‹ Watteau; biographie critiqueChapitre 5 sur 9 · G 1 L LES · texte numérisé non relu

G 1 L LES

(Musée du Louvre.)

ANTOINE WATTEAU

aux longues moustaches, des Tartares au long bonnet pointu. En dépit du dessin de l’Albertina, il ne semble pas préoccupé de vérité ethnographique, il s’abandonne à sa verve et se contente d’un exotisme de ballet d’opéra. Ces décorations qui eurent leur célébrité ont disparu ; nous ne les connaissons plus que par les gravures de Boucher, de Jeaurat, d’Aubert. Le Chinois, comme le singe, garda pendant tout le xvme siècle son rôle dans la figuration décorative, et Boucher, chargé de faire des modèles de tapisseries pour un salon de Mme de Pompadour, peindra une suite de chinoiseries.

A quelle date doit on placer les chinoiseries de la Muette? Il est invraisemblable qu’elles remontent, comme on l’a soutenu, à l’époque où Watteau travaillait encore chez Audran. Qui se serait avisé dans ce cas de les graver sous le nom de l’élève? Il faut les reculer après la mort de Louis X1Y, dans les premières années de la Bégence.

Jusqu’à la fin de sa vie, et alors même qu’il fut en pleine possession de son talent, Watteau demeura fidèle à la peinture décorative. Un dessin de l’Albertina, esquisse d’un écran, est de sa belle manière. Il est bien difficile de dater avec précision ces œuvres qui ne nous sont plus guère connues que par la gravure : les éléments décoratifs ne sont pas des documents sûrs ; il arrive que des figures qui semblent de la meilleure époque sont alliées à des arabesques qui nous reporteraient à une date bien antérieure (Colombine et Arlequin gravés par Moyreau). Sur

ANTOINE WATTEAU

les panneaux, les dessus de portes, les paravents, les écrans, les tables de clavecin, il peint dans un encadrement de fantaisie les compositions qui lui sont familières, les Cinq sens , les Saisons , les Éléments , des mythologies sans solennité, des pastorales, des scènes de la comédie Italienne. Sous un arbre, à l’ombre d’un bosquet, dans un paysage légèrement indiqué qui s’ouvre, se perd en vagues lointains, il pose un de ces groupes dont il avait, selon Caylus, « un recueil dans un livre relié », Y Enjôleur , le Repos des Pèlerins , Y Escarpolette, la Danse champêtre.

A ces œuvres décoratives il convient de joindre les Saisons qu’il peignit vers 1712 pour la salle à manger du financier Grozat. « Elles sont demi-nature, dit Caylus, et, quoiqu’il les ait exécutées d’après les esquisses de M. de La Fosse, on y voit tant de sécheresse qu’on n’en saurait rien dire de bon. » A cette assertion de Caylus, Concourt répond que des quatre saisons il possède les dessins des figure du Printemps et de Y Automne et que « ces académies sont du dessin le plus accentué et le plus caractérisé de Watteau ». Le groupe du Printemps a de la grâce ; dans Y Automne, la femme à demi renversée qui tend sa coupe, lourde, encore flamande, est bien du maître, mais peut-être La Fosse avait-il en effet dessiné la banale et poncive allégorie de Y Hiver, un vieux modèle, savamment et noblement musclé, qui chauffe ses mains à un feu maigre, tandis que dans son dos des figures ailées soufflent une tempête qu’on voit sortir de leur bouche ouverte.

Cliché Société photographique. Paris.

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