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Caylus, la liaison si curieuse de plus tard. Et, de Malplaquet, lui arrivent tous ces modèles imprévus, ces officiers en chausses bouffantes, tambours en justaucorps, enseig$nes portant des drapeaux, fifres, soldats en petites bottes et en soubrevestes. Watteau, assis sur un tertre, les basques de l’habit touchant l'herbe, à mesure qu'il en vient, les uns à pied, d’autres à cheval, et les plus mal en point dans des voitures, inlassablement les « croque » à grands traits, les note au passage en de grêles et beaux dessins, les uns de crayon et les autres de sanguine. Lentement, lentement, appuyés sur l’épée ou penchés sur la canne, passent les militaires. Voilà les officiers en chapeau galonné et en cocarde noire; voilà les enseignes portant les drapeaux des compagnies ; voilà les ser$ents serrés dans la hongreline à plis et à boutons ; voilà les piquiers et les $renadiers, les mousquetaires au pourpoini tailladé ; voilà les beaux tambours à la livrée du roi bleu turquin avec des carreaux bleus, blancs et rouges ; enfin, tout en arrière des troupes, les foursons et les vivandières. Tels croquetons, « pensées » cursives, silhouettes fines et déhanchées des Figures de différents caractères, montrant, les uns un Soldat agenouillé, un Cavalier galopant l'épée au poins, un Homme embrassant une femme, les autres un Soldat une caisse sur le dos, des Soldats et des catins sous une tente, enfin l’admirable Officier appuyé sur une canne trahissent avec verve et bonheur la sincérité, l’impromptu de ces notations. Et, dans le cours de peu d'années, voilà que ces figurines enlevées d’un trait hardi, ces charmants tambours, ces enseignes, ces fifres, ces sergsents et ces officiers, coquets, musqués, lésers, comme à la pavane et en dentelles, vont prendre place dans l’œuvre militaire du maître. Sirois, Sirois qui fut si enchanté du Départ de troupes, avait demandé à Watteau de lui rapporter un tableau qui pât faire pendant au premier. « C’est, nous dit Gersaint, le second morceau que le sieur Cochin a gravé; il représente une Alte d'armée. » Et le probe Gersaint, en passant, précise: « le tout,
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dit-il, en était d’après nature. » À peine est-il besoin de le dire! D'aussi merveilleux ouvrages que le Camp volant, le Retour de campagne (1), le Détachement faisant alte, le Défilé, gravé depuis par Moyreau, la Recrue allant iondre le régiment ne pouvaient pas être autre chose, dans leur sincérité, que le reflet vivant de la $rande guerre. La revanche de Villars, le coup de clairon, le réveil des vieilles troupes à Denain, trois ans après le retour dans Valenciennes, ne feront qu'accentuer les notations brèves, les croquis rapides, les préparer à devenir de $randes œuvres, belles et hautes, toutes flambantes de vaillance et de faieté.
Une Marche de soldats au Musée de Glassow (une réplique attribuée est au musée de Nantes), le Départ de troupes (le même qui fut peint pour Sirois), chez M. Edmond de Rothschild, les Fatigues et les Délassements de la guerre, venus (de chez Crozat) à l'Ermitage impérial, enfin l’Escorte d’équipages, sortie de la collection Julienne (une Escorte d’équipages a figuré depuis dans la collection Eugène Carrière), ont conservé trop d’entrain, trop de fougue et de mouvement militaires pour n'être point, dans leur réalisme étincelant, le témoignage encore fort et durable de toute une partie de l’œuvre aujourd’hui dispersé du maître.
Peintre militaire, Watteau rompt avec le solennel convenu de Martin et de Van der Meulen ; ses soldats ne sont pas, comme chez ces artistes habiles, qu’au pas et à la parade; ils prennent part à l’action ; on les voit au départ et au repos, au bivouac ou en guerre. Encore que, comme ceux de Casanova ou du Bourgui- $non, ils n'apparaissent point dans le choc du combat, ils font bien voir que la poudre dont ils sont brûlés n’est point toute à la maréchale et que les combats qu'ils livrent, la suerre à laquelle ils prennent part ne sont point —— sous Boufflers, Villars ou M. de
(1) Gravé par C.-N. Cochin, le père.
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Luxembourg — que des combats de théâtre ou qu’une guerre en dentelles. Sébastien Pontaut de Beaulieu peut venir et dessiner avec charme sa suite de la Vie au camp, Charles Parrocel, Le Paon, Lenfant, peuvent paraître et, dans un avenir encore insoupçonné, Louis Watteau, l’un des deux Watteau de Lille, brosser ses petites « ribotes » de grenadiers. Nul, jusqu’à nos Raffet et à nos Charlet, n’aura cette verve et cette saveur, cette ampleur et cette bonhomie, cette candeur et ce charme dans la peinture des guerres.
Ici, comme partout où il a passé, Watteau va bien au delà des autres; son œuvre militaire n’est qu’un épisode dans une œuvre encore plus étendue et encore plus haute ; mais, au regard de ceux qui comprennent — comme aux veux de ce Caylus qui : fut, pour une fois, avisé — se voient déjà, dans ces ouvrages de ses débuts, « de la couleur, de l’harmonie, des têtes fines et pleines d’esprit ».