‹ Watteau; biographie critiqueChapitre 2 sur 9 · PANNEAU DÉCORATIF · texte numérisé non relu

PANNEAU DÉCORATIF

ANTOINE WATTE.AÜ.

des progrès de l’élève qu'il s’était donné ; la vie commune devint insupportable, lis se quittèrent, après s’être fait assez de mal pour éviter jusqu’au nom et au souvenir l'un de l’autre. « Toute la reconnaissance, dit Caylus, que Watteau ait pu témoigner à son maître pendant le reste de sa vie, s’est bornée à un profond silence. Il n’aimait pas même qu’on lui demandât des détails sur leur liaison et leur rupture; car, pour ses ouvrages, il les vantait, et ne laissait point ignorer les obligations qu’il lui avait. » Caractère difficile, inquiet, tourmenté, vite dégoûté des autres, toujours plus ou moins las de lui-même, mais avec une volonté de justice et une instinctive générosité, tel est Watteau.

Disons que le samedi, 28 août 1717, quand, après cinq ans d’attente, Watteau présenta enfin le tableau qui devait lui confirmer le titre de membre de l’Académie de peinture, parmi les signataires du procès-verbal de la séance, au-dessous du nom même de l’artiste, nous lisons celui de son ancien maître Claude Gillot, qui assistait très rarement aux séances et n’y parut ce jour-là que pour donner généreusement son suffrage à un homme que leur ancienne querelle ne l’empêchait pas d’estimer.

Ensortantde chez Gillot, Watteau entra chez Claude Audran, qui avait le titre et la charge de « concierge» (conservateur) du Luxembourg. De la grande famille des Audran, le septième du nom, le troisième du nom de Claude, cet Audran était un habile homme qui continuait dans fart décoratif la tradition italienne de Raphaël en ses loges

ANTOINE WATTEAU

et des maîtres de Fontainebleau ; il était alors le premier décorateur pour les « grotesques ». Il employait Watteau à peindre des figures dans les encadrements de ses panneaux et de ses plafonds. En se livrant à ces travaux, sous la direction d’un homme de goût, celui-ci achevait l’éducation de son propre talent et se préparait à l’indépendance. Il ne se lassait pas d’observer, de dessiner, de peindre les grands arbres du jardin du Luxembourg, et il formait par ces études le paysagiste qu’il révélera dans ses Fêtes galantes. Il ajoutait les leçons de Rubens à celles qu’il demandait à la nature : les tableaux qui composent l’histoire allégorique de Marie de Médicis étaient encore en place dans la galerie pour laquelle ils avaient été peints ; il en copiait des fragments, il se pénétrait de cet art plein de franchise, de verve et de magnificence. La grande querelle des « Poussinistes » et des « Rubensistes », à cette date, était terminée. Félibien était mort en 1695, de Piles allait mourir en 1709 ; Rubens triomphait. Mais Watteau n’avait pas besoin d’être averti par les théoriciens, ni sollicité par la mode : il allait au maître d’Anvers d’instinct, par sympathie de race et de génie. Il ne cherche pas, d’ailleurs, à surprendre un procédé, ses premières œuvres ne laissent pas apercevoir l’influence de Rubens ; c’est peu à peu qu’il fait passer de cette langue puissante dans son propre style ce qui convient à*d’expression de sa pensée.

Désirant dessiner d’après le modèle vivant, il sé fit inscrire au nombre des élèves de l’Académie, alors installée

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