dansl^excellente (able analytique dont mon savant confrère a fait suivre ces Documents, et où Ton trouve confondus le cbàteau de Monlfort, «itué dsfns lé {lïiysdë Liège, et un autre cbàteau du même nom, situé dans la G^eldre. Il est question de ce dernier à la page 1I7«
Holà 9 garçon ^ holà ! )e irotidriais bien savoir Tout ce qu'on voit iei de ctrrîeux à* voir.
C'est un anglais qui parle. On perdrait done ton latin ^ et sortifut son français, à se poser en grammairien puriste k
propos de cette phrase. Je déclare au surplus Tavoir entendqe; et j'en ai pris bonne note , car elle m*a paru suffisamment anglaise , exprimant asses bien cette manie des touristes qui veulent voir, voir , tout voir, et toujours voir.
iftaîs h'élaîent (entré noud) mes petites drînguelles.
DringuellCf mot wallori sîgnîGant pour ftotre , du flaâiand dfinkgeid {argent 'à boire). Le voisinage explique le grand kiombrede siots flamands ou aliemonds qui se rencontrent dans nos patois.
Je dis, mîlord anglais, que des soldats romains , Par un certain César conduits sur nos chemins. Vinrent bâtir Montfort aux vieux temps de nos pères.
Monlfort est-il d'origine romaiqe? Pourquoi pas? Namur a sa tour de Cësar, Louvaîn son château de César, et Mons aussi, je pense , sa montagne de Cësar. Il peut donc se faire que César ait fondé Monlfort. Cela n'est ni probable oi improbable ; mais cela n*est pas impossible.
Nous aimons assez, nous autres Belges, à mettre sur le compte de César tout ce qui nous parait être un reste des anciens Romains; et vraiment il est beau de personnifier tout un graud peuple dans un seul grand nom.
Le docteur Bovy n'est pas éloigné d'attribuer au chlteau de Montfprt et à la tour de Poulseur , sa voisine , une origine analogue à celle des cinquante forts que Srusus, indcpeadamment des lieux qu*il garnit deppstes militaires sur les bords de la Meuse , fit bÀlir aux frontières du Rhin , sous le règne d'Auguste , pour arrêter les irruptions des barbares, u On le croira « sans pçine, dit-il, si l'on remarque que le principal chemin ti qui traversait le Coodroz en ce sens venait aboutir à TO^rlbef « à quelques pas au dessous de Poulseur. Ce cheipip ^e <( nomme encore /y vi tige (vieux chemin); une tradition con- « stante en fait une voie romaine, et il se trouve désigné dans t( beaucoup de vieux actes par le nom de tige de César, »
César ! toujours Céi^^r {
Voyez 1^ Promenades historique» dttns U pà^ de - Li^^ tome â , pa|^ loi • — Voyez aussi Fbrus, Res Romanœ^ iib. !¥ ,
loap. Xil.
Le voilà qui convie
Je ne sais quelles gens qu'on nomme Académie.
II parait que notre faucheur des bords sauvages de VOurte
«e ressent un peu de cette béotie Belgique qui prise assez peu notre Académie , qui même en ignore TexiMence ou bien bausse les épaules rien qu'à TentenJre nommer, tantôt par complète et crasse ignorance , tantôt par secrète envie.
La docte compagnie doit se consoler. S'il existe quelques Belges qui la connaissent à peine, on la connaît fort bien , elle et ses travaux , à Paris, a Londres, à Berlin, à Philadelpbie ; ^t les savants de ces grandes capitales tiennent à honneur d'entrer dans le sein de VAcaJèmU royale des Sciencei ei BelleS" Lettres de Bruxelles.
Notre facétieux et très-prolixe faucheur exagère , et beaucoup. Il invente même. La voix des Béotiens, en parvenant d*échos en échos jusqu'aux déserts de TOurte, se sera encore altérée considérablement en chemin. Le buste en bronze a été effectivement trouvé non loin de la tour de Poulseur. Il appartient à M. l'avocat Jottrand, de Bruxelles. H. de Reiffenberg, en le mettant sous les yeux de l'Académie, se contenta de le décrire sans indiquer quelle avait pu en être la destination. M. Roulez l'examina ensuite, et y reconnut on Bacchus, couronné de lierre , qu'on pouvait prendre d'abord pour un carveto à la bélière dont la tête est surmontée, mais qu'un examen plus attentif ût bientôt restituer à sa vraie nature de poids servant h l'espèce de balance dite romaine, •— Voyez les bulletins^ de TÀcadémie, année 1885, tome 4 , pages 1S4 et S75.
Je puis renvoyer très-couramment mon lecteur aux bulletins de l'Académie. Mais pourrais-je le renvoyer également au recueil de ses mémoires? J'en doute, quoiqu'il y ait là beaucoup de fort bonnes choses. Mais ici encore à de grands résultats de petites causes; et j*ai tout lieu de croire que ce qui feiit un tort assez notable à l'Académie , c'e&t le format in-4* de ses mémoires , qui n'est plus de notre temps , de nos goûts et de nos habitudes.
En nous reportant dans le temps passé, nous pouvons nous représenter le savant , Térudit , incrusté dans son fauteuil de cuir, une grosse table de chêne devant lui , snr la table un
gros pupitre, sur le pupitre un gros tn-qùarto, et sur rin-quarto la large fête du savant courbée et recueillie^ flanquée à droite d'une écrîtoire, à gauche d*une grande sphère, le tout formant comme un groupe de marbre de la plus parfaite harmonie, mais froid, lourd, itaassif, éminemment immobile.
Cest là, par malheur, de la statuaire antique. Nous ne sommes plus taillés de la sorte. Nous lisons debout , assis, à la maison!, au jardin, en parcourant le pont d'un bateau à vapeur, en Tolabt sur un chemin de fer : si bien qu'à l'exception des hommes spéciaux , des savants d'âme et d'état, on néglige singulièrement aujourd'hui l'incommode et pesant in-quarto qui d'ailleurs coûte fort cher. £n fait de livres on vise beaucoup a l'économie. Les livres sont au rabais. Tout le monde consent à recevoir gratis le recueil des mémoires de l'Académie. Mais personne ne l'achète. Peu de gens le lisent; et il va s'enfouir obscurément dans les grandes bibliothèques, oii vous retrouverez, hélas ! cette vénérable collection, bien que pleine d'une multitude de choses à lire , à étudier, à retenir, dans un état de conservation vraiment désespérant. Faut-il ajouter que les livres qui n'ont guère de lecteurs finissent par manquer également d'auteurs, et que nos savants académiciens, quj après tout écrivent pour être lus, ne sont plus immensément tentés d'aUer s'enterrer tout vifs dans ces gros in-quarto. Auteurs et lecteurs, tout Fe mondecourt maintenant au recueil des bulletins, format honnête, humain, civilisé, mais où commencent à s'entasser trop de choses qui ne paraissent guère coûter aux auteurs que des frais de copie.
Cependant un monsieur m'a fait une grave, forte et redoutable objection. « Vous oubliez , m'a-t-il' dit , que de temps H. immémorial les mémoires de notre Académie sont imprimés «t dans le format in-4**, et que tout cela présente une belles et «t uniforme collection , R)rt agréable à Tcnl. Allez â présent «4 l'interrompre par des in-8"; et vous la rendez toute borgne « sur les rayons de ma bibliothèque. C'est d'ailleurs le format <( de la science, le format consacré, le format vraiment acadé- « mique. » : . . '.
Vous compreocz qu'a dea objections de celle farce je n «vais absolument rien à répoi;idre. Je ne veux priver leuyeux de ({ui que ce soit au monde de voir sur les tablettes de nos bibliothèques des séries d*in-4° vraiment académiques, et surtout d*une propreté ravissante, sans la moindre souillure , à peme entamées par le tranchant du plioir.
Ainsi personne n'y lit; plus personne n'a Tenvie d'y écrire; d*où je conclus que rin-4^ de TÂcadémie va continuer, pendant de longues années encore , sa marche ténébreusement tri»mpbaate«
On rappelait, je crois, Weustenraad, le poète.
A )a bonne heure! voilà un digno faucheur qui sait au moins son monde, qui retient au moins les beaux noms de Belgique. Et qui ne connaît, en effet, les belles poésies de Théodore Weustenraad?
Je m*ëcriai il y a quelques années :
Dans noire âge nouveau c'est un nouveau génie Qui devra célébrer les prodiges du fer; ' Celui qui doit cbanler Thymme de Tinduslrie N'est point encor sorti du ciel ou de Tenfer.
Le poète a entendu mon appel. J'ai vu le ciel s'ouvrir, elle brillant Remorqueur s'en élancer rapide, au dacieu:^, vamis* aant la flamme, projetant au loin les magnifiques cclats de ss^ jeune et grande voix.
Le Haut^fourmeau cbauffe en ce moçaeat. Lui aussi , j'en suis sur, sera retentissant, éclatant , radieux.
J'attends son ouverture avec une ardente impatience, ne fût-ce qoe pour me sauver nn instant de ce déluge de sonneta qui nous inonde depuis quelque temps sans pitié ni misérî^ corde.
Sonnet, que me veux-tu?
Qui me délivrera des sonnets ^ des sonnets *(
Faites-moi donc Familié de me dire ce qui cause en ce mo* ment ce chpléra-morbus de sonnets > chalëra qui commence à nous donnera tous des crispations nerveuses assez inquiétantes. Serait ce encore peut>étre une imitation française^ je terrains. ]i y aura eu sans doute à Paris quelque gros fabricant de sonnets; et vile la contrefaçon Belgique se sera miseà Toeuvre. Mes chers wallons, par tous les Saints de la wailonie, je vous en conjure; soyez donc vous-même; et quand on fait des sonnets à Paris, faites bien vite autre chose, précisément parce qu'on en fait à Paris. On ne fait pas là-bas des Rémora gfietirs, mais je conviens que les sonnets, les sonnets. les éternels sonnets sont infiniment plus faciles.
La commune en fit don à de pauvres manants, Qui, remuant, grattant et regrattant la terre, Y font venir enfin le dieu de la misère, La cKOMPiEE, en un mot
La pomme de terre s'appelle crompire dans le patois de Liège. D'après la langue française ce tubercule est une pomme; mais c'est une poire dans Tidiome liégeois : du flamand krom peer;p0er, poiré, kroin, tortu^ contourné. Cest donc une poire de forme plus ou moins bizarre.
Je ne sais pourtant pas si la pomme de terre porte le nom de krompeer dans quelqu'un des dialectes flamands. J'en doute. Mais peu importe à notre étymologie.; car, sans recourir à la langue flamande, nous trouvons dans le patois de Liège les mots cron et peûre, qui signifient absolument la même chose que les deux mots flamands que nous avons cités. Plusieurs localités ont même reçu leur dénomination du mot cron, telles que Cronchamps, Cronfosse^ Cronmoûse (promenade près de Liège 011 la meuse se détourne et fait un grand coude).
Dans quelques parties de nos provinces, et surtout au pays de Namur , la pomn^e de terre s'appelle CQnada. L'origine de cette dénomination quia beaucoup occupé nos érudit^ et^dont
]a Sociclë des Botanopbties Ârdonnais se propose de faire 1 objet d'une question de concours , cette origine , dis^je , me paratl assez simple.'
La culture du topinambour a précédé d'un assez grand nombre d'années la culture de la pomme de terre; et Ton sait que cette plante produit un tubercule qui a quelque analogie avec celui qui est réellement aujourd'hui , comme le dit notre faucheur, le dieu de la misère.
Le topinambour portait un second nom : il s'appelait aussi artichauddu Canada'^ et le docteur Lejeune, de Yerviers, dans son intéressante Flore des environs de Spa, nous apprend que le topinambour s'y appelle vulgairement , non pas artichaud du Canada, mais simplement canada, par une syncope fort ordinaire, et dont nous trouvons un nouvel exemple dans le peuplier du canada que nous n'appelons plus guère que canada tout court. Ainsi, quand la culture du topinambour fit place à la culture de la pomme de terre , on donna à celle-ci la dénomination de la première, à cause de leur mutuelle analogie; et la pomme de terre s'appella canada sur plusieurs points de la Belgique.
La même chose absolument eut lieu en Angleterre , quant à la patate, et même dans quelques parties de nos provinces. La patate, comme on sait, est une autre espèce analogue de tubercule , qui fut introduite longtemps avant la pomme de terre dans la plus grande partie de l'Europe. Quand la pomme de terre arriva en Angleterre et dans certaines localités des Pays-Bas, on lui donna le nom de patate qu'elle y a toujours conservé depuis (potatoes, patates ^ paiaten),
£t des BACONS de lard aux voûtes attachés.
On lit ce qui suit dans les Omnibus Liégeois :
« BACON. — Ne dites pas : Un bacon de lard , pour exprimer «( ce qu'on a enlevé de Fun des côtés d'un cochon , depuis Té- «I paule jusqu'à la cuisse. Dites : Une flèche de lard, »
Eh bien! je ne le dirai pas , ni mon faucheur non plus. Une flèche ne me dit rien dn tout; mais si je dïspan de lard, en pays dé Namnr on bacon de lard en pays de Liège, je me sens transporté à rinstant sous qaelqu*un de ces plafonds rustiques, où Ton voit pendre aux solives de superbes bacons et des pa&s magnifiques.
Allez donc vite ; et si , vous trouvaot un peu CHOSE , Vous souffrez du cerveau, des reins , de pieds fourbus.
Oh S bien décidément nous voilà nageant en pleine eau de >vak)nie. Mais je ne sais ; j*épro.ttve une sech *" tien indéfinissable* C'est du malaise^ de la peine et de la tristesse. €*est une émotion qui n*a point de nom dans le langage des hommes. Vous m'apprenez une bien fâcheuse nouvelle ; vous me rendez tont chose k — Mon diner ne passe pas; j'ai Testomac un peii chose» — Ma nuit ne sera pas bonne; je ferai de mauvais rêves, et demain matin je serai tout chose. — Ma bien aimée m'apparut tout à coup ; je me sentis tout -chose.....
Il faut avouer que ce wallon est une bien admirable langue.
Là demeure à grand bruit un docteur tout nouveau,
Qui vous guérit de tout avec rien que de l'eau ,
De l'eau qu'on boit, qu*on mange et qu'on sue à toute heure»
Bravo, faucheur! Bravissimo, faucheur! Voilà ce qnî s'appelle définir. De l'eau qu'on boit, qu'on mange^ oh ! très-bien...
Or , on lit cette annonce dans V Indépendance :
ÉTABUSSEMENT