HYDROSUDOPATHIQUE ET DE CONVALESCENCE
VÙXm LES BEUX SEXES.
« dirigé par le docteur De Moor , dans le magnifique château « de Brialmont , bàli sur la belle grotte de Tilff , dans la corn-
« mune da mémio oom , à unç U^ue fit demi^ de Li^ge et k une <( lieQe de la sUtîon du chemm de. fer deCbéaée.
«I Cette délicieuse retraite, êituée dans la jolie commane de m TilfF, qui représente si bien la Suisse sur un des plus hauts « rocher}» de la Belgique , ses vastes jardins, ses belles avenues, M ses fontaines d*eau de roche, ses sources d'eaui aînéralea «( ferrugineuses, sa ferme avec cent hectares qui l'entourent, tt son air vif et salubre, offrent aux malades des moyens pré- « cieux pour le rétablissement de leur santé.... »
Ma foi , pour une description de docteur cette description Q*e8t pas déjà si mdl ; et elle est exacte, qui plus est. Pour ce qui est de Thydrosudopathie, je ne spis enconscteneesi cela tue ou si cela fait vivre. Mais il est dans ma bonne croyance qu'il ne peut. guère y avoir de maladie si opiniâtre, si rebelle^ si profondément enracinée, qui puisse longtemps tenir contre ces brises bienfaisantes et ces bouffées de pur oxigène qui traversent incessamment la haute terrassé de BrialmonI, dominant au loin la vallée et le cours de TOurte*
Ah ! çà, docteur De Moor , si j'ai besoin uU joàr de' boire et de manger de Téau^^ je compte bien que ponr OMia. annonce vous me fournirez tout cela gratis.
Venez donc avec moi voir le Troi? d^s Sottais :
Oui , des Sottais, milord. Cétaieut de petits hommes »•..
La tradition des Softais ou Nutons est répandue sur tous les bords de la Meuse, de l'Ourte, de la Vesdre et de rAmblève. Je Tai recueillie moi-même absolument telle que notre ërudit faucheur la rapporte. Il y a sans doute des yariantes, comme dans toute tradition; mais c*cst là le véritable noyau. Assez grand ami des vieux faits , je me suis fait raconter souvent et depuis fort longtemps cette histohre mystérieuse ; j-aimais surtout à Tentendre dans la bouohe des aaoiens ; et j*ai été on ne peut mieux servi sous ce rapport par le vieux greffier de Tancîenne Cour de Stavelot, Gilles Foccroulle, de (.ouvegné. Cet ancien patriarche m*a toujours , et a de longs intervalles , ra-
cont^ dans les mômes termes la même traditioo deli 8ottais ; et il me la racontait (chose esseotielle à noter) sans explication f sans commentaire , à l'état de fait pur et simple, sans y mêler du sien et comme parole de ses vieux aïeux. Du reste ^ a*il y y^yall du mystère, mon vieux conteur n*avaît aucunement rail* d'j voir quelque chose de surnaturel ; et je croîs bien (dn moins quant an pays d^nt je parle) que les Sottaîi: ou Nutons^ ooi^titués génies , farfadets eu l«tins , sont de l'invention de nos modernes lai se urs qui tte savent point rap^iorter unetra«diiion toute simple^ mais qui prétendent l'wmbeiiir^ comme ils disent^ c'est-^^dire, l'embrouiller, la pervertir, y jeter du placage, et la rendre de la sorte beaucoup moins digne d'intérêt.
Ayant la croyance qu'il y a toujours quelque chose de trai et de purement historique au fond de toute tradition aussi gé^ néralement répandue* je me suis demandé ce que pouvaient avoir été ces petits Sottais ou Nutons;
D'afiréS la tradition , Texistence des Sottais précède immédiatement les lumières de l'Evangite. Ils sont de petite taille. Ils se trouvent cf^hés dfins les cavernes, où ils exercent différents métiers. Ils «ont pi us .habiles que les gens du pays. Ils travaillent pour eux ; et moyennant le moindre pam quotidien qu'on dépose à l'entrée de leurs grottes , ils s'occupent à faire ou à refaire les différents objets ou.ustehsi4es qu*on y dépose également. Ils appartiennent donc, comparativement aux barbares qui occupent le pays vers cette époque , à une race petite et cultivée. Cela posé , n'est-il pas permis do présumer que les Sottais ou Nutons ne sont autres que les premiers missionnaires, Venus des pays plus citiHsés du sud où les hommes sont knoîns grands, qui doivent se tenir cachés pour éviter la persécution de la barbarie el du paganisme, Wais qui cepenààfàt thfétcifteét à se rendre i!ktiles aux populations roiisines et s*ën faire Sfimer en travaillant pour elles , qu'on ne vOît nulle part pendant le jour, mais qui, pendant la nuit^ peu à peu, en secret, comme il convient à une religion naissante et entourée de mystères, vont répandre au dehors la croyance du Christ; et cette croyanee b<ie fois bien établie , les saints apôtres âh-
paraissent des grottes ei des cavernes , ear Us peuvent désbr* mais marcher au grand jour , la croix divine à la main«
Ce ne serait pas me faire une objection sérieuse, que de nier tout rapport entre la dénomination de Soîtnis ou Nulons et le rôleque je leur fais jouer. De ce que M. Félix Oudart s'appelle M. Félix Oudart, est-ce une raison pour qu'il ne soit pas im« primeur? Il serait bien difficile, sans doute, d'expliquer dans leurs plus minces détails tous les faits relatifs à ces époques reculées qui n'ont presque laissé de vestiges que dans la bou« che des hommes ; et vraiment , je crains de jeter quelque do« faveur sur mon opinion a l'endruit des Sottais, en risquant sur Jeur nom rexplîcalion que voiei.
Les premiers missionnaires, se cachant le jour , sortant furti- Tement dans l'ombre , sont éminemment des hommes de la nuit, des nutons^ noctis homines. La nuit se dit encore nuUe dans plusieurs de nos patois wallons. Je ne sais si je me faisillu* sion; mais je ne vois rien là de souverainement ridicule. Cela même me parait fort plausible. ^
En est-il ainsi du mot soliaiê ? Ceci est peut-être un peu plus scabreux. Tout ce que je puis vous dire ,• c'est que les Sottais étaient des hommes vivant sous terre, so terre^ comme on dirait en wallon, sMbfdrranet, auraient dit les Latins, soUer^ ranet, diraient les Italiens.
En vérité je connais mainte étymologie généralement admise et qui ne me parait pas plus vraisemblable que celle que je hasarde.
, On ne peut guère me demander , je supppse , dans l'espoir de m'enibarrasser « comment il se fait que qes diverses dér nominations aient été latines; car la réponse est vraiment trop facile. D*abord ces premiers missionnaires, venus des contrées méridionales, appartenaient eux-mêmes à la langue latine , à la race romaine ou du moins gallo-romaine du jeune christianisme. Mais de plus on sait que le latin rustique, introduit dans nos contrées sous la domination de Rome, survécut à l'invasion des barbares, et que ces sauvages conquérants finireat
^ux-mémes par Tadopter, subissant une loi de ciyilisatîon dont rhistoire nous montre quelques autres exemples*
■Je sais bien que dans certaines localités des Ârdennes, on parle de Lutom^ et non pas de Nutons'j mais toujours est-il que cette dernière dénomination est sans comparaison la plus généralement répandue^ et que Tautre est restreinte dans un cercle très-borné. On ne peut donc voir ici qu'une de ces altérations dé mots extrêmement fréquentes dans les langues incultes.
Peut-être serons-nous initiés un peu plus encore dans le secret des demeures souterraines ou vivaient les Nutons , les Sottais , après que nous aurons prislecture du passage suivant de Grégoire de Tours où il parle de la prédication de Saint Gatien et des persécutions qu'il eut à essuyer à Tours.
<( II trouva (dit Grégoire) , en arrivant dans cette ville , les
« habitants infisctés des erreurs de l'idolâtrie. À la vérité il en
« gagna plusieurs à Jésus-Christ ; mais ce fut avec des peines
« et des travaux incroyables. Obligé de se cacher , pour se
u soustraire à la fureur des Payens, dont il était connu^ ce
« n'était qu'en secret qu'il pouvait assembler le peu qu'il y
« avait de chrétiens, dans des grottes souterraines, oii il celé-
(c brait avec eux le8.divins mystères. Il vécut, dit-on, cinquante
« ans dans ces travaux apostoliques. — Grég. Turon^ lib. 8 ,
xsap. oitimo. — Demarne , dissertations historiques sur les
premiers évéques de Tongres ; première dissertation, page 34,
à la suite de V Histoire du comté de Namur.
Je n'ignore pas que les principaux apôtres du christianisme en Belgique ont des noms fameux , consacrés dans Thistoire. Pendant le YIP siècle les hautes missions se multiplient, et trois évèques y brillent successivement du plus grand éclat: Saint Amand , l'apôtre de la Flandre , Saint Remacle , Fapôtre des Ardennes, Saint Lambert, l'apôtre de la Taxandrie. Mais (soit dit à l'oreille) ce fut un peu le Sic vos , non vobis. 11 suffît de jeter les' yeux dans nos anciennes légendes pour demeurer convaincu que les Remacle ^ les Lambert et les
AmaDd Q*ëtaiènt pas les premiers ventis , et qu'ils aTaient été précédés d'un grand nombre de tiaîssionnaires obscurs , non revêtus, des hautes fonctions de répiscopat, lesquels soutenus par la ferveur de leur zèle, avaient les premiers pénétré furtivement au milieu des populations encore toutes barbares, toutes païennes, dont la plupart subirent obscurément les tortures du martyre^ mais dont quelques uns plus heureux réussirent à semer et à féconder sur plusieurs points la parole sacrée. Ayant ainsi préparé le sol et éclairé cà et là la nuit du paganisme , ils aplanirent, ils ouvrirent la voie aux grands ap6ires de la religion , qui purent alors entrer ouvertement dans le cœur du pays, prêcher à ciel ouvert, achever la destruction de ridolâlrie, et se posant de la sorte avec plusd*éclat aux regards de la postérité, obtenir tout Thonneur de la grande conversion des Belges.
« L*abbaye de I^obbes, dit un lauréat de notre Académie , « continua jusqu'à la fin du VU* siècle d'envoyer dans les coni< trées encore barbares et païennes de la Belgique de nom- « breux missionnaires, dont le dernier et le plus célèbre sans « contredit fut saint Ursmer , élu abbé de Lobbes en 690. »
Le dernier et le plus célèbre , ces mots résument on ne peut mieux ma pensée. Ainsi s'expi^iim M. Alph. Paillard dé S'<^iglan, dans son mémoire en réponse h la question sutvatite: Quels sont les changements que f établissement des abbayei et des autres institutions religieuses au VU" siècle, ainsi queTin» vasion des Normands au IX* siècle, ont introduits dans Fétat social delà Belgique ?
J'allais ajouter : Voyez le recueil des mémoires oouronnés par l'Académie, tome XVI, 2* ménioire, page 30; car je suis persuadé que tous mes lecteurs auraient grand plaisir à lire ce savant et très-intéressant travail. Bais il est in-4*.
Si les observations que je viens de tracer rapidement obtiennent un sourire ami de Taîmable public, je pourrai quelque jour consacrer un nouveau loisir de vacances à de nouvelles recherches y et chercher à démêler , à travers les fables
dont rimagination des peuples encore enfants et surtoui les crèmes fouettées de certains éerivaîns se sont plu a les entourer, à démêler, dîs-je, si les petits êtres dont les grottes do rAllemagne sont également peuplées, si les duergars du nord , les Fùdienê Kwneand des lies voisines de Feroê , les Drows ou Trows des îles Shetland , tous fort habiles ouvriers en fer et en tonte espèce de métaux, n'appartiennent pas à la même famille des Sottais, des Nutons, et ne sont pas quelques rameaux, quelques petites racines, projetées au loin sous îa terre, de cet arbre puissant, nommé christianisme^ qui, dès ses premiers temps, ne tarda pas à couvrir toute TEurope de son vaste ombrage*