‹ Watteau et son écoleChapitre 30 sur 60 · DORE · texte numérisé non relu

DORE

profusion aussi large de merveilles ; mais là, comme à Versailles, comme à Meudon ou à Saint-Germain, il y a des cabinets de feuïllase, des arcades ornées, de nobles escaliers, des étangs poissonneux, des carrés fleuris, des caisses avec des ifs, et partout, de molles et glissantes pelouses. Au couchant des beaux soirs, quand le soleil décline et répand, sur tous les aspects de la vallée, une chaude et vive lueur, ces arbres bruissants, ces pentes sobres, ces terrasses, ces sources claires, ces massifs émaillés de toutes les fleurs prennent une expression, un irisation singulières ; l’or des rayons, l’argent des saules et des peupliers, les scintillations et les perles de l’eau, les $ammes des plantes, les reflets, les perspectives, les ombres douces et tournantes, tout cela compose la plus exquise harmonie de teintes ; et le soir qui tombe, la vapeur de l’air, l’espèce de petit voile ténu qui enveloppe le tout ajoutent encore au charme et communiquent une sorte de langueur à ces sites. La limpidité des étangs, la transparence des sous-bois, la lésèreté des feuillages diaprés et fins, les pierres, le sol même se fondent en un ensemble heureux ; une brume impalpable se répand alors sur les crêtes et le parc entier ; le château, le bois et la vallée acquièrent une coloration azurée ; le jour s’atténue, la forêt, les marbres et les fonds se tamisent ; l’aspect entier devient féerique. Que de petites nefs, chargées de guitaristes et de joueurs de violes, ajoutent un filet de musique à cet enchantement, que des couples distraits se pressent sur les rives, que la mélancolie du soir se disperse sur les futaies blondes du parc, et, déjà, c’est le décor, ce sont les figures, esquissées à grands traits, de l’'Embarquement.

Un jour viendra où Jean-Jacques Rousseau, excédé de ses retraites de l’Ermitage et de Mont-Louis, recevra, de Monsieur et de Madame de Luxembour£, successeurs de Crozat, l’invitation à se retirer dans ce domaine. Ce sera le temps où « un simple pauvre buisson d’épines, une haie, une grange, un pré », le parfum d’ « une bonne omelette au fenouil » suffiront à donner

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