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32 WASHINGTON LRVERT..
plaisirs, imite du persan. — Dés enfans ; </e /# gestation ; *fo som a apporter h leur premier dé veloppemerit ; dé /a dentition, *dé la nutrition} de la digestion et de leur éducation \ de leurs devoirs envers* les auteurs de leurs jours; les habituer à vénérer un Etre suprême, à aftner la patrie, à . mourir pour leur pajrs\ à être enfin pères, fils, époux, citôfens, hommes j par un déserteur des fausses idées sociales qui ^corrompent le cœur, obscurcissent V esprit et êffèhtinent les âmes. Il était imposable de pousser plus* loin «les
investigation^ v clarçs la bibliothèque du duc de
Levert ; les deux tombées du rideau cachaient
. les autres ouvrages, * qui ftâient # réduits à ne se
. révéler qi\e par leur parfum de philahtropie*
Quant aux autres particularités mobiliaires du
cabinet , il aurait fallu {Aus de Science positive
que n'en a dWdinairfè un simple observateur
pour les peindre avec netteté à l'intelligence du
lecteur. Peut-être iétait-ceun procédé ingénieux
, pour relever Pépine dorsale des enfâns , qu'un
corset de baleines et de lamesrd'acier appëftdu
au mur ; peut-être fallait- il voir un moyen nonvellement inventé pour empêcher les nouvaaunés d'avoir la gourme, qti'une calotte de poix résine posée sur une table de marbre'. Et c'était sans doute pour qu'ils ne louchassent pas, qu'un opticien philantrope avait imaginé une énorme paire de lunettes avec des verres violets, des armatures d'acier trempé, des rideaux bleus et des charnières destinées à réduire le rayon visuel jusqu'à la presque obscurité. On remarquait encore des bottines de fer pour-détruire les difformités des genoux chez les adolescens; des colliers armés de petites pointes pour leur faire dresser la tête ; des gants de tôle pour ramener leurs doigts à une direction naturelle, et des siègps en talus rapide pour forcer les jeunes demoiselles à n'imprimer à leur taille, lorsqu'elles sont assi&s, aucun angle disgracieux-
Au milieu de son musée,' le duc de Levert goûtait*' les délices du repos et de la «téditalioi). Son beau-frère qui, les pieds dans une chancejïère, achevait lentement sa tasse de chocolat,
posa tout-à-coup sa cuillère t se tourna toi* M. /te Levert , et lui dit :
— Je crois que voift ipc parliez.
— Oui, mon frère, en parcourant ces lettres trop pleines de reconnaissance pour ma sollicitude envers rhuqsanité, je me disais que je finirais par vèus convertir.
— Convertir h quoi P
— A la k-eligion du sage, à la seule qui, pour être crue, ne demande aucun sacrifice à la raiqpn , à la philantropie.
— Je vous croyais guéri pour toujours, mon irère, après certaines mésaventures que je ne veux pas vous rappeler, et* voilà que vous revenez, depuis la naissance de votre fils, à ces idées malheureuses dont vous serez la dupe éternelle* Quant à moi , je vous le répète pour la cent millième fois , mon frère, je n'entends rien a votre tendresse pdur le genre humain. Avant rémigratieti, je vous le disais comme aujourd'hui ; j'aime peu, mais j'aiqie bien ; vous aimez tout, vous , et peut-être n'aimez-vous rien ; ou peyt-
SOG&ATE LEBLANC. 85
être, ceci vous offensera moins, n'êtes-vous aimé de personne. Rappelez-Vous mes opinions et les vôtres en 89. Vous étiez un sage, un Socçate, on . Platon de vingt ans ! Vous fuyiez la cour, vous adoriez M. de Lafayette, vous achetiez des fusils pour les Américains, pour toBfr les insurgés du monde. Attendez! vous disais-je à cette même place où nous sommes, attendez ! Vint là révolution. Je fis mes malles', je partis pour PAHemagne; j'arrivai à Coblentz si t mois avant vous. Bien m'en prit. Vous, mon frère, vous comptiez sur le règne des philosophes, sur la magnanimité du peuple, sur la clairvoyance de la cour. Qu'arrha-t-il? Qu'on pilla votre hôtel de fond en comble, qu'on voua coupa en place publique les pans de votp e habit de duc et votre petite queue poudrée! qu'on incendia vos parcs, qu'on vorçs désigna comme suspect au comité dé votre quartier. Mais comme tous n'êtes pas tout-à-fait dépourvu de prudence, quand vos accès de passion pour le genre humain ne vous Saisissent pas, vous accourûtes enfin a Coblentz, où je vous attendais.
Il était Lemps ; vous apprîtes depuis que votre nom était sur la liste de ceux qui allèrent à la Grève pour n'avoir pas voulu aller a Coblentz. À Coblentz, votre frénésie pour l'humanité n'eut de trêve que lorsque vous eûtes fondé, avec le peu d'argent qui «vous restait, une colonie de philosophes agriculteurs, de philosophes jardiniers, de philosophes pratiques. C'est sans orgueil pour mes prévisions d'alors que je vous rappelle aujourd'hui, mon frère, que vosphilosophes cultivèrent le créancier beaucoup plus que votre terrain, qu'ils se chauffèrent aveclebois de vos plantations, qu'ils attirèrent sur eux la colère de tous les maris dont ils greffaient les femmes, ces excellons hommes de la nature. Peu s'en Fallut que le roi de Prusse ne vous punit d'ai{ner trop la nature dans ses états , comme le peuple vous avait poursuivi à coups de pierre en France pour l'avoir trop aimé. Ce que je dis vous blesse, je m'en aperçois. Vous m'appelez intérieur ement cœur dur, âme dé bronze; que sais-je? Vous aiguisez contre moi dans votre poitriïie toutes les
épithètes ramassées dans l'arsenal de vos philosophes, quej'estime beaucoup, du reste, comme écrivains: Mais*sincèrement, mon frère, quand vous étés triste, qui vous console ? Est-ce le genre humain ou votre femme? Quand tous avez un chagrin à épancher, qui allez-vous chercher? Estce le genre humain ou moi? Quand vos accès de goutte vous paralysent les jambes, qui voué soutient? Est-ce le genre humain , ou votre vieux Cyprien? Folie, extrême folie, mon frère, de s'occuper du ménage de l'univers quand on a tout chez soi et rien ailleurs. Mes affections à moi , c'est vous , c'est ma sœur , «'est mon fauteuil , c'est moi, c'est mon chien ; oui, puisqu'il faut vous le dire, dans l'ordre de mes syny pathies, je mets mon chien bien au-dessus des peuples que je n'ai jamais vus, quj n'existent pas pour moi , qui ne seront jamais à mes yeux que des taches sur une carte de géographie. Mon chien m'aime, me défend, me garde, sa langue caresse ma main bienfaisante. Montrez-moi une preuve de reconnaissance du genre humain pour ceux qui
sa
WASHIBGTON LFVBRT.
ont essayé de l'améliorer. Socrate meurt empoisonné^ Phocion emprisonne, Séi^que expire les quatre veines ouvertes, Jésus-Christ meurt crucifié. Après ces grands noms voulez -Voufe que je tous cite des noms moins illustres ?
Bally est guillotiné, Condorcet s'eftçxnsoirae an milieu des champs. Vous bondissez sur votre fauteuil. Tout ce que je dis est comtnun, n'est-ce pas? Cela traîne dans la bouche de tous les rhéteurs infatués des superstitions monarchiques. Suifr-je monarchique, moi? Vous savez bien que non. Je tiens à ma noblesse parce que c'est une *chose acquise, une chose d'ordre. Je m'appelle Des Verriers, parce que je ne m'appelle pas Verrier tout couru Respectueux envers les royalistes réfugiés comme nous k Coblentz, m'avez-vous vu à leur suite baiser la botte du prince de CondéP M'avez -vous entendu dé* clamer contre le peuple au plus fort de ses excès? Ah! c'est heureux que vous me rendiez cette justice. Donc, mon frère, j'ai raison d'être ce que je suis. Indifférent par expérience comme
SOCRAfE LEBLANC. 90
par supériorité sur des Ariblesses coupables, bon avec discernement, obligeant éan$ »Me 9 le zèle ; so&rce de tous lés malheur*. Dan» une c<>médie, danàun ctatme, je ne sertis pas ce tfnVm appelle un caractère. Dieu en soit lôue'l Mais Voik tjue map chocolat est glacé depuis que je patrie. C'est en punition, sans doute, mon frère, d'avoir fait de la raison eoiifïe tous* Jefi'fti jamais tant parlé; aussi ne vous parlerai-je plus de ce ton ni sur ce sujet.
Après avoir bu le reste de son chocolat coagulé, Des Verriers te leva et tendit la main à son beau-frère.
— Vous ne m'en voulez pas*, mon frère ?
— Des Verriers « vous êtes une mauvaise tête
et un bon cœur.
— Jç ne suis ni l'un hi l'autre absolument.
— - Mais vous avez manqué de ressorts dans votre vie. Je vous compare à un bon instrument , dépourvu de cordes.
— Que roule&-vous dite?
QuHt vous a rofyqué «de connaître l'ami*- -
4# WASHINGTON LEYERT.
lié pour un seul afin de comprendre l'amitié pour tous, l'amour pour une femme afin de vous intéresser à la femme par une itfipulsion universelle. J'ajoute qu'il vous a manqué de sentir le charme de la paternité pour vous attendrir sur le sort de la famille, et d'avoir une opinion sur quoi que ce soit pour ètreindulgent epvers toute* les opinions et être {>orté de préférence vers les meilleures.
— Mon frère f j'ose croire , au contraire , «que si j'eusse eu de l'attachement pour quelqu'un au degré élevé de l'amour et de l'amitié , que si
j'eusse eu des enfans, une femme, une famille , j'aurais encore moins songé aux enfans des autres et \ des amitiés qu'il faut chercher au loin.
— Alors , «Des Verras , vous me forcerez de vous dire que" vos prédispositions organiques
vous condamnent à ne pas partager mes sympa-
thies. Vous êtes infirme.
— Àh! vous vous réfugiez dans les aberrations de cette fameuse science du docteur Gall , à la-
SOCRATE LEBLANC. 4l
quelle vous a initié son grand-prêtre , notre voisin M. Wolf .
— N'y croiriez-vous pas non pins , Des Verriers?
— Je ne m'en occupe guère, à vrai dire.
Vq.us comprenez qu'à mon âge il importe fort j£u de savoir les prédispositions avec lesquelles en est né. Si j'étais né amoureux, meurtrier, voleur ou grand, poète , il ne seraiCguère temps de m'en apercevoir.
— Oui , mon frère , yous êtes infirme ; vous aurez toute votre wie obéi malgré vous à vos penchans .pour l'indifférence; vous venez de vous expliquer à mes yeux.
— Notre conversation se résume donc en ceci, mon frère , que dans ce monde nous sommes ,
au bout du compte, 6e que nous devons être.
Les Turcs et les ignorans ne concluent pas d'une , autre manière. Cbnséquemment , je dirai une ' seconde fois que rien ne vaut la peine qu'on se donne. Yous qui croyez aux volontés impérieuses du cerveau , et moi qui suis Un ignorant faisant
k «a paresse un ctamode éreiller de la fatalité; vous qui par amour du genre humain étendez votre affection jusqu'aux pôles , et moi qui , dans un intérêt plus réfléchi , me concentre en moi , nous voila arrivés , si je vous ai bien compris , tous les deux au même point. Seulement j'ai l'availtagè dé ft'être ni ridé comme vous , si goutteux y ni interrompu comme vous dans mon sommeil par de mauvaises digestions. Reste k soutenir contre mçi que la goutte, les indigestions / et l'insomnie sont de bonhes choses;
— Vous êtes sceptique , Des Verriers.
A ce mot de sceptique , Des Verriers se leva comme un chamois blessé a l'aine en dormant.
— Mon frère , nous n'avons pas échappé a la morde , tâchons de nppas nous envaser dans la métaphysique. J'ai déjà bu froid mon cho~ colat. * -.v
Les craintes de Dès Verriers auraient eu peut-être quelque fondement , ai , au moment où telui-ci menaçait d'abandonner la partie ,
deux t&mes ne fassent entrées* en même temps dans le cabinet du duc de Levert.
Ces deux dames ressemblaient, malgré la différence bien accusée de leur âge et de leur mise, également soigftée t & deux enseignes de sage-femme. L'une, par son visage accidenté de verrues, dont deux entt'autres couvertes d'un beau poil à peu de distance de là bouche, • par des cheveux d'un fioir impossible , comme prétendent eji âvoit» toutes les vieilles femmes qui le* ont eus châtains dstos leur jeuftesse , par dés moustaches blanches, des épaules de boulier, et un coup-*Tœil dangereux aux vieillards , représentait l'enseigne des sages-femmes et la sage* femme de l'empire. Quand- il n'y avait ni romantisme éft peinture ni poésie dans l'adultère,
patron des sages- femmes , c'était bien là lé type figuratif et réel des accoucheuses ; fti&Qge et la chose. Le besoin d'hommes ppur la guêtre faisait
passer sur la brutalité des moyeiïs employés
pour les amener k la lumière. La sàge^fèmme
de l'empire tenait un peu de la cantinière.
44 WASHINGTON LBVERT.
Je ne veux paA dire que l'accoucheuse qui ne procède pas de l'empire ait hérité des belles traditions de mystère et de galanterie nées bien avant Louis XV ; elle n'a conservé des temps de la régence , où elle devint un idole pour les petites maisons de faubourgs, que la discrétion et une immense indulgence pour des fautes qui la font vivre. L'accoucheuse moderne ne vend plus ni philtres ni poisons; elle sympathise avec une erreur pour cent cinquante francs par mois de chambre , mais elle n'a rien a se reprocher envers les générations futures. Elle est, comme son enseigne la reproduit , intéressante, presque toujours jeune , pensive , tendant le pied par la pointe , ayant un sourire qui tient de la provocation et du refus ; femme sage d'un œil, et sage-femme de l'autre*
Tel' est. ie portrait de celle des deux femmes introduites chez M. le duc de Levert dont on peut tracer la peinture la moins désavantageuse.
A. leur entrée dans le cabinet , Des Verriers avait quitté sa place * auprès du feu ; tout en
ayant Pair de passer en revue les tableaux
et les bustes, il avait gajjn^la porte et s'était
* éclipsé. Ces dames s'assirent à quelques p^du
duc de Levert, qui les invita a* lui communiquer
le motif de leur visite.
La plus âgée des deux, celle qui rappelait la
sage-femme de l'empire, parla la première.
— Vous êtes président, monsieur le duc, de la Société>d n allaiteme9t? *
— J'ai cet honneur, tnfcdame; c'est mon plus' beau titre.
— Il n'est pas de mère, monsieur le duc, qui ne bénisse tous les jours votre nom pour la géfterosité avec laquelle vous accueillez et faites prévaloir les découvertes utiles au jeune âge. Des voix reconnaissantes s'élèvent de partout. La société d'allaitement est la plus belle institution du monde , répète-t-on dans les familles. Les mères vous portent dans leur cœur*
— Chacun se rend utile comme il peut, madame ; et vous m'attribuez un mérite que je renvoie à la société entière d'allaitement. Je
n'agis que par ses inspirations. Quel sujet n>e vaut }a faveur de votre visite, madame ? .
— Voici, monsieur le duc. Les nouveau -nés v vous le savez, ont 4e» caprices ; Us refusent souvent le sein.
—-Ql|i 9 madame, et notre société d'allaitement a souvent agité cette intéressante matière.
— Or, s'ils refusent le sein, monsieur le duc, ils se privent de nourri tmjp et meurent bientôt» Pauvres petites créatures î ce n'était pas assez des malheurs qui les attendent dans la fie, il fallait encore qu'elles ne prissent j^ts le sein !..
— Mais, madame, des amis de l'humanité, cfea hommes de la science, n'ont-ils pas conseillé, dans le cas où les enfans s'éloignaient dn seiu , d'employer une éponge imbibée de lait?
— Routine , pure routine , monsieur le duc.
Tout cela était bon pour les enfans d'autrefois» Ils naissent plus malins maintenant. Ils vous jetteraient l'éponge au visage/ J'ai inventé*. ...
filais peut-être ma conversation n'est pas du goût de madame? madame attend peut-être? je revien-
drai une autre fois si vous le permettez, motosieur le duc, pour tous parler de ma découverte; je me présenterai dans un meilleur moment.
->- Je vous demande pardon, madame , vDtrt conversation est fort de mon go$t, puisque je suis sage-femme.
— Ah ! madame est sage-femme aussi?
— Madame Test donc ?
— J'ai cet honneur, je Rappelle Norine.
-—Et moi Elisa, pour voua servir.
— Monsieur le duc, reprit la sage-fejpme de
l'empire, madame Ellisa, si célèbre à Poptncourt, élève de la Faculté de Paris, — car je connais bien madame de réputation , — comprendra comme vous, monsieur le duc, l'avantage qu'of* fre le biberon de mon invention. Le voici;
souffrez que je vous le présente : il est en cuir
bouilli, peint en rose; il trompe Poeil du nouveau-né par sa parfaite imitation et coloration, va à toutes les bouchés, est frais, et cebsoleles mères de ne pouvoir nourrir leur enfatofc. Si monsieur le duc avait la Bonté de présenter mon
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biberon a la société' <f allaitement dont il est président , il obtiendrait pour moi un 'brevet * d'invention avec un petit éloge dans le journal de la société. C'est tout ce que je demande. Que madame Elisa juge elle-même si ma découverte ne mérite pas les suffrages de toutes les accoucheuses de Paris. Je m'en rapporte pleinement à son impartialité.
— Il faudrait être bien difficile , en effet y monsieur le duc, répondit madame Elisa f pour ne pas approuver le biberon de l'invention de madame. Norme. Quand même je n'aurais pas, démon côté, imaginé un biberon que je venais aussi tout exprès pour vous soumettre, ce qui me donne quelque droit de prononcer dans la question, j'approuverais encore celui de madame.
Madame Norme pâlit. Toutes ses verrues se hérissèrent. Un biberon rival du sien !
•-*- Et* voyons, dit-elle, le biberon de madame Elisa?
— Oh! mon Dieu, madame , c'est bien
SOCftATË LEBLANC. 49
simple. Mon biberon n'est ni rose, ni en cuir bouilli. Il est tout bonnement en agaric.
• — Vous voulez dire en amadou.' * ~ Je dis en agaric.
— Vous dites en amaddb ! '
— Je dit en agaric!
"—Allons, mesdames, agaric ou amadou, qu'Importe? si Feulant doit téter plus facilement.
— Certainement mi^il tétera plus facilement : l'agaric / si madame Nonne l'ignore t est mie substance végétale qu'on détache du chêne; «fie est spongieuse, absorbe le hit, le saluhrifie, et l'expriite, onctueux et doux* a lar phtt légère pression.
t . — Oh! légère pression, légère pression; cela vous plaît à dire, madame Elka. Voua admettes bien un pou le pouce delà nourrice.
* . — Madame Norine , je n'ai pas caloAuaîé , ' monsieur te duc en est témoin, votre cuir bouilli peint en rose, propre a étouffer 4 ies enfehs ;
laissez-moi justifier mon biberon d'agaric.
— Je ne souffrirai jamais, mademoiselle Elisa, en ma qualité d'accoucheuse, que vous préconisiez votre découverte du diable. Agaric, amadou, chêne ! Enfoncer un çjiêne 9 oh ! dans la bouche d'un innocent !
— Un chêne ! Ce n'est pas un chêne, entendez-vous. ? Vous qui faites avaler aux en fans des cuirs i giberne et des fourreaux de sabre, accoucheuse de la reine Berthe !
. — Mesdames, je vous en supplie ! entendpnsnous. Ne sommes-nous pas ici tous trois pour le bien de l'humanité, de la belle et puite ftumani té? qu'elle nous unisse sous le commun désir de Soulager nos semblables, et étarte de nous le poison delà rivalité. Quoi! au lieu d'être "fières
l'une et l'autre, ^mesdames, d'avoir allégé k l'$n-
fance, par des voies différente», le poids des douleurs, vpus vous déchirez sans pitié! Tendez- , vous 4a main , au contraire, et félicitez-vous do vous être rencontrées dans une même intention detûenfaisMce. Les femmes sont des anges sur la terre.
— Madame Elisa ! ali ! madame Elisa ! accou- !
cheuse de grisettes ! manufacturière de biberons en chêne et eh amadoué N'en composez-vous pas en briquets phosphoricjues? f
—•Taisez-vous, madame Norme! accoucheuse d'éléphans ! reçue a la maternité des cheVres, élève d'un savetier de la Faculté de Paris, qui fabriquez des biberons en peau de chiens !
— Encore une fois, mesdames, respectez- vous, respectons-nous; ne donnons pas ce triste spectacle plus long-temps. Il est un moyen de vous mettre d'accord, si vous voulez m'écouter, et je vous y invite. La société d'allaitement, que j'ai l'honneur de présider, n'est pas si avare d'en? couragemens, qu'elle ne puisse adopter vos deux systèmes de biberons. Elle se plaira même à recommander vos procédés respectifs, s'ils méritent tous deux, comme je le pense, d'occuper son attention. Très disposé, pour ma part, a vous accorder une. égale justice, je vous proposerai d'essayer sur-le-champ vos biberons sur mon fils.
Jugez, par mon offre, si friés voeux de concilialion sont sincères.
- À cette proposition» du duc, les deux femmes s'apaisèrent. La sage-femme de l'empire ne sauf» xla plus que comme un bœuf qui awe£u fc faux un
coup de massue entre les deux cornes; l'autre, semblable k la demoiselle aquatique dégagée de la persécution d'ijn lévrier, Agriia ses ailes frémissantes, et se posa pour écouter.
— Ma proposition voua sourit-elle f
— fiais comment , monsieur le duc ! Votre confiance n'aura pas a se repentir r je l'espère, de mon cèté.
— Pourquoi pas, monsieur le duc? je ne reculerai pas devant un essai, surtout en -présence de madame Elisa.
Glorieux d'avoir obtenu cette trêve, le duc se leva pour aller chercher son fils, qui reposât pro* fbndémentdanssonberceau.Quandilreymt r il était
sjiivi d'un domestiqué portant un vase plein de
lait. Aussitôt les deux sages-femmes y plongèrent chacune utie bouteille terminée par leur biberon,
SQCE.VTE LKBLAHC. 53
et se mirent en mesure d'expérimenter sur l'enfant. L'enfant prit d'abord assez bien la chose. Comme il était dansée moment très fort; disposé à boire, il pressa le biberon de cuir bouilli , de même qu^l eut pressé un biberon de bronze. Bref, il vida la bouteille de lait présentée par madame Norme.
— Je triomphe ! s'écria madame Norine ; à moi le brevet d'invention pour le biberon en
cuir bouilli ! A moi la médaille d'or de la société
d'allaitement. '
— A mon tour, répondit madame Elisa, qui approcha avec assurance des lèvres de l'enfant son biberon d'agaric.
Washington avala courageusement le tiers de la seconde bouteille ; mais ensuite ih refusa
net» Ota le caressa, on lui élera le menton, on l«i ouvrit h bouche, rien nV fit...
— Vous avouet-vom vaincue, madame Elisa ?
— Moi vaincue ! Pour un caprice d'enfant!
Attendes un peu. Je me fais forte de lui faire avaler une vache avec mon biberon d'agaric..
Plaçant l'enfant dans une posture atroce, madame Elisa précipita, plutôt qu'elle n'égoutta dans le gosier du pauvre enfant, les deux tiers restons de la bouteille de lait. Elle décria :
— Je triomphe aussi !
Ces deux triomphes combinés valurent d'horribles tranchées a l'enfant. Gorgé de lait, étouffe, il poussa des' cris affreux, son sang se porta au cerveau ; Washington devint d'un beau bleu. II allait passer en quelques minutes si on ne lui portait secours.
M. de Levert ne sait que devenir; il appelle les domestiques, ir sonne, se lamente, sonne encore. Les uns ne viennent pas, les autres se présentent avec de nouvelles jattes de lait.
Heureusement pour le duc,' pourra postérité et pour cette histoire , le docteur entra dans ce moment désespéré, comprit le danger, courut à l'enfant, le prit dans ses bras et l'emporta dans une pièce voisine. L'enfant fut immédiatement rendu a la vie par un geste 'violent, et l'expé-
*. -«toW -. A *■
S0CRATE LEBLANC.
rience des biberons n'eut pas de plus fâcheuses suites.
Effrayées de la présence du docteur y les deux inventrices profitèrent , pour s'esquiver sans bruit, de l'instant où elles se trouvèrent seules. Quand l'enfant fut hors de tout danger, le docteur adressa des observations très vives a M. le duc sur son imprudence, et lui représenta la douleur dans laquelle il aurait jeté madame la duchesse si elle n'eût pas été absente.
— -.Que voulez -vous, docteur, je suis président de la société d'allailement, et par devoir. . . 4
. — Très bien, monsieur le duc ; mais à l'avenir laissez appliquer les essais sur. les enfans des autres.
— Docteur , les enfans des autres sont les nôtres, et les nôtres. sont par conséquent: à tout le monde et à la science, .maîtresse du monde. Mais avez-vous des nouvelles a me donner du frère de Washington?
— Monsieur le duc, je le quitte il n'y a qu'uninstant. '
— Comment est-il?
— Trois fois mieux portant que votre fils.
— En vérité ! Et comment cela ?
— Comment ! C'est qu'on nie l'étouffé pas de caresses, c'est qu'on lui donne de Pair, ce dont votre fils manque ; c'est qu'il est couché dans de la' toile, au lieu d'être chauffé dans la soit. Dans deux mois,. fl sera incomparablement plus fort, plus sain, plus beau que votre fils, parce qu'on n'aura pas tenté d'épreuves sur lui. *
— . Docteur , ne m'affliges plus; brisons là- «dessus, et apprçnes-moi sous tfuel nom à étébaptisé ce cher enfant de l'hospiGe.
—Mais, monsieur le* duc, il* le nom que portent tous ceux de son espèce : Blanc ou Leblanc.
— Et n'a-twon pas , docteur, la faculté d'ajouter à ce nom de Blatte un prénom moins effacé , plus expressif ?
— Rien ne s'y oppose, monsieur le duc.
— Je veux qu'il se nomme^lors Socrate Leblanc ; Socrate fut le sage de l'antiquité, comme
Washington est le sage des temps modernes.
Gloire éternelle a cps deux hommes î Séparés par des siècles, je les unis dans ceux qui les prendront pour modèles, dans mes deux fils, Washington Levert et Socrate Leblanc.
L'avenir de Socrate JLeblanc me préoccupe <|p ja tellement, docteur, que j'achèterai demain sous son nom deux maiso£ dans l'enceinte de Paris. Elles appartiendront a mon fils Socrate. Washington m'en remerciera un jour.
Après avoir dit ces paroles, le duc de Levert regarda d'un œil attendri le buste de Jean- Jacques Rousseau, précurseur théorique delà philantrepie effective 4u duc de Levert. Malheureusement pour le pathétique de la situation, le docteur avait posé son chapeau a larges bords sur la tête du philosophe de Genève.
Il y avait soirée chez le procureur-général.
À toute autre époque qu'en 1816, une réunion cPhiver chez un homme de robe ne mériterait pas une mention a part. D'ordinaire, celles qui se ferment sous le patronage dé la classe magistrale sont aussi médiocres qu'un jugement en référé. Oh y cause à voix basse, oAy boit de
{'eau trempée , jet à neuf heures k soirée est jugée : condamnée à l'ennui % perpétuité.
Lte temps- avait un autre prix en 1816, après
deux invasions et deux restaurations, ce qui
équivaut a quatre restaurations ou a quatre invasions. La conspiration fforissait «lors en plein soleil. Chaque matin le Moniteur publiait, dans sa première colonne, la listé des Juges des coçrs pré vô taies. On sait si ces tribunaux extraordinaires répondaient aur idées de justice, de clémence , de conciliation , de pardon et d'oubli {pi'on leiy prêtait. Juger, c'était condamner. On jugeait Labédoyère , on jugeait le maréchal Ney, Casibronne, les frères Faucher, Mouton- Duvernet, le général Chartrand, l'amiral Linois, Drouot, et, jfHr contumace, le général Bertrand,
Lefebvre-De»apettes f les deux frères Lallemant,
Rovigo, Rigaud, etc. Strasbourg, Orléans, Poitiers, I*yon, avaient leurs procès et leurs exécutions sur une échelle réduite.
Quand la France n'a ni guerre au dehors, ni industrie ap dedans, M f a u|, (jubile s'occupe,
' ÇOÇRAtB LEBLANC. 4il
tomtate Pérrin Dandki, à juger lesgeàs. &n 1816 il n'£ atait pas de guerre ; ce«qui .ne veut pas cfire que la paix régnât» H n'y .avait que des royalistes et des bonapartistes en présence ; et des royalistes qui Tétaient deux fois : peur l'atout été en 1814, et pour l'être depuis 1814 ; de ribéme qu'il y ayait des bonapartistes des cent jours* et depuis les cent jours. On ne connaissait alors ni les bateaux k vapeur, ni les die» mina de fer, ni le gaE, ni les journaux, ni rien de ee qcd constitue notre gloire, notre richesse, nos distractions , noire vie, enfin . Lisette Moniteur pour Vous en assurer : — Cours prérAtales, — « Rentrée des alliés sur leur territoire, — « Airestation d'officiers regrettant le régime de l'usurpaear. IWt un ennui teint d,*»* . Commept tout 181 (F n'est pas mort d'hébétement? c^est ce qui étonne lorsqu'on se reporte par la pensée k cette époque de démembrement
social* d'énergie perdue, d'ambitions stupidcs. Le
commerce la littérature, la science, les beaux* arts étaient 'étouffes entre la Aaine des bonapar~
tisteset la colère des royalistes, sentimens odieux
qui tenaient lien de tout. La poésie était représentée, par M. le chevalier Alissan de Chazet, qu'admirait tant an maréchal dans ses ordres du jour, qu'il proposait kla garde nationale, comme
un modèle de belle tenue, les vers alexandrins de M. Alissan de Chazet. L'éloquepce avait pour Dé- * mosthènes M. le comte de Béthisy, l'inventeur méconnu du fameux mot: Vweleroiquandmêmeï motquipeintrépoqueoiiilfutdit.Onétaitfatigué * de tout, harassé de tout : Vive le roi quand même il eût rétabli la dîme et ïa corvée en France, quand même il eût demandé un milliard de liste civile, quand même il eût été up autre Napoléon , ce qu'il se garda bien d'être • Et lorsque M. de Béthisy observait le silence, M. de Castelbajâc prenait la parole gi prdposait une lty, dix lois, vingt lois en faveur des ecclésiastiques. On ne s'étonnait pas qu'il réclamât pour eux, soutenu par MM. Lachèze, Murel et Piet, des abbayes, des monastères , des couYens, des canonicàts , des fondations, de* biens de toutes sortes, des
forêts, des pacages, et avant tout la restitution, enlre leurs mains, de l'état civil.
L'époque était admirable par son cynisme politique. On se verigeait comme on respirttit. L'aristocratie disait: Je suis Taristocratie, etje me venge du jacobinisme ; le jacobinisme , c'était tout le monde: l'armée d'abord, le peuple ensuite; et comme peuple et armée avaient chacun, et tour 1 tour, jouésonrole, celui-là de80à98, et celle-ci de93h 1814, et qu'ils étaientàl>out, l'aristocratie, chose dure a mourir, venait remplir le sien sur le terrain déblayé par la crosse des fusils autrichiens, russes, prussiens et anglais.
. 11 s'agissait moins alors, .on le conçoit, pour les. royalistes, de créer de nouveaux élémens constitutifs d'une société, que de rechercher, de rapporter soigneusement, un à un, les élémens brisés do l'ancien régime. 0n ressuscitait les pages, les cadets, les vidâmes,. les majorats, les chevaliers de tous les ordres. M. de Condé se donnait plus de mal que n'en avait jamais euson grand aïeul dans une Bataille r .pour réunir les
vieux morceaux de chevaliers de Saint-Louis , semés sur la surface du royaume. Ou mettait des prix fous aux chevaliers de Saint-Louis» Enfin M. de Condëen raastgnbla un noinfae assez satisfaisant pour aller à la messe, k une gnmdVnjKse, k la suite de laquelle fat instituée l'association paternelle dés chevaliers de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, sous l'agrément de Sa Majesté , qui ne refusait jamais son agrémeift axe oui lui était agréable.
Çn moins d'un an, la France fut badigeonnée a neuf. Pour peu qu'on se fit illusion, on croyait vivre aux temps de François I er et de Louis XIV, moins la galanterie et moins l'esprit. Ce n'étaient pas les rides de la vieillesse qui trahissaient,
de loin en loin, cette mascarade historique 9
c'était le cil d'une jeune tête tombant sur les marches, de l'échafaud. Point de refuge contre cette invasion des 'barbares de Gand , de Coblentz et de Londres. Pour fuir la rue et les salons, si Ton entrait dans les salles de
SOCftATË LEBLANC.
spectacle; on entendait M. Nourrit Chantant ces paroles de M. Jadin :
Abjurons toutes nos querelles,.
De l'honneur écoutons la voix !
Jurons d'être à Louis fidèles, Jurons, jurons dé défendre ses droits.
On ne représentait pas encore des proverbes de société a Paris, mais on y jouait aux tombeaux de socieTé. Dam chaque cercle royaliste, on quêtait pour élever des monumens aux victimes 4e la révolution. Louis XVI obtenait un tombeaq à Paris et des monumens expiatoires dans chaque ville; pierres ruineuses qui étaient moihs ^es témoignages de regret en faveur d'un roi martyr, que des dates dl haine et de rage écrites sur le sol contre un principe : si bien qu'après les monumens votifs pour Louis XVI vinrent les monumens pour Marie •> Antoinette, pour madame Élisabeth^et même pour le duc d'Enghien. On réunit pêle-mêle les bottes, la bourse,
et les restes do ce prince, dans un même cénoi. 5
tapbe. Par degrés , on s'enhardit tellement à mépriser les napoléonistes qu'on ne les craignit plus. On Içs exilait par devoir et on les
tuait par habitude.
Il se forma, de toutes ces mauvaises passions, une société audacieuse sans armée , tranquille sans repos, Aère sans dignité , glorieuse sans passerai -ce n'est celui auquel elle volait de Vieilles modes et de vieux préjugés; une société comme il ne s'en était jamais vu; qui Avait dorny trente ans, et qui, en s'éveHlant, dem^pdait ses pantoufles et ses vertugadùis ; qui s'informait de la nuit de M. le sénéchal et de M.FabM
Le faible caractéristique de cette époque fut encore le penchant à la religion ; non qu'un sentiment de piété sincère régnât dans les cœurs : la religion était encore de la haine, sous une autre forme ; celle religion ou cette haine permit aux fejrnmes de prendre leur» part de récrimination contre l'athéisme imputé à l'empire, qui
avait pourtant donné de si beaux tapis et de si
SOCRATË LEWLÀWC. * 417
magnifiques chandeliers à Saint-Germain r\uxerrois et à Notre-Dame*
A chaque petit lever de S, M. Louis XVIII, de grandes dames qui ne croyaient jamais trop se sacrifier pour expier les succès militaires de
l'honneur de demander et le bonheur de se voir accorder le saint privilège de fonder un ïnoftastèw* tantôt sousienomd'Àbbaye-aœt-Bois, tantôt sous celui de la Miséricorde ou de la Providence. Une fois la fondation consentie, on se dévouait au martyre de la quête, on affrontait l'entresol du t&pitaKste voisin pour lui tendre une bourse en perles, où topait, avec un sourire, le billet de banque et la poignée de louis d'or . On était impi- 'toyable en faveur de la bonne cause ; honni qui ne souscrivait pas, mal noté qui n'avait pasVm nomgraçé sous Pattique de quelque tombeau «pi&tOire; ils furent mènle menâtes de destitntkm ces pauvres employés de là préfecture de police qui hésitèrent k souscrire aux poésies royalistes d'un de leurs chefs dé bureau. Ils pieu-
rèrent et souscrivirent. Ce chef de bureau eut la croix ; il se considéra depuis comme un cénotaphe élevé a sa propre mémoire, et il -se respecta comme une fondation pieuse : c'était un chansonnier. i
La société parisienne en était là à l'époque où M. le procureur-général ouvrait les portes de son salon aux zélateurs de la résurrection monarchique. De toutes parts on y accourait en foule. Chaque coterie y était représentée par quelquesuns de ses membres les plus chauds en matière de propagation des bonnes doctrines. Plus religieux et monarchiques qu'ingénieux » les roya- . listes avaient emprunté aux loges maçonniques leur système d'association et de réunion générale pour tendre avec ensemble, rectitude et vigueur, ■ vers leur même but de reconstitution rétrograde. 4
Déj% la vouf des domestiques n'annonça^ plus qu'à de rares intervalles la présence des invités retardataires. A chaque large rçsace du tapis bourdonnaient des groupes y les uns occu-
pés a lire un article du journal du soir contre M. Decazés, les autres a commenter la dernière proposition de M. de Marcellus, lorsqu'un membre de l'association des Francs régénérés réclama le silence pour la communication d'un projet élabore parla société dont il était l'ambassadeur. ' Si ce projet avait l'assentiment de toutes les catégories royalistes, il serait présenté à la chambre des députés.
Le silence s'établit , et le Franc régénéré* commença.
La postérité n'a pas conservé cette pièce, mais la mémoire des contemporains en a recueilli un écho pour notre édification éternelle.
Le Franc régénéré proposa de rétablir sans exception tout ce qui avait été renversé, moyen oratoire concluant , mais ruineux à l'endroit de l'éloquence en ce qu'il la dépouille des trésors de l'amplification.
S'étant aperçu de la faute du Franc régénéré, tin autre fervent saisit mieux la question et demanda que les serfs payassent le cens, le surcens
et le reguint. — Le reguint fut trouvé admirable.
Il demanda en outre le rétablissement des redevances en faveur des prêtres, depuis ai longtemps exiles des gras pâturages de l'Egypte.
Bien entendu que la noblesse serait exempte de toutes eea charges à établir. La mesure n\%teindrait que le peuple. Ces redevances auraient lieu eiT nature ; on les acquitterait au moyen de tant de muids de vin , de tant de fagots de bois, de tant de. boisseaux d'orge et de tant de petits poulets.
Le rire ne tint pas devant les petits poulets : ils furent accueillis avec un éelat de rite si spontané; par les dames surtout, que le Franc ragenérc n'acheva pas la lecture de sa nouvelle constitution française» C'est grâce, peuMtre, aux petits poulets que la féodalité n'a pas été rétablie en 1816.
A la suite du Franc régénéré , tant d'autres frères visiteurs des sociétés religieuses et monarchiques débitèrent de hardies nouveautés, caf rien n'est plus hardi que de faire prévaloir ce
SOCRATE LfcbLÀMÇ. 7 I
qui çlait il y a deux siècles, que lçs derniers venus tremblèrent p*>ur le succès dç leur imagina, tion rivale. Si on allait ne pli*s rien leur Jais&çr a cféw ! que deviendr^ent-ib a la cour ? .
Parmi ces derniers venus était madame la duchesse de Levert , qui traversait la salle sous le bras de M. l'abbé Ronsin, au moment métae où un membre d'une confrérie de p£nitcns du midi proposait de réorganiser r par une seule ordonnance qu'on solliciterait de S. M. Louis XVIII' , les ordres religieux de tous les temps , de tous les règnes et de tous les pays-
Madame la duchesse s'arrêta pour entendre l'orateur ; un sourire lin de supériorité apprit a celui-ci qu'on avait mieux en poche. C'était de la poésie pure tout ce qu'il avait débité. Reprendra-t-on Malle. aux Anglais et Uhodçs aux Turcs, pour doter des chevaliers du nom de ces deux îles? semblait exprimer cç sourire, £ros d'une pensée autrement réalisable.
Madame de Levert attira aussi l'attention de
rassemblée par sa toilette, qui n'avait jamais été plus éclatante. Une robe en velours noir lui donnait une majesté que rehaussait une coiffure chargée de trois plumes blanches. À trente-trois ans, madame de Lever t se montrait telle qu'elle avait étéà vingt-cinq ans,etcommeelleserait probablement à quarante. Une fraicheurflamaqde sur un embonpoint allemand lui assurait, en compensation de quelques grâces dévolues a la légèreté, une continuité inaltérable d'éclat et de jeunesse. C'était une de ces femmes à la Rubens, d'un beau sang, haute en couleur comme en naissance, comme il en faut enfin dans les races nobles pour être placées au centre d'un tableau de famille entourédemédaillons.C'étaitunebeautédanslestyle admiratiF. Au reste, elle semblait fort peu préoccupée d'inspirer d'autres seritimens que celui de l'admiration. La prétention ne choquait pas cependant chez elle; on était même heureux de voir
que la sévérité apparente ou réelle de ses manières se trouvât si bien en harmonie avec la gravite de son buste. Le cadre convenait au ta-
qqhv^u mie
ÏHc Derry qui
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Si
gion qui., dans cette soirée, ne furent mis sur le tapis par les royalistes de céans , jaloux les uns les autres d'être bien notés au château le lendemain au petit lever. Car aucune parole n'était perdue a cette époque de seconde restauration ; si la police avait son livre noir , elle avait aussi son livre d'or ; qui disait bien était sûr de quelque récompense. i.% forme de la récompense variait a l'infini ; depuis l'aumône faite à' la main jusqu'au milliard payé plus tard aux émigrés le pistolet sur la gorge du peuple , s'échelonnaient menu menu des indemnités de toutes natures , des privilèges de tous genres.
Ceux qui supposaient à madame la duchesse de Levcrt l'espoir d'obtenir un tabouret à la cour , ne furent pas surpris de l'entendre parler ainsi a son tour.
— Mon Dieu , messieurs , pourquoi aller chercher si loin des bénédictions a attirer sur le règne des Bourbons P la France n'est-elle pas assez irréligieuse, assez dépossédée de fondations pieuses , assez veuve d'institutions catholiques ?
qu'estai! besoin d'aller mériter le ciel en Pales-
tine lorsqu'on a des voies ouvertes k de glorieuses fins ici même ?
— Voyons , se dit le cercle toujours fort respectueux d'attention lorsque madame la duchesse daignait prendre la parole ; voyons fie moyen de fiaire notre salut sans sortir du faubourg Saint- Germain. %
— Il n'est pas, que vous sachiez, poursuivit la duchesse de Levert, qu'il existait autrefois a Paris, tout au haut de notre faubourg , des maisons où l'on élevait aux irais de l'état les jeunes enfans étrangers de l'un et de l'autre sexe , privés chez eux des lumières de la foi et de l'éducation. Vous n'ignorez pas non plus que ces maisons étaient, a beaucoup d'égards, sous la règle religieuse. Sauf les vœux, elles étaient descouvens. La accouraient surtout les Ecossais et les Irlandais , pour lesquels deux collèges en haute réputation en Europe avaient été fondés. La révolution... •#
78 WASinUGTON LEVEET.
Monsieur le procureur - général potiste un soupir. 4.
L'homme sec décoré de Tordre du Lys eh exhala trois.
— • La révolution, reprit madame la duchesse, dispersa les pierres du collège des Irlandais , et les'enfans de cette très catholique . dation restèrent chez eux exposés au souffle corrupteur du protestantisme , du calvinisme et du méthodi&me. Non moins impie que la révolution, l'empire ne releva point les fondations écroulées du collège deà Irlandais • A nous, messieurs, la réparation d'une grande injustice. En attendant que d'autres âmes bien inspirées étendent hotrè idée , réSdisons-4a au profit des jeunes filles irlandaises nées sous le saint baptême pu portées à le recevoir. Faisons pour les Irlandaises , nous, fondatrices déjà de plusieurs monastères , ce qui àera accompli plus tard pour les jeunes Irlandais. Avec votre assentiment, mesdames, et fcous votre précieuse assistance, messieurs, j'aurti l'honneur de proposer demain à son ahfltee
SOCHATE LEBLANC. 79
royale,, madame la duchesse d'Angouléme, la reconstitution * à Paris du couvent des jeunes filles Irlandaises, dont nous la supplierons
d'être la protectrice.
A péinè madame la duchesse dé LéVert avmtelle achevé de parler -, qu'on applaudit a son j idée de tous les points de la salle. Aucune motion n'avait paru aussi plausible, aus4 digne d'être soumise à la sanction royale* Toutes les
rivalités s'humilièrent. M* le procureur-général
s'offrit pour appuyer auprès de monseigneur le duc d'Angouléme un projet conçu sous l'influence de ses réunions; M . l'abbé Ronsin manqua de termes pour louer la pieté ingénieuse de madame la duchesse. Mieux vaut cent fois*, pensaitil , être aumônier du couvent des Irlandaises cju'évêqtie de Samarie même après la délivrance du saint sépulcre.
Un sourire protecteur de madame de Levert apprit à l'abbé Ronsin qu'il n'avait pas porté trop haut ses prétentions et: ses espérance^ en rêvant l'aumôneçie du futur couvent.
Après la communication de madame la duchesse , rien ne méritant quelque attention , la soirée fut de fait tevminée. Les habitués du cercle royaliste gagnèrent dans leurs équipages les. rues tranquilles de l'Université , de Lille , de Saint-Dominique et du Dragon.
Huit jours après cette réunion on lisait dans le Moniteur , et à la première colonne : Le roi
a nommé préaident de la cour prévotale de
monsieur le marquis de
Et immédiatement au-dessous de cette ordonnance royale :
« Nous nommons madame la duchesse de Levert pouç. présider a la rédaction des statuts du couvent des jeunes filles catholiques irlandaises, que nous mettons sous la protection de notre bien-aimée nièce , S. A. R. , Madame, duchesse d'Angoulême. »
Un mois ne s'était pas écoulé depuis la promulgatipn de cette ordonnance , qu'un beau trois-mats appareillait de Boulogne - sur - tyev
SOCftATE LEBLANC.
pour Fltlande , où il allait prendre une cargaison de jeunet filles de cette contrée.
On ne nous demandera pat pourquoi M. le duc de Levert n'avait pas consenti à figurer dans la cérémonie que nous venons d'indiquer si sommairement; ses convictions , chaque jour plus fortes , F éloignaient du mouvement apostolique , au milieu duquel la restauration se complaisait. De mois en mois il perdait de son attachement de raison pour les formes de cour, seule superstition demeurée pendant rémigration à peu près intacte en lui et malgré lui* D'abord philosophe , il était passé , nuance à nuance , à l'état de philantrope ; de la au libéralisme, il n'y avait qu'un pas ; il n'y avait qu'à solliciter une admission , toujours obtenue avec facilité , dans quelque société constitutionnelle ; et l'on sait s'il était besoin d'aller loin pour en trouver : à toutes les barrières s'élevaient au libéralisme des temples de cent couverts, avec des cabinets particuliers. Ces églises avaient leurs succursales. Les vingt ou trente Joges
9% WÂSKKOTÔft *,»*»«.
j H Ë Ç êW Hkp m de Paria déeesnvraient pM^qmMK francs la lumière pure aux koaamea de baene votante, te président de eee io^e» était tank II la Jbia un sage dan» se* ^apports pmés avec §** lame» eu Hmm, n» lierai epragé tau* m Maison» aime Je» ehefe de Peppeai tien ,, M p*e$e épie toujours un meadbavd f|a&a set fo*kekés anrec la peliee* Il était ta Truelle et FOEii*
Mais le terrain de l'époque mm ent&afrtè tiep dans- sa penfte, et non» sortons de. k aph&e qu^haUte encore le pars de ne» deua jeunes gens* Sa tendresse ne aVtojidafc p*s encore sot le» peuples , considères, au j^iitè $e v*e V$k ti^ue ; il avait n^ins songjé jiœgt'j&pi à br^e? leurs fers quVlefr v*tir de fiapelie, ç& qp& leur conseille* la wccine y l* tejnjréMnce et la gymnastique*
Au reste , IL le due de Levçrt consacrait exclusivement ses veilles aFachèv^BU^rtt d'untfafte d'éducation destiné a Wa&pgten e& a §eftftte| ces deux rosiers plantés par lui dans le jardin <fe l'humanité. Aucune élucubration sertie du ç«ç-
SOCRÀTE LEBLANC. 83
veau des plus célèbres pédagogues, QuintiKen, Philarote, Dumarsais, Beauzée, n'arriverait a la marge du traité inspiré par une longue expérience au due de Levert. Jusqu'ici on avait fait boire de Pencre aus enfans sous le nom de thèmes r versions, conjugaisons et syntaxe; il venait, lui, sécher leurs pleurs et transformer en guirlandes de fleurs le fouet cruel dont le dos des tendres .générations passées avait été sillonné. Apres sa mort , peut-être de son vivant, des statues lui seraient dressées par le premier âge , bien entendu quand le premier âge serait parvenu à la maturité du second.
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86 WASHINGTON LEV&ftT.
demandait clés inspirations aux sàyans et aux
sages dont les bustes l'entouraient ; car, squs
* peine de' mentir aux doctrines qui avaient été
l'espérance* de sa jeunesse et la religion de son
. âge mûr, }1 ne pouvait laisser aux chances du
hasard l'avenir de Washington et de Socrate.
Il était commandé à celui qui avait apporte tant • de sollicitude à l'épuration morale des autres v dç déployer toute son énergie, tous ses efforts, . quand il -s'agissait de la culture de son propre bien, quand l'entreprise touchait à lui-même, à . son fils légitime et à son fils d'adoption. Mais ce ' devoir l'accablait autant qu'il en était fier. Un bon roi a moins de souci de son peuple» Sa mémoire 9 puissamment excitée par l'intérêt per- '. sonnel , évoquait sans frémir la collection de traites anciens et modernes au fond desquels
- les philosophes , tas médecins /les naturalistes
- d^£ous fes âges, ont déposé leurs opinions sur lesmeilleurg soins intellectuels eft hygiéniques a consacrer à ^enfance. Sa vue se perdait à lire les. imprimés spéciaux publié? dans toutes tas
SQOULT1 USftfc&ffC. 67
langaes* fit lorsqu'à avait exhumé de ta cave *rtorhrmmî\t ipirln|Sirna wii^rrit i ip>rl rpif itinair couvert 4c Muille* hm appuyé de Huilante «ftmgrandâom* aussitôt il élevait la vente m** «ottiae à k faamieur d'un fait, et A courait en
ftû* l'appiicaitàensur Washington* sur Socrate.
Pendant quatre ans*, il ne de passa pas de arnaque le duc né tentât quelque expérience »* éoumUee par Avkwuie ou la fameuse école de Sakme* dans Tkrtéret du premier âge, Avant lu d'abord que les peuples de la Numidie n'opposaieritaucune geae quelconque audével&ppement des membresde leurs en&ns, habitude a laquelle ils devaient l'avantage d'être ai ex&Uens cava^ lian et si habiles tireurs d'arc* au dire vendis *Jue des Romains, \é due ordonna que Washington et Socrate fussent dépouillés de leurs mallots et de leurs brassières, et qu'on les IaSsaàt se rouler tout nus à terre; Malheureusement
le duc n'avait pas % tenu compte , en exigeant
que ses élèves f ussentélevés à la manièreiiumide, de quelques conditions dont l'absence frappait
son plan d'impossibilité. Ainsi, n'ayant pas eu un aïeul numide , un grand-père et un père numides , é(ant fort peu numide lui-même, il avait procréé un fils dont la constitution était rebelle à des essais mortels pour des poitrines européenne?. L'essai de la nudité numide eut
lieu pourtant; mais pour avoir joui de cette liberté sur des carreaux froids, Socrate, quoique vigoureux, gagna une {jevre cérébrale aigjië dont il ne se releva qu'avec peine , et Washington , qu'on avait mis à l'abri de
» cet accident en ne le lâchant x tout nu qu'après avoir chauffé une pièce à quinze degrés , en fut quitte pour une déviatijp&rcle l'épine dorsale. Conséquemment , grâce à l'éducation numide ,
-Socrate faillit jnourir*, Washington rester bossu. Réfléchissons , aurait dit Des Verriers , si le duc l'avait écouté, réfléchissons long-
ftemps avant de plonger nos enfans dans l'eau glacée comme les Islandais ou de les exposer enduits de beurre au soleil a l'instar des peu- . pies africains ; songeons surtout que ces épveji-
SOCRÀTE LEBLANC. 89
ves pai^l'eau et par le beurre n'ajoutent pas un jour de plus a la vie t et qu'il n'y a rien d'avantageux à être élevé durement pour mourir aussitôt que tout le monde, et vivre aussi mal que chacun.*
Martyrs de la science , Socrate et Washing- . ton continuèrent a subir d'autres modes d'éducation , pour en revenir chaque fois au lait de
leur? nourrice» et à la panade.
Je n'ai jamais Au ro s'avouait le duc afin de pallier un peu -les déspgrémens de ses tentatives, qqp je réussirai toujours; éfcver, ameliorer, enseigner, sont un art dont le; hommes *
ont cassé les instrumens. Est-ce ma faute si ,
* payant pas d'instrumens, ou si, n'en possédant
t que d'imparfaits , mes opérations sont souvent
inexactes? Changez ou ternissez le verre du té-
* Aucun des systèmes d'éducation dont il sera question dans la première parti? de ce roman n'a #té inia-
giné gai* Tnirleiir dans le but trefp fncilb de se moquer. Ils sont tous en vigueiîr ; et la plupart^soi/t môme soutqnus par les deniers du gouvernement.
08 WJWBHaWJf WETOKr.
bscope^et 'le metfleiir astronome wf&a trou* ble; il ie trompeta. Je *uj3 lm excellent astronome aussi ; mais qui répond de l'iftfaiHihiUté de mon télescope ? .
fl est, à remarquer que lorsqu'on « raison ^ * on ne compare Jamais. Les fcompattûsons * pour -en employer nqe > «ont les témoin* suborné* du raisonnement.
Décidé à n'avoir jamais tort contre bakneiné, malgré le naufrage de «gs utofkîes, le due se consolait d'une illusion évançuie par «ne illusion non-
Velte/Apft&Péducat&rin
co^treuue fièftt* cérébrale* il se passionna ài'occa- «opde^lqttekduroponr les rêverie. deCaw .
dan, fou étrange, épris de la science des nomicep, . au point d'y voir, <$mme Pythagore , h création du monde , l'équilibre des astres , l'Jbymén de Pâme et de la nature. Le duc y, vit les élémens d'une théorie mystique .d'éducation. l\ symbolisa itumériquement tous les objets et toutes leB actions de la vie domestique autour . ' de Socrate et de Washington. On ne leur ser-
vjt letup rep*s que dans de* plate qui avaient la fwm d'un J? ; leurs bputeiUes rassemblaient à W 9 :9 çfc leurs lit) à des 6, çe-qui les obligeait, quand ils étaient couchés, à se racc#roir commç «tes colimaçons dans leur coquille. Aux clouleurs près d^taployer des fourchettes tordues ea'9« et- des cuillières contourrtéçs comme des 5, les deux enfans approuvèrent en aticune façon l'effet des Bombree ; ils ne puisèrent dans cette torture mathématique renouvelée de Pythago»\ qu'une horreur anticipée pour le cal- «nu* où ili aVsceUèrety jamais ni Tua ni l'autre.
Enfin, je tiens mon système v je le tiens!
s'éeria un jour M • U due de Levert ^ en sortant 4e son cabinet comme Archimède de son bain , lorsqulL ait résolu le fameux problème de la couronne* L'harmonie a tout produit. Thaïes avait raison * les .astres sont le produit de l'harmonie ; ils se balancent et se soutiennent dans d'éternels courans sonores ; le soleil émeut la terre , donne une vpîx a l'agitation des flots ;
par lui les oiseaux chantent , le vent soupire ] Phomme paite ; l'harmonie est la dilatation de l'intelligence, la raison chantée. Tout est dans le chant. Exemples ! Le grand Itaistote mangeait, travaillait, s'endormait an son des instrumens ;-: Montaigne également. Et quels penseurs ! *quels sages ! quels philosophes que Montaigne et Aristote ! *
C'était là plus d'exemples et de raisons qu'il n'en fallait au duc pouf vouloir que ses élèves entendissent, du matin au soir, le son de la musique. Des orgues furent cachées dans le mur de leurs appartemens, et des airs pleins de tendresse saluèrent leur réveil. Lorsqu'ils dî~ naient , on leur exécutait des £tnorceaux sacrés sur le piano ; ils vivaient comme des Sonatas. On les obligeait même à demander à boire en musique , sur des paroles exprimant ce besoin. Ils chantaient surtout leurs leçons de lecture, comme c^la§/e pratique aujourd'hui dans certains établiss emens d'éducation protégés par le gou- \crnemcnt. Ils disaient ' J'ai l'honneur de volts
SOGRATE LEBLANC. 93
saluer ) comment vous portez-vous? expression d'une familiarité polie , sur un air de Grétry ; s'ils gravissaient des marches, des airs guerriers retentissaient à leurs oreilles; on leur chantait F Ancien Testament sur des motif» de Mozart. Enfin aucune de leurs actions n'échappait & Inévitable harmonie.
J'aurai un Montaigne ! J'aurai un Aristote !
v J'aurai deux |tres accessibles aux sentimens
élevés, se disait le duc lorsqu'on lui rendait
compte des figures réfléchies de Socrate et de
Leur figure était fort réfléchie en effet. La mo* notonie du bourdonnement éternel qu'ils subissaient,lesayaitaigrÎBprofondément;ilâpérissaient
d'ennui ; ils devenaient sauvages ; ils n'osaient ni marcher, ni toucher à rien, de peur d'entendre leur ennemi mélodieux sourdre de dessous leurs pieds, oude dessous leurs mains. Ils ressemblaient à ces chats ombrageux qui s'aventurent sur les touches d'un, piano. Le plus clair résultat de oette obsession lyrique fut que Washington
94t WASHINGTON ISVMT.
tomba dans une somnolence vtnsiM de IHdW* tismè, et que Socrate, pour îm effet oontatire, perdît la faeulté du sommeil* Encore qocigooe jours d'une pareille épreuve, et «il ne sait lés accidens qui seraient survenus dani Ieir été* ntaie physique.
En soupirant amèrement , le duc uipprima ^harmonie de' Thaïes' de ^éducation 4e ses élèves , qui avaient déjà gagné une&tfTCttr invita cible pour la musique; horretit dont Page ne lès guérit que fort tard.
A ces douleurs du duc comme père et comme instituteur, se joignait, peur l'accabler, le chagrin de prévoir le^nàoment oh, aÊandowaA I la main .mercenaire des professeurs,* lés deux enfans échapperaient à son pouvoir. Aussi avrit-il accumulé le plus d'expériences possibles ett&e Page où il les avait pris en tutelle, et celui oh des étrangers les lui enlèveraient. !Noi* qui n'eût le projet de présider k renseignement de Socrate et de Washington , tant qu'un souffle de vie ranimerait , mais son autorité serait affai-
cp*U} çwfcdép* comme la dere&re de se* jpts, : <$!]# 4b leur montra* te premier à lire pop 1q* 990303» suivwp- Citait autant dç
i$ d^ de ifevèrt a?a& remarqué que la cultpre 4^ riBtellige^ce était U& t 'çouppie progrès, m ^T^lqpp^we^t de» organes , et que les or-
iiapulsionaBgtformedVtivUé^La vue* l'ouïe, le $Q&,; 1$ *W*» Fodor at , ces conducteurs des sensations et par conséquent des idées* se covph f&btpnt, a des tenues dffîérew* Pe ces vérités fcanalesd* la mét^by&îcne, u#U> restée* stérile entre les mains des pasteurs de f htUjaanité r \e duc, avait etfsafc cette idée, et une foi* quHlla tint » il p* d%rmit plus* que, sUVn employait f^lusivemeut , qonçuae iuatrujpeot d'étude* le ffcig précoce et le pkta éveillé des ciuq sens chez les enfans , nul doute qu'on ménagerait
irait mtom sens une bonne vigueur u déployer
plus tard. On obtiendrait d'abord des résultats extraprdinaires. L'embarras ne fut pas , on le présume bien , de trouver le seift le plus vif, chez les enfans qui rapportent tout au goût.
Puisque manger pour eux c'est vivre 9 c'est penser, c'est tout, pourquoi, ajouta «le duc* manger ne serait-il pas s'instruire ? Sa théorie était lk. Tout apprendre aux enfans par la bouche. J'ai deviné le chemin du pôle de Inintelligence , s'écria-t-il , j'ai mon chef-d'œuvre ! Washington ! Socrate, c'est ma sollicitude pour vous qui me suggère ces efforts dont vous serez la récompense.
Restait à savoir quelle science on donnerait h.
manger gux enfans , et comment on la leur ap-
prêterait.
Le propre des grands génies est de sentir palpiter l'exécution sous les doigts quand ils sont gros de la création. L'idée d'un nouveau monde ne vint qu'à celui qui sut le découvrir.
Le duc imagina d'abord un syllabaire friand,
SOCRATB LEBLANC. . 97
un alphabet en sucre. Il fit faire chez un confiseur des A en sucre rose, des B délicieux en sucre bleu , des C en sucre blanc avec des pistaches , des D aux amandes, des E a la crème, des F à la menthe , des G aux noisettes , ides H aux confitures, ainsi de suite jusqu'au Z, variant pour chaque lettre la combinaison du sucre avec divers autres fruits*
Il ne s'arrêta pas'là. Dans une tête carrée, les développemens d'un système tombent d'euxmémfcs comme les fruits mûrs; d'ailleurs, pensat-il avec beaucoup de sens, les enfans ne se nourrissent pas que de bonbons, pas plus qu'ils n'étudient que l'alphabet. Forçons toutes les • nuances de l'alimentation a contribuer a la masse de leurs connaissances., jusqu'au jour où l'organe du goût admettra les autres sens m partage».
Rien n'est plus aisé, se dit-il, que de leur
enseigner en même temps que la Jecturele calcul
par le potage, qu'ils aiment beaucoup. L'enfant
taillera lui-même une carotte dans le bouillon ;
le premier jour il en coupera deux faibles trani. * 7
ctag» le lendemain une Ijgmwiw^ te aqpfe»* ' cteroaHul en taUta» t^w tr^ftçW»; bref v 1*
septièjsiç jpm? U W«e|ç««çh#ï9 %Pj£4o tatoÇ&fié de la çapottc, $t i\ w dçs* : çepj fois W0 çarpWe fojnt sept çaHrttes; d-ç« tatfditVft «fck wdfck plic^iop entres pcw jamais &P* SQHk estproaa eç dans ^ tête, E^ifo «gelait m toi U>à*h entraîné par Teau vive de sqû ftwvfc créateur* rien n'empêche que le* tUgajjtf® awsttt représentées pa,r <fes ^etterav<$, te s çentaute* p^i? des pommes cuites,, les. mille pg& des mareook de Lyon, les millions par des?Qrapges, ïe& cfcakie* de initiions ppr des.figu^Q^d'^MAres^uit^ ftta* la, maison. JJi egt bpçs dç <JftHte> que Fçnfaôt ap? prendra avec voracité, toutes «ffite*; dfc Q^wiia* et que l>n ppqrca n^mç lui e^ip^ups fente de chp^espajrla sçufc pi^vajtiQU df c^ft friandises» Quand U ns fera pa^Sjes ; dçwk s f ou itftrapcbera UI ¥* 9fr ^l^euj^ tjra»ptjQs ; cfc, ç*j#tte> de» iNk po|agç ? et il $çra< aJjQrs,l»m fetjcç ^^ii5(Qtt» que, qui de s$pt, <^<#tes f . qu, <te dtà, u'ifl^ctev e ^ Wlgm t%fe, & Hfc *«*S Wfc tsitfk #■*<
*teU*rémpe?a' jamais. Le*4ué flattait tathetréasme. Kewton déeoomtftrftracftt* Pdbt 4tane pomme qtri se détacha v#oi a4>«* pour ki tomber sur le front; &1 Pfàt mMfj&t, que flfoùt-îl patd^eowert, aurait pu dire le dtfc, supposé que le duc eût pris «m instant en plaisanterie «ne jfeçprîe née ayai»t lui , « pt tcès Joij^ue^ent dedijitg 4an$ plusieurs traitfe d'jfduçation moderne.
Quant à la géométrie, continua-t-il dans son soliloque > rien n'est plus simple que de Fenseigner vot en£ans, toujours par la voie du, goût , 4pfen mmwfe «le ftetft* «p> relation avec le hatii i J » lawcber, » «wfNsrietuc chez eux. t*- Ils Mlilémm#HmA&œf*aèt*aif*e la ligoe djrq$e «tf )ê plis «PH#-de jftws les daeaùns d'u» pw»t k»9 4HtR».9 JV» place à à» distances calculées ^W fl^taMi^ ^ui ««e iBqMAt b#ctô cpi^ être marges «èVMki l&pt paewiibe ip j* Us se tromperont, le jfrl» #P* fawii *** seconde {pis encore, le «*t M * m* tiwfc* *P* a h mimam fois, po»r
JWfam «**« te* dto4, ife iront à'm tt»t
au plus rapproché ; et; par le chaud et le froid, ils auront ainsi découvert la vérité du premier et principal •axiome géométrique. Il n'est rien, pas même la morale, s'écria le duc, qu'on ne puisse leur fairet, connaître en flattant leur palais. .—
té duc de Levert eut a peine jeté ces lumineuses spéculations sur le papier, qu'il brûla d'en essayer sur ses deux enfans, qui couraient alors sur leur cinquième année.
Amfcre déception !
Au bout de quinze jours d'épreuve dans l'emploi des lettres en sucre, l'essai futtotalement abandonné, et voici pourquoi : — Washington trouvant délicieux le C aux pistaches, et Socrate ne voyant rien au-dessus du F à la menthe, ces deux enfans se gardèrent bien de jamais connaître cm deux lettres; plus ils ne les disaient pas, plus ils s- assuraient de les manger long-temps. Un autre inconvénient se présenta relati veulent aux autres lettres .les deux enfans les apprirent
si vile que leur estomac fut dérangé. Et Ton n'en était encore qu'à l'alphabet !
Il fallut aussi renoncer a l'application des fruits et légumes a l'arithmétique; car, un jour, et ceci frappa le Système végétal à mort , interrogé à table par sa mère sur le » nombre d'an-* nées qui s'étaient écoulées depuis la mort de Louis XI V, Washington, tout en opérant très juste, au lieu de dire qu'il s'était écoulé cent» quatre ans trois mois et un jour, répondit : Maman, on compte depuis la mort de Louis XI Y, cent quatre pommes cuites , trois carottes et Une tranche de carotte.
Qu'on juge simadameHLa duchesse eut beau jeu contre les inventions de son mari* qui rougit d'être ainsi vaincu par la routine , et d'être obligé d 1 y revenir ai» plus vite sans avoir à opposer à cette défaite de meilleurs résultat^ obtenus sur Socrate. Socrate n'avait jamais pu se mettre dans la tête le nombre mille , parce qu'il n'aimait pas les marrons de feyon.
Washington et Soctttè achevaient leur cih* quièitlfc année :le fils dà gehtil homme, aii milieu desjouets de nacre et d^vôire don t dnFaccablait, le fik du hasard dans Son hospiee. Le bel enfarit ineonnu faisait sa jfcie de bâtit* Fhiver de petHeg maisëns avec la neige amassée dans la ccrttf de rhctepice , et de,, cueillie en automne dé gras histfrrôns bien luisant
Bénie est l'enfance ! 'elle seule possède l'égalité naturelle. Pour elle il n'existe pas d'aïeux plus ou moins connus , de pères plus ou moins riches, de rang plus o» moins élevé. Fils de roi et fils de mendians sont pareils à cinq ans. L'un çt l'autre tirent leur félicité d'euï-mêmes , de leur vif appétit , de leur bon sommeil ; et ni la fortune ni la pauvreté n'ont de prise sur leur indépendance. Ils sont si heureux qu'ils ne connaissent pas même le bonheur, ce sentiment avare, cette tardive compensation a de longues souffrances. Ils n'aiment rien, ne regrettent rien ; ils sont indifférens ; ils vivent ! ils respirent, ils dorment, ils crient j ils sont pierre, fleur, papilfciï le jour , huître la nuit. Bénie est Fenfançfe
La famille Levert jugea qu'il était temps de clore cet âge d'or pour son héritier Washington, dont la vivacité, l'intelligence rare, la mémoire, exigeaient une éducation précoce et brillante. Quel enfant n'a pas toujours une intelligence rare ? Il fut arrç£é qu'il commencerait ses études dans le courant de l'année ; cette opinion fut
SOCRÀTE LEBL'ÀNC, 105
aussi celle des onctafe et des parens à tous les degrés * du jeune enfant qui , par un enchaînement de circonstances assez ordinaires dans les grandes familles , délicates a d'endroit des alliances, se trouvait être le dernier héritier du nom de Levert. Dix maisons sans fécondité n'avaient plus de successeurs k espérer que dans ceux dont il plairait à Dieu de constituer Washington père et générateur. Rien n'était donc plus urgent , dans cette conjoncture extrême, que de s'unir d'intention? pour lancer cet unique jet dans le ciel et retendre ensuite le plus possible sur la terre* -
Pour répondre à ces prétentieuses exigences groupées «Utour de son être, il fallait que Was* hington fut sain , vigoureux , hardi , brave, instruit , parfait en un mot. On espérait -en lui un héros. C'était beaucoup ; mais de quelles facilités n'étayerait-on "pas ces hautes espérances ? Dix grandes fortunes allaient' s'associer dans le but de faciliter au fils du duc de Levert les moyens de réaliser les pairàcles qu'on attendait de
lOf WASHINGTON liBVERT.
lui. Parcs , forêts , prairies i châteaux seraient vendus* au besoin , pour l'entourer des meilleurs maîtres en tout « pour le faire voyager en Angleterre et en Italie, et l'enVoyer plus lard choisir une femme parmi la noblesse' allemande , la première du monde; ou auprès de la noblesse hongroise, qui se dit la première doblesse d'Allemagne*
C'était dans le plus faétueux salon de l'hôtel que s'étaient assis les parans de M. le duc de Lever t^ gentU4homme9 et nobles dames, et même Dés Verriers, jatoùi, comme dans tout autre épisodé de sa vie, de né se brouiller avefc personne. C'était lk le poidi ë&engèi pour lui , la base granitique de ses moindres déterrf&iatiwïs.
M. de, Letert n'apportait pas à là réunion ttfi visage lorfrsatisfàit 9 soit ^u'il n'eût pas été eompléteïnent d'avis de la provoquer avec dès fot* mes si solennelles , soit qu'il ne jugeât pas que sofn fils dût avoir d'autre précepteur que lui * père et philaiitrope k la fois. Cependaftt N il aécueillit avec.sa courtoisie accoutumée ses alliés
JOCBÂTE t**&â«C« 107 '
aidai cptf ceux âo «I femme 9 lés remerciant même d'honorer de leurs lumières une question à laquelle il était principalement interesse»
II. Pabbé Ronsin fut admis au conseil auprès de madame la duchesse , d'abord, à titre d'ami , digne de cette faveur, ensuite à titre de futur directeur moral du jeune Washington que tous ses paraur , excepté mn père , ne nommaient que Louis dans la Camille. Washington sonnait mal à des oreilles peu démocratique**
— Me» tiNÛis, dit madame la duchesse d£ Lçvert, impatiente d'ouvrir la discussion, je pourrais mç dispensa de vous dure le motif de notre réunion; depuis làng-temps il est convenu que *0& «ttu& cOn*ulterk*n# en commun pour arrêter le plan d'éducfetion de notre cher fenfant. Ce grand jour est venu. Louis a cinq ans* À son
Madame la duchesse se pencha, vers l'abbé Ronsin* ,
» souffla tout bas:
— Bayard a cinq ans battait ses domestiques.
— Bayard a cinq ans, mes cousins., faisait respecter l'autorité de son père auprès de ses gens.
— Notre cousine, interrompit aussitôt un cousin, aurîez-vous le projet, puisque vous citez Bayard, de faire de votre fils un militaire ?
— Mais nous avons eu , si je ne me trompe, de braves épëes dans notre famille , cousin ; une de jdus ne nuirait pas. Que vous en. semble ?
— Mais, notre cousine, si npus ayons eu de braves épées, nous avons eu presque autant de malheureux fourreaux. Un de nos aïeux sur deux çst resté Sur Whamp de bataille. Ritquçrons-nous le seul héritier destiné k continuer notre nom?
— - Militaire ! murmurait à F oreille de Des Verriers le philantrope duc, militaire! pourquoi pas exécuteur des hautes oeuvres ? — tuer k tant par mtois! belle gloire aux yeux de la Cofifecienct!
SOCRATÈ tEBLÀNC. 100
— Chut ! mon cher Levert , vous faites des grimaces à me compromettre.
— Le barreau , osa un second cousin , n'est pas un théâtre sans illustration.
— Je ne dis pas , répondit la duchesse. C'est
jnoins séduisant que les armes , mais c'est phis
sûr, qu'en pense-t-on ?
— Moi , je n'aime pas la robe, repartit le premier cousin peu belliqueux au second trop pacifique. Où sont d'ailleurs les grandes causes ? l\ n'y a plus même de grands» voleurs ni de grands empoisonneurs. J'ai honte à me représenter notre neveu plaidant pour obtenir une séparation de corps, — superbe tâche pour un Levert ! — et un Dfontmorency lui répliquant : — Mon confrère, — < vous manquez aurespectdûàma cliente! — La cliente, une grftette du faubourg du Temple ! \
— Des Verriers L Des Verriers ! voir l'avenir de mon fils tiraillé danS tous les sens pour savoir
quelle mauvaise éducation on lui donnera, quand
no
v?\œ\wpo¥ »*»*••
j'ai la, là} J>es Vwitrs, & qmi tttifoft un grand homme, un hfWW» «il» ! #ki
Un troisième cousin ifiteryint pe\i* dire :
Puisque nous n'ayons pas $n 4§ BW*h|* dans b* famille, que notre neveu soit grand amiral.
— Non3 Savons pas eu de marins dans notre famille ! réclamèrent vingt Levert a la fois.
Et madame la duchesse appuyant :
— Pas de marins? nous avons eu de tout, notre eousin, dans notre fàce^ tous <étkz ti la
conquête (^Angleterre ervec Guillaume; vpœ étiez, notre eousin qui l'ignorez, et fi asfcst glorieux de vous rapprendre, k la conquête de Constantinople avee Robert Guise ard; vous étiez li la conquête. . . . . ...*..
L'abbé Ronsm murmura — en ayant Tidr de s'arranger les boucles de ses souliers — ■* a ïa conqilête de Rosette avec saint Louis.
~ A la conquête de Rosette avec saint Lewis,
notrç eousin. fc "
Le troisième cousin } qni içn^FWt wpir participe ^ fe çQnwivte de mt dç ïPfflWfê* tto»s te
ptalfpfefctdest» asoéadans, fît 10s émises et ne parla plus,
t-r Des Verriers « De* Verriers, je vais pvler, je parlé; Hramanité m'y entrmne/
t-t Faites attention h ce que tous allea dire n mon cher Lewrt, l» plupart 4e wa cousins, k^ p*f sejis, pni ri^tentioft 4e léguer tew* -biens à votre fils. Et si v^s tes btesae^ « * • . « * .. .
Lç dftc n Vatf pas en le temps de pronencer
le moindre wat t qu'uw eottsiw frisât remar-* cpier qu'elle ne s^^Uit pas absolument ta nécessité de se donner tJP$ cfô mal pour ebereher un état ^ s«û cher eourin* 3oft mm est assez beau Tpgu* qu^ ^e)t <fof*irô d'« afcawtre la splenr àçm%$r$hi *t il e?t asse%riclie pour se passer
des bénéfices d\u*e profession. Il ope semble
qu'haut tout , il eat k désirer qu'il ait descoii* tiRuatous de aennoo», Le restent peu de chorfe. -milif icsto est tout * f ma «aussi*. WaAmg- **» W» f»%in ççptitti|*teur de eaee ! «p feWi-i tatWff. dfa&qp»» <$t {ou* a* pto* Wp&fr 4»
mon fils entre diverses conditions pour lesquelles il n'est pas plus propre que vous peut- être , j'ai gardé mes réflexions ; mais du moment où ' l'on parle de abandonner k l'oisiveté, trône de tous les vices, je parle et je dis : — Qu'il n'y a qu'un moyen de s'assurer dé la profession à laquelle mon fils est appçle par ses facultés , ses
* • organes , son instinct , par lui-même. « *
—Et quel est ce rare moyen, monsieur le duc? demanda madame la duchesse.
— Oui, quel est ce rare moyen, notre cousin?
—Ce moyen, c'est la phrenologie.
L'abbéRonsinouvritde grands yeuxjilsemblait en avoir quatre ; s'il eut entendu hydrophobie au * lieu de phrenologie, il n'eût pas été plus éfcmné. — Au temps où l'on vivait, la fameuse science du docteur Gall était honnie comme une hérésie égalé au moins à celle d^Àrius ou de Wiclef . La phréfk>logie était matière a criailleries, pâture à intolérance pour le clergé qui depuis, ûil est ? ' juste de l'ayouer, a bien effacé cette première ' empreinte de partialité contre une découverte
aussi peu nuisible à la foi qu'elle sera peut-être utile un jour à la philosophie. -
— Phrénologie! monsieur le duc , s'écria M., l'abbé, — Phrénologie ! — Et c'est tout ce qu'il osa dire» \
— Mais, oui ! je veux tenter un essai de phré~
nologie sur mon fils ; ne croirait-on pas qu'il
s'agit de le trépaner à votre horreur, mes. pou-
sins, à votre effroi, madame la duchesse, à votre
stupéfaction , monsieur l'abbé. Vou§ ignorez
* donc ces belles parolesde votre médecin à tous,
de M. Broussais ? Ecoutez-les donc :
m « ta phrénologie fait deviner l'homme dès le ^berceau et fournit les données nécessaires pour le placer dans la situation qui peut le plus contribuer à son.bbnheur et%u progrès de l'humanité. »
— Vous avez entendu, mes cousins, ce témoignage de votre docteur.
Le duc ne s'était pas trompé en comptant sur le poids du nom illustre qu'il citait devant des
personnes qu^ , grâce à leur position dans le i. 8
114 WASHINGTON LKVEfcT*
monde, avaient toutes M- Broussais pou? médecin. r "' L'auditoire prêta une oreille favorable;
M. l'abbé sembla disposé à porteç sa êrtih: arec
beaucoup plus de résignation. Au, fait, se dit-îl dans son for intérieur, il en sera dfe la phréno-
terye pour subir toutes les épreuve*. Il offrit du tabac a madame la duchesse.
Le dcfcteur poursuivit. M. Broussai», votre médecin, ajoute encore* > — « La phrénologie montre à F homme ce qu*îl lui faut foire pour rendre la justice qui est due à FinfortuS^ que de tristes penckans bu le vice de Péducation ont ren^u coupable envers la société ; elle enseigne en même temps cdïnment son expiation peut tourner à Favantage de ceux qu'il a offensés et au sien même. »
* Profitant de la conviction née des paroles du docteur, le duc proposa de faire toucÊer sur-lechamp même le crâne de son fils, par un phrénologiste de ses amis logé à deux pas de Phôtel.
1 S0CRATE XEBLAftC. 115
— - ^Notre cousin! notre cousin! vous allez bien vite, réclama- t-on aussitôt; nous consentons à ne pas trop fermer les yeux aux lumières de la -aouvfelfe science, mais si votre ami est appelé, il est probable qu'en ami il sera porté à pronostiquer h votre fils des choses dont il tirera le fond
de son intimité avec yoirç, de sa connaissance
détaillée de votre vie; ensuite/1 flattera Porganisation de notre neveu de peur de nous blesser.; * nous n'obtiendrons que des prophéties prévues " ou de» mensonges palis. *
— Vous êtes dans l'erreur la plus grave, mes cousins, et je m'eç # remets h. la propre bonne foi démon ami, M. Wolf, pour vous conveçtir à la phrenologie. Si vous le voulez , il çxpérimentera d'abord sur quelques-uns de vous qu'il ne connaît pas, et diaprés ses révélations vous jugerez de la vérité de sa doctrine ; et si vous y consentez aussi, au lieu de mon fils, qu'il ne connaît pas davantage, nous lui soumettrons au- * Jourd'hui, comme si c'était mon fils lui-même, un enfant étranger.
1 16 WASHINGTON LBVERT.
— On ne saurait être plus loyal, notre cousin.
— Je ne mets qu'une condition à tout ceci , <& madame de Le vert, c'est que si la phrénologie' avance que mon fils a la bosse flucom-
. mer ce, je ne le ferai pas pour cela négociant.
— 11 n'y a pas 4e bosse du' commerce, madame, répondit le duc, s*ns y voir malice, u n'y a que celle du Vol ou de l'amour de la propriété.
Pendant les quelques minutes d'absence du ducqui était sorti accompagné de Des Verriers, ses cousins se moquèrent de lui à demi-mots, et le raillèrent de sa crédulité ait charlatanisme d'un fou ou d'un fripon ; M. l'abbé tâcha, dans ce court intervalle, de prémunir l'esprit de madame la duchesse contre les terreurs de la
* phrénologie: Il prépara les paroles d'exorcisme. • M. le duc et M. Wolf , le phrénologiste, entrèrent.
, Des Verriers réprit sa place.
Allétnand, comme son nom l'indiquait t M. Wolf avait une figure douce > ombragée de
soyeux cheveux blonds; son œil était bleu clair, un peu effrayé , et sa maigreur scientifique ajoutait encore à l'exaltation de ses traits*.
Prié par M. le duc de préciser les penchans de celles des persojines présentes qui y consentiraient , M. Wolf posa ses jleux mains maigres et transparentes sur la tête chauve d'un cousin de Des Verriers ; Payant palpée , pétrie sur tous les points 9 il .retira son regard en lui-même , comme pour soumettre à son intelligence le texte matériel dont il demandait la traduction ; il dit ensuite :
— Vous n'étëêsi doué , monsieur, que d'une faculté très développée* il indiqua un point en* tre le bas du sourcil et le haut de l'oreille : — La Constructivité.
Chacun de 4* -récrier : La constructivité ! ! Qu^ayez-vous jamais construit , notre cousin ?
^^P s'émouvoir, le phrénologiste expliqua comment ce mot de la technologie nou¥efle signifiait l'adresse native , le bon goût, le pen-
çhant à exécute* et q fini* tout ouvrage quel-
1 18 WÀJHIMGTÛir UYE&T*
conque , n*importe dans quelle proportion et avec quelle matière. Un habile architecte et on castor offrent tous deux 9 affirma-t-il f l'organe de la'constructivité.
— Comparer un chrétien à un castor 1 murmura Pabbé Ronsin.
— Et c'est pourquoi, sans doutç, répondit le cousin , sous la main du phrénologisle , j'ai toujours eu une passion décidée pour F état de tourneur. Monsieur saura, que f excelle à tou*rier des tabatières.
' M. Wolf fut couvert d'applaudtssemens ; S avait accusé du premier coup l'instinct moral du personnage. '
— Tourner des tabatières y pensa l'abbé Bon* sin , n'est pas au fond un acte très providentiel; jusqu'ici là religion n'a pas à souffrir dans le libre arbitre et la grâce. ^^
— Vous, monsieur, continua M. WjJPfen touchant une nouvelle tête qui se plaça sous ses mains , et en posant un doigt méditatif à la suture coronale ? a uir endroit tangent à 1$ ligne
S0CRÀTE LEBLANC. 1 19
dtt ^o« ; vous, monsieur ; vous possédez des penchant très dangereux , mais vous Jes (sites plier sous L'autorité d'un sentiment meilleur qui l'emporte, et ce sentiment, c'est :.la Vénération. Votre jeunesse .$ été orageuse , car elle a été taiîtot la proie du jeu et tantôt l'esclave de la domination religieuse , qui , je le présume , a heureusement fini par triompher.
Second et brillant triomphe pour M. Wolf.
Le personnage qu'il venait d'analyser, joueur acharné autrefois, avait tué son meilleur ami en duel à* la suite d'une partie contestée de boston. Repentant d'un aussi odieux malheur, il avait, depuis cet accident, revêtu le cilice, cliâ-
timent dont il ne faisait un mystère a personne.
— Vous voyez donc que j'avais raison, semblait dire le visage épanoui du duc de Levcrt , en regardant ses cousins ébahis.
Quant à l'abbé Ronsin , il avait déjà, pris la parole pour demander d'un ton un peu inquisitoriai a M. Wolf ,, s'il n'outrageait .pas la reli -
gion en attribuant les saints élans qui y portent
à une conformation particulière d* cerveau,
♦ $ans tenir compte de la grâce. Et la Révélation,
monsieur ? s'écria-t-il.
— Ma doctrin^ ne s'oppdse pas à la Révélation , répondit le phlegmatique professeur. Il y avait de la religion avant notre Seigneur J.-C, et des sentimens religieux comme aujourd'hui , erronés sans doute , mais il y en avait. La phrénplogie est si peu contraire a la foi , qu'elle implique la nécessité d'une religion , puisqu'elle assigne au cerveau le penchant spécial aux croyances.
— Mais , monsieur, s} tous mes actes sont
forcément déterminés par ' ^impulsion naturelle du cerveau, continua Pabbé, quel mérite avons-nous à être bons , vertueux et chrétiens ?
Aussi calme que le théologien était fougueux, le phrénologiste lui répondit :
— Croyez-vous donc, monsieur l'abbé, qu'on §oit beaucoup plus libre parf e qu'on se cofid\tit
iiɧ§# i'it 'êë ê §11
'S 1 . s mM
Lfi*fiâifiC
121 wif uum uraw.
atii», s'abuse* suit» les dix % doigts àsronfe dt* phrénologiste»
' Au bottt de quelques minutes* de tâtonnemens inquiets , M. Wolf dit en s'adressant h l'assemblée : >
— Monsieur n'a f>asdetéte.
— Comment! je n'ai pas de têle ! s'écria avec épouvante l*abbé ftonsin.
— Vous n'ayez pas de tête.
— Eipli^^ mieux. Q»« ««niSef... •
— Toutes les parties de votre crâne sont si bien unies que vous ne portez le signe d'aucun penchant irrésistible , soit au bien, soit au mal. Vous êtes ainsi 9 monsieur l'abbé, la preuve vivante que l'éducation est susceptible de corriger les torts de la nature , et d'engendrei 4 des
qualités dont il n'existait pas de germe.
; C'était répondre avec assez de politesse pour un Allemand.
— Je me glorifie d'avoir vaincu par la grâce, s'il en est ainsi , répondit l'abbé Ronsin , que la
mmmm,
124 WASHINGTON LEYERT.
tit , et rentra aussitôt en tenant dans les bras un enfant dont Page était à peu près celui de Washington. ^
— Monsieur Wolf , que sera cet enfant ?
On posa l'enfant debout sur une tablé» L'inspection fut. longue; on attendait en
silence la prédictiod compromise* du phrénologjste.
— Monsieur le duc, je n'ai vu jusqu'ici, dit enfin M. Wolf -, aucun enfant pourvu de signes aussi prononcés.
- w — Mais prononcés en quoi? E* bien ou en mal ? ,
— En mal , monsieur le duc ; j'en suis douloureusement affecté ppur vous. Votre fils a la
' Concentrativitè développée au plus haut degré, c'est- a -dire qu'il ne voudra habiter que les hauteurs.
— Jusque-la, répliqua la duchesrè 1 le mal n'est pas grand. Nous lui achèterons un château en Suisse , sur une des plus hautes montagnes
de rOberiand,
126 WASfintOTOM LBVERT.
de la Combativité, ou la tendance an meurtre. Ainsi , la concentrativitè , Yacquisivité, et la corn? batwitè i&tant en contact avec aucun autre organe de bienveillance qui les neutralise, Sentent de votre fils, au total phrenologique, un assassin des montagnes.
Far politesse, l'afeeqtblée eut l\dr de paraître fort affectée de ce pronostic, que n'avait pas adouci, ainsi qu'on Pavait craint d'abord, le phrénologiste Wolf. % Le duc le remercia ensuite beaucoup de sa complaisance. Il ne le laissa pas partir sans le prier d'aller inspecter, à l'hospice Saint- Antoine, la tête de Socrate Leblanc.
Jamais phrénologisteneparaissait avoirconquis de plus belles palmes sur l'incrédulité du monde au profit de la nouvelle science, physiologique et morale, quand Des Verriers , prenant la place que M. Wolf venait de quitter, réclama un instant l'attention de l'assemblée.
— Messieurs, dit-il, v ce petit garçon que f ai mis, avec votre consentement, à la place de notre
neveu, ce petit garçon qui,' à cau^p de la réunion
:k ik ** *