C.lii-hé Société |ilioto;;r,ipliiilue, Tans
E.NSEiGNK i>K r.ER SAINT (pai'Ue (Iroile.;
(Collection de rKmpereiir d'Allemagne.)
ANTOINK WATT EAU. 15
naval, des iiiuilMcs dr la|iiss('ri(' ; il brossait des décors, illiislrail des livres, oniail de pciiiliii-cs les meubles, les tables de clavecin, les panneaux, les dessus de portes. U j)eint des tètes de l'an, de Faune^ dieu dea forêts^ sans souci de l'antique, des kermesses de satyres et de nymphes, toute une mytlioloi;ie joyeuse, lâchée, familière, qu'une transition insensible relie aux mascarades de la comédie italienne et aux ballets de lUpéra. 11 s'inspire du Roman comique^ du Don Quichotte, il ne dédaigne pas les scènes du Pont-Neuf, En 1710, il est admis comme agréé par l'Académie royale sur la présentation d'un tableau : la Veillée d'armes de don Quichotte. Dans les toiles où il peint les passions, richesse, jen, amour, guerre, il fait jouer la comédie humaine par des faunes aux pieds fourchus, au nez camus et cassé, qu'il habille drôlement de draperies, de casques, de cuirasses à l'antiqno.
Dans l'ornement, il abandonne le grand style Louis XIV, roide, majestueux, dont J. Bérain qui dessine les décors et les habits pour l'Opéra juscju'à 1711, est un des derniers représentants, il laisse la géométrie des lignes régulières, ce qu'elle a de froid et d'abstrait ; il fait courir des filets légers, courbe et recourbe des rinceaux, anime ses arabesques de feuillages, de singes ou d'oiseaux; au centre, ordonne une petite scène, une pastorale, une ligure allégorique, des amours et des nymphes. Watteau ne fera que porter à sa perfection ce système de décoration qui se pose mobile et légère sur la blancheur des murs.
Nous connaissons surtout de Gillot, ses gravures, ses des-
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sins, ses croquis. S'il i;i"ivo la Vie de Noire Seigneur Jésm-Christ, il ('liitruiinc les tlraperies, agite Jésus et les Apôtres, confond les anges avec les amours, installe des femmes en décolleté aux noces de Cana, et, sans le vouloir, semble traduire le récit évangélique en gestes de comédiens qui brûlent les planches. 11 est bien l'homme des comédiens, il aime le théâtre, il en a le sens et le goût ; ses personnages gardent ce qu'il y a d'excessif, de souligné et d'affecté dans la mimique des acteurs.
Son livre des « Scènes comiques » déroule dans des décors de théâtre des scènes qui semblent empruntées aux pièces du répertoire. Nous voyons là dans leurs ébats les masques de la Commediadeir Arle^ Arlequin, Pierrot, Mezzetin, Colombine, le Docteur, Scaramouche, parfois un seul personnage étudié pourlui-mème, Arlequin soupirant, riant, pleurant. Un dessin du Louvre, un croquis rapide donne assez bien l'idée de sa verve comique : devant une auberge, que signalent son enseigne et son rameau roussi par la poussière et le soleil. Arlequin, le héros de la poltronnerie, est assis sur un tambour, la mandoline à la main ; sa sérénade vient d'être brusquement interrompue ; Pierrot gravement l'admoneste, et à ses côtés, debout^ deux spadassins, l'un llamberge au vent, l'autre la main sur l'épaule du musicien penaud qui rumine, pour échapper, quelque tour de sa façon.
Gillot sans doute a initié son jeune ami à la comédie italienne, à ses types consacrés, à leurs pittoresques costumes. Lors de son arrivée à Paris, il avait suivi les
Cliché Soiiélé |)holoiTni>liir].ie, Pari«
ENSEIGNE DE GERSAiNT (parlie gauchc.) (Collection de l'Empereur d'Allemaj,'nc.)
ANTOlN'i: WATTKAU. l'.t
rcprrsi'iilalioiis t\[ir la Iroiipc (luiuiail à l'Iiùlcl de Huuriiof^no et il avait |ni travailler pour elle. Pciit-(Mro fVil-co lui ([ui coula à \\ alleau comniriil le 12 mai Jli'.lT li- roi avait hrulalcniciil coii^rdir les comédiens italiens. (In leur reprochait l'indécence de leurs pièces, « les saletés » de leur dialoj^ue improvisé, et aussi leur impertinente audace : ne s'étaient-ils pas avisés d'annoncer une pièce sous ce titre : /a Fausse prude^ titre sous lequel le public s'était empressé de reconnaître M"" de Maintenon. Plus tard, — sans doute en ITIO, — quand les Italiens que Paris regrettait furent rappelés par le Régent, Watteau devait peindre cette scène de l'expulsion, sans grand souci, d'ailleurs, de la réalité historique : sur le seuil de l'hôtel de Bourgogne, sous les yeux des gens aux fenêtres qui les suivent du regard, les comédiens en costume s'éloignent dans une confusion de gestes comiques et attendris. N'oublions pas, d'ailleurs, que les costumes de la Commcdia delf Arte n'avaient point disparu, qu'on les revoyait dans les bals et les mascarades, qu'à partir de 1G97 les théâtres de la foire Saint-Germain, de la foire Saint- Laurent reprirent les pièces françaises des comédiens italiens et que le public courut y applaudir, dans des rôles divers, Pierrot et Colombine, Arlequin, le docteur et Scaramouche.
Reconnaissons donc ce (|ue Watteau doit àGillot. u Gest chez lui, dit Gersainl, qu'il se débrouilla totalement. » A ce contact son génie s'éveillait, sa fantaisie se jouait à l'aise dans ce monde de féerie. Il a continué, achevé tout
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ce que Gillot avait commencé : il a combiné les mêmes éléments décoratifs, il a mis en scène les mômes personnages, il a traité les mêmes sujets; mais, ne l'oublions pas, quand il le quitte, il n'a pas fini son apprentissage, il n'a pas arrêté sa technique, c'est dans le commerce des maîtres de Venise et d'Anvers qu'il apprendra de plus en plus ce qu'il a besoin de savoir ; ensuite il peint d'abord des scènes militaires ; enfin et surtout la fantaisie de Gillot dans ses scènes mythologiques est un peu pénible ; quant à ses scènes de théâtre, il les peint sur ses observalions et sur ses souvenirs, en saisissant avec bonheur les gestes vifs, les formes fines d'acteurs qui sont aussi des mimes et parfois même des acrobates. Watteau fréquente peu le théâtre, il lui laisse ses cabotins, il lui emprunte ses costumes et ses types, mais il les fait renaître de sa propre imagination, il les anime d'un sentiment nouveau, et, dans une comédie de rêve, dont il est le merveilleux poète, il met, au lieu de gambades et de gaudrioles, avec l'âme du printemps, quelque chose d'universel et d'humain.
L'amitié de Gillot tira Watteau du cercle des pauvres diables avec lesquels il avait vécu jusque-là : lié avec Lamotte-Houdart, dont il avait illustré les fables, Gillot fréquentait la nouvelle école littéraire dont Fontenelle était le chef. Par malheur, le maître et l'élève avaient une ressemblance de caractère et d'humeur qui, après les avoir rapprochés, les sépara pour jamais. Tous deux étaient ombrageux, susceptibles, Gillot jaloux peut-être
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(les progrès do l'élève qu'il s'était donné ; la vie commune devint insupportable. Ils se quittèrenl, aprrs s'être l'ail assez de mal poiu- éviter jusqu'au nom cl au souvenir l'un de l'autre. « Toute la reconnaissance, dit Caylus, que Watteau ait pu témoigner à son maître pendant le reste de sa vie, s'est bornée <"i un j)rul'ond silence. 11 n'aimait pas même qu'on lui demandât des détails sur b'iir liaison et leur rupture ; car, pour ses ouvrages, il les vantait, et ne laissait point ignorer les obligations qu'il lui avait. » Caractère diflicile, inquiet, tourmenté, vite dégoûté des autres, toujours plus ou moins las de lui-même, mais avec une volonté de justice et une instinctive générosité, tel est Watteau.
Disons que le samedi, '2S août 1717, quand, après cinq ans d'attente, AVatteau présenta enlin le tableau qui devait lui confirmer le titre de membre de l'Académie de peinture, parmi les signataires du procès-verbal de la séance, au-dessous du nom môme de l'artiste, nous lisons celui de son ancien maître Claude Gillot, qui assistait très rarement aux séances et n'y parut ce jour-là que pour donner généreusement son suffrage à un homme que leur ancienne querelle ne l'empêchait pas d'estimer.
Ensortantde chez Gillot, Watteau entra chez Claude Audran, qui avait le titre et la charge de « concierge » (conservateur) du Luxembourg. De la grande famille des Audrau, le septième du nom, le troisième du nom de Clautle, cet Audran était un habile homme qui continuait dans l'art décoratil" la tradition italienne de Uaphaël eu ses loges
et des maîtres de Fontainebleau ; il était alors le premier décorateur pour les « grotesques ». Il employait Watlcau à peindre des ligures dans les encadrements de ses panneaux et de ses plafonds. En se livrant à ces travaux, sous la direction d'un nomme de goût, celui-ci achevait l'éducation de son propre talent et se préparait à l'indépendance. Il ne se lassait pas d'observer, de dessiner, de peindre les grands arbres du jardin du Luxembourg, et il formait par ces études le paysagiste qu'il révélera dans ses Fêtes galantes. Il ajoutait les leçons de Rubens à celles qu'il demandait à la nature : les tableaux qui composent l'histoire allégorique de Marie de Médicis étaient encore en place dans la galerie pour laquelle ils avaient été peints ; il en copiait des fragments, il se pénétrait de cet art plein de franchise, de verve et de magnificence. La grande querelle des « Poussinistes » et des « Rubensistes », à cette date, était terminée. Félibien était mort en 1695, de Piles allait mourir en 4709 ; Rubens triomphait. Mais Watteau n'avait pas besoin d'être averti par les théoriciens, ni sollicité par la mode : il allait au maître d'Anvers d'instinct, par sympathie de race et de génie. Il ne cherche pas, d'ailleurs, à surprendre un procédé, ses premières œuvres ne laissent pas apercevoir l'influence de Rubens ; c'est peu à peu qu'il fait passer de cette langue puissante dans son propre style ce qui convient à l'expression de sa pensée.
Désirant dessiner d'après le modèle vivant, il se fit inscrire au nombre des élèves de l'Académie, alors installée
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au I.ouvre. Le 0 avril ITOU, pour la première fois, le rédacleur des procès-verbaux met son nom sur le ref^istrc • les élèves présents. Le voyajie en llali<' le lenlail ; il concourut pour le prix de liume, il lui 1 lui des cinq candidats admis eu lo^e ; mais, le 21 avril, il Noxail le pri\ donné à un certain Antoine Grisou, dont nous ne savons rien de plus. Classé le second, il n'obtenait qu'une nn'daille d'or. Le sujet du concours était : h David promet à Abigaïl de pardonner à son époux » ; les juges étaient Coysevox, Girardon, Jouvenet, La Fosse.
Watteau ne pouvait continuer à travailler sous les ordres et au profit d'un maître ; il résolut de se séparer d'Audran. Il prétexta le désir de revoir sa patrie, ses parents. 11 avait peint un petit tableau qui représentait un départ de troupes : il le vendit pour soixante livres à Sirois, le beau-père de Gersaint, et il partit pour Valenciennes, avec la commande d'un nouveau tableau, — une balte de soldats, — qui devait faire pendant au premier et lui être payé deux cents livres.
11 ne demeura pas longtemps tians sa ville natab>. « Le caractère inconstant de Watteau, dit Gersaint, joint au peu d'émulation ([u'il trouvait à Valenciennes, où il n'avait rien devant les yeux qui fût capable de l'animer et de l'instruire, le déterminèrent à revenir à Paris : >a réputation commençait à s'y établir. »> La vie de Watteau se résume désormais dans le formidable labeur qui la remplit tout entière. Songe/ qu'il a près de vingt-cinq ans, lorsque, maître de son talent, il compose ses petits
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tableaux militaires, cl qu'à trente-sept ans, il est mort; prenez son œuvre gravée, comptez ses dessins et ses tableaux. Ce que Gaylus, avec ses préjugés académiques, appelle « sa paresse et son indolence », n'était que la verve d'un génie très prompt, toujours mécontent de l'œuvre faite, impatient de l'œuvre qu'il rôvail.
Quelques amateurs éclairés s'étaient attachés à lui : Caylus, l'abbé de la Roque, Gersaint, Julienne, qui l'aima d'une amitié indulgente et fidèle. Ils le mirent en relation avec Crozat, le fils du grand financier, dont la collection était célèbre et méritait de lètre. Crozat possédait au coin de la rue Richelieu et des boulevards un hôtel tenant à de vastes jardins : il y avait accumulé des merveilles : dixneuf mille dessins de maîtres, — deux cent vingt-neuf de Rubens, cent trois du Titien, cent vingt-neuf de Van Dyck, cent six de Véronèse ; — quatre cents tableaux, parmi lesquels de très belles œuvres de l'Ecole de Venise et d'Anvers. Watteau peignit pour la salle à manger du riche amateur des figures décoratives, les Quatre saisons. Il rencontrait dans la maison le monde des artistes et des connaisseurs ; on y discutait sur les arls, on y faisait d'excellente musique ; la belle villa de Montmorency, dont les jardins avaient été dessinés par Lebrun, lui fournissait l'occasion de poursuivre les études commencées dans le jardin du Luxembourg, de peindre les ombrages du parc, dont il nous a gardé l'image dans la Perspective gravée par Crespy. Mais ce qui surtout l'attirait chez Crozat, celait le commerce des maîtres ; au premier rang
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(les nuiili'c's (I Anvers l'I de \ fnise vers lesquels le por- Uiieut les aflinités do son propre génie. Pour pénétrer les secrets de ii-ur l;in|;,;i^(', il s'amusait parlois à iniiliT leur style {Jupiter rt Aatiope^ du Louvre , mais ces pastiches n'étaient que dos éludes destinées à enrichir, à assouplir sa lanj^ue pittoresque, qui, née do sa sensibilité, de sa nature un peu Iréniissante, fondait les procédés des deux écoles dans un procédé qui les Iransforme et qui n'est ({u'à lui.
En 1712, il exposait à l'Académie royale quelques tableaux, dont nous ignorons les sujets, et, sur l'instante recommandation du vieux peintre de La Fosse, que sans doute il avait connu chez Crozat, il était aussitôt n agréé ». Il attendit cinq ans avant de présenter son « chef d'o-Hivre )), \ Embarquement pour Cythhre^ et ne fut ilélinitivement reçu qu'en août 1717.
Caylus dit que La Fosse ne le connaissait que par ses ouvrages ; le récit de Gersaint semble tenir de la légende. « La laçon singulière, dit-il, avec laquelle il fut reçu à l'Académie royale de peinture et do sculpture estfort honorable ; il eut quelque envie d'aller à Rome pouryétudierd'aprèsles grands maîtres, surtout d'après les Vénitiens dont il aimait beaucoup les coloris et la composition. Il n'était point en état de faire sans secours ce voyage ; c'est pourquoi il voulut solliciter la pension du roi. » Il fait exposer ses tableaux dans la salle par oi!i passent les membres de l'Académie : de La Fosse s'étonne, admire, s'informe de leur auteur. « On lui répondit que c'était l'ouvrage d'un jeune liunime
qui venait siip])lior ces Messieurs do vouloir bien intercéder pour lui, alin de lui faire obtenir la pension du roi, pour aller étudier en Italie. M. de La Fosse, surpris, ordonne qu'on fasse entrer ce jeune homme. Watteau paraît ; sa ligure n'est point imposante ; il explique modestement le sujet de sa démarche... « Mon ami, lui répond avec douceur M. de La Fosse, vous ignorez vos talents et vous vous méfiez de vos forces ; croyez-moi, vous en savez plus que nous, nous vous trouvons capable d'honorer notre Académie ; faites les démarches nécessaires, nous vous regardons comme un des noires. » Il se retira, fit ses visites et fut agréé aussitôt. » Ce petit discours n'a rien d'académique. Il est facile de voir que deux événements distincts — le concours pour le prix de Rome et la présentation à l'Académie — se mêlent dans la mémoire de Gersaint, et il est impossible que La F'osse ait tenu le propos qu'il lui prête. Le ton de Gaylus dans sa notice montre assez de quelle hauteur « les peintres d'histoire », les fabricants de héros regardaient le petit maître des fêtes galantes.
En 1716, à la mort du peintre de La Fosse, Crozat le pria de venir habiter chez lui. Watteau fut séduit par l'idée de vivre dans ce musée d'œuvres admirables, sans souci matériel, tout au travail, il accepta. Mais il ne tarda pas à trouver que cette hospitalité lui coûtait trop cher. Avec le goût inné des élégances, la sensualité délicate qui se prend aux belles formes, aux belles couleurs, il avait un besoin de solitude et de rêverie; il s'impa-
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ticntail «le la pirsonce dos toniuiisseiirs ri des imporliins, dont lo temps se passe à parler de ce (|iie les antres l'uni, dont ir Itavardagc cl l'oprit riiftlaicnl eu i'dilc les apparitions lé<;ères qui traversaient sa fantaisie. Cette vie sans cesse violée par la cnriosité des beaux esprits lui d('\iiil insupportable ; les sentiments s'exaspéraient vite dans cette àme inquiète. « L'amour de la liberté et de l'indépendance, dit (icrsaint, le fit sortir de chez M. Crozat ; il voulut vivre à sa fantaisie et même obscurément ; il se retira chez mon jjeau-père dans un petit lop'ment et défendit absolument «le découvrir sa demeure à ceux qui la demanderaient. »>
il ne paraît pas être resté longtemps chez Sirois ; à la lin de 1718 ou au commencement de 1719, il se retira en haut du faubourg Saint-Victor, presque uniquement composé alors de cloîtres et de jardins ; il y habitait i< sur les fossés de la Doctrine Chrétienne » une maison « du neveu de M. Lebrun », avec un certain Vleughels, peintre d'origine llamande comme lui, qui plus tard devint directeur de l'Ecole française à Rome. En septembre 1719, ils étaient encore ensemble, car, le 20 de ce mois, Vleughels écrit à la célèbre pastelliste vénitienne, Rosalba Carriéra, « qu'un excellent homme, son ami M. Watteau, avec lequel il habite, serait heureux de faire sa connaissance et d'obtenir une œuvre d'elle en échange d'un de ses tableaux, car il ne la pourrait payer autrement ».
Tous ses amis s'accordent à parler de son inconstance, de l'humeur malheureuse <jui le rendait uit'ctjnlent de
lui-même et dos autres. Il no jouissait pas du succès, il méprisait l'arj^enl, il se refusai t à toute prévoyance : il fuyait les hommes, il évitait jusqu'à ses amis, l.a lièvre de son pauvre corps, miné déjà par la maladie, le livrait à une sorte d'irritation dont il pouvait de moins en moins se défendre. Une inquiétude, un secret malaise lui rendaient importun tout logement et le poussait à en changer sans cesse; à ce prompt dégoût de toutes choses il mêlait la mobilité, l'ardeur à faire de nouveaux projets, les soudaines espérances, les velléités capricieuses qui soutiennent jusqu'au dernier jour ceux qui meurent du mal dont il soutirait. Il se conhait volontiers à des inconnus, se laissait duper par eux. Quelque ami de rencontre lui parla de l'Angleterre, des succès qui ly attendaient ; il se laissa tenter à ce projet, obéissant à son instabilité maladive, voulant consulter peutêtre un médecin célèbre, le D' Mead, et il partit pour Londres (1720). Il y travailla, il y réussit, mais, dépaysé chez ce peuple dont il ignorait la langue, rendu plus malade par le climat brumeux et le brouillard, il ne tarda pas à revenir à Paris. Il était rentré le 21 août 4720, car à cette date nous lisons dans le journal de Rosalba Carriéra qu'elle s'est rencontrée avec le peintre Watteau, et, quelques mois plus tard, le 11 février 1721, elle nous di|; qu'elle a commencé, d'après lui, un portrait au pastel que lui avait commandé le financier Crozat.
A son retour, il demanda asile à son ami Gersaint. C'est alors que «. pour se dégourdir les doigts, il peignit
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en liiiil jiuii'-^, ciKorr Mt> (i'a\ aill;iil-il <|ii(' Ir iiiMliii ', l.iiii sa laiblossc <''lail ^rainlc, la l'anieiis»' Enscit/nc de Gersaint, qui nirlc si cMiricusciiKMjl le rralisDic de cotlo houliqiie «le marchand île lal)leaiix, <n"i (!(■> oiivrici-s en bras de chemise emballent un tableau daii> une tai>>r, à l'élé^^ance pimpante ^\o>^ belles dames l'éiinies pour aduiin-r les peiulures exposées, dont la maîtrise du peiulre l'ait à cette scène un cadre harm<»uieu\.
« On sait, «lit Gersainl, la réussite (juCut ce morceau : le tout était fait d'apr«ïs natun;; les attitudes en étaient si vraies et si aisées, l'ordonnance si naturelle, les groupes si bien euteudus (juil attirait les yeux At'< j)assants; et même les pln< habiles peintres vinrent à [)lusieurs fois pour laduiirer. C'est le seul ouvrage qui ail nn peu aiguisé son auiour-proj>re: il ne lit point difliculté de me l'avouer. M. tie Julienne le possède actuellement dans son cabinet. - Pour peindre cette enseigne, dont les dimensions dépassent celles de ses œuvres ordinaires, Watleau modilic sa manière ; il la fait \A\\<simple et plus large; il garde s(jn art île l'aire jouer uu vêtement sur un corps de femme, de rendre le chatoiement des l'toll'es, mais il ne multi|die pas les plis et les cassures; il iiidiqui' dune main libre les grandes lignes^ et, en (|uidi|ues louches justes el hai'dies, il i'i'>nim; ce qu'il didaille ailleurs, il l'ait sentir, comme par un frottis de fusain, h's ji'ux de la lumière et de l'ombre. Kn rendant avec esprit le style des maîtres, dont les u'uvres couvrent les murs de la bouti(nu\ il accorde ces
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éléments divers dans une harmonie d'un gris argentin.
La fameuse enseigne est aujourd'hui entre les mains de l'empereur d'Allemagne ; comme on peut s'en assurer par la gravure d'Aveline et par la copie de Patei\ on a diminué le panneau dun pied dans le haut et on l'a scié en deux moitiés. On ne sait pas exactement à quelle époque on a jugé bon de se livrer à cette mutilation, mais il semble bien que Y Enseigne de Gersaint était déjà dans cet état, quand elle fut acquise de Julienne par Frédéric II. 11 est vraiment singulier de penser que notre musée national ne posséderait qu'un seul tableau de Watteau, l'esquisse de V Embarquement pour Cythère, si un amateur intelligent, Lacaze, n'avait légué au Louvre sa collection qui contient quelques œuvres du maître. Encore reste-t-il vrai qu'il faut aller en Allemagne pour trouver à Berlin, à Dresde, les chefs-d'œuvre nécessaires à la pleine intelligence de ce génie qui, en dépit de ses origines flamandes, si complaisamment relevées par les critiques d'outre- Rhin, reste le type achevé de la grâce française.
Cependant le mal de Watteau s'aggravait. Il avait quitté Gersaint, changé une fois encore de domicile sans réussir à se satisfaire. Il pensa qu'il serait mieux à la campagne et fut pris d'un désir maladif de s'y rendre sans retard. Sur les instances d'un de ses amis, l'abbé Haranger, Le Fèvre, intendant des menus, consentit à lui prêter sa maison deNogent, auprès de Vincennes. Il s'y transporta, mais ne lit plus désormais que languir. Il formait des projets, il voulait partir pour Valcnciennes, il espérait se
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iMJcuiiir ;iu souvniir de sa jciiiicsso, rclroiiviT dans l'air natal sinon la sanlô, ilu moins la force «le travailler encore. Dans ses derniers jours, il peip^nit pour le eurr de Xogenl un Christ en croix qui est perdu. « Si ce morceau, dit Caylus, n'a pas la noblesse et réléi^ance qu'un tel sujet exige, il a du moins l'expression de douleur cl de souffrance qu'éprouvait le mahule qui le peignait. ■> h'Aigi'nville raconte que, comme le bon curé de Nogent, l'exhortant à la mort, lui présentait un crucifix grossier, il s'écria : « Otez-moi ce crucilix, il me fait pitié; est-il possible qu'on ait si mal accommodé mon maître. » Il mourut dans les bras de son ami (iersaint, le 11» juillet 1721.
Son dernier acte est un acte de générosité qui montre ce que cachait de bonté sa misanthropie ombrageuse, symptôme moral d'une irritation maladive. Le sculpteur valenciennois, Antoine Pater, dont il a laissé un beau portrait, lui avait adressé son lils, quand celui-ci vint à Paris, comme il avait fait lui-même autrefois, pour achever son éducation artistique. Trop impatient pour se prêter à la faiblesse et à l'avancement d'un élève, un peu jaloux. de son propre aveu, de la facilité et des progrès de son jeune compatriote, poussé plus encore sans doute par l'espèce d'inquiétude qui lui rendait vite les gens insuj)portables, il eut la dureté de le renvoyer. Dans le recueillement des derniers jours, ce souvenir lui devint douloureux; pris de remords, il voulut racheter cette méchante action, il appela Pater auprès de lui, le lit travailler sous ses yeux, lui prodigua les conseils, mettant dans ses
eiilretiens suprêmes, riicritage de son expérience et de ses réflexions sur l'art de peindre. « Il me pria, dit Gersaint, de le faire venir à Nogent, pour réparer en quelque sorte le tort qu'il lui avait fait en le négligeant, et pour (juil pût du moins profiter des instructions qu'il était encore en état de lui donner. 11 le lit travailler devant lui et lui abandonna les derniers jours de sa vie... Pater m'a avoué depuis qu'il devait tout ce qu'il savait à ce peu de temps qu'il avait mis à profit. » Cette œuvre de réparation s'accompagnait en Watteau des grandes pensées qui s'éveillent à cette heure en toutes les âmes. Le culte de son imagination n'a rien de chrétien : le monde qu'il a rôvé a ses dieux, formes aériennes, nées du sourire d'Aphrodite ; mais sa peinture n'était que le jeu de sa fantaisie, il ne se piquait pas de philosophie, il n'était point esprit fort, et il allait, le dimanche, entendre la messe de dix heures à Saint-Germain-l'Auxerrois. Il consacra ce qui lui restait de force à peindre pour le curé de Nogent, qui l'assistait, un Christ en croix, et il mourut, comme mouraient alors les honnêtes gens, chrétiennement.
Si peu que nous sachions de la vie de Watteau, c'est assez pour en pressentir la suite et les principaux épisodes ; ses œuvres en restent les grands événements, c'est à nous de les entendre, de les rattacher à l'esprit qui les conçut. Sur son caractère inquiet et changeant, sur sa misanthropie, sur son sens très éveillé du ridicule, tous ses amis sont d'accord. Gersaint écrit : « Il était de taille
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moyoïiiit', cld iiih' la il) le cnii^liliilion ; il avait le caraclrn' iii(|uit't et cluingeanl ; il riait rutirr dans ses volontés, lihcrlin d'esprit, mais sage de mœurs; impatient, timide, <rini abord froid cl embarrassé ; discret et réservé avec les inconnus ; bon, mais dillicilc ami ; misanthrope, même critique, malin et mordant, toujours mécontent d"- luimême et des autres et pardonnant difficilement ; il aimai l beaucoup la lecture, c'était l'unique amusement qu'il se procurait dans son loisir. » Julienne, qui devait faire graver ses dessins avec tant de zèle à servir sa gloire, résume ces jugements dans cette phrase qui finit sur un trait d'une indulgence charmante : < 11 avait l'esprit vif et pénétrant et les sentiments élevés, il parlait peu mais bien et écrivait de même, il méditait presque toujours, grand admirateur de la nature et de tous ceux qui l'ont copiée; le travail assidu l'avait rendu un peu mélancolique, d'un abord froid et embarrassé, ce qui le rendait quelquefois incommode à ses amis et souvent à lui-même ; il n avait point d'autre défaut. »
Les œuvres de Walleau. - Le peintre décorateur. — Les Singeries de Chantilly. — Les Chinoiseries du château de la Muette. — Les Saisons de (Irozat. — Le peintre militaire. — Scènes rustiques. — Études de Nu. — Venise et Anvers. — Watteau maître de sou talent.
Les vrais cvcnemcnts tic la vie «le Watteau sont ses œuvres ; cet homme délicat, de santé chétive, dédaigneux du succès, a vécu dans une fièvre de travail; plus de sept cents planches ont été gravées d'après ses dessins et ses tableaux.
Au sortir du pont Notre-Dame, il avait fait en collaborant avec Gillot, puis avec Audran, un long et sérieux apprentissage de peintre décorateur. Durant les dernières années du règne de Louis XIV et sous la Régence, Audran est le maître qui orne les panneaux des hôtels et des châteaux, il y sème des guirlandes de fleurs, il y fait courir des rinceaux légers qui encadrent une scène le plus souvent en camaïeu. « Il fut, <lit Mariette, le premier décorateur pour les grotesques ; on en peut juger par plusieurs de ses ouvrages qui sont répandus dans dilTérents endroits, particulièrement dans le château de Meudon, dans celui d'Anet, dans la ménagerie de Versailles et dans le château de la Muette, oii il a fait des choses dignes d'admiration, plus belles et ingénieuses que tout ce qui s'était vu en France dans ce genre singu-
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lior. ■) Le n'-cit dt' (îcrsaiiil iumi». nioiitrc If cms (|u Ainlraii faisait dr sou jciiiic cnllaltoralt'iir : <|iiaii(l (('lin-ci lui UKUilra la j)renii<"'ri' sci'iio uiililain' (ju'il avait peinte, Audruii, assez Ijuu juge pour eu apprécier le mérite, mais craignant de ne pas retenir le précieux auxiliaire auijurd il conliait l'ordonnance et la composition même des décorations qu'il avait à exécuter, lui conseilla de ne pas perdre son temps à ces œuvres île fantaisie i|u! lui gâteraient le goût. Watteau ne fut i»as (lu[)e el partit pour Valenciennes
Maître de lui-même, il ne renonça pas à la peinture décorative et jamais il ne cessa tout à fait d'orner de sct»nes encadrées d'arabesques des panneaux, des écrans, des paravents. La plupart de ses œuvres en ce genre ont disparu : les variations de la mode ont fait effacer des œuvres qui n'étaient plus au goût du jour, les hôtels ruinés, démolis, ont emporté le reste.
Les peintres flamands de la seconde muitiédu xvii' siècle, Téniers entre autres, s'étaient plu à habiller les singes, à les montrer dans toutes les attitudes, dans toutes les occupations humaines : la gravure avait popularisé ces tableaux. Au commencement du xvin" siècle, avec les oiseaux exotiques au brillant plumage, paons, perroquets, faisans, le singe aux souples mouvements est devenu l'animal décoratif par excellence. Des chambres entières furent couvertes de « singeries ■>. Le château de Chantilly nous montre encore deux salles ainsi décorées, « la grande singerie » et " la petite singe-
rio >K A qui faul-il allribuer les « singeries » de Cluintilly ? La solution de ce pelit problème d'histoire de l'art nous montre avec quelle prudence et sous quelles réserves il convient de se prononcer dans ces attributions incertaines. La tentation était grande de donner à Watteau une œuvre qui pouvait être de lui, qui prenait par là l'intérêt d'un précieux témoignage, Edmond de Concourt n'y résista pas. La décoration, dans cette hypothèse, aurait été commandée sans doute par le duc de Bourbon qui, de 1718 à 1721, étant premier ministre, lit faire de grands travaux au château. Mais voici qu'un érudit allemand, U. Dohme, — qui, avec beaucoup de science et aussi de tact artistique, s'est attaché à classer les œuvres de Watteau et à retrouver leur ordre chronologique, — a fait une découverte très simple, qui semble trancher le problème. Les costumes, dont sont revêtus les singes, nous reportent par leur coupe aux premières années du xvni^ siècle, tout près de 1700. Les peintures de Chantilly ont donc dû être exécutées à cette époque et par le maître qui était capable à cette époque de les exécuter, par Gillot. Un partisan de Watteau pourrait insinuer qu'il était chez Gillot vers 1705, qu'il a pu, par suite, collaborer aux fameuses singeries.
En dépit de l'argument de Dohme sur la mode de 1700, les singeries de Chantilly ne sont pas de Gillot, elles ne sont pas de Watteau, et leur date doit être reculée jusqu aux environs de 1740. Elles sont d'un peintre, dont nous savons bien peu de chose, Christophe Huet, dontDargen-
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ville écrit : " (]lirisl(t|»li(' lliirt ;i jM'iul avec succî'S des Chinois cl (les ai'abcs(|iics ; il r-l iiiml m IT"I!I. ■< \ la date de ITti on trouve dans les iivics dr ci)nii»lrs tir la maison de Condé « un nicnioire réglé à M. linct, peintre, sur la succession de M ' de (llcrmont ». i'ist-ce à dire (pu- Watteau soit cnlièrcnu'ul élranger à celte décoration ? H était mort à la date où elle lut peinte, il est vrai, mais il y est présent parce (ju'il l'inspire, ('elle iniilation même, évidente, incontestable, est la preuve (|ue la date de l'œuvre doit être reculée bien au d( là de 1700 et (|ue lœuvre elle-même n'est |>as de Walleau, mais d'un artiste «jui la étudié el (|ui le copie. Dans les chinoiseries Au château de la Muette, Walleau avait peint une fantaisiste adoration de la déesse Ki-Mao-Saô : de chaque coté de la déesse, assise sur je ne sais quel tronc d'arbre noueux qui prend des formes de nuage et la soulève, deux lidèles à genoux, un Chinois, les moustaches pendantes, les mains en avant, un Tai'lare. la tète inclinée, retenant des deux mains son long bonnet pointu. Or, dans la « grande singerie », sur le panneau à droite de la porte, vous pouvez voir très exactement reproduite la scène comique qu'avait peinte Walleau, avec cette seule dillérence (}ue, si la déesse reste une aimable Parisienne, ses adorateurs sont des singes, dont I un en l'rac rouge retient d'ailleurs du même geste son long bonnet pointu, .le ronclus que les «< singeries » de Chantilly ne sont ni de Watteau, ni de Gillot, qu'il est juste cependant d'associer à cette o-uvre le nom du muilri' (jiii rins[)ira, enlin. (|n'ayaiit ('tt' imitées
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(les chinoiseries de la Mueltc, elles peuvent être à juste titre attribuées à Christophe Huet dont on trouve le nom dans les livres de comptes de la maison de Condc et reculées aux environs de 1710. Nous savons, du moins, par l'œuvre gravée, que Wattoau, comme plus tard Chardin, comme Deeamps encore, a peint des singes dans les attitudes et les occupations humaines, peignant, sculptant, faisant le boniment [le Marchand cT orviétan) et nous avons eu l'occasion de voir passer récemment en vente à Paris un écran, qui lui semble attribué à bon droit, une décoration de tons apaisés qu'égaient leurs gambades.
Dans la peinture, comme dans la littérature romanesque et jusque dans la philosophie, le xvin^ siècle s'est plu à un orientalisme de fantaisie. Volontiers, avec les singes, parfois à côté d'eux, les artistes ont fait figurer dans leurs panneaux décoratifs des Tartares et des Chinois, personnages chimériques qui ne sont là, comme les danseurs d'un ballet d'Opéra, que pour surprendre et égayer les yeux par l'inattendu, par le pittoresque de leurs gestes et de leurs costumes. Un curieux dessin de l'Albertina de Vienne nous montre cependant que Watteau a étudié avec soin et dessiné d'après nature un Chinois authentique avec ses pommettes saillantes, ses yeux obliques, dans sa robe de soie, l'éventail à la main : il a noté tous les détails du costume et a tenu même à nous conserver son nom; il s'appelait T'sao. Chargé de décorer le cabinet du roi, au château de la fluette, Watteau en orna les panneaux de scèn(>s oii figuraient des Chinois
<;ii. m;s.
(Musée (hi Louvre )
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aux longues nioiislaclics, des 'railaics ;iii [ow^ lioiinct pointu. Kn dépil du dossin de rAllicrlina, il ne seiiiltlo pas préoccupé de vérité etlinograpiiique, il s'abandonne à sa verve et se contente d'un exotisme de ballet d'opéra. -Ces déc(»ralions (|iii curciil leur ({''b'-briti' (tiil disparu ; nous ne les connaissons plus (|ut' par les j;ravures de jjoucher, de Jeaurat, d'Aubert. Le Cbinois, comme le singe, garda pendant tout le xvni* siècle son rôle dans la figuration décorative, et Bouclier, chargé de faire des modèles de tapisseries pour un salon de M"" de l'ompadour, peindra une suite de chinoiseries.
A quelle date doit-on placer les chinoiseries de la Muette? 11 est invraisemblable qu'elles remontent, comme un l'a soutenu, à l'époque où AValteau travaillait encore chez Audran. Qui se serait avisé dans ce cas de les graver sous le nom de l'élève ? 11 faut les reculer après la mort de Louis XIV, dans les premières années de la Kégence.
Jusqu à la lin de sa vie, et alors même qu'il fut en pleine possession de son talent, Watteau demeura lidôle à la peinture décorative. Un dessin de l'Albertina, esquisse d'un écran, est de sa belle manière. Il est bien diflicile d<^ dater avec précision ces œuvres qui ne nous sont plus guère connues que par la gravure : les éléments décoratifs ne sont pas des documents sûrs; il arrive que des ligures (jui semblent de la meilleure époque sont alliées à des arabesques (|ui nous reporteraient à une date bien antérieure (Colombine et Arlequin gravés par Moyreau). Sur
les })auiieuux, les dessus de portes, les paravenls, les ocrans, les tables de clavecin, il peint dans un encadrenu'iil de fantaisie les composilions qui lui sont famili6res, les Cinq sens, les Saiso7is, les É/émen(s, des mythologies sans solennité, des pastorales, des scènes de la comédie italienne. Sous un arbre, à l'ombre d'un bosquet, dans un paysage légèrement indiqué qui s'ouvre, se perd en vagues lointains, il pose un de ces groupes dont il avait, selon Caylus, « un recueil dans un livre relié », XEnjôlew, le Repos des Pèlerins, V Escarpolette, la Danse chamj)ètre. A ces œuvres décoratives il convient de joindre les Saiso?is qu'il peignit vers 1712 pour la salle à manger du iinancior Grozat. « Elles sont demi-nature, dit Caylus, et, quoiqu'il les ait exécutées d'après les esquisses de M. de La Fosse, on y voit tant de sécheresse qu'on n'en saurait rien dire de bon. » A cette assertion de Caylus, Goncourt répond que des quatre saisons il possède les dessins des iigure du Printemps q{ de V Automne et que « ces académies sont du dessin le plus accentué et le plus caractérisé de \Yalteau ». Le groupe du Printemps a de la grâce ; dans YAutojnne, la femme à demi renversée qui tend sa coupe, lourde, encore llamande, est bien du maître, mais peut-être La Fosse avait-il en effet dessiné la banale et poncive allégorie de V Hiver, un vieux modèle, savamment et noblement musclé, qui chauffe ses mains à un feu maigre, tandis que dans son dos des figures ailées soufllent une tempête qu'on voit sortir de leur I)ouche ouverte.
Clitlié Sociulc pliolograptiique, Paru