‹ WashingtonChapitre 2 sur 14 · ADRESSE D'ADIEU · texte numérisé non relu

ADRESSE D'ADIEU

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17 décembre 1796,

Amis et compatbiotes ,

Nous touchons au moment où vous êtes appelés à élire un citoyen pour présider au gouvernement des États- Unis ; dans ce moment où vos esprits se préoccupent de désigner celui qui sera investi de cette charge importante , il me paraît convenable , afin de faciliter l'expression de la voix publique, de vous faire part de la résolution que j'ai prise de me retirer du nombre de ceux parmi lesquels vous aurez à choisir.

Soyez assurés, je vous prie de me rendre cette justice, que je n'ai pas pris cette résolution sans égard et sans considération pour les rapports qui lient un citoyen vertueux à sa patrie ; et en me voyant retirer l'offre de ser-

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vices, que vous auriez pu me croire disposé à faire encore, si j'avais gardé le silence, ue pensez pas que mon zèle pour vos intérêts futurs ait diminué , ni que je manque de reconnaissance pour vos bontés passées: dans ma ferme conviction, la démarche que je fais en ce moment est compatible avec ces deux sentiments.

En acceptant et en conservant ensuite la dignité à laquelle vos suffrages m'ont deux fois appelé, j'ai sacriûé mon inclination au sentiment du devoir et à la déférence que j'ai pour vos désirs. Je m'étais toujours flatté qu'il m'aurait été accordé plus tôt, tout en respectant des motifs auxquels je devais avoir égard , de retourner dans cette retraite que je n'avais abandonnée qu'à regret. Même avant ma dernière élection , j'étais tellement enclin à agir comme je le fais aujourd'hui, que j'avais préparé une adresse où je vous faisais cette déclaration. INIais, après de mûres réflexions sur la situation critique ' de nos affaires vis-à-vis les nations étrangères , et conformément aux avis unanimes que me donnèrent des personnes qui ont des titres à ma confiance , j'abandonnai cette idée.

Je me réjouis aujourd'hui de ce que l'état de vos affaires intérieures et extérieures ne rend pas phis longtemps mes inclinations privées incompatibles avec le sentiment du devoir et celui des convenances. Je suis persuadé que , quelle que soit la partialité avec laquelle vous jugiez les services que j'ai rendus, vous ne désapprouverez pas ma présente détermination, dans les circonstances où se trouve le pays.

Je vous exposai dans le temps les impressions sous lesquelles j'entreprenais la pénible tache que vous m'imposiez. Je me bornerai à dire que j'ai apporté dans l'organisation et l'administration du gouvernement, avec un grand fonds de bonne volonté , toute l'activité et toute l'application dont j'étais capable.

J'ai commencé ma tâche avec un profond sentiment de l'infériorité de mes moNens ; l'expérience est venue ensuite fortifier, à mes propres yeux, et plus encore aux yeux des autres, les motifs que j'avais de me défier de moi-même. Chaque soir, le poids plus lourd des années m'avertit que l'ombre de la retraite m'est aussi nécessaire qu'elle me serait agréable. Convaincu que, si des circonstances ont donné une valeur particulière à mes services , elles n'étaient que temporaires, j'ai aujourd'hui la consolation de sentir, quand mon goût et la prudence m'invitent à quitter la scène politique, que le patriotisme ne me le défend pas.

En tournant mes regards vers le moment où doit se terminer ma carrière publique, je dois donner cours à mes sentiments et reconnaître la dette de gratitude que j'ai contractée envers ma patrie bien-aimée pour les honneurs dont elle m'a comblé, et plus encore pour la ferme confiance avec laquelle elle m'a accordé son appui ; c'est cette confiance qui m'a fourni l'heureuse occasion de lui témoigner mon attachement inviolable par des services persévérants et dévoués, quoique leur utilité ait été inférieure à mon zèle. Si de mes services sont résultés quelques bienfaits pour le pays, qu'il soit dit à votre

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louange, et comme un exemple instructif de nos annales, que, dans des circonstances où les passions agitées dans tous les sens pouvaient facilement causer des égarements, au milieu d'apparences quelquefois douteuses et de vicissitudes souvent décourageantes, dans des situations, enfin, où un manque de succès de notre part pouvait encourager l'esprit de critique , la constance de votre concours a été l'appui principal de mes efforts et la garantie du succès de mes plans. Profondément pénétré de cette idée, je l'emporterai avec moi au tombeau; j'y puiserai un motif pour former sans cesse des vœux pour que le ciel vous continue les précieux témoignages de sa bonté ; pour que votre union et votre affection fraternelles puissent durer à jamais; pour que la constitution libre, cet ouvrage de vos mains, puisse être maintenue comme chose sacrée; pour que toutes les branches du gouvernement portent l'empreinte de la sagesse et de la vertu, et enfin pour que le bonheur du peuple des États- Unis puisse devenir complet sous les auspices de la liberté. C'est par la religieuse conservation et l'usage prudent de cette liberté que vous acquerrez la gloire de la faire honorer, choisir et adopter par les nations qui ne la possèdent point encore.

Je devrais peut-être m'arrêter ici; mais la sollicitude que j'éprouve pour votre bonheur, et qui ne pourra s'éteindre qu'avec ma vie, jointe, comme de raison, à un sentiment naturel d'inquiétude, m'ordonne , en ce moment solennel , d'appeler toute votre attention sur quelques idées, qui sont chez moi le résultat de profondes

réflexions. Vous faire connaître ces idées nie paraît de la plus haute importance pour la durée de votre prospérité comme nation. Je vous les soumettrai avec la plus grande liberté, car vousy verrez les avis d'un ami qui vous quitte, et dont aucun motif personnel n'inspire les conseils. Ce qui m'encourage du reste en ceci , c'est le souvenir de l'accueil bienveillant que vous fîtes à mes idées dans une semblable occasion, qui est maintenant loin de nous.

L'amour de la liberté s'identifie tellement avec chaque pulsation de vos cœurs, que toute recommandation de ma part est inutile pour vous fortifier dans cet attachement.

Vous chérissez également cette unité de gouvernement, qui constitue votre nationalité , et c'est avec raison , car cette unité est la pierre angulaire de l'édifice de votre indépendance, la garantie de la tranquillité au dedans, de la paix au dehors , la sauvegarde de votre prospérité et de cette liberté à laquelle vous attachezun si grand prix. 3Iais, comme il est aisé de le prévoir, bien des artifices seront employés pour affaiblir dans vos esprits la conviction de cette vérité. C'est là le point de mire contre lequel seront dressées les batteries de vos ennemis tant au dedans qu'au dehors; et quoique agissant souvent d'une manière cachée et insidieuse, ils n'en déploieront pas moins de constance et d'activité dans leurs hostilités. Il est donc de la plus haute importance que vous cherchiez à comprendre bien exactement que votre bonheur particulier et général dépend de votre union nationale ; que votre attachement à cette union doit être cordial »

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coutiuuel et inébranlable ; que vous devez vous accoutumer à en parler comme du palladium de votre sécurité et de votre prospérité politique ; veillant à sa conservation avec une jalouse anxiété ; dissipant tout ce qui pourrait faire naître même le soupçon que, dans telle ou telle circonstance, vous puissiez l'abandonner, et vous élevant avec indignation contre toute apparence de tentative , soit pour séparer du tout une portion quelconque de notre pays, soit pour affaiblir les liens sacrés qui en unissent les diverses parties.

Tous les motifs de sympatbie et d'intérêt doivent vous porter à persévérer dans cette conduite.

Citoyens, par la naissance ou par votre choix, d'une patrie commune, vous lui devez toutes vos affections. Ce nom à'' Américain, qui est pour vous un nom national, doit toujours exalter le juste orgueil de votre patriotisme, beaucoup plus que toute autre dénomination dérivée des distinctions locales. Vous avez tous, à de légères différences près, la même religion, les mêmes mœurs , les mêmes habitudes , les mêmes principes politiques. Vous avez , dans une cause commune, combattu et triomphé ensemble. L'indépendance et la li-? berté dont vous jouissez sont l'oeuvre de conseils et d'efforts communs, de souffrances, de dangers et de succès que vous avez tous partagés.

Mais à ces considérations déjà si puissantes, qui s'adressent à vos sentiments , il vient s'en ajouter d'autres plus puissantes encore et qui s'adressent à vos intérêts. Chaque portion de notre pays y trouve des motifs très

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puissants de veiller soigneusement à la conservation de l'Union nationale.

Le Aorf/, grâce à un large système de rapports avec le Sud, système protégé par les lois d'un gouvernement commun, trouve dans les productions de cette dernière contrée de grandes ressources pour ses entreprises maritimes et commerciales , de précieux matériaux pour l'industrie de ses manufactures.

Le Sud voit ses rapports avec le JSord tourner au profit de son agriculture et de l'extension de son commerce. Attirant dans ses eaux quelques uns des matelots du Nord, le Sud donne de la vigueur à sa navigation particulière ; et tout en contribuant, de différentes manières, à entretenir et à accroître le commerce général de l'Union, il prépare les voies à l'établissement d'une marine nationale que ses seules ressources ne suffiraient pas à créer.

VEst, dans des rapports analogues avec V Ouest, trouve déjà et verra s'augmenter tous les jours davantage, à l'aide des communications croissantes établies à l'intérieur par terre et par eau, un transit facile pour les produits du dehors et pour ceux de nos manufactures à l'intérieur. L'Ouest tire de l'Es/ les lessources nécessaires à son développement , à sa prospérité ; et, ce qui est peut-être d'une plus grande importance , c'est qu'il ne saurait trouver d'autre garantie pour la jouissance des débouchés indispensables à l'écoulement de ses propres produits que dans le développement de force maritime que doit ecevoir le rivage atlantique de l'Union, sous l'influence

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de la communauté indissoluble des intérêts nationaux. Toute autre cause à laquelle l'Ouest pourrait devoir cet avantage , qu'elle fût puisée dans sa propre force ou dans une alliance contre nature, et qu'on pourrait qualifier d'apostasie, avec une puissance étrangère , serait essentiellement précaire.

Or, chaque partie de notre pays trouvant ainsi son avantage immédiat et particulier dans l'Union , toutes les parties prises ensemble ne peuvent manquer de trouver, dans la combinaison de leurs moyens , une plus grande force, de plus grandes ressources et proportionnellement une garantie plus efficace contre les dangers extérieurs, et l'assurance de voir la paix moins fréquemment troublée par les nations étrangères. Ce qui est d'une valeur inappréciable encore, c'est que l'Union les préservera de ces brouilleries et de ces guerres intestines, qui affligent si souvent des pays voisins , quand ils ne sont pas liés par un même gouvernement ; guerres que leur propre rivalité suffirait pour allumer, mais que les alliances, les liaisons et les intrigues de l'étranger viendraient stimuler et envenimer. L'Union fera encore éviter ces établissements militaires excessifs, qui, sous toutes les formes de gouvernement, sont d'un fâcheux augure pour la liberté, et qui doivent être regardés comme particulièrement opposés à la liberté républicaine. C'est dans ce sens que votre union doit être considérée comme le principal appui de votre liberté, et que votre amour pour l'une doit vous rendre chère la conservation de l'autre.

Ces considérations sont à elles seules un argument péremptoire pour tout esprit droit et réfléchi ; elles démontrent que le maintien de TUnion doit être le premier objet de vos désirs patriotiques.

Douteriez-vous qu'un gouvernement commun puisse s'appliquer à un aussi vaste territoire ? Laissez l'expérience résoudre le problème. Il serait criminel, dans une circonstance aussi grave, de se décider sur de simples hypothèses. Kous sommes autorisés à espérer que l'organisation convenable d'un gouvernement conuuun , ayant des agences auxiliaires pour les subdivisions respectives , sera l'heureux dénouement de cette expérience. Dans tous les cas, la chose vaut la peine qu'on en fasse loyalement l'essai. Quand il existe des motifs d'union si puissants et si évidents pour toutes les parties de la nation , et tant que l'expérience n'aura pas démontré l'im* possibilité du succès, on sera fondé à mettre en doute le patriotisme de ceux qui, de quelque manière que ce soit, chercheront à propager le découragement.

En recherchant les causes qui peuvent troubler notre union , un sujet se présente qui mérite de fixer l'attention , c'est la crainte que quelques prétentions dangereuses ne s'élèvent par suite des distinctions géographiques qui nous servent à caractériser les diverses parties de notre territoire. Ces désignations peuvent contribuer à faire naître l'opinion qu'il y a entre vous une différence réelle de vues et d'intérêts locaux. Un des expédients dont se servent les partis pour acquérir de l'influence dans des États particuliers, est de représenter sous un

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