‹ Watteau et son écoleChapitre 27 sur 60 · GES · texte numérisé non relu

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œuvre-là masque un peu l’œuvre dessiné, l’œuvre des croquades, des pochades et des notes, cet œuvre où, comme dans les admirables dessins aux trois crayons du Louvre, Watteau n’est pas toujours qu’un Français affiné, maïs bien souvent, très souvent, il faut le dire aussi, un Flamand appliqué, probe et sérieux, un Flamand du bas et du petit peuple. Ah! Watteau, ce n’est pas, comme le Le Brun des esquisses, le Jean-Baptiste ou le Michel Corneille des lavis au bistre ou à l’encre de Chine, un dessinateur épris de mythologies fades ou compliquées! La mythologie, il en abandonne, à Güillot, toute la bouffonnerie ; et lui, le maître, lui qui du haut de sa balustrade pourrait, s’il voulait, ne voir que les beaux et les $rands seigneurs, il s’émeut de la diversité, du chan- Sement, du geste et du ton des petites $ens qui passent.

On n’a pas assez fait voir cette rusticité d’un nombre important de dessins de Watteau ; on n’a pas montré assez la part d'observation que contiennent ces petites pages finement étudiées, conçues avec une vérité frappante et qui sont de la veine de Callot, des Le Nain, de celle qui donnera, plus tard, à Chardin, tout son œuvre. Tout ce qui plaira, dans l’avenir, au déclin du siècle: certaines des bergeries de Boucher, ces types fixés d’une fine pointe par Augustin de Saint-Aubin, les petits marchands d’œufs et de gâteaux de Moreau le jeune, les minuscules personnages d’Eisen, tels crieurs de café, de ciseaux et couteaux, de vendeurs de verjus dans les rues, de Jeaurat et de Duplessis-Berteaux, auront été introduits par Watteau dans les arts. Ses paysages avec cours d’eau, fabriques et clochers de campagne, telles de ses peintures comme le Savoyard de l’'Ermitase, comme la Fileuse, nombre de dessins du $enre du Rémouleur, du Maraïîcher, du Vieux marchand de fruits (venu de la collection Schwiter), maintes sanguines semblables à la vieille femme à la boîte et au bâton du British Museum, maïs surtout le recueil des Figures de différents caractères sont d’irrécusables témoignages de ces études vivantes auxquelles Watteau, sorti du

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rêve épuré de ses chefs-d’œuvre, revenait toujours — Flamand soucieux de vérité — avec instinct et avec amour.

Et ce ne sont pas seulement de menues scènes de plein air, des répliques de théâtre, des pochades crayonnées de Turcs et de militaires qu’Antoine Watteau note à la balustrade. L’homme appuyé, l'homme accoudé qu’est notre Flamand au [uxembour£g descend souvent dans la rue, il entre dans les maisons, va chez ses amis ; et là, puisque, comme dit Gersaint, « il trouvait plus d'agrément à dessiner qu'à peindre », il continue, avec cet air de nonchalance et d'abandon au moyen de quoi il cachait son labeur, à tracer, d’après nature, de rapides profils, des portraits, des mains, des têtes, un habit, et, souvent, de petits tableaux tout entiers. Ainsi « tous les moments de liberté dont il pouvait jouir, il les employait à dessiner ».

L’admirable sanguine avec rehauts de blanc, aujourd’hui au Louvre, où se voient M'e d'Arsenon, Paccini le chanteur et ce bonhomme à perruque et lorsnon qui n’est autre sans doute que le flûtiste Antoine, montre à quel travail Watteau passait le temps durant les beaux concerts de Crozat. Et les dessins si plaisants, si purs, si saisissants de réalité qui durent, dans des cadres d’intérieurs familiers, précéder les peintures du Chat malade et de l'Occupation selon l’âge, témoignent avec quelle attention soutenue, de quel actif regard Watteau prépara la réalisation de ces deux œuvres.

En un temps où Moncrif $randissait et se disposait à aimer les félins, où Prosper Jolyot de Crébillon vieillissait entouré, chez lui, de toutes sortes de bêtes: chiens aboyant, matous, corbeaux miaulant et croassant, il était bien que Wattéau conçût le Chat malade. J.-E. Liotard nous a laissé une estampe de l'ouvrage: et elle est d’une saveur bien piquante l’attitude de la jeune éplorée attendant du médicastre un remède au mal dont Minet est atteint: jolie œuvre, beau sujet, mais où l’anecdotier, miflamand et mi-vénitien, est tout apparent.

Dans l'Occupation selon l’âge, page d’un recueillement laborieux, d’une active et douce intimité, nous touchons à quelque chose de plus accompli et de plus élevé. Ici, rien de paresseux, rien de frivole: la vieille $rand’mère est attentive à filer, la jeune maman coud, une petite fille, vue de dos, joue avec un chat, un autre enfant se distrait, comme il peut, non loin du bon chien qui dort. Et cette $rand’mère, cette mère, cette fillette, ce ne sont pas du tout des personnages du Watteau lyrique et $alant ; leurs justes, leurs jupes, leurs toquets, leurs mules, tout cela est d’une simplicité roturière ; un jour, on en retrouvera les plis et les façons, le petit tour naïf dans la Mère laborieuse et le Benedicite. Chardin viendra qui ne fera pas mieux.

De telles observations, faites à propos du Watteau rustique et familier, amènent à rechercher si, dans les œuvres non pas plus françaises, mais d’inspiration autre, le maître a continué de « préparer » avant de peindre.

Ici les dessins répondent encore.

Il faudrait ne pas connaître les cartons du Louvre, du British Museum, ceux de Chantilly, de Vienne, de Valenciennes, de l'ancienne collection Heseltine, tout ce que M. de Fourcaud appelle si bien et si justement « l’immense réserve de son art », pour ignorer les études préliminaires, laborieuses, auxquelles se livrait Watteau avant de transporter sur la toile ses compositions.

A la base de tout art élevé, de toutes les réalisations sublimes de la peinture, il y a la conscience, il y a le dessin. Dépouillez les créations les plus idéalistes des maîtres, voire des plus relisieux et des plus grands, de tout l’azur, de tout l’or, de toute la pourpre de la couleur: aussitôt vous verrez la musculature : les os, la chair, le sang apparaîtront, et vous serez stupéfaits de la solidité avec laquelle ces figures divines ont été construites, étudiées dans le détail avant d’être conçues dans l’ensemble.

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A ce point de vue, les cartons de Dürer, ceux de Léonard sont significatifs. Oui, ces maîtres peignaient des anges célestes et de belles madones ; mais voyez leurs notes, feuilletez leurs cahiers. Tel bras, telle expression de visage, telle ligne d’une draperie ou d’un manteau, tels contours d’une figure allésorique ont été empruntés à des êtres vivants; ils existaient dans la nature ; et c'est une femme du peuple, un marin, un soldat ou un portefaix qui en ont fourni les modèles.

Watteau, certes, ne peignit ni des anges ni des déesses. C'était un capricieux qui ne voyait souvent le monde que comme la représentation d’un opéra, tout en figures de nuées et sous un ciel bleu ; mais, quoi que conçüût son imagination, quelque translucide et quelque épurée que devint, sous son pinceau, la comédie lyrique à laquelle il communiquait le frisson ar$enté du rêve, se devinait toujours sous les manteaux aériens et les robes à beaux plis de ses personnages, dissimulé par les petites touches heureuses des couleurs, les minces cassures des étoffes, un souci sévère d’a$fencement et de construction.

De la sorte, il n’y avait aucun de ses tableaux, surtout parmi les plus achevés ou les plus $rands, comme l’Embarquement, les Charmes de la vie, les Comédiens français, l’'Enseigne, qui ne fût « pensé » et travaillé avec soin d’avance. « Quand il lui prenait en gré de faire un tableau, dit Caylus, il avait recours à son recueil. Il y choisissait les figures qui lui en convenaient le mieux pour le moment. Il en formait des $roupes, le plus souvent en conséquence d’un fond de paysage qu'il avait conçu et préparé. Il était rare même qu'il en usât autrement. » Le plus admirable est qu’à mesure qu’il procédait ainsi par détails, par « emprunts » dans son tableau, il recréait, refondait à mesure l’ensemble. D’aucuns eussent pu craindre, en le voyant en user de cette façon, par amalsame d’études diverses combinées entre elles selon son $oût, qu’une certaine raideur, un certain artifice nuisissent à l’inspiration ; mais cela n’advint pas une seule fois

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en son œuvre. Un peintre comme Watteau dispose de « moyens » bien particuliers à son caractère et à sa nature; mais ces « moyens », il en est le maître et il leur commande. Il emprunte à ses recueils, certes ; et ces « emprunts » il les dispose à son gré suivant les compositions ; mais, une fois que celles-ci sont en place, il répand sur les arbres et sur les figures cette sorte de lumière et de magnifique reflet qui fondent tout le tableau, lui donnent l’unité et font que le tout semble impromptu, « enlevé », comme on dit dans les arts.

Tout le secret du génie est là ; et c’est dans le don d’une pareille maîtrise, dans une transfisguration extrême aussi complète et aussi belle qu’apparaît toute la distance qui sépare Watteau de Gillot, Watteau de Pater et Lancret.

L'important dessin d'Etudes de têtes qu’on peut voir au musée municipal de la Ville de Paris, les « trois crayons » du Louvre, ces dessins si gras et si charmants, si pleins de relief que Goncourt les appelle des « dessins peints », sont de toute beauté. C'est en les considérant, en considérant aussi ceux du British Museum que l’on conçoit l’entreprise de Julienne, que l’on partage l'admiration si vive de Gersaint pour le maître. Rien, dans aucune école, en aucun temps, n’a été fait de plus achevé, de plus savoureux dans le dessin ; comme dit Gersaint: « rien n’est au-dessus ».

Ces petites figures crayonnées d'hommes en bicornes, de mimes en cols et en bérets plats, de mutines jeunes femmes à cheveux tignonnés en arrière, à coques pointant par devant, la nuque libre, au manteau flottant, au dos barré d’un grand pli, sont les mêmes que celles des tableaux. Et comme elles vivent, comme elles resardent, comme elles se tournent et sourient ! Ici ce ne sont pas des fantoches ; sous le trait du crayon se devinent les contours, les gorges palpitent, les yeux bougent, les bouches parlent ; ici, tout est fin, tout est léger, mais aussi tout est vrai: la craie a des frissons de lumière, la pierre noire

WATTEAU

Le chat malade (D'après la gravure de J.-E. Liotard)

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d'Italie, en griffant le papier chamois, crée une ombre exquise, veloutée ; la sanguine est vraiment du san$ !

Il n’est pas possible de fixer, mieux que Watteau le fait dans ces pages, sur de fragiles feuillets, d’un doigt plus ému, d’un trait plus exact et plus fort, la vie qui passe. Et pourtant, que d'obstacles matériels, que de difficultés surgissent dans le « métier » même ! « Je ne fais pas ce que je veux, écrit un jour Watteau à M. de Julienne, en ce que la pierre grise et la pierre de sanguine sont fort dures en ce moment. » Et cela trahit quelle douceur, quelle souplesse, quelle infinie, subtile et lésère srâce le maître entendait donner à ses dessins !

Ces dessins, dit M. de Julienne, « sont d’un $oust nouveau, ils ont des grâces tellement attachées à l’esprit de l’auteur qu’on peut avancer qu ils sont inimitables ». En effet, qui donc eût pu songer à imiter jamais ces « sanguines » et ces « trois Crayons » ; qui donc, même avec de la pierre douce et telle que Watteau n’en avait pas lui-même, eût jamais pu communiquer une telle transparence, une fluidité aussi limpide, un si délicat accent à des études et à des croquis ?

C’est que Watteau avait un « secret » que peu de maîtres connurent autant que lui ; il entendait que les dessins eussent de la couleur, fussent « peints », comme Goncourt a dit. Pour cela les trois crayons ne lui étaient pas toujours suffisants ; nous savons, par d’Argenville, que, pour accentuer ou pour atteindre sur le papier, à un relief plus vif, à de plus douces et à de plus fines ombres, il utilisait le pastel, la $Souache, voire des couleurs à l'huile. « Pourvu que cela fît l’effet qu’il souhaitait, dit d’Argéenville, tout lui était bon, excepté la plume. »

Les rares fois que Watteau s’essava dans la fravure, il usa de cette audace qui le portait toujours à dépasser le métier auquel il avait recours. Ses fravures, à l’exemple de ses dessins, sont aussi des $ravures de peintre. Là, dit Goncourt, rien du « joli burinage, de l’aimable petit métier des Thomassin et des Simon-

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neau », mais « une improvisation libre, courante, ingénue, du cuivre sabré, griffé, bâtonné avec une morsure à la diable » (1), en un mot rien de ce qui touche, d’ordinaire, à tout le côté soigné, appliqué, timide à l’excès de ceux qui $ravent.

Peintre, Antoine Watteau disposait dans ses tableaux, non moins que dans ses dessins, d’une diversité d’expression très Srande. Il faudrait, pour dégager un profitable ensei$nement de ses ouvrages, l’étudier avec soin dans sa technique ; maïs, tant qu’une chronologie précise des chefs-d’œuvre de l’artiste ne sera pas établie, il ne sera pas possible d’aborder cette étude avec rigueur. Watteau, de plus, n’est pas comme Chardin, par exemple, limité dans ses vues ; il ne suit pas obstinément le même sillon, toujours. C’est un poète ; il improvise, et il y aurait bien de la présomption à tâcher de rechercher un système |à où ne vivent que le caprice et la fantaisie.

Un point, quant à son « faire », est toujours acquis ; là-dessus tous ses contemporains sont d’accord: il abusait de l’huile £$rasse. «Pour se débarrasser plus promptement d’un ouvrage commencé et qu'il était obligé de finir, dit Gersaint, il mettait beaucoup d'huile grasse à son pinceau afin d’étendre plus facilement sa couleur. » « Watteau, ajoute Caylus, pour accélérer son effet et

(1) GONCOURT: Catalogue raiscnné. M. DE FOURCAUD, par ailleurs, dit très bien: « On écrirait une étude des plus instructives sur les gravures de Watteau. La plupart appartiennent à l’école formée par Gérard Audrar, et leur commune technique se base sur l’emploi essentiel de l’eau-forte, simplement renforcée et accentuée au bon endroit à l’aide du burin. Je nommerai simplement pour mémoire: Benoît Audran, Michel Aubert, Nicolas Cochin, Laurent Cars, Jean Philippe Le Bas, Surugue, Thomassin, Bernard Lépicié, Simonneau, Tardieu, Aveline. » Il faut ajouter Boucher qui s’est fait, dans les recueils des Figures de différents caractères, l'interprète le plus inattendu et le plus parfait des dessins du maitre. Watteau n’a guère gravé, par lui-même, qu’une douzaine de pièces, notamment la Troupe italienne, la Recrue allant ïiondre le régiment, l’Indifférent, etc., les Figures de modes, dessinées et gravées à l’eau forte par Watteau, ont été terminées au burin par Thomassin le fils. Le plus parfait travail touchant l’ensemble de l’œuvre gravé de Watteau a paru récemment sous ce titre: Jean de Jullienne et les graveurs de Watteau au xViNI® siècle, par EMILE DACIER et ALBERT VUAFLART. Tomes parus: T. Il, Historique; T. III, Catalogue: T. IV, Plenches. Paris, Société de l'Histoire de la gravure française, 1923, in-folio.

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son exécution, aimait à peindre à gras. » Ce « faire $ras, pastoso, qu'il a souvent pratiqué avec une superbe sûreté de technique », ainsi que l’a justement remarqué Paul Mantz, a beaucoup aidé à donner à ses œuvres une aisance, un velouté, une allure vive à quoi d’autres n’eussent atteint qu'avec des empâtements et des épaisseurs. Pour ce qui tient aux transparences — et nous savons qu'il y en a de divines dans ses ouvrages — il y parvenait, moins par des fondus de couleurs que par les mélanges savants auxquels il avait recours volontiers. Lorsque Gersaint, parlant du « faire » de son ami, écrit que Watteau « ne cherchait qu’à voltiser de sujets en sujets », il nous donne sans doute à entendre que le maître agissait ainsi moins par caprice que par nécessité. Il ne pouvait, en effet, atteindre à la couleur rêvée qu’en revenant sur les masses et à certains points ; c’est alors qu’il obtenait ces glacis admirables, cette pâte d’une fluidité, d’une limpidité exquise auxquels d’autres n’aboutirent jamais que par artifice et par relief. Caylus confesse qu’ainsi était sa manière: « Watteau, ditil, avait toujours plusieurs ouvrages en train, quittant l’un, reprenant l’autre. » Et encore: « Il était dans son habitude, quand il reprenait un tableau, de le refrotter indifféremment d’huile grasse et de repeindre dessus. » Il est donc bien vrai que Watteau repeigsnait, qu'il slaçait, qu'il en arrivait, par d’habiles superpositions de teintes, à ces savantes ombres, à ces clairs délicieux qui ne cessent de nous confondre.

Il faut dire aussi que, dans les détails et notamment dans ceux des figures, il peignait avec moins de lars$eur que dans les fonds. Ce que d'Argenville dit de ses dessins « estompés avec quelques lavis légers et des coups ressentis » pourrait s’entendre encore de ses tableaux. Goncourt (Catalogue raisonné) n’est pas loin de le penser lorsqu'il écrit, de la Recrue allant iondre le régiment, que c’est une « peinture toute fluide et aisuillée dans une tonalité glaiseuse de petis coups de pinceau spirituels ». Ces coups ressentis, ces petits coups de pinceau spirituels, tout le

Watteau des détails est 1à dans sa finesse, dans sa légèreté incomparable ; et, pour cette légèreté, il faut peut-être s'arrêter un instant à ce que Caylus entend lorsqu'il écrit que Watteau l’acquit à peindre dans sa jeunesse des fleurs, des ornements et des oiseaux sur « ces fonds blancs ou ces fonds dorés sur lesquels Audran faisait exécuter ses ouvrages ». Ne faut-il pas, en effet, pour mener à bien l’exécution de telles peintures, une précaution, une attention, une réserve infinies ?

Ce n’est qu’en « serrant » de très près sa technique, en faisant que rien, dans l’ensemble et dans les détails, n’échappât à sa vigilance que Watteau parvint enfin à posséder cette «touche », cette « vaguezze » remarquées d'Antoine de la Roque et qui sont — avec son entente de la lumière — assurément les raisons suprêmes de sa maîtrise. Pour la lumière, on sait avec quel $énie il en a usé, la fixant, tantôt, comme dans l’Enseigne, à certains points des figures, en revêtant complètement celles-ci comme dans l’Indifférent et la Finette, d’autres fois enfin, ainsi que dans l'Embarquement, dans la plupart des Assemblées ou des Conversations, la distribuant, par rayons d’or et d’argent, par irisations et reflets, à tout un ensemble.

Le danger de telles peintures, d’une fluidité défiant celle des dentelles de Valenciennes à la fois que d’un éclat, d’une variété de coloris à surpasser le reflet des pierres les plus précieuses, le pollen de l’insecte et celui de la fleur, réside tout entier dans cette fragilité due à une technique aussi délicate et aussi fine. L'abus de l'huile $rasse surtout a produit de bien fâcheux résultats. Gersaint n’est pas éloigné de le croire: « il faut avouer, dit-1l, que quelques-uns des tableaux de Watteau périssent par là de jour en jour ; qu’ils ont totalement changé de couleur ou qu'ils deviennent trézalés sans aucune ressource ». Les personnes qui ont vu le Contrat de mariage, du Soane Museum à Londres, ou l'Intérieur de parc du Musée de Lille, ont pu juger à quel point ces petites œuvres pimpantes, fraîches, radieuses encore du

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