CHAPITRE II
FIGURE ET CARACTÈRE DE WATTEAU. — LOGIS DIFFÉRENTS. — LES PORTRAITS DES AMIS DU MAÎTRE. — PORTRAITS DE FEMMES EXÉCUTÉS PAR WATTEAU.
[UE OR qui domine la biographie du maître, cette imprécision déconcertante qui a fait dire si justement à Paul Mantz que « la vie de Watteau est plus mystérieuse que celle de Mantegna », n’est pas sans se communiquer, dans les dessins et dans les $ravures, au visage du peintre, et sans lui prêter cette part d’indéfinissable à laquelle vient ajouter encore la poésie du regard, l’ « air tendre et un peu berger » du modèle. Pour moi, s’il me fallait composer le visage d'un Watteau idéal, digne en tous points de son œuvre adorable et varié, j en emprunterais moins les traits aux estampes de son temps qu’à ces autres fisures de chimère dont il a imaginé, dans ses tableaux, un si s$rand nombre. A l’aide de la mélancolie immobile du Gilles, de la résisnation de l’Indifférent, de la lansueur de Mezzetin, de la méditation attentive du jeune homme accoudé dans l’Enseigne, du frémissement du mandoliniste des Charmes de la vie, mais surtout de la beauté pimpante et immatérielle des pèlerins azurés de l’Embarquement, je tracerais à nouveau le visage ardent du plus français de nos maîtres.
Son portrait, son portrait de l'âme, revivrait ainsi à nos regards; et, dans cette chair, toute spiritualisée par le mal du corps et par l'intensité du sentiment lyrique, appa-
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