CHAPITRE XXX
La perte d’un fer de cheval peut être quelquefois un événe- •
ment malheureux.
Les manières et l’air noble de Waverley, les pièces d’or que contenoit sa bourse, et le peu de cas qu’il paroissoit en faire, en imposèrent un peu à son compagnon de voyage, et ne lui ’• • permirent pas de chercher à lier conversation.
Il formoit plusieurs plans pour tirer bon parti -j •" de cette heureuse rencontre ; il ne Rompit le silence que pour annoncer à Waverley que sa jument venoit de perdre un fer, et que cela regardoit sa seigneurie de le remettre.
Cette question n’étoit faite que po\ir sonder le
terrain et voir comment Edouard se soumettroit
aux petits impôts de ce genre. — Comment , ma*: r i , raud , répondit Édouard , se méprenant sur le * '■ sens de ses paroles, tu veux que je remette moimême le fer de ta jument ! — Certaineipent ; quoique nous n’ayons pas mis cette danse dans notre marché, je ne dois pas être victime d’un accident qui m’est arrivé pendant que j’étois à votre service , et c’est à vous d’en paver les frais.,-,, ce-
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pendant!... si votre seigneurie... — Vous voulez dire que je dois payer le maréchal; mais où pourrons-nous en trouver un? — A deux pas d’ici, au village de Cairnvreckan, il y a un très-bon forgeron; mais, comme il est en même temps professeur , rien au monde ne pourroit le décider à poser un clou le dimanche , à moins que ce ne soit dans un cas d’absolue nécessité ; alors il fait toujours payer six pence par fer. La partie de ces observations , que M. Ébénezer regardoit comme la plus importante, fit peu d’impression sur l’esprit d’Édouard , qui s’étounoit seulement de trouver un professeur dans un mauvais village ; il ne savoit pas qu’on se servoil de ce nom pour désigner un homme qui cherche à se faire une grande réputation de piété et de sainteté.
Eu entrant dans le village, ils distinguèrent aisément la maison du maréchal, qui servoil eu même temps d’auberge. Elle avoit deux étages, et son toit en ardoise dominoit fièrement sur les cabanes qui l’envirouuoient. La forge ne se ressentoit en rien du silence religieux qu’Ébénezer avoit annoncé; l’enclume retentissoit sous les coups redoublés des marteaux, et tous les instruments de Vulcaiu étoient en activité. Les travaux n’étoient pas d’une nature champêtre , mais le maître forgeron -, appelé John Mucklewrath , çelon son enseigne , étoit occupé avec deux où-
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vriers, à réparer , à arranger et à fourbir des armes de toute espèce. Aux alentours de la forge ëtoient une foule de gens qui alloient et venoient, comme pour recevoir ou donner d’importantes nouvelles; il suffîsoit de jeter un coup-d’œil sur tous ces villageois qui traversoient la rue à' la bâte ou restoient réunis en groupes les bras et les yeux levés au ciel , pour deviner qu’un grand événement agitoit toute la population. Les mem- >• bres de cette réunion levoient tantôt les yeux au
, / ciel , et tantôt se couvroient tristement la tète.
. . — H y a quelque chose de nouveau , dit l'auber-
giste, avançant sa figure jaune et décharnée;., il ‘ a du nouveau; et, avec l’aide de mon Créa-
teur, je fournirai des renseignements précieux.
Waverley, non moins poussé par la curiosité, régla mieux ses démarches; il mit pied à terre et confia son cheval à un jeune garçon. C’ëtoit , 1 sans doute par suite de la timide réserve de jeunesse qu’il ne s’adressoit jamais à un étranger *’• pour lui faire la plus simple question, sans avoir préalablement examiné son maintien et sa phÿ- ' .■> sionomie. Pendant qu’il chercboit autour de lui . quelqu’un qui lui inspirât assez de confiance " ' pour entrer en conversation ,■ il apprit sans le
demander ce qu’il vouloit savoir. Il entendit ' prononcer les noms de Lochiel, 1 le Clanronal de Glengary et de plusieurs autres chefs de clans ,
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