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roit en lieu de sûreté, au milieu de ses rochers déserts, où il ne seroit pas moins inutile que dangereux de l’aller chercher.
Il n’y avoit rien à répondre à cette sage observation; et l’assemblée se sépara sans avoir rien décidé, comme il est arrivé plus d’une fois dans des circonstances d’une plus haute importance : il fut seulement convenu que le bailli feroit venir ses trois vaches dans les écuries du château, pour les besoins de la famille du baron, et que la sienne ‘feroit usage de petite bière au lieu de lait. Saunderson avoit suggéré cet arrangement, et le bailli s’étoit empressé de le proposer, d’abord par respect pour la famille de Bradwardine; en second lieu , parce qu’il étoit bien convaincu que ce lé- * ger sacrifice seroit payé au centuple.
Le baron sortit pour donner quelques ordres r et Waverley saisit cette occasion pour demander à miss Rose si ce Fergus, dont il étoit impossible de prononcer l’autre nom-, étoit un chef de vo-
leurs. — • Un chef de voleurs ! répondit miss Rose ' en riant : c’est un gentilhomme plein d’honneur, chef d’un clan puissant; il est généralement respecté de ses vassaux , de ses amis et de ses alliés.
— Qu’a-t-il donc de commun avec les voleurs?
Est-il revêtu de quelque magistrature, est-il juge de paix? — Il est bien plutôt juge de guerre... c’est un très-mauvais voisin pour ceux qui ne sont
pas de ses amis ; il a plus de monde à ses ordres que d’autres seigneurs trois fois plus riches que « * lui. Quant à ses rapports avec les voleurs, je ne' puis vous en donner une explication bien claire ; je sais seulement qu’on n’a rien à craindre d’eux, pourvu qu’on paie les contributions noires à Vich lan Vohr.
", t — Les contributions noires , dites -vous? — Oui; c’est une espèce d’impôt que les gentilshommes des basses terres paient à certains chefs des montagnes pour qu’ils ne leur fassent aucun mal, et qu’ils les protègent contre les entreprises dé -leurs vassaux. Par cet arrangement, si l’on vous enlève votre bétail , vous n’avez qu’à écrire un mot au chef, et il vous est rendu sur-lechamp; ou bien il fait faire une incursion dans un autre endroit un peu éloigné , et remplace vos vachers par d'autres. *..•
-T-Et cçtte espèce de Jonathas Wild des montagnes 1 , dit Waverley , est reçu dans la société ! l’on ne rougit pas de lui donner le nom de gentilhomme I — Bien loin de là ; la querelle de tnon père avec Fergus Mac-Ivor date d’une assemblée de canton : ce montagnard vouloit avoir le pas sur toffk les gentilshommes de la plaine ; mon père fut le seul qui osa lui contester ce
Fameux voleur que Fielding a pris pour un de ses héros»
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droit. Mac-Ivor lui reprocha d’étre son vassal, et de lui payer tribut. Je vous laisse à penser, capitaine, quelle dut être la colère de mon père en apprenant cet arrangement, que le bailli avoit fait à son insu ? Il auroit eu un duel ; mais Mac- Ivor dit poliment qu’il 11e leveroit jamais la main sur une tète aussi respectable , et que tout le monde chérissoit... Ah ! plût à Dieu qu'ils eussent continué à vivre en bonne intelligence ! — Ditesmoi, je vous prie, miss Bradwardine, avez-vous vu quelquefois ce M. Mac-Ivor, est-ce là son véritable nom ? — Non , capitaine, ce n’est pas son nom ; il se croiroit insulté, si vous l’appeliez monsieur ; mAis il vous excuseroit en votre qualité d’étranger qui ne peut connoître ni les titres ni les usages de ce pays. Les gentilshommes de la plaine lui donnent ordinairement le nom de sa terre de Glennaquoich ; mais les montagnards l’appellent Vich Ian V ohr , c’est-à-dire, le fils de Jean-le-Grand. Quant à nous, nous lui donnons indistinctement l’un ou l’autre de ces noms. — Je crains bien de ne jamais parvenir à prononcer ces noms barbares. — Fergus est un cavalier bien fait et bien élevé, ajouta Rose; sa sœur Flore est une jeune personne accomplie en talCTits comme en beauté; elle a été élevée en France dans un couvent ; elle étoit mon amie intime avant cette malheureuse dispute. Cher capitaine Waverley, tâchez
WAVEItï-Et.
^ d’engager mon père à terminer cette affaire à
l’amiable. Je suis bien assurée que nous n’avons
encore vu que le commencement des insultes que - \
Tully-Veolan aura à souffrir. Nous n’avons jamais
joui d’un moment de tranquillité tant que nous
avons eu les montagnards pour ennemis. J’étois à , *
* peine dans ma dixième année lorsqu’il y eut un
• combat derrière les écuries du château, entre une trentaine de ces bandits et mon père avec ses domestiques. Plusieurs balles vinrent briser les carreaux des fenêtres du côté du nord; jugez si les combattants étoient près de nous. Trois de ces montagnards furent tués : leurs camarades les enveloppèrent dans leurs plaids et les déposèrent dans la salle du château. Le lendemain leurs femmes et leurs filles arrivèrent, se tordant les ; mains et leur faisant leurs adieux en chantant le coronach 1 et poussant des cris déchirants ; elles emportèrent les cadavres, précédées par les joueurs de cornemuse. Il me fut impossible de dormir ( pendant plus de six semaines; mes oreilles étoient continuellement frappées de ces cris douloureux : [.
j’avois toujours devant les yeux ces cadavres en- \j t veloppés dans leurs tartans ensanglantés. Quel- que temps après nous eûmes la visite d’un détachement de soldats du château de Stirling, chargé
‘ Chant funèbre, f'oycz les notes des pocmes, tom. l, a, 3.
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d’enlever toutes nos armes : comment pourrionsnous repousser maintenant les montagnards s’ils venoieut encore nous attaquer.
Waverley ne put s’empêcher de tressaillir en entendant le récit d’événements qui avoieut tant de rapport avec ceux qui l’occupoient dans ses rêveries. Il voyoit devant lui une jeune -fille, à peine âgée de seize ans, se faisant remarquer par ses grâces, par ses talents et par les qualités les plus aimables, qui avoit déjà été témoin descènes plus extraordinaires que celles que son imagination lui avoit représentées en fouillant dans les âges reculés. Il sentit dès ce moment l’aiguillon de la curiosité, que les dangers rendoient encore plus piquant. Il auroit pu dire avec Malvolio :
— Non, on ne m’accusera plus de folie et de me laisser tromper par mou imagination : — me. voilà dans le pays des aventures militaires et romanesques; il ne me manque pour les bien connoître que d’y prendre part.
Tout ce qu’on avoit dit à Waverley sur les mœurs, sur les usages et les coutumes du pays où il se trouvoit, lui paroissoit aussi nouveau qu’extraôrdinare. Il avoit bien entendu parler des voleurs montagnards; mais il n’avoit pas la moindre idée des règles de leurs déprédations. U n’avoit jamais soupçonné qu’ils eussent pour complices et pour approbateurs de leur conduite
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leurs propres chefs, qui trouvoient dans ces expéditions la facilité d’habituer leurs vassaux au maniement des armes, et de se faire craindre de
tous leurs voisins de la plaine : ils en exigeoient, comme nous l’avons dit, un certain tribut (sous prétexte de leur accorder leur protection), qu’ils déguisoient sous le nom de cotisation de défense générale.
, Le bailli, qui venoit d’arriver, entra dans de plus amples détails sur cette matière.- Sa conversation se ressentoit tellement de la profession qu’il exerçoit, qu’il fit dire un jôur à ^|èllatley que sés’ discours ressemblaient à une décharge d’encriers. Il certifia à notre héros que de temps immémorial tous les habitants des montagnes, véritables limiers, avoient été unis par un pacte •de voleurs, et qu’ils avoient de tout temps exercé les mêmes méfaits et sévices envers les honnêtes
habitants de la campagne; enlevant leurs grains, leurs vaches, leurs chevaux, leurs moutons, leurs chèvres, soit de jour, soit de nuit ; que même ils avoient eu l’insolence de les faire prisonniers, de les rançonner, de les concussionner , d’exiger des cautions, voire même des otages. — Cependant, ^putoit-il , de tels actes de violence sont expressément prohibés par les lois , chartes et règlements, et surtout par l’ordonnance de i56q , et par plusieurs autres. Les criminelles entreprises
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(le tous ces limiers , vagabonds et gens sans aven -, ont insulté à la sainteté des lois. Ils ont osé former une association scélérate pour dévaster, incendier, assassiner, enlever les filles et les femmes, etc.
Tout ce que Waverley venoit d’entendre lui paroissoit un songe; il ne pouvoit concevoir que ces actes de violence fussent si fréquents qu’on en parlât comme d’une chose ordinaire; et que pour voir les lieux où ces scènes d’horreur se passoient, il n’étoit pas nécessaire de traverser les me||, d’aller au bout du monde; mais qu’il sufûsoit de faire quelques milles dans une partie de la Grande-Bretagne.
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