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1 30 W ASHIff GTOWT I£VERT .
prétend que la phrénologie découvre lis instincts les plus secrets de Pâme , et il est en défaut quand il s'agit tout simplement de distinguer un sexe de l'autre sexe !
— Sophiste! que vouséles, Des Verriers, sophiste de mauvaise foi ! Qu'importe que l'enfant fut une fille ou un garçon? le sexe ne fait rien a la question. Eh bien ! admettons-le, l'enfant est une fille : qu'arrivera-t-il ? Au lieu d'aissassiner sur une montagne , la petite fille que vous avez substituée à mon fils, obéira a son mauvais penchant , devenue grande, en tuant à un sixième étage*
— Ainsi, mon frère, pour là phrénologie, Une maison ou une montagne, c'est tout un ?
— Je ne vous réponds plus, Des Verriers.
—* Et moi je vous réponds que* la phrénologie est une science parfaitement jinutile , une tftvi-fnation après coup.
— Je ne vous comprends pas.
— 9 est-à-dire> qu'elle n'affirmé pas ' qu*un homme aura telle ou telle qualité, te! où tel vice
pmthnt sa vie; elle attend «qu'il soit mort pour ae pFenamser sur son compte sans m compromettre. Quand il «st avéré qu'il a été .eu wbur* qp a aBB MMM F» , &b menteur, oïl lâdbe « la vhsxmAotàe fait bouillir sa têt$ et elle expose doctoralement alors qu'il fet menteur, fyke , voleur <*i assassra. Conséquence : pour savoir pertinemment ce *pie *dus serez , commencez par avoir été, ci* . laites caiire votre tefce-
*^-Eaowe une fois, je ne vous parle plus, Des '« Venta* .
— Vou$ brûlez pourtant de me rapporter ce 4fae W* Woèf a dit de votre fils ; ou plutôt de vos * «keaft fik, «pr^ <examea de leurs crânes . Je vous wis fat* préoccupé, et ce n^eSt jamais saqs \
*#*• flou fils Washington, puisque vous tenefc li le savoir , a les organes de l'Amativité , de la PhilogémtwVi de la Circonspection, de ta Bienveillante, de la F'énéràêion, de la Bewêvérance , de la Justice; organes, Des Verriers, qui engen- ^ dtaeart le&pfas purs 9entîmem; tels que la bonté >
132 WASHINGTON LBVERT.
la clémence , la compassion , la pitié, l'équité , l'humanité, — l'humanité ! Des Verriers, ?— Votre neveu promet donc, et réjouissez -vous -en *vec moi , d'être bon fils, noble époux, excellent citoyen; d'être... .
— Assez , mon f rpfre , car Washington n'aurait aucun mérite personnel , songez-y , à être *out cela, s'il n'avait aucun effort à faire pour y parvenir. — Et votre fils , Socrate Leblanc , • " dont je me propose de vous parler plus ampler , ment , est-il aussi bien partagé en saillies phrénologiques? ,. '
* * . — Ici est ma douleur, Des Verriers. I* Provi- * dence mêle toujours quelque amertume aux biens / quelle €io»s envoie, pour mieux en rehausser le prix, comme dit le vicaire de Wal^efield : To en hance the value ofitsfavors. Socrate a l'organe ' funeste de la dcstructivitc ; il serait pùrté à dé* truire, a anéantir. — Mon cœur saigne.
— Que ne l'abandonnez-vous alors, mon frère, à son malheureux sort ? Jetez-lui quelques mille éfctts, et ne vous en occupez plus. Socrate
SOCHATE LEBLANC 13$
a maintenant cinq ans, comme votre, fils : bieptôt vous serez dans l'impossibilité de cacher à ma •sœur vos sacrifices pour cet enfant , doift elle n'ignorera pas long-temps l'existence. Tout finit par se savoir. Ne comptez pas sur son imagination pour vous pardonner votre originalité. Les femmes n'ont de l'imagination qu'à leur profit. Préparez-vous 9^ des railleries , des cris, des bouderies ., a des guerres domestiques sans fin. Croyez-moi , usez du découragement où vous met la découverte phrénologique faite sûr Socrate , et rompeé une bonne fois avec le projet de Fêle* ver à cité de votre fils.
— Abandonner Socrate ! l'abandonner , Des Verriers, parce /pie son organisation* l'entraîne vers le mal ! Mftis, au contraire, plus que jamais je m'attache à lui. Faire le bien avec ce qui est bon, c'est l'œuvre de tout le mpnde; l'accomplir avec ce qui est mauvais , c'est le lot du sage, le mien. Plus grande est la difficulté, plus noble est la victoire. Qui dit philàntrope dit martyr. J* remplirai ma tache. Mon fils Washington sera
bon : tant mieux ; il corrigera Sacrale. J-ui *b moi travaillerons à l'œuvre. Je ne pentttft pto hri tailler sitôt de i'ôttvifege* Quàrit à mâfe&ifht,
si elle a se£ pauvres, j'ai les miens* Chacun le* ptand ©h # il peut : elle à l'église , moi dan» la « rue. Elje travaillé pour le ciel, j'aime k te croire, et moi pour l'humanité. Nous pourrions itous rencontrer là haut. m%
- — Tâchez toujours de ne pas vous rencontrer ici-bas, Mais encore une fois , mon frère* renoncez a vous proclamer le don Quichotte (le la bà- • tardise. Votre exemple ne changera rien aux choses reçues. Ensuite, qui sait si votre dévouement n'est pas une çrreur? ce qui vous parait mal ne
* l'est peut-être pas.
•*- Le mil est toujours mal , Des Verriers.
Citez-moi beaucoup de peuples qui , attsfcï c6trompus que nous , aient abandonne le* en farts à la merci des passans, dans \k rue, et des loups
dans les bois. Erîgercz-vous erï principe Tassas-
sinat.des nouveau-nés? Où sôût vos aittbtités? 4
SOCIUTE; LEBliJUiC 1 1^5
Les sauvagçsn'jmtpas dfexempres de ces cruautés
à offrir? Démontrez-moi le contraire.
«nt Un instant! mon frère , ne me demandez pas des preuves historiques, sur un point très délicat; vous auriez à vous repentir , j'en ai peur, de m'avoir fcmroi les moyens d'avoir raison.
, — Non, parlez. Des Verrier s} ma doctrine ne craint pas l^amen. '...,' • .
— Eh bien! mop cher duc , je ne vois nulle part, dans aucun climat, à aucune époque , des témoignages d'humanité envers les enfans.
Les Islandais ne consentent a'embrasser la religion chrétienne qu'autant qu'il leur sera permis *de continuer à . exposer leurs enfans ; les Arabes et la plupart des peuples orientaux ont toujours eu droit de vie et de mort sur les leurs;. cHfez les Lacédémoniens 9 Lycurgue établit Ce droit ; et Splon chez les Athéniens ; Bodin % que, vous avez «dans votre bibliothèque, écrivain célèbre au XVI e $içcle , .dit : ce 11 faut rendre aux pères la puissance de la vie et de la mort qufi la loi de Dira et de nature leur donne.»
Il était d'usage parmi les Roirfains , vous qui les vénérez tant, que la Sage-femme mît le nouveau-né a terre: si le père ne le t élevait pas t *l'enfant était abandonna d'où l'expression ; tollere
infantem^ lever un enfant. Voulez-vous encore d'autres témoignages, mon frère?
— Sans douté, Des Verriers.
— Chez les Hébreux , le père posait l'enfant sur ses genoux , et par cet acte , il le reconnaissait. Jok ne dit-il pas : Pourquoi m'a-t-on reçu sur les genoux et pourquoi m'a-t-on présenté les mamelles pour îne les faire sucer P En Chine, le
père tue , à son gré , ses enfans en les plongeant
dans l'eau. Trajan fut le premier empereur romain, selon Pline, qui eut pitié du délaissement dés nouveau-nés; il fit élever à ses frais près dé 5,000 enfans. Les Celtes les abandonnaient au *couP£du Rhin; s'ils surnageaient , ils étaient legitimes, sinon l'épouse était condamnée comme
adultère ; coutume qui a fait dire au spirituel philosophe Lamothe-Levayer: a Nos Gaules sont bien différentes de ce qu'elles étaient du temps
SÔCR A.TE XEBLANC* 137
de Julien > et que si le Rhin y submergeait tous les bâtards elles ne seraient pas si peuplées que nous les voyons, ».
AppelleBez>-vt)us ces peuples cruels, sauvages, barbares, mon frère? Mon Dku! ils avaient lqpirs systèmes comme nous avons les nôtres : ils croyaient humain de mettre un terme à la population, comme nous croyons humain de ne pan l'arrêter. Platon, ce sage de la Grèce, hVt-il pas dit dans sa République qu'il ne fallait pas conw * server les enfàns des citoytfis de moindre mé« *• rite? Arîfetote, son disciple/ le collecteur dea
lois de^cent cinquante peuples , n'approuve-t-if
* * pas leroeurtre des enfanft dans certaines circohç-
tances ? Aristote fut père pourtant , si^Pl^ton ne le fut pas. Je vous cite des noms fameux , mon* frère : ajoutez-y ceux de Tacite, deSénèque, de Plutarque . qui naquit après J.rC, tous approbateurs des I6is en faveur de l'inf anticipe. En viendrez-vous à croire que. les anciens ne sont pas toujours des raisons à, opposer ? Ils ont plus souvent chante l'amour que la maternité, dont il
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WAflMMfftX UTWT
rie* pu dit un «eul rmt dam Catulle, Tibullfi et Properet, ni naéme dan» U» satirique» latins, ces déclamateurs en toutes choses» Cest le christianisme, •• ■ *
Là « je tous attends , nôQ frère. Je vous tiens!
— Quoi! wm m'attendez 1 eh bien! le sy*
tème change* j'en conviens; mais est-ce qu'une religion nouvelle ko fonde sans renverser tout ce que la preçed**te avait établi? Comment réussiraifreHef Ne'criez p» si fort à la morale avant, de connaître les uwtife qui y poussent; dVl* leurs si Gopstftntin défendit l'exposition cJeMiou* veau -nés, il autorisa feftûlav^e des e nfws trou* vés« Sept humanité fut selon Ici temps ; la nôtre est de ctroonstance» Saint Basile avait raison do crier contre la vente des enfans # et Constantin aW p«*êti. pa. tort*}, {«mettre, Mette* saint Basile à la place do Constantin et celui-ci a la place de celai4j*, ils changeront penrôtre do langage» Ne vous imagines pas que le christia* nism* proclama d'abord dot loi» tôufrfel ait oen-
*04*A*ti EfeBfcMto.
là»
tffâftfe* àttx ancienne* coàtumes. Otariemagne déclara que les enfans exposés seraient esclaves âé<èèiig «fui *» prendraient soin. N'appelons , mon frère, ni barbarie ni civilisation ce qui est un prtkkit* n*t*r el des circonstances combinées jRteé régie des peuplés* Humqin a Paris , Vous eussiez été peut-être «ft antropophago au lapon.
*~ Aitaftl! tau* *> ift Vëltaitien* *~ Je smië miette que eelâj je suis historien. Je vous demande pA^dan, en oiftpe, ftion frère, de l'avantage que je prends énr vfcns da&s ce moment-ci; la faute en est fr tous. Vous ave* provçqué le sttjet , eê il en eft si souvent question . éiitre noi» j que f al fini par leposseder, ainsi que je vous le prouve.
Je ne voua diràî pas, quoique je le sache, l'époque des divers étfcblisSemetis fondés pour les ttïhni trouvés sous l'influence du Christian nisme. VcttiS $&v<efc Cimme moi que l'Autriche en a beaucoup; qtiePE9pagiie«ti compte soixantesept j là Toscan* dénie, 1* Belgiquo dix4iuit , et
^bv»l
140 WASHINGTON IBVERT.
que la France n'en a pas moins de trois cent soixante-deux.
— Gloire immortelle à la France 9 mon cb« Des Verriers.
..— De quoi la glorifiez- vous , de^e qu'elle a plus de bâtards que toutes les autres contrées de la terre P beau compliment !
— Ne serai-je pas Jier de ce que mon payai leur a élevé plus d'asiles que les autres pays ?
— i- Permettez , mon beau-frère , et accordezmoi toute votre attention, je vous prie.
— Vous Pavez , Des Verriers, ■ ,
— Les pays protestans n'ont pas d'hospices <$enfans trouvés, mai* ils ont beaucoup de maisons d'orphelins, en revanche» Il en est ainsi en Angleterre.
♦ — Et pourquoi cela, Des Verriers?
— Pourquoi ? parce que l'état qui ouvre une
maison aux enfans trouvés encourage les femmes à en procréer d'illégitimes presque sans remords. Elles sont sûres d'avance du berceau où elles dé-
poseront leur fruit illicite. Les hospices sont une
SOCEATB LEBLANC. 141
institution divtoie, si vous voulez, mais ne sontils pas aussi des primes d'encqûrâgement offertes aux mauvaises mères? pour un enfant qu'on -sauvé, ;n'encourage-t~on pas des milliers de mèjres à la corruption la plus effrénée? Oçi, mon cher Levert, à" côte de ces mots gravés à la porte de ces sortes d'établissemens : Hospice des en/ans trouvés ; on devrait écrire : Palais des femmçs perdues.
Je termine, moncberduc, mes affligeantes réflexions ; mais souvenez-vous que de toutes les vertus, la plus difficile à exercer, c'est la charité»
— Je ne dis pas non, mon cher Des Verriers ; mais en quoi, s'il n'en était ainsi, serait-il beau d'être charitable?
— Ai* je du moins ébranlé votre résolution d'élever Socrate?
-«-Elle est au cpntraire si ferme, Des Verriers, que les maîtres destinés a mon fils 9 puisqu'il faut des maîtres , hélas ! ont été chargés par moi d'aller donner les mêmes leçons a Socrate. Ce dernier n'aura pas , fc la vérité , la ressource
1 42 WASHHIGTÔI! tmVÊLl.
de l'émulation, mais il aura du moins «elle dSme instruction distincte, exclusivement pour 1m. Demain, les professeurs de langues, de 4essfa, de danse; de musique, ootttfttenceroiit 1'édncation .des deux élèves ; et nous Cirons, mon fils, le gentilhomme, si Dieu ne tous a pas créé plus riche pour que vous soyez meilleur ; et vous, mon autre fils, l'enfant de la philantrdpie, s'il ne vous a pas placé sur mon passage pour que vous soyez reconnaissant un jour envers Inhumanité de ce que je fais pour vous, au nom de mes semblables, au nom de Fhumanité.
Le duc de Levert sedécoutrît avec respect.
• —Est-ce que vous me saluez, mon frère?
vm
Quelle séduction offerte b un écrivain d- imagination ! quel parti ne tirerait-il pas de ces deux existences si parallèles et si différentes! Celle-ci dorée jusqu'au bout des ongles comme une sultane Validé le jour de son entrée au sérail - % cellelà emprisonnée dans un hospice, liée a la chaîne des lois qui ne se rompt jamais, ayant pour père
le code pénal* Comme une main ingénieuse lancerait, à travers le tourbillon des idées et des choses, ces deux enfans : comme elle ferait une part singulière a chacun d'eux , et infligerait un démenti aux probabilités de leurs destinées, en se plaisant a montrer le noble, le riche, le puissant, incapable de soutenir la couronne de sa naissance ; et à montrer le bâtard, le réprouvé du monde, l'enfant de la Bourbe, au-dessus de son rival, supérieur à lui de toute la domination de la vertu sur le vice, de tcftit l'avantage du travail sur l'oisivetç, «le toute l'autorité du génie sur la médiocrité de l'écrit. Ou bien ne lui serait-il pas loisible encore, au romancier, ce poète de la foule, de tailler son marbre sur place, de peindre le noble dans toute l'exagération de sa valeur personnelle, de l'opposer, comme une veritée consentie, au mensonge dégradant de la bâtardise , en élevant Washington sur le socle social, et en traînant a ses pieds âberate, l'enfant sans nom.
Des deux côtés, il y a d'éblouissantes trames de
SOCRATE XEBLANC . 1 45
paroles et d'images à dérouler; mai^ ce n'est point a nous qu'il convient d'hésiter, parce que ce n'est pas à nous qu'il est permis de choisir. Des sillons sont tracés pour les pieds timides. Il n'y a que les aigles qui, avec leurs fortes ailes, puissent aller semer des graines fécondes à la cime des clochers. Pour parler plus humainement, nous nous sommes promis de traiter un sujet peut-être bizarre dans un cadre commun, parce
que cela convenait mieux a notre portée. Nous avons," en outre, employé tant d'incidens vrais, que le paradoxe et les ohosesfTaventure auraient imprimé une disparate mortelle a notre récit.
Washington et Scffcrate commencèrent leurs études lg^nême 'jour, tous lés deux sachant déjà' lire couramment, ce qui est le plus beau triomphe que l'enseignement puisse remporter sur l'intelligence, et ce dont il est le moins fier. Il n'y- a que les ea£ans et les professeurs qui mettent, les difficultés de l'alphabet au-dessous £es difficultes.de Talgèbre et de la métaphysique.
Un collège renommé de Paris reçut Washing-
146 WASHJHtTQK LEVERT.
ton sur ses bancs, et Socrate resta k Son h*Mj»çe , où les maîtres choisis par le duc de Le vert allèrent l'initier aux douceurs du rudiment et fc faire promener (Uns le jardin detraciipsgsa*? ques.
Nous tromperions l'esprit dp localité de uotrg lecteur» pour employer W* expr e^si^p ' de la phrénologig, si nous omettions de \w qHftffMfcr que Socrate était sorti de ^hpspice df s gnfei^-» Trouvés pour être conclût à l'hasprçft de* Qjn phelins. Cette rectification en exige une autre*
L'hospice des J^utf-Trottvés, 04 de l'Allah tement, ne garde les &&«f que jiksqu'k Fige de deux ans; passé cet âge» ifrtes verse dag* l'hospice des Orphelins, %\tm ru* di^feuboi^ Saint- Àptoine, 124-1:25. Le transvasement s'opèfa ainsi* Chaque année, à pareil jour, oh fait a va»^ cer à la porte des Efcfans-Trouves uni voifcure couverte, semblable £n tout, sauf quelques ouver$ur#s latérales, au panier à salade, dan alequei on transporte au Palais de Justice les prisonnier* des différente* maison» de détention de Païis»
S0QB4TÇ LEBLANC. 147
Ensuite çuj appel a lieu, et des chiffre^ répondent ; car, devant la charité légale, il n'y a p^s de nom, pas de famille» pas de religion, pas de pays. Le fou de- la fiajpétrière 3 un numéfo; le mal^dq 4è FHptel-Dieu a un numéro ; le prisonnier „à Jç Çp^çiergerie ? rçn numéro ; le bâtard un nu-
méro; cela e§t triste, mais cela est hautement pjûtysciphique. \
. Aussi rjbistoire de ces maisons se résume en fhifirp^ A* l'hoçpicç des Enfans -Trouyés, par % exjefnple, les nourrices sont numérotées, les salles jmmérotées, jusqu'aux pauvres petits enfans qui pprteijj autour. jdu poignet une bande de toile m frl#Rçhe noircie dW numéro, hélas! toujours fyçn élevé* C'est de la besjçne toute taillée pour la statistique, qui a ^numéré avec une exactitude triomphante que la totalité des enfans exposés depuis 1741 jusqu'en 1 700 a été "de 260,465. C'est par année moyenne 5,209 à 5,219 enfans.
, Depuis çt compris 1789 jusqu'en 181 S*, ^ 109,650 enfans sont entrés à l'hospice ; et il en
est mort dans l'intérieur 39,330, H ce qui donne
1 48 Vf ASHMGTOïf LEVEKT.
année moyenne 4,386 enfans reçus et 1,572 morts.
Enfin, au jour venu de les changer d'hospice, les enfans dont les numéros sont révolus , descendent à la chapelle, entendent la messe, et saluent, ayant de partir, la statue de saint Vincent de Paule. Il est là k l'entrée, mettant un enfant sur son bras droit, en cachant un autre souis son manteau, et près d'en ramasser un autre
couché dans la neige. Personne ne saura jamais
si cette statut est bien ou mal exécutée. Comment le savoir ? on a les veux couverts de larmes * en essayant de contempler cet homme, si ce fut un hoirïme, dont la tendresse a élevé ce palais aux enfans perdus, et dont le doigt a tracé ces
mots sublimes au seuil de l'hospice r
Mon père, et ma-mère m 9 ont abandonné, mais le Seigneur a eu pitié de moi. ', f
Car un privilège accordé a M. le duc de Lever t, Socratt avait cinq ans lorsqu'en 1818 il
* Ou la dit, du reste , admirable : elle est de Stouf. Louis XVI eif commanda l'exécution çn*1780.
S0CRÀTE LEBLANC. 149
quitta l'hospice des Enfans-Trouvés, Cette prolongation de séjour entrait dans le plan d'éducation qu'on lui réservait.
Appelé par son numéro (et Dieu sait quel nu* méro chargé de ztéros il avait ! ) il descendit avec ses compagnons de voyage , embralsé par les bonnes sœurs de l'hospice, divines mères toutes pleines d'amour pour les enfans des autres, pour des enfans qu'on leur emporte à deux ans, quand ils commencent à articuler : maman , — ou plutôt quand ils pourraient articuler ce mot ; car ce mot céleste, et il faut que les mères le sachent, est interdit aux hospices* On le raie du coeur et des lèvres dés enfans comme un premier châtiment infligé a celles qui leur ont donné le jour.
Les sœur» sont appelées par les enfans : ma tante. Sourate qui avait cinq ans alors, qui était te homme sMbtê des autres enfans, fut ^ccojripagné^ d'une foule de douceurs jusque la porte' de l'hospice ; une sœur lui glissa une pièce de quarante sous dans la main ; une autre, sœur lui enfonça dans la poche un de ces énormes moty-
150 WASHINGTON WYWT.
ceaux de gâteau de Nanterre qu'on rêiîd à la porte du Luxembourg ; la supérieure était placée à la croisée pour le voir partir ; et meneurs, berceuses, nourrice*, employés, cuisiniers, laitières, faisaient galerie à notre héros/On sirrait, ee vPé* tait un secret pour personne, qu'un grand per» sonnage le protégeait La roitianeaque plaît partout;
Cependant, il fallut *onfcer dans la fo wr g en avec les autres. Socrate s'exécuta ; nais il retourna encore une» fois sa petite téta poér regarder derrière loi la belle maison +u il at«t aï bien mangé, bu de si bon lait ert loua tetttps et cd si ebaud l'hiver. De «a place, 8 n'aperçut éêl fond de la cour en roulant ters lé ta de h *ne d'Enfer que la statue de saint YinêeM de Pafcïe tfn lai sortait. *- Socrate mordk «kmMtf *ew
4 dans le gâteaiude Nanterre. •> -
H longep le Luxembourg * p*K<*mtt lé feubourg Saint~Germain, lai quais , ?4i*4tt}t« la rue Saintr-ÀntoiiiG, coupa les beukMtttâ * k Bastille, Éfarrfoftça dan* le fa*b*i*g, ttéjët «tii
soc**» lÈutAfrc. 15!
#fct été fort brillant pour Jbout autre que lui qui
me voyait ïii ciel m terre, ayant k peine assez
dPair pdu* Tësjwe* . %
Enfin le fourgon paèsa sous les deux grilles de
l'hospice dès Orphelins, et Socrate fut délivré;
il mît pied k terre k la porte cTui^ bâtiment
beaucoup plus vaste cjtie cëfci qu'il avait quitté.
Quoique là faculté des comparaisons ne fût pas'
encore très développée chez lui, il fut frappé
cépetidàtit de la ressemblance de son nouveau
séjour avec l'ancien. Son jugement ne le trompait
pas. Est-ce une prévention? estrce une impres-
sion produite par uti fait positif? mais lés hos-
jriçes, ainsi que tes prisons, ont une figure particulière J un jour, distinct, plus jaune bu plus
pâle, les enveloppe.' Les maisons, ce qui est in-
contestable, ont une haleine ; les hospices ont l*Mcii}e forte. * t
* Centrée de Socrate causa d'autant moins de
Sensation, quelle avait Heu un jour qui coïncidait
• dans lTiospicô avec un événement grave pour
les jeunes locataires* Un cinquième, peut-être
WASHINGTON XEVEhT.
une plus large fractiop des enfatos trouvés, ayant atteint leur onzième année, était sur le point de quitter la maison, ainçi que les réglemens le portent, pour embrasser une profession. Les chefe de différens métiers, par arrangemens pris avec les administrateurs de l'hospice, atteivdaient dan$ une glande pièce qu'on leur livrât * des apprentis. La étaient réunis des maçons limousins, des tailleurs allemands, des cordon-
niers auvergnats, des charpentiers picards, des charrons, "des peintres, des corroyeurs, tous sordidement avides d'emporter de la chair d'apprenti, au-dessoi^s du cours, à bon marché.
On n'a. pas oublié, pour rappeler en courant
une circonstance ^ptérieure, qrçe }e duc deLevert avait prié son ami M. Wolf, le phrénologiste, d'aller examiner à l'hospice le crâne de Socrate. Cette inspection était derigueur, selon M. le Hue, avant qu'il ne fùtdonné aucune direetfon sérieuse à l'esprit de son protçgé. Officieux comme un
Allemand, et curieux comme un phrénologiste . M» Wolf s'était rendu en hâte à r Hospice des
SOCBATE LEWLÀHC. 153
Orphelins où il avait trpuvé Socrate, et où le hasard devait le rendre témoin d?une scène biep pénible pour sa foi 'en la doctrine de G ail.
La distribution de* apprentis commence.
. Un. teinturier se présente et réclame celui qu'il a acheté pour cinq ans; M. Wolf aperçoit alors la te t& d'enfant la plus remarquable . Au sommet de Toreille dé cet enfant qu'il embrafae, il sent sous sa main la saillie si rare de la Sêcrétivitè, source de Fart d'imitation, organe du, grand comédien, celui auquel Talfila obéissait en frémissant sans s'en douter. Et cet enfant va être livré a un teinturier, a un barbouilleur de calicots! Le successeur promis à Baron, à Kéân, à Talma, l'émule du tendre et qpergique Bocage, f#a bouillir dès le point du joilr du campêche dans un chaudron, et aura toute sa vie les mains bleues, Jp ongles garances ! Wolf sentit une larme scientifique rouler entre ses paupières.
Un autre enfant fut cédé à un maçon : celui-là avait V Idéalité si prononcée, qu'on en apercevait l'aspérité osseuse sous ses cheveux blonds. GçJ;
1*4 wiMtum m Uiïmr.
organe était celai de Raphaël* de Wordsworth, do Tasse, de Shakespeare et de Racine. Pkurre enfant ! naître poète sublime et bâtir dei tuyau* de chetnmée! . -
Quand donc * se dit avec deulenr le bon Allemand, les gouternans S'occuper ont-ils, au moyen
de la phrenologie, de ipettréjén harmonie les ittstkabts des hommes arec lès professions sociales f Qu'on s*étoiirie., ajotttà-t-il, des révolutions après «ee$ ahsiirdes accouplemens d'un poète et d'une truelle, (Tlitt coniédlèn et d'dn sac d'indigo.
fedigiié jusqu'au fond de r&me, M- Wôtt se retira après avoir encore Vu un enfant doué du sentiment du plaisant, coihtne Sterne et Voltaire, dhpuffc pa* un charron et tin cortàycixt; et yn autre enfant chargé au sommet âe la tète de la noble saillie de la ^mération, organe de saint Augustin, abandonnai un serrurier. Ainsi, s*écria M. Woîf; îenouveau*Sterne tannera dès peaux de bœuf, et un autre saint Augustin forgera des serrures. Admirablesoci^téî tl passa ensuite dans une autre pièce où il fit sur
"Ti'fôtj
L'abbé Ronsin ne joue pas un très grand rôle dans cette histoire ; il y paraît de loin en loin, à la suite de madame la duchesse, et sur un plan éloigné. Venu de la province, et de quelle province! au collège de Saint-Sulpice, il fut recommandé par un chanoine de Saint-Denis a madame de Le vert, lorsqu'elle cherchait h se
recommander par un entourage tout-à-fait édifiant. Elle eût peut-être tût un meilleur choix, si un choix avait été possible alors; mais les plus fins, les plus soyeux abbés avaient été accaparés depuis long-temps. Non que l'abbé Ronsin fût complètement indigne d'être pousse dans le monde, et déshonorât une protection comme celle de madame la dudiesse, mais outre qu'il était né à Carpentras , il étaijr si épais , son extraction si grossière, ses yeux étaient si insolenuaent noirs, ses cheveux si bouclés et ses mollets sifqrts, qu'on «e consentait pas à lui reconnaître , et c'était une * injustice au fond, des connaissances vastes et très variées. Certainement il y avait [feu d'hommes de son âge, même parmi fe clergé, aussi versés que lui dans l'histoire et la ^hilosoplye , çaaiç il était i)é |i Ç^rpentras. Sa conversation étai|: instructive a écoutes j elle, n'était ni san$ abondance ni quelquefois sans une certain^ teinte d'esprit; mais c^efitjçi qi»'$ |Fau| répéter : Il était pé a Garpcnir^J ^ flçppitf., <fl*i W»feft <*es
w&Hmtowmt&Vf* m 9ft www**
ébrécfrûtles jw-eijles lesftasaperriea, et Parertissait icru'ii ne ferait jamais son i&emin dann le juande, f?f$t À Vawa de cet adfce&t déplorable que macéra il duchesw levait «a à li bon m**» ché,et qu'elle ejt ebttB&sî cruQUeprart,qufftqrïl Jui rapportât yn* immense constdératien dans les salons de l'époque. Celait une mine d'«r na» tlf , Eneere ignorant des profils ju'il attifait a autrui, 8 s'estimait trop hau*cnx devoir unt ample *ediiig<$t eu* beau drap dp Sedan à chaque saim* de réaliser deux earceUens .repas pat jour, ç% d'avoir en perspective Je préceptorat du fils de 4a djiehesse. Au» Dieu sait les.yœui qu'il formait lorsqu'elle était enceinte, pour qu'elle accouchât d'un fils. Le Sauveurdu monde fut sans doute plu^ prédit, mais il ne fut pas plus souhaité* Tous les cardinaux avaient débuté par être évêques ; et il était peu d'éyêques qui n'eussent commencé leur carrière par être précepteur dans quelque illustre famille , à partir de Bossuet et de Fénélon, ce que se disait tous Isa soirs Fabbé Ronsin en s'eqfodçant dans de
]èO WASHINGTON LE VERT.
beaux draps dont là finesse n'avait jamais été connue des sbmmitës ecclésiastiques de Carpentras, ni même ae l'évêqué de Vaisori. Les vœux de son ambition s'étaient accomplis au-delà de ses espérances, du jour où un fils était hé à madame la duchesse, et*de cet autre jour, non moins ind^led™*^ «cohorte, <* elle lui avait promis de le faire nommer aumônier du couvent des Irlandaises* Ces riches avantages , déjà obtenus à Tai^e de Dieu , et beaucoup, d'autres près' de lés suivre , compensaieftt avec largesse les nennuis d'avoir à répondre à chaque instant aux questions universelles de sa . puissante protectrice , qui., on l'a vu, non contente de le posséder à titre d'homme d'église,
l'utilisait encore comme ijn recueil portatif, comme une encyclopédie de voyage : l'abbé
Qtait la mémoire des choses qu'elle avait oubliées
ou quelle n'avait jamais sues. Attentif à la moindre hésitation intellectuelle de la duchesse, il fallait quUl lui soufflât sur-le-champ, et sans qu'on s'en aperçut , le mot perdu , la citation
ignorée , la date effacée , l'article de la loi religieuse ou politique dont l'assertion qu'elle émettait avait besdfn, trop heureux quand sa mémoire, prise au dépourvu, n'était pas dans la nécessité d'inventer une date ou d'improviser une citation de Gicéron ou de saint Augustin. À cela près, il était plus libre que Bossuet, précepteur autrefois comme lui, sans être obligé comme Bossuet de servir d'intermédiaire galant entre Louis XIV et mademoiselle de La Vallière. *
Ce fut un beau jour pour l'abbé Ronsin, pour madame la duchesse de Levert et pour la monarchie , celui où les portes du viçux couvent des Irlandaises roulèrent sur leurs gonds rouilles depuis des années^ et virent passer, comme au temps de Louis XIV, d'abord une supérieure du couvent des Irlandaises ; une supérieure ! titre toiit-a-fait neuf, malgré les velléités religieuses de l'empire; à côté de la supérieure, M. l'archevêque de Paris, venu tout exprès pour bénir la
maison ; après la supérieure , M. l'aumônier des .1. 11
IM
WASHINGTON tfcVfefttf.
Irlandaises , l'abbé Ronsiii , ttiardiant âupr h Aê
laprotcctrice de la fondation, madame là duckessë
de Le vert, et enfin, ce qu'il ftUfaît ftllt dire
d'abord comme le plus essentiel , trente Irlandaises, arrivées saines et sauvés de différens câfttons de la verte Erinn; trente Irlandaises véritables | plus véritables que les ambassadeurs de Siam arrivés en France SOUS Lbuls XIV, lesquels forent véhémentement Soupçonnés d*être f èiiûk du pays d'Àulni* par lé tdcfc. , •
Ces jeunes fille* portaient aur leurs visages éclatons de beauté Pempreitttê de tristesse particulière k leur natton. S'il est vrai , comme lés philosophes "l'attestent, qu'il existe un lien si
continu de parenté entre tous les êtres, et des analogies Si vraies dans là grande famille humaine , que le* climats ôîi les étoiles pétillent comme des étincelles, et oli les fruits ont des Saveurs enivrantes , produisent des femme* Semblables à ces fruits et a w* étoiles, si dans Mittmense coMàAjuinité de h tett* et d$ ciel fieft
IOCIUTK LfcBLÀftC . 1 63
s'en brise l'harmonie, les femmes du nord rappellent les aurores boréales et les neiges qu'elles illuminent. Leur sang est silencieux et pur comme un lac glacé* Sur le vaste front dés Irlan- «fapes, k foi ne dessillerait point ces» nimbes lumineuses , cette couronne de lumière que portent ]$& vierges de l'Orient dans les tableau* * •
.ancien* ;• elle arrondirait plutôt l'anneau du cercle polaire. Elles cacheht sous leurs arcades pensives des yeux méfians comme l'esclavage, et doux comme la misère* On dirait que quelque effroi héréditaire est passé de mère en fille dans leur regard qui à bieto plus le reflet de l'émeraude que celui du ciel. La verte Eriqn ne ment pis en elles. C'est dans leurs yeux, perles de la mer, que rayonne toute leur histoire : leur origine sauvage, le fanatisme de leur père, leur humiliation fière. De courts cheveux bouclé»
pleuvent, blonds ou noirs, autour de leur tète, effleurent leur cou, et s'en vont au vent quand elles marchent. Enèn la beauté, l'intelligence et 11 pauvreté ne prendraient pas de type plus
expressif si elles avaient à se personnifier sur kt terre.
Ce fut un coup d'oeil d'une sérénité céleste. * Au bruit de l'orgue, entre des nuages d'encens $ à la lueur des bougies qui répandaient ot^te odeur solennelle perdue pour les théâtres, les jeunes fillçs irlandaises circulèrent processionnelle ment dans la chapelle, et blanches de vètèmens et de visage, les joues animées d'un rose tendre, comme fait un coucher de soleil sur la neige, elles allèrent se placer au pied de la chaire ; Un prêtre de Leur nation y monta. Pendant dix minutes seulement il les entretint en anglais et les fi t pleurer , à la stupé faction de l'abbé Konsin , . qui n'aurait jamais cru possible d'attendrir un auditoire en moins de quatre heures, et sans avoir recours aux citations.
La cérémonie fut digne de la fondation : il y eut discours d'ouverture , cantiques d'inauguration, remerciemens au roi, bénédictions a l'E-
ternel qui permettait que de saintes filles fussent arrachées aux griffes de l'impiété anglaise, la plus
SOCAÀTB LEBLANC.
farouche des impiétés, et accourussent en France s'instruire de leur salut. Le salut opérait déjà sur les Irlandaises, car on leur avait donné des
robes, des bas et des souliers, choses dont la foi se passe, mais qu'elle ne fournit pas en Irlande. Une fois en parfaite odeur de piété aux yeux du monde, madame la duchesse se nfit en mesure de résumer sur la tête de son fils les grands biens qu'elle espérait de son actif dévouement. Pour cela, elle songea à le rendre un gentilhomme accompli, un modèle de ces fines manières dont la France avait perdu l'usage depuis la révolution. Les faveurs de la cour ne devaient pas s'adresser à un sujet sans mérite. Le premier
mérite, aux yeux de madame la duchesse, con-
sistait dans le talent de paraître avec distinction au lever du roi, de figurer au milieu d'uh cercle avec aisance, et surtout de porter l'habit en
homme qui sait ce qu'il vaut; Louis, car elle n'appelvit jamais son fils, nous l'avons dit, «du nom de Washington, allait recevoir dés leçons .de cet art quf a élevé si haut la Franc* depuis
WASHINGTON WVftlT*
Louis XIV, dans l'estime des natioti*, art que nous avons perfectionné avec une louable fvpi*? niâtreté, tandis que P Angleterre triplait sa marine et réalisait ta conquête des DeU*-ïndes ; un art qui nous a consolés des crimes de la revo* tution et des désastres de F empire ; Part 4e danser. Je ne raille pas: ouvrez la meilleure histoire, le Moniteur. -«- VjOus y lire», selon le# diverses époques de sa veridique rédaction. « Enfin le thermidor nous a purgés de la présence des tyrans; la joie française est revenue; des bal* *e sont ouverts au profit des victimes, «ufln'ya que la Franco pour imaginer celle-là ; Danser au profit 4m vie tintés! Lisez encore le Moniteur ; « Le 19 brumaire a sauvé la France de PignebLe despotisme de quelques procqfisuls. La gaîté française renaît de toutes parts» Déjà des %ab àargémùpnt
au profit des victimes / ■*- Et $1 \S 14 i « I^ogre
* ' • corse est terrassé ;. les Bourbon? sont *0UMDfeés
sur le trône dg leurs pères ; que ltfS\posws r^s-
* pirent la joie ! On dansera dimanche k Tivoli au profit des victimes. » ' . *
mut* lrw^ç. w?
Chacun sait qw lorapio laftptjfrefit été ctétrjitie, p»e'wyit à un poteau, sur Y<m%lm*mmt njyelé ; {ci l'on danse /Dôme «k^s d'esclavage aboutissaient là, Que Ut étrangers wm jugeât bjen! P^ijs Shakespeare et dan% Jïflgarth 1?
France e*t &>ujpuFp j>er$pwnfi#9 squs les traits d'un dan#ç up, frpwh Denfitr, pu d'un perruquier. L? prêtât *ftgb*** est amèrt, mai» «lie est justç.
Un être liidetut çemme le sont à peu près tous les professeurs de danse, se présenta pour ployer les membres du jeui^e Washington. Comme cet homme ét^it yoùté eu virgule, il exigea que son élève se tînt droit connue un if ; comme fl avait , un pied de bœuf, animal dont il avait la-lourdeur, . il imposa t ? obli£ation a son élève d'avoir un petit pied fit d'être léger cçmme une plume.
Quand il lui eut brisa les oifeils , pétri les genoux , contourné W cheville, il 'en rçsulta qu'il eut un peu moins de grâce qu'auparavant , mais il savait danser selon les fjbgles, et il possédais en outre deux ou trois dansfs de caractère. En
jamais enfant n'avait appris à danser en si peu dé temps. On convient cependant que son maître ■était le plus fameux de l'époque ; les pensionnats de demoiselles se* le disputaient. Car, et les étrangers ne le savent peut-être pas> ce sont des hommes qui, e* France, prennent les demoiselles par la/aille, les pressent sur eux, appliquent leurs genoux contre leurs genoux, et leur disent ensuite visage a visage : pliez - vous. Professeurs de danse et de musique ne sont que des corrupteurs à trois francs le cachet. ,
On a remarqué encore que Paris était la ville d'Europe où les perruquiers après les profes-
seurs enlevaient le plus de femmes.
Sachant combien les enfans aiment qu'on leur
fasse des histoires , le duc de Levert Usait ou racontait à son fils chaque soir * à la veillée , là vie . de quelque immortel* adolescent^ L'un avait montré une si profonde discrétionxhez les Ro-. mains, qu'ayant été interroge im jour par sa mère sur une séance fort importante^ u sénat , il
répondit , le sublime petit menteur , qu'il y
avait été question de savoir s'il était plus naturel
d'accorder plusieurs maris à une seule femme ,
que plusieurs femmes à un seul mari. L'autre,
pour arracher son père a la misère , s'était ven-
du comme esclave a Un corsai wb barbàresque.
L'autre avait résolu ,' à l'âge de six ans , toutes les propositions d'Euclide (parmi lesquelles il en est d'insolubles). Celui-ci, honneur de la Hdlande, ayant xemarqué que, par un trou qui s'était fait à la digue d'une écluse, l'eau s'ou-* vrait un passage et inonderait bientôt tout le pays , s'appuya fortement • contre la fissure , et attendit tout un jour dans cette posture , que quelque passant le vit et allât chercher du secours; celui-là avait sauvé à la nage un enfant plus âgé que lui.
• Ces touchantes anecdotes étaient bien choi-
sies ; malheureusement Washington leur préférait , comme tous I$s e«fans , ifes histoires de nains qui avalent çjes géans, lei* prestiges de la fëe Garabosse , Jes aventurés d'un balai de crin
170 w4$RnroTO» wywt.
changé en reine du Mpgol, et tous ces r&visçan* mensonçe$créé$ autrefois, au tempe pu J4 France avait des loisirs d'or à dépenser SOUS les vastes manteaux des chemines (te château*. J*e$ bi$* toires d'enfant sublime* tuaient WasWpf tQA d'ennui. • *
Le lendemain d'un jour qu'il VWt pwé *
écouter la vie d'un enfant quî arait ypudu se* habitude fête pour nourrir un Jnsndiant aveugle , ou déposa auprès 4« $on Ut, par ordre de ton -père, un superbe costume orientai brodé de per*
Us. Le dw avait eu *oin, quelque* jours auparavant, de placer suç le chemin de jso» fils* un vieillard qui lui avait dsmawté u plusieurs reprises des recours de prenne nécessitée
^Qu© je serais fier , ?e disait le duc , si* dypvi^nant mes intentions , mon fils avait donné cet habit au mendiant rComme je bénirais sagénéror site! comme l'apologue aurait porté ses fruits!
Il s^ntbou^fsmait ja ces images , quand ma* dame la duchesse Je pria de 4cscaudre £u**lon f ou te jt^dbitpés He ses $#réft fuient reçois.
S0CJU4V UPUWt
*~0n veut ma rendre témoin du récit public del'action dé mon fila* Aiipn*!
Il descendît m salon*
~- Vous êtes un hpmme de tact! s'écria madame la duchesse » son mari. Mais qui donc tous avait prévenu? N'importe; l'est fort bien. C'est d'un père de goût, Aussi vous allez avoir, votre recompose, Parusse* , Louis, devant tout le *
monde, remerciez, yatre père de sa galanterie* Un air de musique se fait entendre* „ Çt Waebippton, toostumé m turc t vêtu de
l'habit ori&i&d destiné an mendiait, se pipeau
• Pâlissant , rwgiftant ; fe <fc*c tfejftaBjlffcçe *!H«
cela veut dire. . •
— • «Gela veut dire que notre fils , mon cher duc, danse devant vous une pyrrhique ; lui aviezveus fourni ce costume dans une autre intention?
— Dans une autre intention ! murmura Je duc, consterné de la pyrrhique. Ce qu^yqiis faites de mon fils, madame ! ! Qe fut là tout cç qu'il osa murmurer en se retirapt.
1 72 WASHINGTON lAYftRT .
Du reste, Washington s'acquitta de la pyrrhique en vrai Grec, gambadant, tournant, et lançant des fleurs à la compagnie. Il fut admirable.
— H. l'abbé , demanda a haute voix la duchesse quand son fils eut terminé sa danse , quels étaient les princes qui , chez les anciens, avaient la jpilleure iùine en dansant ?
* — Madame la duchesse , répondit l'abbé :
Ochorpus y au dire de Strabon, dansait l'éthiopienne *i ravir ; Alcibiade , chez les Grecs, n'a-
vait pas d'égal dans la corinthienne; Charles VII
était le plus beau danseur de sa cour; Louis XIV conquit tous les suffrages dans le ballet composé parie sieur de Benserade a l'occasion dés fêtes de Versailles.
?ft
d'eux ses conséquences ordinaires. Malgré* ses défaites, il convenait que Socrate et Washington avaient parfaitement appris a lire par le B — . A BA, et avaient acquis en peu de temps une charmante écriture à force de tracer des bâtonS. Cependant sa chute n'était* pas sans murmure. Quand il serait vrai , se disait-il , que le vieux monjfe est incapable de se passer de ces grossiers rudimens pour sortir des langes des.
premiers âge*4 que prouverait cela contre la culture des autres âges bien plus importans de Fhomme ? Le statuaire abandonne au marteau
mercenaire du maçon le soin de dégrossir le bloc de marbre destiné k être un Dieu : ce n'est qu'après ce travail de peine qu'une mission réelle commence pour lui. Mon œuvre reconnaît ces deux phases. Si je me sui^ égaré dans la première, la secondé éclairera mon triomphe. Mais il est temps d'entreprendre. Ma femme m'a indiqué, par le spectacle dont elle m'a rendu témoin, ce qu'il m'est imposé de faire pouf aboutir a mes fins. C'est pair la danse , mère
sôcAAtie iÊtiLA»e. 175
frivole; qu^Ha trat foira d« mon ftli an homme habile aux manières de cour , c'eit pai* un exefcice plus rçlevé que je prétends constituer en lui , et cette fois ma réussite est cejtairie i Un défenseur du faiMe.
Possédé de son idée, le duc n'en fit pas languir l'exécution*
Quand Washington fut atteint sa sixième année | le duc *de tarait acheta Un vaste terrain clos par de hauts mura tout pris dp iéft hôtel f et il appela des maçoha * des charpentiers , des sèrruriers % des cordiers* de* outriefs an tout genre, auxquels il ordonna les divers traVâU* qu'il jugea nécessaire de faire exécuter dans cet emplacernent* .
Les ouvriers bâtirent trois murs > un de six pieds avec des crevasses et dis aspérités, un se* cond de neuf pieds , rîen qu'avec des crevasses i un troisième de quinze pieds sans crevasses ni aspérités , uni sur toute sa surface.
Ils plantèrent ensuite des pieux et ils échelon-» lièrent des barrières» Au sommet de deux pou-
176 WASHINGTON LETERT.
trqp hautes de trente pieds furent attachées des cordes imitant par leur jonctidh un jeu de balançoire.
D'autres poutres portèrent encore des cordes nouées parallèlement à leur longueur.
D'autres poutres encore s'élevèrent toutes pues, ayant une cage à leur extrémité.
D'autres enfin, posées horizontalement et diagonalement , furent rabotées aviec soin pour qu'elles fussçnt bien glissantes.
Le duc fit ensuite suspendre à toutes les h auteurs du sol, aubout de lanières en cuir ?r de nombreux crochets de fer.
A travers cette forêt de mâts , de pieux ^ de barrières, de soliveaux fixes ou vacillans; on tendit des cordes, des filets , des berceaux, et beaucoup d'autres suspensoirs ingénieusement enlacés.
On creusa des fosse's depuis une me â diocre largeur jusqu'à une largeur de quinze pieds ; les uns furent remplis d'eau, les autres de boue.
Un bassin de cinquante pieds carrés fut ouvert
au milieu de remplacement.
On ûfiunit ensuite les hangars de rétablissement énigma tique de boulets, v de perches ; de lances, degibernes, d'éehasses,defusils, de bâtons*, de sandales, de fléaux , de ceintures et d&raé foule 4 d'objetgqui se ressemblaient aussi peuque lesantî- «quailles disparates d^un marchand de bric a brac. Lorsque fut terminé ce pandémonium qui rappelait à la fois une salle d'inquisition, un gibet, une écurie , un vaisseau > une cage , un filet et tout ce que l'imagination consentait a y voir, le duc se contempla dans la beauté de son œuvre et s^écria : Ceci est bien.
Selon son usage , il alla ensuite chercher son beau-frère, espèce de gros poivre sans lequel il
lui était impossible de goûter la saveur de ses inventions, et d'un ton de défi , il lui dit :
— Des Verriers, inclinez-vous. Voilà le ber r ceau de Péducation de môii fils.
— Vous appelez céi un berceau, mon frère?
1 78 WAMHiOYoft letÉfrr.
— Sans doute, Des Verriers, le berceau moral demonfUs. . . /
— Auriez+vou» le projet de l'empaleaj —Quoique «parfaits seus beaucoup de wq>
porta,ksÇrec* 9 DesVerriers, étaient des tomme* étonnant sertouj. en matière d'éducation. Dam l'enfant Ua liguaient l'avenir dttctttfjen, et ils formaient le soldat en même tetnpa qne le phi» losophe.
— Je ne dis paenon , faon cher due f mais il n'y a rien de tien phUeaqpkiipte m de faim grec dans les iutrumeni de ittmd&ft que j'ape*» çois ici»
— Ecoutez-moi , Des Yerrwm Gelte nation de sages était pénétrée de cette vérité , que la vertu, le courage, le génie, la philosophie en un mot, doivent habiter un corps, sain pour, briller dans tout leur éclat. Ne souriez pas , Des Verriers : lisez plutèt dans la Cyropédie de Xénophon le tableau de l'éducation des Perses. Oui , la gymnastique ramène l'homme au beau moral parle beau physique. Qui entretient la figueur
SeOtAfB IBftifci;
dtt èb^lf L*e1ié*cice , lëtratâfl, là Côtoie; fest-ce-trâiP ijbciâtë luttait, Platon luttait aussi, Alcibiide e*ta1t le plus habile sauteur de fossés. l^ttélS hdtrrinfes je vbus Cité 11 , De* Verriers !
— Dfe tfèéiteifiàfqtlàblès hbîtifliès, mon ft*fré; . ftiîtifr ^éhseé^tdtts cfiiè leUr Science et lettré f ëf-
tii3 jfWêédafeetît tlhiqUeîhent de là sottpk&se de Ittir ftVaAt-bfas 6tfdë là ^blitlibë clé leur* jârreis* D'est que sî telle était Vdtrè Opitildh,' hiôh frerë, Je fotfc dëttandéfâis p-dù«[uol îëâ ëoiyêrs de Fràhcbnlne sëràiéiit pas lertiôdèle des philosophes., les fc*fe de là halle lés cîtojrehs les plus ëdàif es , et leS faiseur de tours dé forcé dés
flajnbfeatix de législation ?
-=-1 Dès Vërriéfë, Il J fi uii ttiilieti êii tout.
— Et qui a dédôûvèrt ce tbilieù?
— Moi ? je nfe fais pas dé îrion fils un lutteur , iù'dcârtëtrit èii tda de la gymnastique grecque , ificofliplète parée qu'elle déduisait le rôle dé
- l*âctifité physique iii pugilat. J*ai assigné a çkâqilé fterbbrë un but moral. Ainsi, lWant qtifl fié tïoii que côurit^ sauter, se balancer,
se trompera généreusement dans mon gymnase au profit d'une philantropie future ; et jugez-en vous-même, Des Verriers. Washington, votre nevçu , grimpera d'abord à ces trois murs pour s'amuser; il marchera sur ces pieux aigus, se suspendra d'une main & ces cordes ; il courra sur cette ' poutre transversale , descendra à l'aide de ces nœuds jusqu'au bord de les fossés qu'il franchira d'un bond * s'élancera à la nage dans ce bassin , sans avoir d'autre dessein que celui de jouer comme il le ferait avec
un volant ; mais que Washington , devenu homme, entende le grondement de l'incendie au milieu de la nuit, Washington se lèvera, enfoncera ses ongles dans les murs de la maison en feu, se glissera une hache à la main att milieu des poutres enflammées, les traversera avec autant de sécurité que nous marchons sur le pavé , verra safts peur tomber autour de lui les mu{5 et les solives , et pourvu qu'il lui reste . un point d'appui j Washington bravera la flamme ,et vous le verres descendre ensuite d'une nau?
teur de quatre-vingts pieds le long d'une corde, tenant un enfant dans ses bras, un vieillard sur
ses épaules ! Voilà, mon frère, la fin et le but de
ces cordes, de ces bois, de ces planches et de ces poutres. Ai-je assez justifié à vos yeux Futilité de cette arène gymnastique fondée exprès pour mon fils?
— Tenez , N mon cher Levert , vous vous exagérez , je crois , le mérite d'une assez "bojine chose, très bonne même, je n'en disconviens
pas; et surtout, pouj me répéter, car je vieillis, je crois encore' que vous faites» trop dépendre \p courage et la vertu , propriétés intellectuelles* s'il en fut , de la viguèu* et de l'élasticité des muscles, qualités physiques , exclusivement physiques. Si le dévouement, je le sais, sans' la faculté de l'accomplir , est un acte impossible et souvent ridicule j la prétention de le servir efficacement sans le sentiment moral qui invite à être bon , compatissant , humain , est une ve-
ritable chiftière. Or y je doute autant qu'on acquière de la générosité en grimpant à un mât
1$S wAsugcftoy *yY«W
de cocagne , que je dtwte qtfon devienne ?£buste- en éltldijurt fa pjupQSjitiQW d^çjide, A mon sens , ce spn* dgs. çfeoseg #6tiftçi§i q«i* tous confondes, ' tfft'HU «wyew «tek W&fUMtWig vp,us imprimée; <|fe J>qnne, keur«ajix. tW^Wens de J'enfonce , d.e fo sfcre#, , <&* 1« page ç| & W dextérité, que par son emploi tous gqérfeltëï q*?lqu«iS wJadi^.j'T souscris, q^mW axec des, restions, tjréft d& danger qui peut
encoge une fo}s, npn l la. gyp^s^ji^ ©>& pa*
pfos claagé Wilw le k Çs«tojBia»« «R G»«éw»n i quelle Veut franjlwm P^p/£téite e^Hft&dev
&ais enfin, vous «onyenez du iftoin*. De* V<£-. riers, que sj un &gu$Ç t«pk« da^s, fe §ejne ', mon fils pourra le sauver-? .
«rr.ïl fe i gttuwasani dou|e. ,. n*»*», Je veudJa^Vd^' ne peuVoi» p^ ty^s léâ jem% % * pftftf quto f&l rie W^Werwi aflM p*UY*ej paiM^qu^^ §&$anté, soigne? un paient matafe?- 1* f wVeq ? Vint s»~ v^^en qutpoa, confrère. IVla^il'Waafciug-
SOOFUmUBBLAJJC. - 188
^mraees la raidiront capable de je dévouer avec plus 4 e fruit. A cela .je réponds ouï* Mais sera-til tamêtof Demandeà-veùs s'il saura jomer de 1* flûte a» s'il ewetteva aax éekecs?
—Des Verriers, j^aî^ pour vous convaincre du mérite ^e la gymnastique en matière d'éducation, un moyen fort simple; j'espère bientôt être à même de vous l'exposer. J^isque la , gardezrtioi le secret; n'allez pas dire surtout à. madame là diictessè que j'ai fait construire ce gymnase. Elle n'appjrouve pa$ du tout nos inventions modernes. '* •"■
Des Verrkrs promit ^ et de, sop côté le duc çQHii^enç^^drçsserswfil^au^ courses, amei^ calades,*aux luttes, aux sauts dans l'arène du
gymnaaç • Sq* Système étant que le nombre excite réw*lation; et que iVwUation enfante des prodige^ % U qqppela au partage des bienfaits des exercices une vingtaine de petits camarades de Washington. La discrétion la plus ^bsolue fut otsefYee d* h part des pei^jnn^ c^rgées de
démontrer, sous U dlrcctioh dh duc* les matoœuvres de rétablissement.
- Au bout de quelques riiois , lorsque le duc
jugea son fils et ses camarades assei iFotls pour
justifier Futilité de l'institution , il invita à un
concours solennel ceux que n'avait pas encore
. ralliés ce rameau sorti du généreux tronc de
*la philantropie. •
* Si un regret se mêlait aux joies futures du due, * songeant aux sugcès prôiûis à sa grands fête gymnastique , c'était celui de ne pas y voir participer » •
Socrate. Un jour peut-être ce tort porté à son éducation serait réparé. D'ailleurs , comme H, était pourvu d'une btmne constitution , un peu plus de morale compenserait cet un peu moins gymnastique.
Il y eut empressement à se rendre à la séance gymnastique du due. Mais on ne peindra pas les * terreurs de la duchesse lorsqu'elle aperçut son fils étranglé par un ceinturon de cuir ,' chaussé de saijdales comme un danseur de corde, prêt a se mesurer avec tous les instrumens de
50CIUTB LEBLANC» 185
Finstitution. Ce n'était pas ainsîqu'on frvait «levé ses nobles -aïeux , qui pourtant ne manquaient pas de belles manières. N'était-il. pa? cent fois plus beau en costume grec et en dansant la pyrrhique? Quant aux étrangers , ils pensèrent que, lorsque M. le, duc riscfOait son fils , ils aurt&nt * fort mauy aise jgjrâce à craindre pour les leurs»
Le sujet du spectacle était la prise d'un* redoute. La redoute était en bois peint à la colle. Qn»l'avait bourrée d'artifices. Àpi&S' la musique, accessoire obligé de, la gymnastique , le concours s'ouvrit.
A uhjfcignal donné, les enfans se précipitèrent sur la redoute, sac" sur le dos, fusil ent main. Ils coururent l'espace de trente pas environ m pour arriver au pied de la fortification.
Messieurs, s'écria le duc en les arrêtant d'un geste et en s'adressant aux spectateurs f mes / élèves, vous le remarquerez ., ont parcouru cette distance en une demi-minute, chargés comme ils le sont. En marchaht de ce pas , ils feraient une lieue en vingt minutes, neuf lieues
186 numsemm umacr .
an troishauns, qamu tyeues en cinq heures , ttenfce lieues m in hourra. Si k Aie ne prelangea pa^plut loin* m progression, cW quHl se dit en lroneme que les enfuis mangent et donnent quelqaêfpiv
> Sttrvm éecond cmnmaiffak«fcent , les élfrffs se dispersèrent ptqr attaque» la redqpte de,différ ens oàtesl* Ici étyit le point capka) des in&posuvres. Trois encans se fendirent le ne» en ne f»pt~ dussent pa*un fossé.
< Dte«isulFt*g«gBke^n«e «Morse pourl Voir
franchi.
Un autre tomba dans la boue, et j fdtta pour tttVeir presque ' Six hors de combat.
Le corps, des pionniers fut asses maltraité»
Quatre dVntre eux forent presque empalés par les pieux plantés en guise de retranchement.
Quant dus six autres , parmi lesquejg se trouvait Washington, ils s'emparèrent de la redoute et y mitent le feu. ^
En bon capitaine, It duc de Lerert oubfia les
t)tatrés pflur ne; s'occuper que dès TOtorietu , les engageant d§ h Y«W «t dû g«fe à courir sur
le* poutre % f»r lfef ?f IBpVtS rt W tout ce €pii
pouvait offrir lé plus de dyutoç ^ ta ' rompni •
les «s, ; *
Heureusement personne ne tomba; trois en- {ftt4l^Qintiit$ eurent les cheveux brûles et la peau di* yisage rissolée. Washington descendit sain et sauf au milieu dp deux' autres camarades, tin peu souffrant cTéehauhonlures air cow*
^ Jfctywwspbe* rfeoiâa le due en embrassant ©«S Vpr»fra % Heifi! vaut àvoup^vous vaincu , mon frère? •
— Cela dep£&4> mon cher ^ue ; votre triompjbe çç t*adait par ce bulletin. Sur vingt-un efc» fans , dix seront malades pendant trois mois «U &W1S, et bût gauleront Je lit pendant quinze j&urs. , . . ' *
-n Vous me désolez sans cesse, Des Verriers, par vos pronostics. Maià Washington ■ en'cenviendrez-vous , rfest-ii pas un Bayard? *
Il fat impossibk attdu^d^ntëhdr^jla r^>onse
' » £"'v rt = ' -
■StSfkBO JjL 00 |g •• •• •«.
..... rglii imbre-
l'»V«"*'B' s ■ a ' Si»!»' s -
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oST. S <m m * S I BIS rS •• — 1 tt «■
LS!" -•?■'■■ fi'-' pi! isi mi
WASiftftt&toti ifcVUllT.
bocal de prunes, et en te cfàmpotihant clé l'autre au* aspérités de la muraille. Ce qu'àttttih homme n'eût osé entteprendfé âtec îé s0çbnts des toïdeS et de* échelles , métnè pbuf fedttver sdti Semblable , Vôtre fils âddpf IF , iftoJMtttfr le duc , Ta fait pftif tta bocal de prtffies à Peâtide-tïé ! ! » &a reste , nïcrîttieti* le dtlc, Sotirâtese porte à merveille. Nous attenddfiS vfts ordres pour savoir <pel jgenre de punition nous lui ' infligerons* *
• « Nobs avons l'hontieur 4e Vous ftaluer fëspfec-
f taeusement ,
«Les Administrateurs de l'hospice. «
Perplexité ! perplexité ! s 1 écria le dut. Le * triomphe de la gymnastique dû ail hasard !
imputable à la gotqpnandise ! Quand vingt enfens succombent pour enlever d'asiaut^une planche de quinze pieds, quand njfcn filsa une fiwidn pour avoir eu un peu chafed f Sdafeto franchit un mur de soixante pieds et en roAescehd vLh bocal k la toain !
flOOftAf 1 * MNoUTCi 101
Mais «joie puait peur kv«l, je. punis «ttti l'élère naturel, le lauràrtde 14$*BMtrç«ei fn'fé
récompense Télé ve, je récompense «niât kta» ' leur. Comment tracer Ie3 deux parts de ma
jusjïefc?
^ , r - Maison peu* doito, Pestaload, risquer J' ^s 'danger son cqrps pour des fruits à j^eau-de-
; -vie, «t se brûW en tentant de prendre une
Voici çnfin cer que répondit le duc 9 touchant le vft de SoRrat^ .
ccSfESSIEUy LES ADMINISTRATEURS,
ce Vous ordonnerez à Socrate de remonter le bocal de prunes a T eau-de-vie de la jpctême maniè|fe qu'il Ta descendu. Et quand il sera arrivé a l'appartement dont la croisée dépend , vous lui laisserez manger tant de prunes qu'il voudra , afin que par ^abrutissement de l'ivresse , il apprenne qu'on ne doit risquer sa vie que pour d^bonnes actions* »
Lad -ordres de M. le duc furent suivis à la
lettre ; mais il arriva qate Socrate mangea toutes les primes à Teau-de-vie et n'éprouva aucune sorte d'ivresse;
Washington fut bientôt hors de danger, mais*
sa mère exigea hautement V il ™ **vît P^ de matière a expérience. EHe menaça de F envoyer continuer son .éducation à Fribourg , si Ton persistaîta compromettre sa santé et sa vie dans des ^«s^.K.ceU.sd.lano^e.
Battu parsespropres armes, le ducplia souslarési-
194 WASHINGTON LEVERTé
gnation et se soumit k la mauvaise * fortune qui l'avait poursuivi jusqu'ici avec une ironie sans exemple. J'ai eu contre moi ce que je n'aurai pas toujours , s'avouait-il avec amertume et une cbnfiance nouvelle , la trop capricieuse tnfance de Washington : quand les années, seront arrivées, je prendrai ma revanche. Impuissante à bâtir, s ur un sable mobile, mamafa démolira ce que* d'autres ont cru construire sans les fondations de la vertu ni le ciment de l'humanité. Oui ! l'homme m^ppartient^i l'enfant m'a été ravi»
* Le duc de Le vert avait aussi , dans les ressources de l'avenir * et il ne l'oubliait fias, un trésor moins discale , un réparateur su» , son fils
• d'adoption, Socrate Leblanc, dont nous n'aurons . «plus, il faut fespérer, factions coiipables à enregistrer dUci à l'âge 43 ti il nous apparaîtra dans . les proportions complètes de ^adolescence* «
* • ■ „ Vaincu, mais non découragé, le duc deLevert
turveilla de près l'édfccatiQ* de son fila, ïobseï* vant sans la diriger, y ajoutait sans la eongpaindre , malgré les vifc dftWi qqt lui r«vtfiaiebt K
SOCS^TE T.EBLMTC. 195
chaque instant de déchirer son abdication et de •changer d'inhabiles successeur;. En faveur fie la paix domestique, il retint ces mouvemefts d'une belle araé froissée ,«et pendant des aqnées il to-
léraaitiottirde son %âpoir . du David î|e sa mai-* son, àrcôtdde sftnfils, des professeur s merçenaires -qui lui enseignaient pour de l'argent , les mi* sérabfol le latin , le grfec ,' l'allemand , l'italien , .l'anglais et toutes les sciences, excepté là meilleure : la sagesse ! Résultat déplorable k consigner ici , son fils, ses deux fil*» même, car il s était promis de ne faire pour l'un que ce qu*il ferait pour Pautro$r Aes deux fils apprirent avec une facilite condamnable , par des méthodes conçues en 'dépit de la raison, avec le concours d^hommes pleins dé vénalité , tout ce ' qu'on jugea a pfepos de leur enseigner. De tels çiicces coloraient son front d'indignation. Mais encore une fois, je prendrai ma revanche, se. répe tait-il. . * * . .
P«ir mieux se f a/aure^ il essayai» maintenant ck*ftmder^ eomine philantrope , s^r l'esprit de
son fils , l'ascendant qu'il n'avait pu conquérir
comme précepteuY. Une ou deuxfoiffpar semaihe il renfermait avec lui dans sa voiture , et il le
conduisait dans tous les temples philantoopiques •où l'enfaift avait ci puiser déS leçons de générosite ou de compassion . '*•* • * *
Malheureusement , et c'est ce cftie le duc ignorait 7 la duchesse de Le Vert avait eu connaissance, par l'espionnage des valets, de ce cours de vertu mal entendue que suivait son fils , et elle en fut blessée au vif.
L'esprit démocratique, dans toute son exaspé-
ration ^lors , recourait à tdfas les masques de séduction podr s'attirer l'estime publique et pour mieux pousser le peuple a li désaffection envers le royalisme , 4 acculé , comme tout parti dominant , d'être sans enthousiasme pour' le bien., le beau et le juste. Ce fu* ce%e opinion ; erronée à mij le égards , /jui 9 obligeant le4ibéralisme a raidir jusqu'à ^liéroïsme sa probité t de circonstance , forçai le parti royaliste à opposer au libéralisme une concurrence étroite 1
de-Paule du royalisme des Jésuites ; ceux-là qualifiaient de révolutionnaires les âmes charitables du libéralisme.
,» Entre* le duc de Levert et sa femme il ne régnait pas une inimitié d'opinion aussi brutale ; mais ils s'épiaient dans leur fils en qui ils avaient à cœur tous deux de se créer un représentant de leurs convictions. Jaloux ii l'excè» de leur propre ouvrage , ce que JFûri avait ébauché la veille était effacé par Tautre le lendemain. Quelle physionomie resterait a ce marbre taillé tour à tour par deux ouvriers diflerens , et avec des intentions opposées ?
Digne par son âge autant que par la précocité de soi* esprit de sentir l'utilité de* fondation 3 auxquelles son -père participait comme membre ou comme président , Washington fut d'abord présenté par le duc de Levert à la société pour l'amélioration des domestiques. Le duc avait choisi un jour de séance sojennelle. On allait constater la moisson philantropiqfté de l'année, et proclamer lé nom des sujets les plus me ri-
IQClUTft UBLAKC. 109
tans. Les décors de la a^lle répondaient à Finipovt^nce de 1* cérémonie. Des guirlandes de chêne étaient accrochées le long de& murs ; une * soupière chargent reposait sous les yeux di^ secrétaire, qui était le duc de Levert.
Le d\ic pri( le rapport et lut :
— Messieurs, dit-il, oui ! reconnaissance vous soit rendue pour avoir les premiers porté, vos regards sur la classe si mpdeste et pourtant si intéressante des domestiques. Oui , reconnaissance vous soit rendue, car vous leur avez révélé * leur beau caractère en leur apprenant qu'ils étaient hommes aussi bien que ceux que le sort les obligeait a servir. Devenus Fobjet de votpe $olliq£ude, ils ont compris que leur premier devoir était de la mériter , et qu'on'ne justifiait la bienfaisance que par la vertu. Quoique la plupart des honnêtes domestiques ici présens n'aient pas besoin d'encourag^pient pour accomplir leur tache, et répondre de plus en # plus à Faffec tipn que vous leur portez, la société pour l'amélioration des domestiques est heu-
reUse'de leur prouver qu ici-bas rien de ce qui est bien ne demeure inconnu et sans réeompensé. *
Maintenant 9 nous allons avoir l'honneur , messieurs, de nommer les vertueux domestiques que votre société à daigné distinguer cette année : — Olivier Têtard.
Olivieç Têtard s'approche.
— Messieurs, reprend le duc, depuis quatorze mois , Olivier Têtard n'a pas touché un
sou. de gages de la main de ses maîtres , esclaves des prodigalités. Têtard n'a pas moins déployé, dans la maison à laquelle il est attaché, un zèle au-dessus des éloges, Têtard en est aujourd'hui le créancier pour trois cent quatrevingts francs. -Têtard, recevez donc, au nom de la société pour l'amélioration des domestiques, cette médaille d'or de mille fraises.
Têtard empoche la médaille ; et l'on entend dans la salle des groupes de cuisinières qui disent tout haut : « Quel bonheur si nos maître; pe nous payaient jaiqais ! »
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malin d'être généreux , il a volé son maître , et puis il le nourri^. »
" Le duc distribua encore des couverts cPargent, des passoires en vermeil , des lardoires en or à des cuisinières , dont le plus grand nombre servait depuis deux oq trois ans auprès de maîtres qui leur infligeaient de mauvais traiten^ens» Infàifees nfoitres!
Rien de magnifique, ^instructif et d'édifiant comme cette séance. En embrassant son fils .
le duc lui demanda ce qu'il pensait de ces attendrissantes scènes.
— Je pense, papa, lui répondit l'enfant , que ces domestiques sont si bqnç, que votre société a tort de leur donner des soupières d'argent pour les rendre meilleurs, — Et je pense encore , d'après tout ce que j'ai entendu , que Jes maîtres auraient plus besoin d'être ^améliorés
que les domestiques. N'y a-t-il pas de société pour l'amélioration des maîtres ?
Décidé à frapper un grand coup sur l'imagination de son fils , le duc de l^e vert , au sortir
50CRATE LEBLANC. 268
de la Société pour l'amélioration des domestiques , le mena à la Société des naufrages. C'était encore plus resplendissant qu'a la société pour ^amélioration des- domestiques. Le plafond et les murs étaient semés d'ancres marines en sautoir , d'étoiles de mer et d'oeufs d'autruche.
Le président de la Société des naufrages était . un ex-dragon de la garde, le secrétaire un courtier aux draps près de la place de Paris ; les membres appartenaient de près ou de loin au commerce de roulage* Ne remplissant aucune fonction magistrale, le duc ne figura que comme affilié a la noble institution . Trois spectateurs composaient l'aflluence de l'auditoire. Un vieux philantrope , espèce de derviche de Inhumanité , ^k duc et son fils. *
— Messieurs , dit le président ,, naguère notre auditoire n'était pas plus brillant qu'aujourd'hui, mais il était beaucoup plus nombreux.
Vous étiez cinq , messieurs , et vous n'ctes plus que trois. Gémissez' sur la cause de cette différence : voi|s \% sjrvcz , cette cause !
204 WASHINGTON LEVfiRTs
Une nouvelle Société des naufrages s'est fondée à Paris , et elle nous a enlevé les trois auditeurs dont nous pleurons F absence . Oui , messieurs, une autre société rivale de la nôtre ! comme si elle avait le droit de sauver quelqu'un! comme si elle ppuyait sauver quoi que ce soit ! Restons unis , messieurs , car si un$ troisème société se forme, nous n'aurons pas, après partage fait , un auditeur et demi chacun.
Je ne dirai rien, messieurs, de la moralité des membres de la société rivale. Il n'en est pas un qui tenterait de tirer dii danger son meilleur ami , 4pn père.
— Ce sont des scélérats , murmura le vieux philantrope perdu dans les brumes de la salle • Je leur préfère un chien de Terre-Neuve. #
Le courtier aux draps , remplissant les fonctions de secrétaire , débuta par l'éloge d'un bateau sauveur insubmersible , irruptiblc et incorruptible.
Il présenta ensuite un modèle de ce bateau sauveur exécute dans de petite proportioP3< On
l'enfonça dans un verre (Peau figurant l'Océan , et iksurnagca. — L'épreuve était décisive. On se disposait à offrir la médaille d'or à l'inventeur , quand un membre cri^a avec précipitation dans la salle et demanda a lire une lettre qu'il venait de recevoir, du capitaine du port où fessai 4u bateau sauveur avait. été fait.
Voici ce que contenait celte lettre :
« Messieurs les membres de la société des a naufrages,
« J'ai l'honneur de vous soumettre en quelques iMts le résultat obtenu p* l'emplo? du bateau sauveur imaginé et recommandé par votre société . — L'autrenuit un navire en danger de périr demandait du secours ; nous lui expédiâmes le bateau sauveur monté par six matelots* Âpres quatre heures d'attente lç bateau fut jeté sur le rivage , mais sans les six matelots , tous pères de famille, et très estimés dans le pays. Au point du jour, la mer en se retirant déposa au bord de la grève leyrs corps privés de vie. Les mal-
, heureux se sont noyés. Nous recommandons
' leurs veuves et leurs éhfans à votre pitié* +
« J'ai l'honneur d'être, messieurs les membres
de la Société des naufrages, votre dévoué cor r
respondant. »
~* Papa, dit l'dhfartt après avoir entendu cette lecture, on devrait former une société pour sau- «ver les sauveurs;
Pour répondre a son fils , le duc était alors trop occupé d'une discussion qui s'était élevée • sur la question de savoir si un homme oui avait tiré d'un marais un chasseur qui s*^ noyait avait droit aux récompenses de la société des nauf rage s. *
Les uns disaient :
Un marais n'est £as latnèr.
D^autres :
S'embourber n'est pas se nôytef.
D'autres :
On ne^fait naufrage que dans Peau. L'eau c'est la mer, une rivière, un lac.
Un marais c'est de Peau aussi.
— Qu'en petaëMtts taon fils? tfêthatidâ te duc a Washington.
— Je ftèrtse *, pâpà , que si l*on ne lui remet pas la médaille d'or , il laissera noyé* désormais dans les taàràis toits teixk ou 1 !! verra Vf emboui> • ber^ *
« tifott fila! kùràh-tu dette funeste idée ?
Mais tu crois donc que , pour uh prix qti'ëll'efc refusèfat , les sociétés de bienfaisante provoquent de telles inhiirtiamtésl
Washington hVtait pas assez fort fcour <jfecttteir ton V>]?inioh , inâisît ârait eijttimé' nâivé-' ment «ne bien grande vérité.
Convaincu de l'eiceileàtë révolution morale qu'avait produite \chez fcôn fils lé spectacle dfes
deux assemblées d'où ils sortaient , le duc tint beaucoup a ne pas laisser en suspens une éducation si fructueusement entreprise. Il ordonna au , cocher d'aller en toute hâte à un hôtel ^tué près du Louvre.
Jm 4uc et *cm fifc avaient eMtôoté les joues
chaudes de deux solennités, quand on les introduisit dansun* salon où Ton préludait a une troisième beaucoup plus sévère.
— Mon fils, dit tdtit bas le duc à son îls, ne sentez- vous pas que vous avez le bonheur de respirer dans un endroit où sont réunis lqsmembres de la société potir V amélioration dés prisonniers. Considérez cette initiation, Washington , comme la plus fortunée circonstance . de votre vie; qu'elle demeure empreinte dans votre memoire aussi long-temps que les choses dont vous
allez être témoin* Asseyez-vous , <l Washingtori f
1 et ne craignez pas de laisser voir vos larmes si votre cœur est attendri. r
Huit membres étaient assis autour d'une table demi-circulaire recouverte d'un tapis vert.
Ici Je duc de Levert figurait encore comme président.
— Messieurs, dit-il , s'il est permis à la malignité humaine de révoquer en doute les plus saintes conquêtes de la philantropie , il en est une devant laquelle celte maligoités'huiijilie.
Jusqu'ici elle n'a pas osé calomnier le sacrifice de ceux tjui descendent dans les prisons pour en changer l'affreuse constitution. Avant nous 9 avant notre apostolat , les prisons étaient des cavernes de bêtes féroces, où ni l'air , ni la lumière , ni les consolations ne descendaient jamais. A nqtre^voix, les cachots se sont agrandis; l'air y a circulé ) l'eau en a rafraîchi les dalles ; des arbres ont égayé la promenade des malheureux reclus ; , tout ce qui était propre a adoucir leur sort a été obtenu, ou est sur le point de se réaliser. Mais pourquoi , messieurs, recourir apx paroles quand les faits ne demandent quV se montrer?
• Et le duc fit un signe au secrétaire, qui 1èrepéta à un autre homme en fonction auprès d'une petite porte. Celui-ci ouvrit la porte, et l'on vit passer, pour entrer dans la salle qui se garnissait de minute en minute, un individu assez proprement vêtu , de belle mine , mais pâle comme lorsqu'on relève de maladie ou de Clichy.
— Camille, lui dit le duc, racontez votre hisi. 14
Î10 WASHINGTON LftYfiftT*
toire, racontei^la sans honte pour votre pa$3é. N'étes-voua pas au milieu de vos amis ? Nous sommes les frères des prisonniers, nous nous sommes
attachés à leur chaîne. Honorez votre liberté par ta récit fidèle de tout ce que vous devez 9 comme bien-être physique et moral , à la société pour F amélioration des prisonniers.
— Monsieur le président ! * *
— Mon tendre ami.
— Monsieur le président, quand je vous connus pour la première fois dans la prison, je me nomnuis La Grhiche et j'avais l'âge de Cartouche. JP&ais voleur de profession ; je volais au pot, à F américaine, au bonjour, à la tire, à Técomage, au monseigneur et au rossignol.
— Très bien ! Camille.
-7T I/idée m'était venue de vofer, je dois dire avant tout, parce que je vivais cfanS un mauvais galetas percé par la pluie et ok la feim et le froid me liraient la guerre- Je vole donc et je suis pris; pri$, on me condamne^ et nion galetas se change en une chambre badigeonnée ot par-
•^9 3 E^^m 1 — *ïîK **
I fg||p^:-'*"*-"*' :j;
Li.-w~*
fêtais loin de mon misérable grenier , et que cette seconde condamnation me rapportait bien plus que la première !
— * Camille , ne nous cachez-vous plus rien?
— Une seconde fois rendu à la société, je vole avec effraction t et là cour me condamne à trois
ans.
— Très-bien ! Camille. Et la philantropie vote abandonna-t-elle? •
— Moins que jamais ? cette fois-là j Vus encore lieu, messieurs, d'éprouver votre inépuisable générosité. Pour adoucir mes moeurs, vous me procurâtes , outre mon excellent traitement de la seconde détention, un piano et la tue sur un beau lac. Oui, messieurs, je le juïç devant tout le monde, avec la philantropie, les galères même me sourient. Que mes actions de grâce vous
touchent! .
— Eh bien ! mon fils, s'écria le duc en pressant Washington contre son cœur ; eh bien ! estu pénétré maintenant de la beauté de notre mission?
SOCEÂTE LEBLANC. 213
— Oui, papa, mais il me semble que ce voleur a toujours été plus récompensé à mesure qu'il a commis plus de crimes. Ejjt-ce que cela ne Tau* rait pas engagea en commettre sans cesse?
— Mon fils, la perte de sa liberté, n'est ce rien?
— Si ce n'était rien pour lui.
— Mon fils, cela ne saurait être.
Les pères étant des rois pour les en fans , et l'usage établissant qu'on ne réplique jamais aux rois , Washington se tut et suivit le duc aux autres comités où il lui plut de le conduire.
Ils se montrèrent à la société pour améliorer le sort dêê aveugles pauvres, à la société pour* t instruction du peuple, a la société pour le placement en apprentissage des jeunes orphelins, à la société des incendies, présidée par un actionnaire d'une compagnie d'assurance contre l'incendie, j
Ce président impartial tonna contre la fatale imprudence des parens et des domestiques, qui exposent les enfon? à se brûler vifs, surtout au
in
époques de là mauvaise saison. Que d'iiinocens, s'écria sa voix éloquente, sont dévorés par le feu ! Et pourquoi se chaufler? là fumée du feu vicie Pair, altère les sources de là santé? gâte les meubles, et habitue le corps a l'indolence. Pas de feu ! pas de feu ! fut la conclusion de son dis-
cours.
Personne n'osa remarquer qùfc lorsque les enfans se brûlent, les meubles ne restent pas intacts, et quejes dommages mobiliers sont a la charge des assureurs.
Comme ce n'était pas jour cUfséancç solennelle . >au comité des incendies, on ne courp^na s^ucun pompier.
Enfin le duc et son fils se dirigèrent vers leur hôtel, après avoir, toutefois , rendu une simple
visite de politesse à la Société âtè pitié pour les
animaux. Ils n'y virent couronner aucun chat,
.mais ils furent attendris par l'éloge cPune
femme qui, en un an, en avait retiré quatre-vingt*
dix-sept des mains d'un marchand de chapeaux
SOCRÀTE LEBUUSC. 2 1 5
de castor, fléau de cette race méconnue par Des-
eartes, réhabilitée par le fameux Martin , qui a
baptisé de son nom une lqj anglaise conservatrice de toutes les peaux, excepté de la peau des catholiques irlandais.
Que de riches espérances fonda le duc sur le spectacle dont il avait réjoui les yeux de son fils. Le bon grain germerait; la semencf avait été large. Malheureusement il n'avait pas prévu que madame la duchesse , instruite de cette équipée phi lan tropique, essaierait d'en changer les effets autant qu'il serait en elle,
— Amusemens d'athée ! que cela, dit-elle le lendemain à son fils en le séquestrant dans sa VQitRi e, en^re elle et l'abbé Ronsin ; niais de bon? exemples neutraliseront les mauvais. Venez, Louis, et vçus apprendrez que, tors* de la religipn, toutç vertu est une simagrée impie. Votfe père et ses amis n'ont de la compassion que pour
des geps sflfts principes, auxquels ils donnent le pain de la bouche et jamais le pain de l'ame*
— Oui, mon jeune élève, ajouta l'abbé Ronsin, nous allons porter le sel de la vie aux nécessiteux.
Le premier endroit où la duchesse et l'abbé portèrent le sel avait rassemblé les membres d'une confrérie religieuse sous le nom de Saint- Lazaz-e.et Sainte- M yrthe, en faveur des vieux ser-
. viteurs ruinés par la ruine de leurs maîtres pendant là révolution française. Ity avait beaucoup de grandes dames parmi les affiliés* Elles distribuèrent de l'argent, des conseils, des exhortations pieuses aux assistans, tous censés vieux domes-
, tiques dùtiôm de La Brie, de Champagne, de Poitevin, deFVanc-Comtois. Elles les engagèrent à n'omettre aucune des pratiques de l'église, et surtout a n'accepter aucun secours de la main des philanfropes, des libéraux et autres scélérats; c'étaient dés dons empoisonnés. Il y eut un domestique qu'elles caressèrent plus que les autres; il avait accompagné son maître jusqu'à l'écbafaud, suivi le fils de son maître dans l'exil, ex à s'appelait Boijrguignoi} !
ffPlf*
218 WASHINGTON LKVERT.
de prédications. Comme moyen de propagation, ils répandaient dans les prisons de petits livres , bleus, rouges et gjfis, par l'intermédiaire de quelques prisonniers gagnés à la sainte cause. G*est dans cette enceinte que Washington entendit l'abbé Ronsin débiter des paroles amères contre ces faux apètres du libéralisme. Leur zèle , k l'entendre , notait que de la comédie ; ils faisaient le bien pour eicitei» a la haine et au mépris du gouvernement du roi. (Tétaient des païenj . déguisés , des loups couverts de l'habit
du pasteur. Raca!
—Mais nous, mes frères, poursuivit l'abbé Ronsin, que douze ansd'aumojierie rapprochaient du grand-vicariat de Bordeaux , dernier échelon pour arriver à l'épiscopat , mais nous qui travaillons pour l'église et non pour les, louanges du monde 1 nous triompherons de nos rivaux et de leur prétendue charité. Au juste' seul appartient la justice. Le juste , c'est nous.
Ces paroles , messieurs , doivent vous encourager à persiste dans la tâche que vous accom-
SOCHATE LEBLANC. 219
plissez depuis tant d'années en faveur de Fœu- « Vre des prisons. Maintenant , permettez-moi de confier a notre ami, M. Anastase , les cipjj cents exemplaires du petit in-douze que j'ai composé, sur votre désir , pour les prisonniers. Autrefois prisonnier lui-même, il pénétrera dans les coeurs les plus difficiles en leur parlant leur langue et en s'ôffirant à eux comme la preuve des conversions que nous opérons.
Venez, notre frère Anastase.
M. Anastase reçut dévotement les exemplaires et une bourse pleine d'or pour les prisonniers que les exemplaires ne réussiraient pas a convaincre. *
Mais que reconnut Washington dans le sublime missionnaire Anastase? L'intéressant Camille, autrefois .nommé la Grinche, voleur de profession, le benjamin de la philantropie. Lui aussi mangeait comme Têtard a deux râteliers; il recevait du libéralisme , qui prodiguait toutes les aises de la vie aux condamnés ; il recevait du
HlNtffr*
s pauvres,
* imiitWk'&tMimÊÎnilmraise de. ces
l c *^ I^XlM^ s vPp fleurs!
f - . # . « # . . tf . .g. . B . . s . - s .
xn
Transportons-nous du palais à Fhospjpe , passons de l'enfant a qui le monde appartient par la toute-puissance de la fortune aux enfans dont l'existence dépend de tout le monde , dont les mois 4e nourrice ont été acquittés par l'aumône du budget ; dont l'habit de gros drap , les souliers massifs, la chemise rude ont été
222 WASHINGTON îiEVERT. •
payés par la recette d^s barrières et des théâtres. Chaque contribution imposée' au vice ou au besoin a versé l'obole pour les élever. Aussi comme leur existence est régularisée! Comme ils sont esclaves de Tordre , de la symétrie , du calcul et de la propreté ! Quel bon père que l'état! Il n'a point dé partialité pour ses* en fan s. En hiver il donne un. pantalon de drap puce à chacun ; il distribue deux mille , trois -mille pantalons ; en été trois mille vestes de toile , tail-
léessur trois mesures différentes : grand ,£an talon , petit pantalon et pantalon moyen ; quel tailleur que l'état ! Tant pis pour celui dont la stature déroge à ces proportions ; tant pis encore pour celui qui n'aime pas la soupe le matin , la fioupe à midi et la soupe le soif. L^tat a trois soupes par jour , de même qu'il a trois mesures de pantalon. L'ordre accompagne sa charité ; c'est sa seule vertu , l'ordre. Voyez comme il éclate dans l'ensemble et dans les détails de sa bienfaisance ! Par une des institutions qu'il protège jtiçW des autres.
•40CRATE LEBfcAltC.
C'est dans Ja rue du Faubourg-Saint-ix»i«r»i*, naos Pavons déjà dit, et Sous lt double numéro 1 24-1 26 1 qu*s'<élève l'hospice des Enf ans -Trou* vés. Après une prerfijère eour I etmée par «ne grille de fer , .se déploie une seconde cour qui se rétrécit en une allée qui mène aux deux principaux corps de logis. Celui de/droite renferme les garçons et celui de gauéhe les filles. Les deut ailes forment un bâtiment carré qui annonpe fe dis&ncé la paternité à angle droit du gouverne» ment* Cette rectitude vous suit partout , depuis la loge" du concierge jusqu'à la cellule de la supérieure* Le Concierge , on le lit sur son visage, relève du conseil des hospices «t pourrait être pour le même prix sergent de ville , garde municipal ou bedeau; la supérieure netravaillequ'en vue «du ciel, c'est-a-dire en vue de son salut. Son affaire est d'aller au paradis en compensa * tion des soins . qu'elle prend de tous ces enfans
qui ne sqpt pas les siens.
Les choses y sont comme les personnes. Parcourez l'établissement. Dans ce bassin f on lave
224 WASHINGTON LEVJ5KÏ .
le linge ; une montagne de savon «et un torrent le blanchissent pour la grande famille. Ici 11 sèche, et la-haut oh l'arrange v ofclè ploie, on le serre., on le place dans un ordre parfait.. Au fond de cette petite étagère recouverte d'un petit rideau de serge verte sont les chemises, les chaussettes de laine , les pafltalons , les souliers, les vestes , les bonnets dévolus aux trois âges des, pensionnaires. Bien ne manqué au trousseau; rien , si ce n'est la main d'une mère qui l'ait chiffonné. On sent que le cylindre de fer de l'état a poli et plié ces vètemens . On admire cet ordre, mais on ne l'aime pas. Qur aimer, en effet ? Sera-ce le préfet de police , de ce qu'il coud bien les chemises? sera-ce le ministre de l'ii}t£rieur , de ce qu'il borde bien les souliers ? Si l'on descend de la lingerie à la cuisine, on • s'aperçoit que la main qui a numéroté les chaussettes a fondu les chaudrons où cuisent les purées dans une hauteur calculée, comnpe l'élévation de la Seine sur l'échelle des ponts. Tant de toises dç purée par jour, comme tant de quar-
tiers de viande, La moyenne des gigots est appréciée avec une sagacité pareille a celle qui a présidé à la coupe des trois dimensionsdes vestes. Chaque appétit est prévu , chaque soif ne doit pas dépasser la capacité de ces vases de plomb ; et Peau et le vin se combinent dans une constante dose sous le regard trigonométrique du sommelier . Entrez auréfectoire. Le compas et Péquerre *nt arrêté l'espace occupé par chaque couvert et par chaque convive : pas un -pouce de "perdu. À Pâques ou à Noël on vernit les tables d'un enduit vert , on badigeonne les murs et on habille à neuf les enfans. En s'émerveillant de tant Jr d'exactitude, on ne sait si Ton doit plus louer la charité chrétienne que le carrç de Phypothé- . nuse. Au reste, les orphelins vivent et croissent entre ces angles comme les arbres des promenades publiques entre le$ dalles de pierre qui les pressent. Si Parbre meurt, on en plante un autre ;*^l ^enfant meurt 9 on emboîte vite un autre enfant a la plgce inoccupée un instant. Même précision pour la * vie intellectuelle que
226 YfjLmutGTon lsvut.
pour h rië des besoin*. Lancatftre enseigne comme l'état nourrit* Sa méthode airelle le génie et la stupidité «ou» le même joug. 0a ^ habille l'esprit de l'enfant comme téit coeur, comme ion âme, car ils chantent tons, partent et prieôtjSur le même ton, k la même heure et
leur fait adorer, c'est mie croix toute «me qu*il faudrait imposer fc leur dévotion. On aurait sein de leur dire ? Une crok est une lifne pet* peraticulaure tombant sar une ligne horizontale -et formant Tune et 'fauta* quatre angles droits.
Socr.t* „« p^tageah jrn*^^**^ deux ou trois mille >etffaî& tle^son âge , placés ^ dans hospice , le poids de cette existence rectangulaire. Quoique habillé de la même manière que ses compagnons, il recevait unie éducation différente. {Il en profitait si bien ? qu'a quatorze ans, âge qu*il avait à peu près a^jrs, 3 savait le latin, le grec, plusieurs langues &&£iliës, et possédait les premières* notions des sciences «actes. Comme il -n'avait acquis cet a vatitage
4fir iepimtvei ^fafisrtw^vés qu V farce de dur* ^vauj 1 .G«uK-HBmppw , tw^ mm envie sa super FÎorfté.
Jpgqirï/Gi 1# due de Levert avait écarté avec soig & *w* ftlj» d'adoption toute marque de dis* Onction qw aurait été susceptible de lui inspirer 4e J# fierté, et de blesser Pamour-proprÊ de ceux avec lesquels il éfêûjt obligé de vivre. 11 était, du #st? « dtoMeMOfjyts jnomens de liberté , joyeux ■ CW W WfM* »» ***«* cftwejwr, turbulent parfois, rit «MWne r^arqua^au fond même de £?-0M$té tet de son sourire il y avait la constante pjgHtobiUité de JUréfle^ioa, Chez, lui 1 énergie de lî OQ^^uttei>eûtrai»aitenc©re la partie pensive q#* i*e fmmt qw* de neitre» Ce n'est que la nuit et quand 1$ macération dé la lecture avait exalte ses sens , qa'il cessait d'être , comme ses autres €ompM^rums r un prisonnier insouciant, un enfant toujours prêt a s'endormir ou k s'éveiller; il ne dormait pas alors, il posait son livre ouvert jMr la taUe, et il entreprenait, à la suite de ses ^oaveaira , dé longs voyages m pays, lointain d*
passé et dans les pays plus lointains encore de la féerie. Son beau regard noir restait fixe comme pour retenir par les bords le cadre de sa vision. Sa nature d'esprit était de croire vrai tout ce qu'il aimait. Vivant dans l'isàlement, il #tait privé de là ressource des comparaisons qui apprennent qu'il y a une réalité et une fiction, des choses et des semblans de choses. Sa vie, n'étant ni active, ni gênée par les obstacles, ni redressée par l'exemple, allait à l'indécis comme f uyent les nuages sans avoir d'autres formes que celles que le premier souffle venu leur donne. Son jnonde était les livres, et comme il en lisait beaucoup, dans diverses langues, de toutes les nations, les moeurs du monde ancien et nouveau s'étaient établies dans sa mémoire sous les aspects les plus singuliers. Nul n'admet la vérité des livres qu'a la condition tacite d'en modifier la valeur par la raison universelle et par son propre jugement. Socrate était privé de cette critique première; ce tort était d'autant plus profond , qu'il s'aggravait en lui d'une
SOCRÀTE LEBLANC. 229
sation empreinte de sensibilité, de fantaisies, de caprices et de fougue. Socrate aimait les couleurs vives, lés vives odeurs, les reflets éclatans, les oppositions. C'était l'enfant du soleil et du vent. La réalité ne l'atteignait pas, et il la manquait sans cesse;, ce qu'il sentait, il Je comprenait, mais il ne comprenait pas toujours par le raisonnementet surtout par celui des autres.*Dc la une foi aveugleà ses passions, un penchant à l'enthousiasme, qui était sa seule logique; il n'habitait pas la réalité , mais les livres, dans lesquels il plaçait toute réalité. Pour lui les Romains tenaient dans les odes d'Horace , et le peuple latin lui apparaissait inévitablement en habits de lin, couronné dé fleurs, couché sur des lits d'ivoire et parlant en vers. Il voyait tout l'Orient dans les splendeurs volatilisées des Mille et une Nuits. Aussi Bagdad étaitlaville favorite de ses rêvesde voyage. Comme d'autres tiennent a visiter des cités manufacturières pu des villes fortes , lui désirait connaître Bagdad , la ville du calife Harouiï-al- Raschid, l'excellent prince qui s'habillait en
480 \VA9flfKGT0N tEYEttî.
marchand de Basson* , ainsi (pAé son grarid-^isfr Giafar, et s'introduisait nuitamment dsln» Ja maison de ses sujets pour entendre des histoires de génies. - - • *
Les nuits d'été œrtoat, lcte belle* ntûte pdti*près a l'horizon et poudrée* d'étoile* m iéitith, se prêtaient aux migtatioils de notre ïévtoÈf* Vêtu à r orientale, comme Vohaay lâriqU'îl et** tra plus sérieusement dans Paimytife , ft éttttait dans Bagdad, sVuvrant Urt passage h travëis le sable fin des rues. Sa figure était gttlvé; il avait dans sa mairi droite un Rosaire , dans sa ftidin gauche une pipe d'afmbre et de jasmin. 11 longeait le derrière des maisons sans croisées, palais aveugles de la ville des mystères. Au lèin les chiens aboyaient sous les palmiers detë placés publiques, et il entendait criei 8 les cigognes juchées sur les minarets. S^l rencontrait unefetame cachée sous les triples replis de son vtfile, soulevant sa babouche dorée, c'était Àmme. Àmitte, celle qui revenait du marché avec dei cctfflgs, dés limons, des oranges, des myrtes, des jstèrtïifis,
~lffl#tt§js rafffi!
»>#S'ij|
*• sçment des Orphelins célébra une fête qui mit en relief son caractère.
L'occasion de 4a fête était un mariage entre deux pauvres enfans trouvés qui s'étaiëht connus d'abord à l'hospicç Saint- Antoine, et qui , plus tard , s'étaient revus dans le " monde , le jeune
homme à l'âge de vingt-trois ans, la jeune fille à l'âge de dix-huit. Beaux tous deux, ils^se plurent ; ils se confièrent à voix basse les jours d'autrefois y
leur isolement dans la grande maison blanche ; ils se souvinrent de leur première communion, de ce jour où ils s'avancèrent tous deux vers l'autel , st que personne ne les accompagnait , ni un père priant pour eux 9 ni une mère émue ; ils se " rappelèrent le regard qu'ils échangèrent dans la solitude de leur tristesse. Ce regard avait été un engagement sacré de ne plus s'oublier , d'être l'un a l'autre toujours.
Une fois dans le monde, ils allèrent l'un vêts l'autre , et se dirçnt : Me voilà ! car la douleur
est un pays dont les naturels gardent le souve-
m «Si .
Ma
t«§l&|liwj "ara
'• iïS» •££• iW» "*
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. Atari ta enfant tfétfvéfr tevitftfewt k m* Cft#
de fgtnille lés fcmi'd^rtnletS et le* ftréttgles* Beâttcddp fcrefit défont * l'appel ' êH huit ou dkaps, là mort en avait éclaif ci k troinbré. Cependant eetfx tfui répondirent à Hnvitatiort (Hmrîeftt êricdtê tfri cftfttfftggftt tos&ëi avantageux ; Ofc avait choisi là «aller dVtudë eôrfime la plttê gf âficfe pôiït lé liéU Ae téùtilôn. Ce n^étaft pas brillant , niais c'était 4'tiiié ffr dprtté blânclvé qui allait au ttfctti' tfrmmé la *ttë d'un bôuqdet d'oranger dariS la faain iïtth erifant. À lnlit heures, totitte thotiât* était tendu, la pièce était aussi bien éclairée cftië possible. HéUrett* ses de Voir autour dallés trois ou qUdtrè générations d*enfans quelles avaient éïétféS, lés bonnes soeurs montraient leur dètffiièife joie mondaine sur leur visage. ËlîéS À&iéfit éflibrâssees par lés vins, ëmbfaSSe'es par ïé£ âttlt es. Les aveugles IeUf passaient Uê fliaifcs sur la tète et le» ptdttiënàieht avec attendrissement sur letU* figure dé éaiftte. C'était k fôildre le Cteixt datifc la joie la plus douce que les anges puissent
êOtHkt E LEBLANC* 285
goûter. Les sourds-muets exprimaient par leurs regards la profonde rèconftaiss&Aee de leur ame» Et estait f *mo, té souffle de Dieu , qui sortait dé ces corps tafeltraitës pouf voler autour, des > bonnes steùfs { trop faibles pour tarit tT&iiotion. Elles variaient, se lisaient faire , sépencbaient sur tant de téteë dhéries et silencieuses; si sàiht Vhicënfe-de-Paute tf eût pas été ei bien dans le ciel, il en sérail descendu pour voir le pîtis beau spëctaele produit par son institution sur la t^rre. Son buste était au milieu de la salle , lé bti£te du roi des pauvres, de& orphelins, des tohéts et des aveuglés. Et tous les enfcns trouvés et torts les aveuglés , et tous lés muets , portaient des bouquets et des ruban* à la boutonnière. Dans le nombre , il y en avait qui avaient conduit leur famille à cette fête * beaucoup s'étant maries depuis leur sortie dp fhospice. LeUrà femmes et leurs en fans étaient là avee eui. Sainte tompdtifcation $ il$ avaient donné k leurs enfans ce qu'ils n'avaient jamais possédé 9 «il nt>m ft une famille * Cette
légitimité remontait resplendissante jusqu'à qix. Eux K jetés dans le trou des enfans trouvés, étaient fiers devant Dieu et devant les hommes de se promener avec leurs fils à la main.
Comme on le pense bien , il n'y eut ni bal ni musique. Tout se passa dans rechange d'une longue effusion; les muets mirent leurs mains dans la. main des aveugles , et ils gardèrent longtemps cette position. Quant aux jeunes filles qui reconnurent, parmi les mères invitées, d'anciennes compagnes , elles prirent les enfans de cellçs-ci sur leurs genoux et les regardèrent avec amour. Aucune langue ne rendra avec vérité cette tendresse universelle, silencieuse, toute d'élans et de volupté céleste, entre de pauvres filles aveugles et de pauvres filles muettes , penchées l'une vers l'autre , se regardant sans pouvoir se parler., se parlant sans se voir, mais se disant par la main, par le souffle, par le voisinage du cœur , ma sœur ! mon amie ! mpn amie et ma sœur ! Et les sœurs de l'hospice , qui .souriaient les mains jointes , et les lampes
ail B^tfUuinMfti&Ji
ÎM wàmhtgto* ubvert*
Pâle et chancelant , le pauvre enfant ne ces* sait de demander «a mère que pour demander sa liberté. A. ces cri» il ajoutait ces cm : Laissât* moi sortir ! je venu, tout les fleurs , les jasnnns , les citronniers, l'Orient; je veux marcher , aller, courir; oh! montreMnoi la campagne,
Cependant on l'entourait ; on 1» relevait de sa chute; on l'asseyait. Chacun lui digait des paroles consolantes. En entendant lçs nuits de jasmins , de citronniers , d'Orient et une foule d'autres tout aussi peu sensés , qui tombaient de sa bouche avec des soupirs et des eangiots,
beaucoup crurent qu'il était devenu fou.
* Les sœurs de l'hospice répondaient à ceux qui leur dentaridaient s'il avait donné quelque» fois des'preuves d'aliénation mentale^ que, hors quelques tristesses de courte durée , il n'était jamak sorti de son caractère fougueux, maïs raisonnable. Il fallait croire que la chaleur de la pièce, Codeur très forte des fleurs, avaient amené cette crise nerveuse.
' Il fut porté dans son lit* La fête , « malheu*
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.£...*. .S- -fci*i.
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Jamais l'intérieur «le l'hospice n'ayant offert
un exemple du trouble moral dont Socrate avait
été atteint , jamais la mémoire des plus anciennes religieuses de la maison n'ayant conserve
le souvenir de jpielque chose de semblable,
l'anxiété de la supérieure fut extrême lorsqu'il
lui fallut prendre un parti entre la nécessité de . l. 16
ne pas alarmer le duc de Levert chez lequel elle supposait , avec raison „ un attachement excessif pour son fils d'adoption , et le devoir de ne pas lui taire un événement qui pouvait se renouveler , et qui d'ailleurs n'avait pas encore produit tous ses résultais , puisque l'enfant n'était pas entièrement revenu de son égarement. Outre que le mystère liii répugnait comme à toutes les âmes honnêtes, la vérité lui sembla si
pressante dan$la circonstance , qu'elle se détermina à confier au duc la position -dans laquelle se trouvait Socrate Leblanc depuis la veille.
Elle écrivit donc cette lettre au duc de Levert. « Monsieur le duc ,
(«Nous n'avons eu jusqu'ici qu'a nous louer de la docilité de votre protégé, Stkfraté Leblahc, et je ne viens point aujouÀFbai' vous annoncer quelque changement sùrtenu dans notre opinion. J'ai moins un tort qu'un malheur a vous révéler sur le compté de ce-cfcgr enfant. À Dieu ne plaise ! que je lui reproche le chagrin qu'il nous a capsé, part plus tard qu'hier $ t l'dc&stàn
d'une modeste solennité à laquelle il assistait. Le vertige dont il a été saisi tout a coup , lui d'ordinaire si sensé malgré son exaltation 9 aura été produit, je ne crois point me tromper en cela , par son imagination, depuis quelques mois écartée du droitochemin de la simpliiîté qui convient .a sa position, et par la lecture d'une foule de livres pleins de récits dangeréwfr
Oui * monsieur Je duc , il se nourrit trop de parole» et d'images mondaines» C'est, je n'ejl doute pas, çptte science dont il se ripait sans frein ni mesure, qui l'a lait éclater hier au soif , au .milieu de toute la maison , en regrets amers contre la Providence à laquelle il reprochait
de l'avoir privé de sa famille» Vanité de nos âmes ! Comme /il n'avait pas Dieu et les anges au «ici pour refuge 9 et pour protection sur la terre, les bontés, des personnes pieuses. Mais a quoi eut* servi le raisonnement auprès d'un être, sorti par une inspiration du mauvais esprit de toutes lot limites de la* sagesse, maudissant comme un injpie , se roulant à
terre comme un possède' ? Notre douleur a été profonde , monsieur le duc ; nous ne savions quelles prière»parCculières adresser à Dieu pour l'arracher a qpt état. Il est plus calme a l'heure oh je vous écris, mais il ne. cesse pourtant de prononcer des fhots sans suite, paflni lesquels je distingue ceux-ci : Qui suis-jq? Ou est ma. mère? Montrei-moi Orient et le ciel! ma liberté! ma liberté! Probablement vous né comprendrez pas plrçs que nous ce que signifient ces paroles ; mais encore une fois, je suis «ire* qu'elles sont ' «l'écho de ses pernicieuses lectures, fl n'y a qu'a voir les autres en fans. Est-ee qu'ils sont ainsi? Est-ce qu'ils parlent jamais de ces clfôsés-là? Savent-ils. ou non s'ils ont une mère? Eh ! n'en sont-ils pas plus heurçux ^sainte Vierge Marie! Ils mangent comme dé petits loups, dorment comme des loirs, et croissent, c'est une bénédiction! : ♦
« Que V^s conseils et vos ordres , monsieur le
dut, ne»*se fassent pas attendre : ils sont d'urgente nécessité. Répondez-moi tout de suite, au
- ll|f|f:f|: w ."
246 WASHINGTON LEVJtftT.
(ait vécu sans souci des aumônes de l'état , ce même bâtard, cultive, instruit, introduit dans le champ des idées, champ funeste qui/wmblahle a la foret du Tasse, cache des désespéras sous l'écoree de ses arbres ; ce même bâtard exprime dans soo premier cri le besoin devoir s* mare,
• précisément l'objet à la privation duquel il doit la pitié qui lui a valu un hospice pour refoge et us» duc patu 1 protecteur, U veut sa jyère! mai* c'est
parce qu'il n'a pas de mère qu'il a jbi.pxiil* WH
lit, une existence. Son second cçi, è'ést la liberté !
Magnifique résultat des peifies qu'il a aoûtées! On
récarte de k société pour qu'elle ne féoirçffepas
daiys la boue; et dès qu'il sait marcher devant bu,
il veut sortir! Et une d)|e ne Jus suffit pes ; il
patle du monde k parcourir, de TOrieatk visiter
l'enfant de l'obscurité né demande pas moins
*• ;t|ute Rapprocher du soient
* ' — Map œuvre m'a abattu, s'ée*ia le vieux, duc ;
jl est étrit, ma vie en est la preuve, que le jgénie du mal remportera éternellement sur les meilleurs desseins des amis de l'taaiaaa té. U n c y au-
SOCRÀTE LEBLANC. 247
Ait donc J>as de justice suprême ? la pbilantro- t pie serait un -mot? Si je ne craignais de m'exposer encore à ses railleries, je prendrais volontiers l'avis de Pes VerrieVs. Au reste v que me conseillerqnt-il de pis que de me débarrasser, ainsi qu'il % me Fa déjà proposé ? de cet enfant , dé ce mallueureux «niant? J'ai k ce* égard un projet assez ** raisoimable, £t s'il lui convenait..... »
Il soYma pour qu'on appelât soi^ Ufe^i-frère.
Des Verriers ne tardai pas à descendre, aussi (Jispos que dan§ cette matinée où, *en prenant » 5$n chocolat, il plaisanta le duc avec tant de * cruauté spr sç$ sacrifices philantropiques.
"*— 3e descendais précisément chez vqus, mon
cher duc, quand vous nravez fait appeler. Je
venais vous remettra u£e hachure .qui, je le présumé^: s^st trompée ^cTadregge : <içci vous' re* % garde. Quelle idée bouffonne ! Lisez donc ce titre •
seulement : De la* nécessité 'de transporter le$ •forçais dans des voitures couvertes. J'ai ajouté au eruyon : pour épargner sans doute à ces honnêtes
gens la douleur cl être reconnus par fies voisins de campagne. * » . #
. — Trêve* à vos railleries habituelles , Des Verriers ; elles me sont assez'connues : parcourez cette lettre que je reçois à l'instant , et obligezmoi sur-le-champ :<Tun avis/
- Un-moins boa c^ctère qu* ki. serait
orgueilleux , dit Des Verriers après avoir lu la
lettre , de voir si ponctuellement se réaljser ses
prédictions de quatorze ans. Je vous aime trop ,
et voup êtes trop affligé pour que cela me ré-
jauisse.'Le malheur qu'on vous annonce ne m'étonne pas, c'est là tout ce que j'ai a dire. * .'
— Vos hypothèses sur Socrate ne ressemblaient pas, Des Verriers, aux.éronemens dftftt il est question dans 'cette lettre. S'il m'en sou* viejjt J)ien, vous prévoyiez seulement le cas où ^Socrate serait up irigAt , un homm£ indigne
d'être l'ami, le frère de, mon fils. Aucune de
••vos suppositions ; nées de Pamertume de vos
opinions sur toutes choses, n'a encore acquis la
. triste évidence d'un fait. Socrate, lisez bien ces
-~Sanrf doute; mais ses compagnons sont 'd£& brutes organisées ckez lesquelles la joie d^assouvir les besoins de la bête l'emporte. Non, il n'est pas copme eus? Yeus avez semé desndées dam sp tête, 4e la sensibilité ,/lans son cœur i et vo&s ^c^s é\pnne& qu'elles géraient! Sa tête qui depiaïuîe la liberté^ son cœur une mère, En avex vous a lui donnera .
La figiWede ces deux vieillards était à peindre. Le duc de Levert faisait d'horribles grimaces •pour ne pas montres sa douleur a \m homme dont Fironie rendait honteux Jies meilleurs sfenes Verriers s^efforçait de ne pas laisser voir la joie 'd^ pga triomphe a son beau-frère, qu'il aimait comme j^pmme , qu'il délestait £omme système.
Verriers , que l'instruction, en l'absorbant , de consolerait facilement àf h privation dje phoses qp'jjta^WH* pas conwi^ ?
— Mais au contraire , m*» ckev due : c'est
SOCRÀTE LEBLAJSC.
/ votre instruction qui Ta mis la «Vous vous, êtes
donc imagine qu'un jtune hojymê se plairait
à la peinture d'unis „ belle action ou d'un senti-
ment agréable, sans désira? de répéter l'uriti et»
* d'éprouver L'autre pour son propre compte? De
toutesces actions, de tous ces se#tim*nsr retracés
dans les livres, ditefr-moi petf* auxquels il s'est
attaché ? Vaus le voyez eau* plus vrai s, à l'action
d'être libre, au sentiment d'aimer sa fier e. Cot
enfant est logique comme jta nature. Yom l'ave»
même engagé plus loin claws se* droits, qu'il ne
l'aurait fait de son seul instinct al m obéissant a l'impétuosité de ses sens» Dans chaque connais-*» sance acquise il a trouvé de$ jéléqaqps de tlésir v
langue nouvelle, dae&traitdcsinftruçiens poiir
formuler ces désirs avec plénitude a Son intelligence ? Et c'est lorsqu'il sait*, et qu'il sait mal, ce qui est presque aussi dangereux que debtep savoir; c'est lorsque Vous lui avea appris que te monde est un pgisme dpstt chaque Éace^st uiUmm}beur ; bonheur d'êtftp nÀfrï bonheur d'être akué^
WASHINGTON LLVKiU.
de voyager, d'avoir une famille, bonheur d'avoir un nom ; c'est jilors qu# vous vous étonnez qu'il réclame deux privilèges communs à tous les > êtres : sa mère et sa liberté.
— Puis* je les lui procurer? Soyons justes , • Des Terriers. Quelle liberté lui offrir avec ma femme, qui le ferait jeter dlabord à la rue comme uà lépreux? sais-je, 'ensuite* où est sa mère pour là lui re§4 re ** Est-ôe € P Lt cet enfant ne fera pas aussi quelque chose pour moi ? La raison ne le *calmera*t-elle pasf'
— *Cét enfajit sera votre ennemi.
% — - Quelle menace proférez-vous la !
— Je le jrépète, xet enfant sera votre ennemi; car vous avefc pris l'instruction pour le bonheur, à. l'exemple ije ces prétendus pasteurs des peuples (font le libéralisme nous a empestés. À. J>eau-
. coup d'égards, cet enfant c'est le peuple, votre premier fils d'adoption aussi. Apprenez à lire au peuple. — Très bien ! . et vous croyez qu?il lira pour lire. Qu'est-ce., que la cause * finale d'un pistolet? c'est le met*r#^' Qu'est-ce que la cause
finale d'un livre? c'est Faction. Vous pensez que le laboureur, qui apprendra dans les livres qu'il , est votre égal, Consentira long-temps à fumer vos champs ? il vous priera de les fumer ensemble^ — Où est le grand mal?
— Le mal ! c'est qu'au bout du compte personne ne voudra les fumer, Vous après. quinze jours, lui après six mois- d'égalité. L'instruction et la petne ne vont guère de pair, mçn beaufrère* .^ .
— C'est là une erreur codpabl^Des Verriers*
— Àh ! c'est une erreur. Eh bien! .que /l'ex-t
périence décide entre nous. Allez prendre Socrate dans son hospice, et dites-lui, Texeïïiple est bon, j'espèr#, dites-lui de vous servir, de battre vos habits et de cirer vos souliers; et apprenez-moi ensuite comment le petit latiniste, le petit astronome ,1e petit savant vqus aura rë^ pondu. Usera votre ennemi, ce t enfant, comme le peupte, lorsq^ sait' lire^est des riches et des heurtux. . . ' '
254 WiSWNOTQN I/BYERT.
. — Alors il faut toujours tenir l'humanité e*i . tutelle, avoir Ides eselaves* des. serfs, des domestique* . * ; . " . */.,,,
— Mais les révolutions, Des Verriers, ces terribles reviremens, ces vefegcancçs saintes des
opprimés contre les oppresseurs? !..
— Les révolutions prouvtht que lés. dômes*
tiques detienn^itt les' maîtres et les maîtres les domestiques. » • -
Le duc se cacha les jfeux pour ne pas mon-
.fret seg larmes* Il croyait avoir devant lui Né-
ron bu Machiavel en pëiMtHfe» * ' *• .
— Faites -moi grâee de vos principes, Dés Verriers, et aide Mnoi dVn conseil.
: —Je n'ai qu'un espoir a yçAis dennçr. Peut* ■■ être eét enfant, qui est sous le eoup d'une fièvre
cérébrale, mourra de son mal; ce que je seft-
haite pour son repos et pour^ vôtre.
— Vieillard sans pitié ï &'éêria le duc en voyant Des Verriers sortir dtt cabinet* "JL n'y a plus de consolation pour moi sur ]p terre ; ma femme a
M «.fie m
VHwfiHiHiivIW-
pas absolument perdue p#ur lai { ce mensonge
l'apaisera ; faites-lui même croire qu'il a une
famille qu'il connaîtra plus tard. Dites-vous son tufeur jusque là. Mais, abusant de mes conseils, n'allez pas vous montrer à lui , n'allez pas le voir ; vous me l'avez juré.
t* Vous êtes un phil. .. Vous êtes un honnête
hopime, 'Des terriers; que je vous presse sur mon caaur.
V— Je suis votre frère qui vous aime tout simplement.
— - Votre, conseil est d'un hoh cœur. ' . . * •
— Mais non. C'est l'afvis d'un îiomme raison-
nable qui essaie de vous tirer d'un mauvais, pas. — - Sur-le-champ, Des Verrifefs; je vais exécuter votre idée. Laissez-moi y réfléchir quelques
^ mstans, mon ami.
Des Verriers se retira. Quand le duc fut seul, it appela son fils.
— Mon cher Washington, ' lui dit-il, je suis content de votre application au travail, ejt ma satisfaction est d'autant plus vive , que vous
av$z acquis ce que vous savez raplgré les méthodes condamnables de la routine. Votre mérite « est double à mes yem. Cependant jugez vous-même si la plus grande partie . de vos connaîtsances n'est pas un amas de jnots sans valeur. Vous n'éte£ pas plus capable de tirer un homme, votre semblable, d'un procès injuste, quç d'une maladie,, pour légère qu'elle fût. Vous savez tout et v^jus n'êtes rien. L'application, cette cléd'or, vous manque. Dieu sait que ce n'estpas ma faute. Il est temps encore de vous sauver du chaos de cette nullité. Etudiez les hommes ^aimez-les: tout est là. Respectant autant que j'affectionne
madame votre mère, je né prétends point vous indisposer contre tes maximes qui nç sont pas les miennes, ni contre lp mo^de qu'elle fréquente et où elle vou% conduit ; mais coaw* j'ai la conscience que le bien que je vous conseille n'est pas l'ennemi du bien qu'elle vous inspire, je vous demande dé partager votre doctlité entre elle et moi. Qu'elle vous enseigne a
être un élqgant cavalier, jty souscris.; je ne pré*
WASBIftOTOft IJfflRtT.
tend» vous apprendre qo^ être feumaln. Mon dessein est de veu^habituer II defc sentimens de famille daas l'expression desquels vous ayez Poe-
easlon de répandre les trésors de vos études. Le style te forme arec lecteur. Obl%efc-moi de Venir dans mon calftriet toutes Jps fois que je vous y appellerai, et d*y écrire sous la dictée de votre jugement une lettre à une personne fictive, & un enfâht dont je suis le tuteur, par exemple, tt qui se trouve séparé de tous par quelque accident dont il est inutile de préciser la cause. Considérez- r le comm$ votre ami. Vous direz à cet ami ce qu'un pareil titre vous suggérera de bon et de tendre ; et plus vous vous livrerez avec abandon à cet épânchement , et plus fous me serez cher. Vous pourrez Pippelîr votre frère. MPavez-vous compris, Washington r \\
— Mon père, répliqua Penfant, <£t ami (fait vous êtes le tuteur, cç frère, puisque vous est agréable que je lé nomme ainsi, me repondra-t-il?
Le malheur du duc était cfe ne Jamais pré-
SOCAATE frEHLAKC . 3*9
voir lés objection. Cepenita** tùmmeil ne fallait pas rester court après avoir été *î attentif t il répondit : .
— Oui, mon fils, il vous répondus;
- — En ce cas , je suis prêt k lai écrire.
Le jeune homme 4e mit fièrement ou bureau 4e son père, disposé à faire preuve de son talent épistolairê, car il ne voyait dans cette tâche
qu'un exercice destiné « mettais en lumière les comuassanoes dont en l^louait.
11 s'arrêta m premier mo^.
~ Cornaient nommerai- je ce frêne ?
— \>u premier pom venu, — Secrate, •*- un nom historique.
— Soit , mon p&re.
a Mon cher Sochàxe,
(( Je voudrais Savoir écrit plus tôt, mais je ne te connais que depuis une demi heure. Notre amttic t si ta y consens , n'en sera pas meins durable. Je suppose d'abord que tu as de Pe*r prit et du cœur; em» cela, mm pere y ton
260 WASHINGTON tEVERT.
tuteur, ne m'eût point engage h t'offirir l'hommage de ma première affection. »
— Mais quel âge a ce Socrate ? s'informa Washington.
— Il a votre âge, a peu près.
Washington reprit la plume.
« Quoique k notre âge, mon cher Socrate, on se lie vite, des jeunes gens Éïfen nës comme nous, ne sont pas moins 'tenus de s'estimer, avant tout, sous le rapport de la naissance et du rang. Tu es gentilhomme /-sans doute. •• »
Le duc arrêta son fils a cette phrase dans laquelle il reconnut les inspirations de fa duchesse, et il lui dit :
— Mais pourquoi vous appesantir sur ces considérations futiles? Sans être gentilhomme, Va-t-on pas quelquefois des titres aussi sacrés ? Adoucissez votre ton , mon ami.
« Et quand tu ne serais pas gentilhomme, je n'aurais aucun effort à foire pour te regarder comme jpi bon compagnon. »
— Très bien ! Washington ! ,
„ SOjCftATB UiBLiaNC. 261
« Je prétends être au courant , puisque me voila ton ami , de ce que tu fais. As-tu achevé
as-tu été de fois premier en rhétorique P Faistu des vers français? ne m'en veux pas si je suis indiscret* .On a beaucoup à dire quand on ne s'est jamais rien dit. Ta réponse m'ap-
prendra si nous sommes aussi avancés l'un que
l'autre dans nos études, et si tu partages quelques-uns de mes goûts. '
« Mon vieil a«i , je t'apprendrai mon nom :
je m'appelle Louis v Washington, marquis de Leverfe »
—Ne reviens pas, mon enfant , à ta noblesse.
Attends, attends un peu.
« Mais pour toi , je ne serai jamais que Washington , ton ami Washington , ton frère Washington. » .
— Charmant enfant ! s'écria le duc : il écrit comme un ange. * »
Washington poursuivit : v ^
«jÇrjWYe-moi , à ton tour, que tu me rendras
202 wAMmt*** uwiw.
ces titres <Tâffécti<m en acceptant, ehoraak, le petit cadeau <pi accompagne ma léltfto. Ccftt un télescope que mon oncle «a*'* sâftftaé pair mes étreintes. Chaud j'aurai fiïvie de quelque objet qui t'appartiendra, craie bien que je le le demandera s»* wsctin tfcifepulé. # •
ce Adieu, mon ami; aefieu, mon frère, .— pour la première fois et pour toujours.
ce Ton ami,
'm WÀSfeNaTO^LtTOKSt*
— Vous êtes un digne fils , Washington ; votre lettre est bien. Je vous en remercie. Je ne vous reprocherai pas unie:. '.dernière fois d'y avoir glissé quelques phrases un peu fières; l'usage et votre docilité naturelle a mes conseils ~»***». A, c«p«iu u™*. Re«o^es maintenant auprès de madame votre iqère. Je vous ferai passer, sitôt que je l'aurai reçue , la réponse a votre lettre.
Quel ttaUfteur* ïimuwu** k duc, <gw <X* *n-
m T.'ÎU
ïï--^.S-.â-.^-ï- .g;
xrv
«Monsieur le duc/ t • • •
«Reconnaissance vous soit rendue pour ce que
vous avez fait écrire à notre cher enfant. Quelles
paroles avez-vous conseillées pour opérer un ^ prompt changement Mans son moral? Je croyais que les prières seules renfermaient cette vertu de guérir ainsi et de sauver ; car il est guéri
et sauvé. En commençant votre lettre, son es-
* prit ne semblait pas être présent ; il passait la
main spir.ses yeux , il cherchait le sens de sa lec-
* 'lure comme toi nouveaû-né cherche a deviner
la lumière la première fois quelle frappe sa vue,
Ensuite , il a souri , et sa respiration s'est déga-
gée ; troo ému , il a été obligé de s'arrêter. Sans remarquer que j'étais la, «il s'est élancé hoi% de son lit pour se rapprocher de la croisée et relire une troisième fois, k un jour plus clair, cette bienheureuse lettre , qui m'a paru bien petite pour contenir tant de bonhqpr* Il m'a fallu lui crier a plusieurs reprises qu'il allait se rendre plus malade en restant tout Au sur les carreaux, avant qujèl m'ait répondu : Est-ce que je suis malade 9 ma mère ? Si je l'ai été , je
ne le suis plus. Je suis guéri , parfaitement guéri. Washington , murmurait-il en s'habîllant tbut de travers; Washington! mon ami. Oh!
j*ai un ami! npn f le roi de France n'est pas aussi heureux que moi. J'ai un ami f m^'mèi'è ; il s^tfppefle Washington ,' quel beau -notïi !
S0CRAT1 IXVLàMCé 26?
comme je l'aime! Liiez ; il aae traite de frire; je t'aima, ma» frère, je. t'aime cent fois. Si j'avais qfeekpie ehase a lui donner! mai» quoi? je n'ai rien, je ne possède rien. Le pauvre enfaaft, en cherchai* aes aaiiUm soua le lit T et ses bas soua «ne durée, n* âmaîtda dira ; Que lui mmhrçe? bmfrmet ivvrcai m* beaux livret; et mon aa#té* m** initié: tout entière* Cotante c'est bien dit* II ptoçtît la ktUe sur ses lèrre». «I t'eatoadsts iwnW sis tomes.
« Af rèibéwicoupde jteîfeeà,*! tet enfin parvenu à s'hs^wlier } al a 4»wu ver* la p#rto de la cham* bre et Fa ouverte. Qh allez-vous donc. Moi aî~je domandft a» IWêtaafc. «~ Atai* w mon ami.
Jugea, M» le d», ai aea trouble était grand, puisqu'il aral oublié k maiaoa daste laquelle il est» Àb ! « ? aefc vt*i T on se aaat jpèkA d'ieè , m'a* tr-il iqpmdit ave* m» aeceirt dt ckéeettregglneot} c'est vrai , je a*ia rfmSfrmé^ je auîa fwiteimkr, je suis un enfant & Fbaapice ! • . t
« il m vous est pas défendu, meu enfant y lui ai*je dit, d'écrire à cet ami que le ciel vous
268 WASHINGTON LfcVKRT.
envoie. Au lieu de tous plaindre dç vôtre sort dans ce moment, montrez à Dieu une sainte gratitude pour la joie qu'il vous fait. Ecrives a
cet ami.
« — Moi, me plaindre, mon Dieu! que mon âme ne vous voie jamais si je suis jamais ingrat envers vous. Oui , ma mire , je vais écrire à mon frère, à cet ami , a toi, "Washington.
% * « Aussitôt, il s'est mis k sa table de travail et il a écrit la lettre que je vous envoie avec la mienne. J'ai négligé de la lire , quoique les réglemens de la maison m'autorisassent à user de ce droit. o
« — Je vous remercie dans le Seigtoe^, monsieur le duc , d'avoir apaise par votre salutaire
!**■■— T-*-rr
innocente. Celui qui pèse les botmes actions , n'oubliera pas la vôtre , si les prières d'une pauvre pécheresse montent jusqu'à lui. .
a V otre sœur en Jésus-CH&st , « La supérieure de l'hospice des Orpheline.
socrate leblanc, 269
« Mon cher Washington.
«Quand vous m'auriez appris que vous êtes
. rçjon véritable frère, votre lettre ne mourait
pas plus "eçau. Ce bonheur m'a anéanti; et
dans cet anéantissement même j'ai puisé ma
' guérison, une nouvelle vie. J'existe à présent; ma joie est une folie , elle m'égare dsths un moment où je désirerais vous l'exprimer à cœur ouvert, comme la seule reconnaissance dont je sois capable? Soyez heureux de mon bonheur.
Tout ce qui m'entoure a changé de face. L'hospice est fiant; quoique la pluie et le vent battent sur ma tête les quatre carreaux de ma chambre , jamais le fiel «et la nature n'ont eu autant de charme pour moi. L'hospice ! triste
mot qui vous apprendra , puisque vous l'igno-
rez , qui je suis et où je demeure. D'un gentilhomme à moi mesurez donc la distance , si elle ne vous effraie pas • Pourquoi celui qui m'a fait connaître a vous ne vous a-t-il pas dit qui j'étais ? Je ne suis qu'un enfant trouvé. Allez-
170 WASHINGTON UTIAT.
vous m'aimer moins maintenant? vous perdra-
je aussitôt vous avoir connu ? le croire n'est-ce pas vous Llesser , vous , si généreux dans votre premier mouvement > si facile à proposer vôtre amitié , sur le vœu de votre tuteur ? Vafcfe se* conde lettre me rassurerait si gavais la faibfesse
de craindre les'suites de ma confidence. Ma
sincérité, au contraire , a tant de foi en 1$ rblre,
qu'elle vous demande pourquoi on nfa fait
attendre jusqu'ici une félicité qui aura toujoutfe
commencé trop ferd et qui finira toujours
trop tôt.
ce jTestrfl pas naturel que celui qui désire le
plufcexige davantage? Si Pamitié est un échange
de sacrifices 9 vous aui*ez l<is plus grands à faire,
• mon ami. Tout pour moi , je vous demanderai tout. Vous vivez dans le mondg , et je ne le connais pas ; je ne connais rien. Qu'est-ce que le monde F dites- le -çioi. Quel bonheur de vous
* écouter! Je vous écoute; parlez-moi vite defce que vous savez , et long • temps et toujours.
Vous , je tous connais : Tons êtes beau , rwm
S0CR41& LEBLAÎtC. 27 1
êtes jeune, rifcbe^ tffenable , et par-dessus tout loyal* et bon* N'esl-ce pas lk votre portrait, mon ami ? Moi 9 jp Saurai rien k volts tlortner en échange / comptez-y . Ce <jue je sais n'est rien: le souvenir de quelques feuillets de litres. 7e ne me sais pas moi-même ; ainsi , je ne tous payerai pas- seulement en curystté. Tout mon passé est dans quelques rêves, où un amrm'apparaissait constamment h. coté de ma mèvé.
Vous avesfi une mère* vous! Àimes-moi donc
pour moi, Je serai votre ouvrage. FaUtes-moi un peu ce que vous êtes, le meilleur des amis.
«e Washington , combien vous m'auriez cruellement abusé , si ce que je vienis de vous dire vous éloignait de mpi. Je sens que ]£ mouttài.
Depuis que je pense , il ne s'était pas écoûïe
un seul instant jusqu'ici sans que j'eusse songé k m'échapper de ma prison dans l'immense désir de voir le ciel tout entier , la campagne, beaucoup dWbres, la mer; eh bien! depuis votre lettre je suis rempli de résignation.
«Merci pour votre joli cadeau; je placerai
votre télescope près de i*a cçois^e ,- et je Verrai .enfin Paris; j'y chercherai la maison que vous habitez. ,
• «c Tenez, Washington , pardonnez-moi; mais je mous écris ces dernières lignes -à genoux , comme quand je ni'adresse a Dieu. Est-ce vous, est-ce Dieu que je prie P Je succombe sous un sentiment de satisfaction intérieure que j* n'ai
jamais éprouvé. t
« Croyez-moi , mon ami , rien ne rend bien
dans cette lettre les sensations nouvelles de mon
ame que les larmes que je répands sur le papier.
« Washington ! au nom du ciel,, acceptez tout ce que j'ai gardé avec amour sur la terre depuis qfte j'y suis ; acceptez la seule chose que je possède j cette jonquille desséchée par le temps et mes caresses. Le souvenir d'une mère qui m'a abandonné appartient a l'ami qui vient en prendre la place dans mon coeur.
«Washington, Je ne sais si j'ai votre âge, mais acceptez encore ce serment, car j'ai soif de m'alUer à vous , comme le sang au sang; le
socrate Leblanc; 278
jour dç votre mort sera le Jour de la mienne. Que Dieu m'entende !* A la fin , j'ai trouvé quelque chose k vous. donner;
ce Je vous le demande encore k genoux 9 ap* pelez-moi vc^re frère dans vos lettres ; ce mot sera le ciel pour moi.
* « Votre w frère ,
«Socrate Leblanc. »