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l'atelier d’un peintre ; mais il fut entièrement formé par l'étude de la manière de Watteau, les conversations du maître, ses savantes réflexions sur son art ».
Confiant dans un enseignement auquel il demeura beaucoup plus fidèle que Pater, Lancret — et c’est là son honneur — ne cessa toute sa vie de tendre vers la perfection. Jusqu'à la fin -— et même l'hiver — il alla, malgré une santé défaillante, dessiner d’après le modèle à l’Académie. D'autre part « il lui arrivait souvent — et c’est Sovot qui parle — durant une promenade avec ses amis, de quitter ceux-ci et d’aller dessiner tel $roupe ou telle fisure qui lui avait plu ».
Tant d'application, une probité artistique si $rande ne furent pas suffisantes à faire de lui jamais l’égal de son maître. « Habituez vos yeux à regarder la nature », conseillera plus tard, aux jeunes $ens, le bon et austère Chardin. C'était un conseil comme cela que Watteau avait donné à Lancret ; mais Lancret, malgré toute la conscience de son talent, n’avait ni la divination ni le lyrisme du Flamand; quoi qu’il fit pour échapper, comme il le dit lui-même, au « faux » et au « maniéré », il ne put jamais, faute d’élan, de large et $rand coup d’aile, atteindre à ces réalisations magnifiques qui font de Watteau le profond et divin créateur.
Ballot de Sovot, qui n'hésite pas, dans son enthousiasme, à déclarer que son ami Nicolas — dans les fonds notamment — était supérieur à Watteau, réédite, à propos de Lancret, la fable qui avait eu cours à propos de Pater. On se souvient que, .peu de temps avant sa mort, le malade de Nogent aurait avoué à Gersaint que, s’il avait négligé Pater, c'était pour la raison qu'il l’avait redouté. Touchant Lancret, Ballot de Sovot nous raconte quelque chose d’approchant. « M. Lancret, dit-il, exposa à la place Dauphine, certain jour de l’année où il était encore d'usage de le faire, deux tableaux dans la manière de Watteau, qu’on crut de Watteau même, et dont plusieurs de ses amis lui firent
compliment. Ce fut ce que M. Lancret apprit ensuite, et à quoi il ne put qu'attribuer la réception froide que Watteau lui fit peu après. Toute liaison fut rompue, dès ce moment, entre eux; et les choses ont subsisté sur ce pied jusqu'à la mort de Watteau (1). »
Ces insinuations de Ballot de Sovot, toutes dues à l’amitié, ne font point que, de son temps même, Lancret ne fût ramené à sa mesure réelle. Le difficile Mariette l’entendait de cette manière. « C'était — dit-il de Nicolas — un artiste laborieux et qui, toute sa vie, a été employé à peindre des sujets dans le soût de ceux de Watteau ; mais il s’en fallait beaucoup qu'il eût toutes les parties que possédait celui-ci (ABECEDARIO). » Ce n’était en effet ni « la même finesse de pinceau, ni la même délicatesse de dessin » (GERSAINT). « Son dessin (cela est indéniable) est plus lourd, plus rond, plus ramassé (que celui de Watteau) et toujours, écrit Goncourt, avec des extrémités balourdes » (La maison d'un artiste). C’est donc dans ses peintures, beaucoup plus que dans ses sanguines, que dans ses «triturations au crayon noir », qu il convient de chercher le secret de la séduction de ce gracieux peintre. Dans les tonalités mourantes des feuillages, la Samme des vêtements, la molle pâleur des chaïrs, Lancret sait jouer des rayons du jour, étendre des reflets, et dans d’heureuses rencontres, assembler de jolies teintes.
Une œuvre aux doux fonds vaporeux, au sourd paysage bleuté où de blancs corps de femmes se fondent ainsi que dans ses Femmes au bain (Hertford-house) à l’ensemble de l’œuvre : les chaudes irisations, les cassures nacrées des admirables robes enguirlandées de Camargo (Sans-Souci), ou de sa réplique (musée de Nantes) ; le relief si saisissant, la pâte assez duvetée et assez vive des fruits, des fleurs, des mets dans l’ Automne (du
(1) Les peintres, en ce temps-là. exposaient souvent, en plein air, place Dauphine, le jour de la procession de la Fête-Dieu. — Voir BELLIER DE LA CHAVIGNERIE (Revue universelle des Arts, tome XIX); EDMOND PILON: Chardin (Paris, 1909).
NicoLas LANCRET
Le déjeuner de jambon (Musée Condé, Chantilly)
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