WASHINGTON, LAFAYETTE
Ami, cette Xara, par l'amour égarée, Innocente du crime et qui s'en est parée, Qui pour suivre un amant fil ce fatal aveu, Que vous condamnez tous... c'est ma fille î
LAFAYETTE
Grand Dieu !
(Le regardant avec inquiétude) Alors elle est sauvée... et la mort qu'on prépare ?.. (Il voit Washington muet et immobile, et il poursuit avec chaleur; Vous ne souscrirez pas à cet arrêt barbare !.. La nature, le ciel même vous le défend : Père, avez-vous le droit de juger votre enfant?
ACTh, V 14*
Et d'ailleurs, croyez-vous que le peuple lui-même, Lui qui sait comme on souffre et qui sent comme on aime, Pourrait voir, lui qui n'a que ses fils pour tous biens, Expirer votre enfant quand vous sauvez les siens ? Non, non ! de vos bourreaux dispersant le cortège, Il courrait renverser l'échafaud sacrilège ! La pitié saisirait tous les cœurs révoltés, Et moi-même, j'irais...
Imprudent! arrêtez !..
Vers quelque jugement que votre chef incline, Soldat, obéissez à votre discipline !
LAFAYETTE
Ah ! voulût-il lui-même ordonner ce trépas, Dieu le commanderait, qu'on n'obéirait pas !
(On voit paraître Xara amenée par Pauldings : elle avance lentement comme éblouie du jour/
LAFAYETTE
Mais la voici, je pars. . . (à lui-même) il s'agit d'une femme, De sa fille... ah ! ce nom a remué mon âme, Et mon cœur se rappelle, en voyant celle-ci, Que j'ai ma fille en France et que je l'aime aussi î
(II sort pendant que Xara s'avance. Pauldings sort aussi en la laissant avec Washington.)