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temps de Gersaint, depuis ont poussé au noir. D’autres, tels les tableaux militaires du musée de l’Ermitage, de l’avis de M. de Fourcaud qui les a vus, ont « tiré » au roux. Les meilleurs, les plus exquis des chefs-d’œuvre du maître heureusement ont résisté. Le bel habit d’azur de l’Indifférent, la carnation si chaude de l’Antiope n’ont jamais pâli ; l’'Embarquement a toujours sa splendeur, et M. Alfassa, qui a vu l’Enseigne exposée à Berlin, nous assure que l'harmonie g$énérale en est toujours « d’un gris blond délicieux ».
La fragilité des ouvrages peints de Watteau n’en demeure pas moins acquise. L’enveloppe fluide, la claire surface de tels de ces chefs-d’œuvre sont comme ces fins duvets des fleurs et des fruits délicats de l’automne : le moindre contact, le moindre rayon un peu vif en altèrent l’épiderme. On put voir exposée lons$temps, dans la petite $alerie du château de Sans-Souci, à Potsdam, cette adorable petite œuvre : la Mariée de Village, dont Cochin a laissé la $ravure. Trop ouvertement offerte au soleil, elle ne tarda point à noircir, à se craqueler et à s’abîmer. Le roi Frédéric-Guillaume IV, à qui elle appartint par la suite, « se préoccupa, dit Goncourt, d’en faire revivre les couleurs, mais il n'a jamais trouvé aucun chimiste, aucun restaurateur qui ait osé tenter l’expérience » (1).
Pour avoir moins souffert que la Mariée de Village, les autres Watteau de Berlin — Wattow, comme disent les comptes du palais — n’en ont pas moins été atteints dans leur translucide et radieux éclat. Le Pèlerinage à l'Isle de Cythère lui-même n’y a pas échappé ; et Schulz, le 19 février 1765, a touché je ne sais combien de thalers pour avoir « deployé et remis en état » ce
(1) VIRGILE JOSZ signale pourtant que le tableau la Mariée de Village fut restauré par Frantz Gerhard sous la direction de Pesne. En dernier lieu le professeur Hauser aurait sauvé l’œuvre d’une destruction complète. « Les têtes seules sont intactes; cn les dirait peintes sur émail. »
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chef-d'œuvre. Virgile Josz a bien raison: « Le climat rude du Brandebourg n’est pas favorable aux peintures de Watteau. » Ce qui convient, comme cadre, à de tels ouvrages, d’une ténuité, d’un charme, d’une finesse incomparables, ce sont la lumière, les sites, le ciel même de cette France où Antoine Watteau est venu chercher son secret, où son génie est né, où il a $randi, où il a rayonné dans les arts.