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AVANT-PROPOS III

ginales, instituer les linéaments d'une chronologie, toutes choses inexécutables avant que les documents aient été rassemblés. L'ensemble de ces peintures conservées serait à compléter par les gravures des œuvres disparues, en ajoutant d'ailleurs à celles du recueil de Julienne les œuvres qui n'y figurent pas et qu'ont gravées Baron et Philippe Mercier.

La seconde partie du travail aurait pour objet la collection des dessins de Watteau. La première chose à faire serait une édition critique des dessins gravés, ou des Figures de différents caractères. Cette édition comprendrait : 1° la mention de tous ceux de ces dessins qui sont venus jusqu'à nous, avec un mot de leur histoire et les notes de l'exemplaire de l'Arsenal; 2° l'indication des tableaux pour lesquels a servi chacun de ces dessins. Peutêtre cette partie du travail serait-elle même la plus utile pour commencer. Enfin, un dernier recueil reproduirait tous les dessins qui nous sont parvenus, avec des notes historiques dont les publications de M. P.-J. Heseltine nous offrent le modèle.

Je ne désespère pas, s'il plaît à Dieu, d'entreprendre un jour cet ouvrage avec l'aide de mon ami M. Paul Alfassa. Rien ne nous manque tant que ce genre d'inventaires et de répertoires. L'histoire de l'art en France demeurera impos-

sihle aussi longtemps qu'on n'en aura pas constitué les archives. Il faut commencer par faire le compte de nos richesses. Ce travail devrait être fait depuis longtemps pour des maîtres tels que Poussin, Watteau, Fragonard, Ingres, Prud'hon, Delacroix, Houdon. Tant qu'il n'existera pas un Corpus artistique, embrassant la statuaire du moyen âge et de la Renaissance, les vitraux, les grandes œuvres de la sculpture et de la peinture classiques, il sera inutile de parler d'une véritable histoire. Un siècle d'érudits, en se consacrant à mettre au jour les monuments de notre passé, a rendu possible l'école historique du dix-neuvième siècle. En détruisant ces admirables instruments de travail, ces laboratoires de la science qu'étaient les vieilles congrégations, les sociétés modernes n'ont rien fait pour les remplacer. Nos corps savants, nos universités et nos académies paraissent peu propres à ces grandes œuvres impersonnelles , dont celle des Bollandistes est aujourd'hui le dernier exemple. Est-ce qu'en créant l'outillage qui semblerait devoir faciliter la tâche, le monde contemporain n'aurait pas brisé par mégarde les vertus morales, le désintéressement qui en étaient la condition? Aurions-nous perdu le dévouement qui plaçait son honneur dans le travail obscur qui s'accomplit pour l'avenir, et dont celui qui le fait ne cueille pas les fruits?

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