II. — Lettres contemporaines
Sirois à Madame Josset, libraire à Paris.
23 novembre 1711.
Cet original, qui fait d'abondant de la peinture comme M. Le Sage fait des comédies et des livres avec la différence que M. Le Sage est quelquefois content de ses livres
et de ses comédies et que le pauvre Watteau n'est jamais satisfait de ses tableaux, ce qui ne l'oppose d'être un des rois présents du pinceau. Il m'a promis de peindre pour moi une Fête de la foire au Lendit de quoi j'ai avancé cent livres de trois cents conventies. Elle sera son chef-d'œuvre s'il y met la dernière touche; mais s'il est repris de son humeur noire et possession d'esprit, le voilà loin du logis et adieu le chef-d'œuvre. M. Le Sage lui a procuré la commande de deux pendants tirés du Diable boiteux à cent trente livres la pièce. Il n'espère qu'on les aura; car Watteau peint à sa fantaisie et n'aime les sujets commandés. S'il peut se fixer, son premier tableau sera pour M. Duchange sans qu'il en sache rien, crainte de mécompte. Le médecin l'a remis au régime du quinquina depuis cinq jours après sa venue.
(Catalogue de la vente d'autographes de Benjamin Fillon, 15 juillet 1878, t. II, p. 219.)
Pierre Crozat à la Rosalba,
Paris, 22 décembre 1716.
Parmi tous nos peintres, je ne connais que M. Watteau capable de pouvoir faire quelque ouvrage à pouvoir vous être présenté. C'est un jeune homme chez qui je menai Il Sig. Sebastiano Ricci. S'il a quelque défaut, c'est qu'il est très long dans tout ce qu'il fait, mais sachant l'usage du petit tableau que je l'ai prié de me faire, je suis per suadé qu'il ne perdra pas son temps à me satisfaire.
(Publié par Malamaxni, Gallerie Nazionali Italiane, t. IV, p. 109, Rome, 1898.)
Nicolas Vleughels à la Rosalba.
20 septembre 1719.
Il y a ici beaucoup de connaisseurs qui professent la plus grande estime pour votre personne et votre talent... Un excellent homme (i) , M. Watteau, duquel vous avez sans doute entendu parler, désire ardemment vous connaître. Il voudrait avoir le plus petit ouvrage de votre main, et en échange il vous enverrait quelque chose de lui, car il lui serait impossible de vous en remettre la valeur... Il est mon ami, nous demeurons ensemble et me prie (sic) de vous présenter ses plus humbles respects. Il désire que vous répondiez favorablement à sa demande.
(Publié par Vianelli, dans le Diario de Rosalba, Venise, i793- Je cite d'après l'édition de Sensier, Journal de Rosalba Carrier a, Paris, 1865, p. I44-)
Journal de la Rosalba.
Août 1920. — Le 21. Écrit aux dames Giustianiani à Recanati et à Gabrielli. Vu M. Watteau et un Anglais. (Ibid., p. 119.)
Septembre. — Le 30. Au concert donné chez M. Crozat, je vis le régent, Law et autres personnes. (Ibid., p. 181.) C'est le concert illustré par la sanguine du Louvre. Voir plus haut, chap. iv.
Février 1721. — Le g. Je rendis visite à M. Watteau et à M. Hénin; et après le dîner au Palais-Royal, je
(i) Faut-il faire observer que le mot a le sens du dixseptième siècle : un homme qui excelle dans son art? Nous dirions aujourd'hui un homme de grand talent.
fus fortement engagée à rester à Paris. (Ibid., p. 322.) Février 1721. — ■ Le 11. J'entrepris de faire pour M. Crozat le portrait de M. Watteau, pastel de quatre i. (Ibid,, p. 323.) .
Rosalba à Vleughels
Venise, mars 1721.
J'avais même commencé quelques petites têtes pour
M. Watteau...
(Malamanni, Gallerie, t. IV, p. 116.)
Crozat à Rosalba.
II août 1721.
Nous avons perdu le pauvre M. Watteau. Il a fini ses jours le pinceau à la main. Ses amis doivent publier un discours sur sa vie et ses œuvres. Ils ne manqueront pas de rendre hommage au portrait que vous avez fait de lui à Paris peu de temps avant sa mort (i) .
(Publié par Vianelli. Cité d'après Sensier, Journal, p. 144.)
Rosalba à Julienne
[Venise, I733-]
Le livre des études de V inimitable M. Vato que je viens de recevoir par M. Zanetti me comble en même instant de joie et de confusion. Ayant toujours été dans le nombre de ceux qui admirent toutes les productions d'un géni (sic),
(i) Ajoutons ces deux lignes du Catalogue de la vente Crozat, par Mariette, 1741. « N° 1063. Neuf dessins d'Antoine Watteau. Ce sont les dessins que ce peintre légua en mourant à M. Crozat, en reconnaissance de tous les bons offices qu'il en avait reçus. »
aussi singulier que celui de cet habile homme, ainsi j'avoue sincèrement que Votre Eminence me fait une charmante surprise que de me voir ce bijou entre mes mains.
(Fac-similé d'autographe publié par Malamanni, Gallerie, p. 70, et Rosalba Carrier a, in-40, Bergame,i9io.)