‹ WallonnadesChapitre 8 sur 9 · TANTUM · texte numérisé non relu

TANTUM

Toisco, Frigga, Krodo, Woden , Thor et bien pire.

Tels étaient, en effet, les dieux ou plutôt les diables qup nos anciens prédicateurs de la foi trouvèrent à combattre et à chasser du pays; car, c'est au septième siècle, vers Tan 630 (pour ne parler que de saint Remacle) , que ce grand apôtre de nos montagnes vint planter la croix sur les hauts roohers des Ardennes et sur les plateaux du Condro^.

Les anciens Belges adoraient Theutatès et quelques autres divinités d'assez mauvais aloî. Les conquérants romains , fort habilement tolérants à l'égard des peuples conquis en fait de religion, de langue, de mœurs et de coutumes, se contentèrent de lever sur les Belges un tribut d'hommes et d'argent^ laissant au temps le soin d'assimiler peu à peu la Belgique à la substance romaine. Ils réussirent^ du moins en grande partie; et après les trois cents ans de leur domination , les Belges eu étaient venus à faire de notables infidélités à leurs dieux barbares en faveur de Jupiter, de Jûnon, de Mars, de Vénus dt de tons les autres souverains de l'OIy^mpe.

pu reste, il faut convenir que les uns et les autres ne différaient guère que de nom. Theutatès , comme Mercure , présidait aux arts, au commerce, aux voyages : Estis n'était qu'un

Mars un peu plussauvage^à qui Ie$ prisonniers ëlaient sacrifiés: Taranis était le dieu du tonnerre, le Jupiter tonnant : Belenus, le blond, avait à pea près les mêmes attributions que le blond Phébus, son cousin très^germain : enfin la docte Belisana, qti{ nous rappelle Minerve , était adorée comme inventrice des arts et des sciences.

L'irruption des barbares vînt une seconde fois déranger les Belges dans les objets de leur culte ; ou plutôt, selon mon opinion, l'invasion des peuples germains, peuples liés d'origine avec les anciens belges qui étaient pour la plupart de race germanique, ne fit en partie que rapporter à la Belgique son culte primitif, le culte de Tuisco (lequel n'est autre que le grand et antique Tbeuta tes), accompagné de Woden ou Odin, le père des dieux , Jupiter , de Frigga , femme d'Odin, mère des dieux et des bomraes, la Junon des peuples du Nord, de Krodo, le dieu du temps, Saturne, et de Thor, fils d'Odin et de Frigga» le roi des éléments.

Du reste , à cette époque de barbarie , dans le VP et dans le YII» siècles qui virent apparaître les plus grands apôtres de la foi, une effroyable confusion régna en Belgique dans l'ordre religieux et moral. M. Paillard de St.-Âiglan en représente le triste et fidèle tableau dans le mémoire que j'ai déjà cité. Je ferais bien peut-être de vous rapporter le passage ; car non seulement il vous faudrait recourir à un gros in-4°; mais de plus, dans le gros in-4<>, vous trouveriez en quelque sorte perdu cet excellent mémoire sur les premiers temps du christianisme en Belgique; oui vraiment, perdu, ou du moins placé à la suite d*un mémoire sur l'élasticité de l'air , mais en revanche avant an mémoire anatoniique sur le centre nerveux , sans compter un autre mémoire encore sur l'acide sulphurique dans ses rap* ports avec l'acide acétique.

Il y a une fort bonne opération de librairie à faire. Ce serait de choisir dans le volumineux recueil de l'Académie touscesménioircssi pleins d'intérêt sur l'histoireja géographie, la liHérature et les antiquités nationales, et d'en former un

bon el beau recueil in -8* qui serait recherché, qui serait acheté, qui rendrait un véritable et éminent service aux lettres, aax sciences et à T Académie. — Voyez aussi , sur la religion et le culte des anciens Belges , Bewez , Histoire générale de la Belgique^ tome I, introduction , et tome II, chapitre 4*

Eh bien! sachez, milord.

Que la leur de Poalseur qu'on voit à Tautre bord, En de yieux documents qae je ne saurais lire A nom de Renarsteiit, RBBTAusTEEir , c*est-à-dire , Le château de Renaud

L'explication de notre faucheur, aussi bavard que bon géographe, et qui ne vole pas à coup sûr la dringuelle des étrangers qui le prennent pour guide, son explicalion me parait la plus simple et la plus naturelle. A côté de Montfort^ asile* des quatre fils 'd*Ayraon, quoi de plus logique que de placer la tour de Renaud, l'aîné de ces paladins? Et notez que ces deux châteaux n'en faisaient pour ainsi dire qu'un seul, puisqu'il est de tradition constante au pays qu'ils communiquaient entre eux par un passage creusé sous le lit de la rivière.

Voici pourtant ce qu'on Lit dans le Guide de$ curieux qui visitent Spa^ à propos du nom de Renarstein^ donné quelquefois dans tes archives de Stavelot à la tour de Poulseur : » Du mot tt Renaud ^ dit Tauleur, en wallon Rena 'j c'est comme « le nom générique des rochers qui servaient autrefois de «f bornes ou de Jimîtes dans celle contrée : de là le nom de «f Renantein, Renaumont, Renau fosse ^ et d'une foule d'autres V lieux dii pays ; ce nom est analogue à celui de Hermès, n

Le docteur Bovy, dans ses Promenades historiques , tome 11^ page 150, rapporte ce pa»sage, mais sans faire aucune réflexion^ sans approuver ni iraprouver.

Je serai moins circonspect, et j'improiive.

Le dictionnaire wallon et français de M. Remncle m'apprend, à la vérité, que Raina signiGe borne, pierre qui sépare les bornes d'un champ d'avec un autre, pierre qui indique les

distances. Maïs je n*en doute pas moins de rélymologle proposée par le Guide des curieux ; el mo raison ^ c*e8t que les Wallons , en prononçant le mot raina , appuient un peu Ion- (^uement sur chacune des deux syllabes qui le composeni, tandis que 1 es mots donnés pour exemples se prononcent généralement Rnautnoniy Rnaufosse, Rnastein.n

Il me parait beaucoup plus vraisemblable que Rnaufoâse et Jînaumont vienjoent de René , Rnâ ou Rnau qui si^ifient Renard dans nos divers patois. Ce serait donc le mont-aox-renards, la fosse-aux-renards. Hais quanta Renausiein ^ cette désinence allemande ne pourrait que s*accommoder assez mal avec un pur mot wallon , de sorte qu*il faut bien en revenir a Tétymologie de notre savant faucheur , le château de Renaud. Je n*ai pas besoin d'expliquer aux érudits la Gnale etein. Pour ceux qui ne le sont que médiocrement, je me borne à citer Texcellent recueil qui se publie à Gand , intitulé Messager des sciences historiques de Belgique, On y lira, dans le volume de Tannée \SAA , page 208 ^ que le nom de stein s'appliquait en flamand , de même que dans la plupart des idiomes germaniques , aux châteaux ou maisons fortifiées. Stein : œdificium lapidœum , arx^ sedes , sic, , — steen : Domus lapidœa , et Cas^ iellum el Turris; hinc multa arcium , oppidorum nomina.

L'autorité de notre savant confrère , M. de Rei£Fenberg , vient couronner la preuve que nous cherchons à éta))Iir^ voici le passage:

tt Le château de Renastieone (Reinont's steen) , dans la province de Liège, commune de Hody , passait pour avoir o£Pert un asile aux ûls d'Aymon et surtout à Renaud , le plus illustre d'entre tous. Non loin de là , celui de Poulseur était renommé pour avoir appartenu à leur cousin Maugis , cet enchanteur , qui fut pape de Rome ^ . »

C'est-lrès bien. Mais je crois toutefois qu*il s'est glissé ici

1 Voyez la Chronique rimée de Philippe Mouskes, évèque de Tournay publiée par M. le Baron de Reiffeaberg dans la collection des cbroniques belges inédites, tome 2, introduction) page cciv.

OÙ

une pelite erreur. Il semble résulter de te passage qu'il y aTaît deux châteaux, celui de Poulseur et celui de Reuastîehne , tandis qu'il n'y a jamais en qu*un seul et même château , désigné indifféremment dans les anciens actes sous cette double dénomination.

Ainsi que nous Tapprend notre vieux et bavard ami le fau* cbeur , ce n*est pas seulement près de la tour de Poulseur , mais c'est aussi dans les environs du château de Montfort, que l'on a trouvé plusieurs fois différents objets d'antiquité. La petit buste en bronze dont nous avons parlé est-il encore dans les mains de H. l'avocat Jottrand ? Je l'ignore. Que sont devenues les pièces de monnaie , les médailles, ainsi que divers ustensiles en métal, trouvés près de Montfort? Je l'ignore de même. Tout cela se gaspille, disparait et s'égare ; et quand nos conseils communaux ou provinciaux pourraient, presque sans frais , créer peu â peu de petites collections locales qui offriraient autant d'intérêt que d'utilité , j'ai vu la prédication que j'ai faite a cet égard > il y a bientôt dix ans, emportée en grande partie au désert. La ville de Gand fait exception, pour ne pas parler de la capitale. Le musée de la ville de Gand s'enrichit chaque jour. Mais combien les villes de Liège , de Namur et de Mons pourraient l'emporter sous ce rapport, elles qui sont placées sur la vraie terre classique de la domination romaine en Belgique , et oi!i il ne se passe pas d'année, de mois, ni presque de semaine, qui n'amène une nouvelle découverte de médailles, de vases et d'autres objets d'archéologie ! Je me fais donc un plaisir et un devoir de répéter ici le vœu que j'ai émis, mais non sans adresser l'expression de ma gratitude à la ville de Tongres qui a daigné m'entendre , et dont la collection qui commence à se former par les soins particuliers de l'on de ses habites administrateurs, ne peut manquer d'ici à quelques années d'acquérir une véritable importance. Voici la proposition que j'ai faite au congrès scientifique , ouvert à Liège , le 1 août 1886:

«La Belgique a été successivement occupée par plusieurs peuples différents, par les Gaubîs, les Romains, Ips barbares,

par d*autre8 peuples encore qui tous ont laissé sur le sol de la patrie des traces de leur passage.»

((Il arrive frëquemment que les cultivateurs, en labourant leurs champs , les ouvriers , en défrichant des bois , en creusant des fondements , en ouvrant de nouvelles routes , déterrent des monuments appartenant à ces différents peuples , des vases , des médailles , des lampes sépulcrales ^ des urnes lacrymaloires , des figurines en terre , en bronze , des armes , des tombeaux , des autels. Il y a peu de mois que , dans une comrauneduCondroz, 1240 médailles romaines ont été trouvées è la fois ^*»

<( Que deviennent tous ces objets qi:^e Ton découvre si souvent et depuis si longtemps ? Tantôt ils servent à amuser la curiosité de quelques petits amateurs , qui ne tardent pas à s*en dégoûter et à les perdre : tantôt ils se dispersent dans les collections particulières , dans plusieurs villes diverses , à Tétranger même ; et ils vont ainsi se confondre , sans conserver le souvenir de leur origine , avec une foule d'objets trouvés en Italie , en France , en Allemagne et ailleurs. Souvent ils s*égarent dans des mains ignorantes : souvent encore, quand ils offrent quelque valeur intrinsèque , ils passent dans le creuset des orfèvres. J'ai vu , iî y a quelques années , des enfants qui jouaient au petit palet avec un superbe Néron , et dans un village de Hesbaye, une mënagère-qui se servait pour attiser son feu d*un vieux sabre gaufois. »

«(Je pense que Ton parviendrait à sauver ees restes précieux de l'antiquité, en établissant dans chaque chef-lieu de province un musée local , un Musée communal. »

«( Ce serait un centre fixe etpermanent^unesorte de marché placé à portée de chacun, dont les villageois et les ouvriers

\ Le champ où cette découverte a été faite s'appelle la Terre à la Tour. Beaucoup de campagnes ont la même dénomination dans nos contrées ; et il parait que c'est dans ces endroits que l'on trouve le plus fréquem « ment des monuments romains. Du reste le mot seul rappelle Texistence de ces tours apparemment romaines, lesquelles ont disparu.

auraient bientôt connaissance, et où ils seraient assurés à TavaDce de pouvoir vendre avec quelque avantage et sans grands frais de déplacement les divers objets qu'ils viendraient à découvrir. Cet appât , cette espèce de déboucbë sûr et facile les engagerait à conserver avec soin , à rechercher même , à déterrer avec plus de précaution les vases ^ les urnes , etc., qu'ils brisent trop souvent ou qu'ils détériorent.»

«Et non seulement on conserverait par ce moyen une grande partie de ces monuments ; mais on créerait en même temps des établissements fort utiles.»

«(Chaque province offrirait pour ainsi dire en relief l'histoire de toutes les vicissitudes qu'elle a subies, depuis la pierre druidique des Celtes jusqu'au casque des cuirassiers français tombés a Waterloo. Ces collections offriraient aux jeunes gens un moyen d'étudier les antiquités , la numismatique , sciences auxquelles il leur est presque impossible de se livrer maintenant sans sortir de leur province , ou sans se renfermer dans l'étude exclusive et peu fructueuse des livres. Ces collections auraient encore l'avantage d'offrir des modèles aux artistes. Elles arrêteraient les étrangers dans nos villes. Elles répandraient parmi les habitants des germes de goût et de scieuce. Elles faciliteraient l'accomplissement du vœu qu'expriment aujourd'hui les savants antiquaires , en attachant à tous ces objets la connaissance du lieu où ils ont été découverts, ce qui peut amener dans plusieurs cas la solution de certains problèmes historiques. EnGn elles n'auraient pas ce grand désavantage des collections particulières , d'être presque toujours vendues en détail après la mort de leurs propriétaires ; et de la sorte elles conserveraient intact l'ensemble de nos monuments historiques. »

«Il n^est pas de ville en Italie, si petite qu'elle soit, qui n' it son petit musée ; et j'en appelle à tous ceux qui ont parcouru ce beau pays , il s'attache à ces simples collections un intérêt tout particulier, un attrait de localité que ne présentent pas ces collections' immenses où la multitude de choses étourdit en quelque sorte ceux qui les visitent. »

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