‹ Watteau et son écoleChapitre 13 sur 60 · PE [RE · texte numérisé non relu

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raîtrait l'expression la plus véritable et la plus poignante de cêtte physionomie où rien ne vivait plus, vers la fin, que les lèvres au beau pli amer et les yeux brûlés par le feu de l'amour.

Modelé à grandes lignes par de précoces chagrins, crispé par ce sourire effrayant dont il illuminait parfois sa figure, pétri de toutes les nuances de la surprise, de l’admiration et de Ia candeur, ce masque étonnant d’un Watteau imaginaire aurait de quoi surprendre ; mais aussi comme il apporterait à notre impatience une révélation! L’homme et l’œuvre, intimement mêlés dans une synthèse imprévue, apparaîtraient ce qu’ils sont réellement l’un à l’autre, et, tandis que tous ces traits mêlés de Gilles, de l’Indifférent, de Mezzetin, des Pèlerins et du Mandoliniste se montreraient dans les détails de ce visage multiple et composé, un Watteau encore plus fantasque, encore plus tendre et encore plus berger se ferait voir à nous, sous ce masque vivant, dans la diversité de l’idéal auquel il obéit toujours.

Quand, le 20 septembre 1719, Nicolas Vieughels écrira, au nom de Watteau, à la Rosalba et transmettra, à la Vénitienne, le désir d'Antoine d’obtenir un petit ouvrage de sa main, il parlera du peintre ainsi que d’un excellent homme. Et, dans cette lettre banale, très humble, au cours de laquelle Watteau, comme M. Dimanche ou M. Josse, fait fisure de bourgeois, il apparaît bien que l’Anversois ne considère pas le $rand homme avec lequel il a l’honneur de vivre autrement que comme un être ordinaire.

Watteau, nous le savons pourtant, n’était pas toujours d’humeur égale ; il eut des différends avec Gillot et avec Pater : «bon mais difficile ami », il était encore, dit Gersaint, qui pourtant fut son compagnon le plus cher, « misanthrope, même critique, malin et mordant »; « né sarcastique », dit Caylus, il « démêlait et rendait à merveille les ridicules de ceux qui venaient l’interrompre » ; il était, ajoute le même, « entier dans ses volontés »

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et Julienne, Jean de Julienne, le confident admirable au-dessus des autres, ne va-t-il pas jusqu’à écrire qu’Antoine se « rendait quelquefois incommode à ses amis » par son « abord froid et embarrassé »:; Sirois, dans sa lettre à M”° Josset, l’accuse « d'humeur noire et possession d’esprit » ; Caylus, ailleurs, rapporte plus d’une de ses boutades. En réponse à tout un sermon de prudence et d’habileté avec lequel le comte essaie un beau jour d’éveiller chez le peintre la défiance de l'avenir, Watteau a un mot terrible et cruel, un mot si saisissant dans son horreur que l'interlocuteur en demeure sans réplique. « Le pis-aller », répond le Flamand, à tant d’édulcorantes paroles au moyen de quoi on s'efforce d’atténuer tout ce qu’a d’un peu vif son indépendance, le pis-aller, n'est-ce pas l'hôpital? On n'y refuse personne. » Et parfois il a des colères, des emportements! La plus petite injustice, le plus petit tort le révoltent ; comme toutes les natures sensibles, il a des indignations $énéreuses. Il faut lire, dans Cavylus, l’alsarade qu'il fit à ce peintre en miniature qui, par importunité, avait tiré de lui, « comme Patelin tire la pièce de drap de M. Guillaume », un tableau délicieux et qui, peu de temps après ce don princier, vint le lui rapporter à corriger sans retard et selon le sens qu'il indiquait. « Watteau, d'un grand sang-froid, prit de l’huile d’aspic et ne le fit pas attendre pour lui rendre sa toile avec le bois d’une netteté charmante. » L'autre voulut se fâcher, « mais, dit Caylus, Watteau lui parla ferme ». Il avait accoutumé de cela souvent et toutes les fois qu’un affront lui venait des drôles et des ignorants. Lors même qu'il avait à souffrir des hommes avec le plus de violence, il ne se faisait pas faute de riposter ardemment. Les saillies et brocards sanglants dont il usera plus tard contre l’empirique Misaubin, contre tous les charlatans qui n’auront pu atténuer son mal, adoucir pour un jour le feu dévorant de la phtisie, en témoignent assez. Pour Misaubin, il le représentera dans le champ d'un cimetière, et pour les autres, son cri s’élèvera jusqu’à

l’imprécation: « Qu'’ay-je fait, leur dira-t-il, qu'ay-je fait, assassins maudits ? » (1).

Tout cela ne va pas sans s'élever contre le caractère bénin, contre la bonhomie de l’excellent homme sous les traits duquel Nicolas Vleugshels présente à la Rosalba un Watteau mesuré, déférent et réfléchi. Vleughels, s’il est vrai qu'il crut, dans sa naïveté un peu grosse, à cette bénignité, à cette bonhomie-là, se trompa fort. Watteau, le peintre d’Apelle et de Campaspe ne s’en rendit jamais bien compte, était par-dessus tout l’homme de son œuvre: ce n'étaient pas seulement ses Arlequins, ses Lélios et ses Léandres qu'il dissimulait par jeu sous le velours d’un masque ou les plis d’un épais manteau zinzolin, c'était luimême aussi. « Cet air doux qui lui était naturel », et que Caylus lui a vu dans ses meilleurs jours, n’était-il pas le voile de ruse et le flottant manteau au moyen desquels il étendait, entre le monde et lui, un obstacle impalpable et comme aérien? Grâce à tout ce qu'avait d’enfageant cet « air doux » il allait, sans que les hommes aperçussent son exaltation, comprissent sa chimère et vissent sa douleur crispée sur son visage ; et il était semblable à ce jeune Indifférent tout vêtu d’azur qu'il a peint d’un merveilleux pinceau, avançant à pas léser sur un beau $azon. Au milieu de ce monde en fête de la Régsence, il passait sans que la corruption montât jusqu’à lui: ses pas touchaient à peine au sol imprégné de toutes les hontes, ses mains élevaient, tout en jouant d’une corde invisible avec un léser diabolo, comme un geste d’adoration et d'hommage, vers ce ciel sans défaut de ses chimères ; mais son fixe, extatique et tout indifférent visage empêchait ceux qui le considéraient dans son jeu et dans sa pavane d’apercevoir, en lui, autre chose qu’un ordinaire et banal passant.

(1) Cette œuvre, d'inspiration toute moliéresque et d’une satire très vive contre les médecins, a été gravée par Caylus et Joullain. Au bas de la planche on peut lire ces vers: Qu’ay-je fait, assassins maudits, Pour m'attirer ainsy votre colère ?

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Il méditait presque toujours ; « le travail assidu l’avait rendu un peu mélancolique », dit Julienne. Et Caylus: « Il était sombre, mélancolique comme le sont tous les atrabilaires, naturellement sobre et incapable d’aucun excès. » « Libertin d’esprit mais sage de mœurs; impatient, timide; discret et réservé avec les inconnus », voilà les traits que Gersaint ajoute à ceux de Caylus et de Julienne. Mais Gersaint dit encore: « il parlait peu mais bien ; il aimait beaucoup la lecture ; c'était l’unique amusement qu'il se procurait dans son loisir. »

Que lisait donc celui-là qui « était libertin d’esprit mais sage de mœurs », qui était « timide et réservé », « misanthrope et même critique »? Mais pas autre chose que des livres qui pouvaient aider à sa perfection et à son art. « Monsieur, écrit-il par exprès à M. de Julienne, je vous fais le retour du grand tome premier de l'écrit de Leonardo de Vincy, et en mesmes temps je vous en fais agréer mes sincères remerciements. Quant aux Lettres en manuscrit de P. Rubens, je les sarderai encore devers moi, si cela ne vous est pas désagréable, en ce que je ne les ai pas encore achevées. » Ajoutons, à tous ces traits, un autre qui achève de le peindre: il aimait beaucoup la musique. Il n’y a pas d'œuvre d’artiste où se fasse voir, plus que dans le sien, une profusion pareille de Concerts, de Leçons de chant, de Joueurs de flûte et de guitare, de Gammes d'amour, de Finettes. Et comme il a peint les attributs de la musique, comme il les a aimés! Et comme la musique convient à ses tableaux, comme elle les embellit, à quel point elle leur ajoute de mesure, de vibration, d'accord ! Mais tout cela sera dit au moment de l’étudier dans ses ouvrages.

Pour l'instant, nous nous efforçons de le revoir ainsi qu'il était, non seulement de caractère et d'âme, mais de corps. « L'homme, écrit à ce propos Goncourt, un portrait vous le dira. Le voilà jeune, pris au vif : un masque inquiet, maigre et nerveux : le sourcil arqué et fébrile, l’œil noir, $rand, remuant, le nez longs

et décharné, la bouche triste, sèche, aiguë de contour, avec des ailes du nez au coin des lèvres, un £$rand pli de chair travaillant la face. Et, de portrait en portrait, comme d’année en année, vous le verrez aller maigrissant et mélancolique, ses longs doigts perdus dans ses amples manchettes; son habit plissé sur sa poitrine osseuse, vieillard à trente ans, les yeux enfoncés, la bouche serrée, le visage anguleux, ne gardant que son beau front respecté des longues boucles d’une perruque à la Louis XIV. »

Mais ce portrait que décrit Goncourt, que Boucher a dessiné (dessin aux trois crayons, au musée Condé, à Chantilly) puis ensuite gravé et qui fut mis, par Julienne, en frontispice au premier livre des Figures de différents caractères, n’est pas l'unique du genre. Il y a encore le médaillon « inspiré à Boucher par la vue d’un portrait de Watteau peint par lui-même qui nous est inconnu » (1); il y a l’estampe où le maître s’est montré occupé à peindre à côté de M. de Julienne jouant du violoncelle ; il y a cette planche 213 du recueil de M. de Julienne, planche à laquelle Mariette donne le titre de Watteau sortant de son lit (2), d’une expression de rire si déchirante, si maladive qu'Edmond de Goncourt l’appelle: « un portrait saisissant, terrible, presque macabre de poitrinaire » ; enfin, qui sait s’il n’y a pas, caché chez quelque amateur insoupçconné, au fond de quelque $renier inconnu, ce portrait dont parle Crozat, portrait perdu depuis. la vente de Lalive de Jully (1770) et que la Rosalba fit de Watteau « quelque temps avant sa mort » (3)?

Les notes de ses amis, ces portraits, ces estampes, tout cela, certes, nous permet de le voir, vivant devant nous, comme s’il

(1) EDMOND DE GONCOURT: Catalogue raisonné.

(2) Le véritable titre est, selon l’exemplaire de la Bibliothèque de l’Arsenal: Portrait de Watteau dessiné par lui-même dans son lict. N° 213 des Figures de différents caractères, gravé par B. Audran.

(3) Lettre de Crozat à la Rosalba (ilaoût 1721). Voir aussi: Diario da Rosalba Carrièra, Venezia, 1793, traduit par Alfred Sencier.

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était là et allait nous parler. Mais quelque soin que nous mettions, il manque encore bien des traits à son caractère et sa fisure.

D'abord il nous faudrait dire son désintéressement. « Il n’aimait point l'argent et n’y était nullement attaché », dit Caylus, et, pour ses tableaux, Gersaint avait toutes les peines du monde à lui faire accepter «un prix raisonnable ». Il allait — nous le savons — jusqu’à donner de ses œuvres non seulement à ses amis, ce qui eût été bien naturel, mais à des $ens de peu de valeur comme le miniaturiste. Caylus, à ce propos, nous conte qu'une fois « un perruquier lui apporta une perruque qui n'avait rien de recommandable mais dont cependant il fut enchanté » ; le candide et naïf $rand maître n’alla-t-il pas jusqu’à abandonner en échange, à cet homme, « deux petits tableaux pendans et peut-être du plus piquant qu’il ait fait ». « J’arrivai peu de temps après la conclusion de cette bonne affaire, dit Caylus. En vérité il en avait du scrupule. I] voulait encore faire un tableau pour le perruquier ! »

À un désintéressement aussi rare il faut joindre un courage, un entêtement au travail que le chagrin, l'isolement et la maladie n'abattirent jamais. Caylus l'accuse d’indolence, de paresse. Mais fut-il indolent, fut-il paresseux l’homme qui, dans une carrière aussi courte que la sienne, trouva le temps et les moyens de réaliser l’un des labeurs les plus considérables de la peinture? « Plus de sept cents planches, écrit M. Gabriel Séailles, ont été $ravées d’après ses dessins et ses tableaux. » Et Gersaint nous affirme que Watteau apportait tant de diligence et de verve à exécuter ses œuvres qu’il ne mit pas plus de huit jours à brosser l’Enseigne, ce chef-d'œuvre. Quelle réponse à M. de Caylus!

Mais, à ce désintéressement et à ce courage, il joignait une modestie rare. Bien qu’il fût reçu à l’Académie royale de peinture et sculpture, « Watteau — écrit Gersaint — ne s’enfla pas de sa nouvelle dignité et du nouveau lustre dont il venait d’être

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décoré : il continua à vouloir vivre dans l’obscurité ; et, loin de se croire du mérite il s’appliqua encore plus à l’étude et devint encore plus mécontent de ce qu'il faisait. » Ce mécontentement était incroyable et passait tout ce qu’on peut imaginer. Jamais peintre ne fut — aussi peu que celui-là — $lorieux de ses chefsd'œuvre. « Moi indigne et qui n’a (sic) aucun talent pour y aspirer à moins d'un miracle... » répondait-il à ceux qui lui attribuaient, plus tard, la qualité de peintre de Mgr le duc d'Orléans (1). « Le pauvre Watteau n’est jamais satisfait de ses tableaux », ajoutait d’autre part Sirois écrivant à M" Josset. « Il était fait — dit Caylus — de manière à se désoûter presque toujours de ce qu'il faisait. » Parfois même, il avait des coups de dépit tels, des doutes si poignants, si vifs, que Gersaint l’a vu « effacer totalement des tableaux achevés qui lui déplaisaient, croyant y apercevoir des défauts ». Ajoutons que nul, plus que lui, ne fut le maître de son art, ne conserva jamais plus parfaite indépendance. « Watteau peint à sa fantaisie et n’aime les sujets commandés » (SIROIS à M° JOSSET). Aïnsi il entend garder son choix, méditer et porter en lui lon$temps son motif, arriver à son heure et à son moment ; rien n’est plus beau, plus louable dans la volonté et dans la maîtrise.

Seule, son inconstance l’ésare ; et, ici, tous sont d’accord. Gersaint, Julienne, Sirois, Caylus ne tarissent point sur ses désoûts subits, sur son indifférence aux autres et à lui-même, sur cette mobilité qui le faisait si malheureux. « Il ne cherchait qu’à voltiser de sujets en sujets, dit Gersaint bonnement: souvent même il commençait une ordonnance et il en était déjà las à moitié de sa perfection. » Si cela se comprend de ses tableaux qui étaient des chefs-d’œuvre de $râce, de lésèreté, de caprice, où il

(1) D’un fragment de lettre inédite de Watteau, publié par M. R. Tatlock dans le Burlington Magazine (avril 1921), reproduit par M. Louis Gillet. Ce dernier ajoute judicieusement: « On apprend (ainsi) que Watteau était peintre du duc d'Orléans, ce qui montre, une fois de plus, qu’il n’a jamais été, comme on l’a dit, un méconnu. »

ne pouvait vraiment trop peser sans alourdir et sâter l'effet, cela se conçoit moins de ses actions.

Sa mélancolie et son désabusement, son isolement et sa maladie commandaient à ces manifestations de son humeur.

Nul plus que lui n’aima le changement dans les logis et dans les personnes. Pour les logis, il en eut de toutes les sortes et, dès qu'il fut à Paris, dans tous les quartiers. Sa versatilité l’empêchait de s’attacher à aucun; il méprisait d’ailleurs complètement l’opulence et se trouvait aussi satisfait dans le $renier de son barbouilleur du pont Notre-Dame ou près du pauvre Vieughels que dans le palais du Luxembourg ou chez le riche Crozat ; mais seulement, comme nous voyons qu Hamlet, devenu dément, allait suivant sa chimère et causant à des ombres, lui, Antoine Watteau, suivait sa fantaisie, sa belle fantaisie azurée, impalpable, illuminée et merveilleuse ; et, ainsi, il allait dans des lieux divers et ne s’attardait point à les contempler. « Autre ne fut sa vie, dit Michelet, un incessant départ, un vouloir, un commencement. » C’est bien cela ; et il faut avec lui, tant il est charmant, tant il est doux et résigné, en revenir toujours à cette vision de son Embarquement, à ces frissonnants et jolis pèlerins de l'amour et de l'idéal qu'il avait conçus à son image et qui de la même manière que lui s’agitent, sans être bien sûrs de l’heure ni bien sûrs du moment, dans un monde mobile et changeant comme l’azur plein de reflets de leur habit de Cythère.

Suivre Watteau de logis en logis, depuis la maïson de ses parents dans Valenciennes jusqu’à celle de Nogent-sur-Marne, dans la Grande Rue, où il vint mourir, c’est refaire, à £rands traits, le pèlerinage ininterrompu que le peintre accomplit en sa vie, le pinceau à la main, sous son manteau frileux et dans ses. dentelles.

Depuis son arrivée à Paris avec le décorateur de l'Opéra, nous l’avons vu demeurer avec Mettayez sur la paroisse des Saints-Pères, avec le barbouilleur sur le pont Notre-Dame, puis,

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Feuille d’études. Dessins aux trois crayons

1 de la ville de Paris. Petit Palais)

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de là, successivement chez Gillot à La Botte royale, près la Butte Saint-Roch, enfin chez Audran au palais du Luxembourg. Ce n’est qu à sa seconde arrivée des Flandres que Watteau, qui rapportait avec lui — pour Sirois — une nouvelle Alte d'armée et l’idée du Camp volant, accepta de loger aux Armes de France, sur le quai Neuf, chez le beau-père de Gersaint. Alors on est en 1711, peu de moments après la mort de Mé$r le Grand Dauphin ; le roi « est en proie à une telle affliction qu'elle attendrirait un rocher » (1). La même année, M. de Cambray a été sacrifié à M. de Meaux; les intrigues abondent ; c’est au tour des Jansénistes de souffrir; Madame critique Messieurs de l’Académie. « Messieur de l’académie, dit-elle dans un français assez boiteux, pour faire leur dictionnaire, estoit demeurés vingt ans sur le Q. » C'est le 22 novembre 1711 que Madame, de Versailles, fait part de cela à ses Allemands. Le lendemain (23 novembre), Sirois, dans un style qui vaut celui de la princesse, informe M”° Josset, libraire à Paris, de tous les tourments que lui vaut son génial locataire. « Cet original qui fait d’abondant de la painture comme Monsieur le Sage fait des Comédies et des Livres avec la différence que Monsieur le Sage est quelquefois content de ses Livres et de ses Comédies et que le pauvre Wateau n’est jamais satisfait de ses tableaux, ce qui ne l’oppose d’être un des roys présens du pinceau. [Il m'a promis de paindre pour moy une Feste de la Foire du Lendit de quoy j'ai advancé cent livres de trois cents convenues. Elle sera son chef d’œufvre s’il y mest la dernière tousche » (2). Mais, cette « dernière tousche », Watteau la mettra-t-il? « Monsieur le Sage lui a trouvé la comande de deux pendens tirés du Diable boiteux à cent trente livres la pièce. Il n'espère qu on les aura. » D'autant qu'il y a aussi un « Monsieur

(1) PRINCESSE PALATINE : Lettres inédites, traduites par À. A. ROLLAND.

(2) Lettre de Sirois à Madame Josset, libraire à Paris, en date du 23 novembre 1711 (Collection Benjamin Filon), lettre passée en vente le 15 juillet 1878. Citée par M. de Fourcaud. Virgile Josz, dans son livre, a eu le soin de la donner avec son orthographe.

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