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faux jour les opinions et les prétentions des autres États. Vous ne sauriez trop vous prémunir contre les jalousies et les animosités qui naissent de ces faux rapr ports ; ils tendent à diviser entre eux ceux qui doivent être unis par une fraternelle affection. Les habitants de r Ouest ont reçu dernièrement une utile leçon à ce sujet , lors de la négociation de notre traité avec l'Espagne. Entrepris et conclu par le pouvoir exécutif, ratifié à l'unanimité par le sénat, ce traité a été reçu .avec des témoignages de satisfaction universelle dans tous les États- Unis. C'est là une preuve décisive de la fausseté de l'opinion répandue parmi les habitants de V Ouest, et d'après laquelle le gouvernement général et les États qui sont sur l'Atlantique auraient eu une politique peu favorable aux intérêts du Misissipi; ils ont vu se conclure deux traités , l'un avec la Grande-Bretagne, l'autre avec l'Espagne , qui leur garantissent tout ce qu'ils peuvent désirer dans nos rapports avec l'étranger, pour assurer leur prospérité. Est-ce que la sagesse ne leur commande pas de se reposer maintenant , pour la conservation de ces avantages, sur l'Union qui les leur a procurés? S'il existait parmi nous de mauvais conseillers qui voulussent les engager à se séparer de leurs frères pour s'allier à des étrangers, ne doivent-ils pas se montrer sourds à leur voix et résister à leurs menées.
Il est indispensable à la vitalité et au maintien de votre Union qu'un gouvernement commun soit recomiu par tous les États. On ne saurait y suppléer par des alliances, quelque intimes qu'elles fussent. Des alliances
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doivent nécessairement éprouver des refroidissements et des ruptures ; il en a été ainsi dans tous les temps. Convaincus de cette vérité, vous avez fait, depuis votre premier essai, un grand progrès, en adoptant une constitution gouvernementale mieux calculée que la première pour rendre votre union intime et diriger d'une manière avantageuse vos affaires communes. Ce gouvernement ué de votre choix libre et spontané, adopté après un mûr examen et de longues délibérations, juste dans ses principes et dans la distribution de ses bienfaits, unissant le calme à l'énergie , et renfermant en lui-même les moyens de se modifier suivant le besoin des circonstances ; ce gouvernement, dis-je, a de justes droits à votre confiance et à votre appui. Respect à son autorité, soumission à ses décrets, acquiescement aux mesures qu'il propose , sont des devoirs commandés par les maximes fondamentales de la vraie liberté. La base de notre système politique repose sur le droit que possède le peuple de faire et de modifier la constitution de son gouvernement. Mais toute constitution , jusqu'à ce que le peuple l'ait changée , par un acte explicite et authentique de sa volonté , doit être obligatoirement reconnue par tous. L'idée même du pouvoir et du droit qu'a un peuple de se donner un gouvernement implique^, pour chaque individu', le devoir d'obéir au gouvernement établi.
Toute opposition à l'exécution des lois, toutes combinaisons et associations formées sous un prétexte quelconque , dans le but réel de diriger , contrôler, contre-
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carrer ou intimider les délibérations régulières et l'action des autorités constituées, doivent être regardées comme faites pour détruire le principe fondamental de la constitution , et conséquemment comme étant d'une tendance fatale. Ces associations servent à organiser les factions , à leur donner une force artificielle extraordinaire, à substituer à la volonté de la nation celle d'un parti , qui souvent ne représente qu'une minorité adroite et entreprenante ; et suivant les triomphes alternatifs de l'un ou de l'autre de ces partis , elles servent à faire de l'administration publique l'instrument de projets mal concertés et incohérents , tandis qu'il ne doit se manifester que par de bonnes et sages mesures, méditées en commun et réglées surj les intérêts de tous.
Quoique des associations telles que je les décris plus haut puissent avoir parfois un but utile, il n'en est pas moins vrai qu'avec le temps, elles peuvent devenir de dangereux instruments entre les mains d'hommes ambitieux et sans principes; elles peuvent leur servir à renverser l'autorité du peuple et à s'emparer des rênes du gouvernement , pour arriver ensuite à briser ces mêmes instruments qui les auraient élevés à une injuste domination.
Dans l'intérêt de la conservation du gouvernement , et pour jouir d'une manière permanente de votre heureuse condition, il est nécessaire, non-seulement que vous déconcertiez toute opposition irréguUère contre l'autorité établie , mais encore que vous résistiez avec soin à l'es-
prit d'hostilité contre son principe, de quelque spécieux prétexte qu'il se couvre.
Les attaques peuvent se présenter sous forme de modifications à faire dans la constitution, modifications qui ruineraient l'énergie du système et mineraient ainsi ce qu'on ne saurait renverser directement. Rappelez-vous, à propos de tous les changements qui peuvent vous être proposés , que le temps et l'usage sont aussi nécessaires pour fixer le vrai caractère des gouvernements que pour fixer celui des autres institutions humaines ; que l'expérience est la voie la plus sûre pour mettre à l'épreuve les véritables tendances de la constitution d'un pays. Rappelez-vous que des changements trop faciles, sur la foi de pures hypothèses et de simples opinions , vous exposent à des crises perpétuelles , par suite de la variété infinie des hypothèses et des opinions. Mais surtout ne perdez pas de vue que, dans un pays aussi étendu que le nôtre , des intérêts communs ne peuvent être confiés utilement qu'à un gouvernement qui possède toute la vigueur compatible avec l'ordre et la liberté; la liberté ellemême trouvera son plus sûr garant dans un gouvernement dont les pouvoirs seront convenablement distribués et harmonisés. La liberté ne saurait être qu'un mot vide de sens , là où le gouvernement est trop faible pour réprimer les entreprises des factions , pour tenir chaque membre de la société dans les limites prescrites par la loi, pour garantir à chacun ses droits personnels et le maintenir dans la jouissance tranquille et sûre de ses propriétés.
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Je vous ai déjà signalé le danger des partis qui se formeraient dans rÉtat en se fondant particulièrement sur les distinctions géographiques ; je vais me placer maintenant à un point de vue plus élevé, et vous mettre en garde de la manière la plus solennelle contre les funestes effets qu'entraîne Tesprit de parti en général.
L'esprit de parti est malheureusement inséparable de notre nature ; il s'unit aux passions les plus fortes du cœur humain ; il existe sous différentes formes dans tous les gouvernements , plus ou moins contenu, contrôlé ou réprimé ; mais ce sont surtout les gouvernements populaires qui le voient apparaître dans toute sa malignité, et qui trouvent en lui leur ennemi le plus acharné. La domination alternative des factions les unes sur les autres, l'esprit de vengeance inhérent aux dissensions de parti , ont été , dans différents âges et dans différents pavs , la cause des plus noirs attentats , et constituent un despotisme affreux IMais l'esprit de parti, par lui-même, conduit inévitablement à un despotisme systématique et permanent. Les désordres et les malheurs qui en résultent portent graduellement les esprits à chercher la sécurité et le repos dans le pouvoir absolu d'un seul ; et tôt ou tard, le chef de quelque faction, plus habile ou plus heureux que ses rivaux, met ces dispositions à profit pour s'élever sur les ruines de la liberté publique.
Quoique nous n'en soyons pas encore à une pareille extrémité , qu'il ne faut cependant pas regarder comme tout à fait impossible , nous devons trouver dans l'idée des maux continuels qu'engendre l'esprit de parti un
motif pour nous appliquer en peuple sage à décourager et réprimer cet esprit. Car il divise toujours les conseils publics et affaiblit Tadministration ; il agite la communauté par des jalousies sans fondements et de fausses alarmes; il allume l'animosité d'une province contre l'autre ; il fomente l'émeute et les soulèvements. Il ouvre la porte à l'influence de l'étranger et à la corruption, qui trouvent un accès facile jusque dans le gouvernement lui-même , guidées qu'elles sont par les passions de parti. C'est ainsi que la politique et la volonté d'une nation sont soumises à la politique et à la volonté d'une autre nation.
On prétend que les partis, dans les pays libres , sont un contrôle utile pour l'administration du gouvernement, et qu'ils servent à vivifier l'esprit de liberté. Ceci peut être vrai dans certaines limites; dans des gouvernements monarchiques , le patriotisme peut regarder l'esprit de parti avec indulgence, sinon avec faveur. ]Mais dans les gouvernements populaires , dans les gouvernements électifs, c'est un esprit qu'on ne saurait encourager.
Il est certain , par suite des tendances naturelles des gouvernements populaires , qu'il y aura toujours assez d'esprit de parti pour tous les desseins légitimes. Mais comme il est plutôt à craindre qu'il n'y en ait excès, c'est à l'opinion publique à le calmer et à l'adoucir. C'est un feu qui ne saurait s'éteindre. Il ne s'agit donc pas de travailler à l'entretenir, mais au contraire de veiller sans cesse , dans la crainte que sa flamme ne consume au lieu d'échauffer.
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Il importe également que ceux qui , dans un pays libre, président à la direction des affaires, sachent respecter les prérogatives de leurs subordonnés, et s'abstiennent d'empiéter sur leurs attributions respectives. Tout esprit d'empiétement qui tendrait à concentrer les pouvoirs en un seul , aurait pour résultat définitif d'établir le despotisme , sous quelque gouvernement que ce soit.
Pour se convaincre de la vérité de ce que j'avance, il suffit de se rappeler que l'amour du pouvoir et le penchant à en abuser dominent dans le cœur de l'homme. Des expériences tant anciennes que modernes, ont démontré la nécessité d'établir un système de contrepoids dans l'exercice du pouvoir politique en le partageant entre différents dépositaires dont chacun défend la chose publique contre les usurpations des autres. Quelques-unes de ces expériences ont été faites dans notre propre pays, et [sous nos yeux. Il ne faut pas seulement établir des pouvoirs, il faut les maintenir dans leur vigueur. Le peuple croit-il que ses intérêts souffrent de telle ou de telle mesure du pouvoir établi ? qu'il demande réparation par les voies légales et régulières. Mais gardons-nous de toute usurpation ; ce moyen qui peut produire quelquefois un soulagement momentané a toujours mené en définitif les gouvernements Ubres à leur perte. Les mauvais précédents font un mal qui à la longue dépasse de beaucoup le bien passager qu'on en avait recueilli.
La religion et la morale sont les auxiliaires indispensables de tous les efforts pour arriver à la prospérité publique. C'est en vain que l'homme ferait appel au patrie-
tisme , s'il travaillait à renverser ces deux colonnes principales de la félicité humaine , ces bases les plus fermes des devoirs de l'homme et du citoyen. Le politique doit, aussi bien que l'homme religieux, les respecter et les chérir. Il ne suffirait pas d'un volume pour tracer leurs rapports avec la félicité publique et privée. Je demanderai simplement : Où sont les garanties de la propriété, de la réputation, de la vie, si le sentiment de l'obligation religieuse est ôté aux serments, ces grands moyens d'investigation dans les tribunaux .^ Craignons d'admettre qu'il puisse y avoir de la moralité sans religion. Quelque influence qu'une éducation soignée puisse exercer sur des esprits d'une disposition particulière, la raison et l'expérience ne nous permettent pas d'espérer que la moralité de tout un peuple se maintienne jamais sans le principe religieux.
11 est vrai , dans la rigueur des termes, que la vertu ou la moralité est le mobile nécessaire d'un gouvernement populaire. La règle s'étend avec plus ou moins de force à toutes les espèces de gouvernements libres. Quel est donc l'ami sincère de notre gouvernement qui pourrait voir avec indifférence les tentatives faites pour en ébranler les fondements ? Encouragez donc comme un objet de première importance les institutions propres à répandre les connaissances. Il est essentiel que l'opinion publique soit d'autant plus éclairée que l'organisation du gouvernement donne plus de force à son action.
Maintenez le crédit public comme une source trèsimportante de force et de sécurité. Un moyen de le
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conserver , c'est d'en user aussi économiquement que possible, évitant les occasions de dépense en cultivant la paix , sans oublier cependant que les déboursés faits à propos pour se préparer au danger préviennent souvent les dépenses beaucoup plus grandes qu'il faudrait faire pour le repousser.
Il vous faut éviter d'accroître la dette , non-seulement en fuyant les occasions de dépenses , mais encore en vous attachant soigneusement en temps de paix à liquider les dettes que des guerres inévitables ont pu occasionner ; mais n'imposez pas à la postérité un fardeau que vous devez vous-mêmes supporter. La mise en pratique de ces maximes appartient , il est vrai , à vos représentants ; il est cependant nécessaire que l'opinion publique y ait aussi sa part de coopération. Pour leur faciliter l'accomplissement de leurs devoirs , il est nécessaire que vous vous pénétriez bien que , pour payer des dettes , il faut avoir des revenus ; que, pour avoir des revenus il faut lever des impôts, qui sont toujours plus ou moins désagréables et contrariants. L'embarras inévitable dans lequel se trouve le gouvernement pour choisir les objets qu'on peut imposer avec le plus de convenance (choix toujours très-difficile) doit être un motif suffisant pour vous faire juger sa conduite avec indulgence, et pour vous décider à acquiescer aux mesures que les exigences publiques peuvent lui prescrire dans le but de subvenir aux besoins de l'état.
Observez envers toutes les nations la bonne foi et la justice ; cultivez avec toutes la paix et la bonne harmonie.
AL' PiUPLE DES ÉTATS-UNIS. ^ M!
La religion et la moralité vous le coinmaudeut; est-il d'ailleurs possible qu'une Lonue politique ne vous le prescrive pas ?
Il sera digne d'une nation libre , éclairée , et qu'on pourra bientôt appeler grande, de donner à l'humanité le magnanime et trop rare exemple d'un peuple toujours guidé par mi sentiment élevé de bienveillance et de justice. Qui peut douter que le temps et les événements ne réparent bientôt avec avantage les sacrifices temporaires que vous aurez pu faire pour ne pas vous départir de ce principe ? La Providence pourrait-elle ne pas faire dépendre le bonheur des nations de la pratique de la vertu? Reconnaissons du moins que tous les sentiments qui ennoblissent la nature humaine recommandent d'en faire l'expérience. Hélas! nos vices la rendraient-ils impossible !
Pour l'exécution de ce plan , rien n'est plus essentiel que l'exclusion de ces antipathies invétérées contre certains peuples , et de ces attachements passionnés pour certains autres; il faut substituer à ces sentiments ceux de la bienveillance pour tous les peuples indistinctement.
La nation qui entretient avec complaisance à l'égard d'un pays une haine ou un amour habituel, en devient en quelque sorte esclave. Elle est l'esclave de son animosité ou de son affection, et l'une ou l'autre suffisent pour lui faire perdre le sentiment de ses devoirs ou de ses intérêts. Quand il existe chez une nation une antipathie contre une autre , elles sont toutes deux prêtes à s'insulter ou à s'injurier, à se faire ombrage des plus lé-
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gers incidents, et à se montrer fières et intraitables à cliaque occasion frivole ou accidentelle de dispute qui s'élève entre elles. De là des collisions fréquentes , obstinées , envenimées, et des contestations sanglantes. La nation , poussée par la mauvaise volonté et par le ressentiment, entraîne quelquefois le gouvernement à la guerre , contrairement aux calculs d'une sage politique. Le gouvernement se laisse quelquefois aller à cette propension nationale et adopte , en obéissant à la passion, ce que la raison repousserait. D'autres fois , cet esprit funeste fait servir Tanimosité de la nation à des projets d'hostilité inspirés par l'orgueil, l'ambition, et autres motifs funestes et pernicieux. Souvent la paix des nations , et quelquefois leur liberté, en sont les victimes.
L'attachement passionné d'une nation pour une autre engendre aussi une infinité de maux. La sympathie exclusive pour un pays facilite l'illusion d'un intérêt commun imaginaire (dans des cas où aucun intérêt n'existe en réalité) ; elle fait partager à l'une les inimitiés de l'autre, et l'entraîne ainsi dans des différends et des guerres sans aucun motif raisonnable. Cette sympathie porte à des concessions en faveur de cette nation privilégiée, tandis qu'on les refuse à d'autres, ce qui occasionne un double tort au peuple qui les fait , car il cède ce qu'il aurait peut-être dû conserver; il excite la mauvaise volonté, la jalousie, et encourage les représailles des parties auxquelles ces mêmes privilèges ont été refusés. Cette sympathie donne à des citoyens ambitieux, corrompus ou trompés (qui se dé-
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vouent à la nation favorite), la facilité de trahir ou de sacrifier les intérêts de leur pays , sans encourir aucun Llame, et de se donner quelquefois même un vernis de popularité en couvrant des apparences d'une déférence recommandable pour l'opinion publique ou d'un zèle louable pour le bien commun, les basses ou folles complaisances de leur ambition , de leur corruption ou de leur entêtement.
De tels attachements sont particulièrement alarmants aux yeux du patriote vraiment éclairé et indépendant, en ce qu'ils ouvrent la porte à l'influence étrangère. Combien d'occasions n'offreut-ils pas de se mêler aux factions domestiques , d'employer des moyens de séduction, d'égarer l'opinion publique , d'influencer ou d'intimider les conseils du pays! un pareil attachement de la part d'une nation petite ou faible envers une grande , finit par la rendre satellite de celle-ci.
La jalousie d'un peuple libre doit être constamment éveillée contre les ruses insidieuses de l'influence étrangère (je conjure mes compatriotes de me croire sur ce point) : l'histoire et l'expérience prouvent que l'influence étrangère est un des ennemis les plus redoutables d'un gouvernement républicain. Mais cette jalousie , pour être utile , doit être impartiale , ou bien elle devient l'instrument de cette même influence qu'elle veut éviter. Une partialité extrême pour une nation étrangère et une animosité excessive contre ime autre , font que ceux qui sont sous l'empire de ces sentiments ne voient le danger que d'un côté , et servent à masquer