METRE
et de bien d’autres de ces compositions savoureuses imaginées dans des bosquets et dans des parcs.
« De Rubens à Gillot, écrit Dargenty, quel écart! Et pourtant Watteau est fils des deux. » Dargenty oublie Titien, et, pour plus d’un détail, Véronèse et le Padouan Campagnola. C’est aux uns et aux autres, à Rubens pour la puissance et pour le dessin, à Gillot pour l'humour, aux Vénitiens et au Padouan pour tout un pompeux et discret décor, que Watteau doit d’avoir découvert plus d’un des secrets de son art. Ces « appropriations » insénieuses, inévitables chez tout $rand maître et qui convenaient si bien à la nature du peintre, ont été si admirablement fondues dans l'inspiration, elles ont abouti à quelque chose de si savoureux, de si personnel, de si nouveau que rien n’a subsisté apparemment d’elles, à travers les chefs-d’œuvre de plus tard.
En écrivant, d’une fine pointe, au bas de cette estampe de la Troupe italienne qu'il a gravée en personne, ces mots si conformes à la nature de son talent :
Les habits sont italiens, Les airs français.
Watteau a merveilleusement exprimé lui-même tout ce qu’il y avait à dire sur ces « appropriations », sur ces « influences » dont on le prétendit pour toujours tributaire. Watteau, à force d'esprit, à force de sensibilité, à force de $râce et, disons-le, à force de $énie, a eu le divin pouvoir de s’affranchir ; ni « peintre flamand de l’Académie royale », ainsi que Julienne l'écrit, ni peintre exclusif du théâtre italien, comme beaucoup l’ont pensé, mais peintre français avant et par-dessus tout, voilà ce que fut seulement — dès qu’il devint le maître de sa manière — cet artiste si spécial à son pays et à son temps.