CHAPITRE IX
Waverley s'étonna de voir la caverne déserte. S'étanl levé , et ayant mis un peu d'ordre dans sa toilette, il regarda plus attentivement autour de lui; mais il ne vit personne. U n'y avait d'autres traces de Donald et de sa bande que les tisons éteints , ou convertis on cendres grises, avec les restes du repas consistant en os à demi brûlés, à demi rongés, avec un ou deux vases vides. Waverley courut à l'entrée de la caverne, d'où il s'aperçut que l'on pouvait gagner la pointe du rocher, qui conservait les marques du feu de signal , par un petit sentier, ou naturel ou grossièrement creusé dans le roc, le long de l'étroite baie qui entrait de quelques toises dans la caverne, et où la barque était encore amarrée. Arrivé à la plateforme,' il eût pensé qu'on ne pouvait aller plus loin par terre, si la caverne n'eût pas dû avoir une autre issue que le lac ; il remarqua vers l'extrémité de la plate-forme trois ou quatre plateaux de rocher, dont il se servit comme d'un escalier pour grimper sur le haut de la "TOtte , d'où il descendit de l'autre côté avec quelque difficulté. Alors îi se trouva sur les bords déserts d'un lac , d'environ quatre milles
de longueur sur un et demi de largeur, entouré de montagnes couvertes de bruyères et d'un aspect sauvage, sur le sommet desquelles reposait encore le brouillard du matin.
En regardant en arrière, il ne put s'empêcher de remarquer avec quelle sagacité on avait choisi un lieu de retraite s; solitaire et si bien caché. Le rocher, autour duquel il avait tourné à l'aide de quelques iuégalités peu ap|)arenles où il y avait à peine de quoi poser le pied , n'offrait à l'œil qu'un précipice affreux qui fermait entièrement biute communication avec les bords du lac, dont la largeur empêchait de découvrir de l'autre rivage l'ouverture étroite et basse de la caverne ; de manière qu'à moins que la recherche en fût faite avec des barques, on que la trahison ne la fit connaître, ceux qui l'habitaient pouvaient y rester en sûreté aussi longtemps que les munitions de bouche ne leur manqueraient pas. Après avoir satisfait sa curiosité , Waverley regarda de tous côtés i)our tâcher de découvrir Evan et son domestique, qu'il jugeait avec raison ue devoir pas être très éloignés, quelque parti qu'eussent pris Donald et sa bande, que leur genre de vie exposait à de rapides émigrations : à la distance d'environ un demi-mille, il aperçut un Highlandais qu'il crut être Evan, péchant au bord du lac à côté d'un autre, qu'à l'arme qu'il avait sur l'épaule il reconnut pour l'homme à la hache.
Plus près de lui il entendit les sons animés d'une chanson gaélique, qui le guidèrent dans un enfoncement exposé au soleil, ombragé par le feuillage luisant d'un bouleau, et tapissé d'un sable blanc et solide. Il y trouva la grande fille de la caverne , dont la chanson l'avait attiré, occupée à préparer de son mieux un repas du matin, consistant en lait, en œufs , en pain d'orge , en beurre frais et en miel. La pauvre enfant avait déjà fait le matin une tournée de quatre milles pour se procurer les divers éléments de ce déjeuner, qu'elle avait demandés ou qu'elle avait empruntés dans diflerentes fermes du voisinage. En effet, Donald Bean Lean et sa troupe ne .se nourrissaient guère que de la viande des animaux enlevés dans les basses terres. Le pain même était regardé comme un mets précieux, par la difficulté qu'ils avaient à s'en procurer; et toutes les provisions de ménage, telles que le lait, la volaille, le beurre, n'étaient nullement en usage dans cette espèce de camp tartare. J'avais oublié de dire qu'Alice ayant employé une partie de la matinée à se pourvoir, pourledéjeunerde son hôte, de tout ce qui manquait dans lacaverne, avait trouvé néanmoins le temps de faire sa toilette Son ajustement était simple; elle n'avait qu'un petit corset rouge et une jupe foil courte, mais cela était propre et arrangé avec soin. Un snood, ou ruban écarlate brodé, contenait ses cheveux noirs, qui s'échappaient par dessus en longues et nombreuses boucles; elle avait mis de côté son plaid ronge qui eût pu l'em|iècher d'être aussi prompte à servir l'étranger. J'oublierais ce qu'Alice avait de plus beau dans sa parure , si je ne parlais pas de boucles d'oreilles d'or et d'un rosaire du même métal que sun père (elle était fille de Donald Bean Lean) lui avait apportés de France, et qui avaient été probablement sa part du butin dans un combat ou un assaut. La taille de la jeune fille, quoique un peu forte pour son âge , était bien proportionnée, et sa démarche avait une grâce iiatureilc et simple sans rien montrer de la gaucherie ordinaire d'une villageoise. Un .sourire, qui faisait voir deux rangs de dents d'une blancheur ravissante, et l'expression de son regard , lui servirent pour souhaiter à Waverley un bonjour qu'elle ne pouvait lui exprimer en anglais; et ce langage muet eût pu être interprété par un fat, ou par un jeune ofricicr qui, sans avoir ce défaut, avait la conscience de ses avantages extérieurs, comme quelque chose de plus que la simple courtoisie il'une hôtesse ; en effet, je n'oserais pas affirmer que la jeune et sauvage montagnarde eut accueilli quelque vieux gentilhomme, le baron de Bradwardine, par exemple, avec les soins, les attentions qu'elle eut pour Edouard. Elle semblait emfiressee de le voir s'asseoir devant ce déjeuner qu'elle avait pris la peine de préparer, et auquel elle venait d'ajouter quelques mûres sauvages, cueillies 8ur la bruyère voisine. Lor.squ'elle vit Waverley à table, elle alla s'asseoir sur une pierre à quelque distance, d'où elle paraissait épier avec beaucoup d'attention l'occasion de le servir.
Evan et son domestique revinrent alors lentement le long du rivage; le dernier portail une gros.se truite .saumonée, produit de la pèche du matin, avec la ligne qui lui avait servi à la prendre ; et Evan, qui le précédait d'un air satisfait et fier, s'avança vers le lieu où Waverley faisait honneur au déjeuner. Après les .salutations d'usage de part et d'autre. Evan, le regardant, dit à la jeune fille, en langue gaélique, quelque chose qui la (it rire, et rougir d'une manière visible, malgré son teint bruni par l'air et le soleil, puis il la pria de l'aider à préparer le poisson pour déjeuner. Il alluma un morceau d'amadou au bassinet de son pi.slolet, ramassa quelques branches, et fil en peu de temps des charbons ardents, sur le.squels on mil griller la truite coupée en larges tranches. Pour couronner le repas, Evan lira d'une poche de sa jaquette une grande conque, et de dessons so' plaid uni: corne de bélier pleine de whisky. Il en but d'aiiord assez copieusement, disant qu'il avait ^éjà pris I* cuup du malin avec Donald iiean Lean, avant son départ, et il^flrit le cordial à Alice et à Edouard, qui le rcl'usèreut
tous deux. Alors, avec l'air de bonté d'un noble seigneur, il présenta la conque à Dugald Mahony, son domestique, qui, sans attendre qu'on lui répétât cette offre, vida la coupe marine avec délices. Evan se leva enfin et engagea Waverley à se mettre dans la barque, tandis qu'Alice arrangeait dans un petit panier tout ce qu'elle pensait mériter d'être emporté ; elle se couvrit de son plaid s'approcha d'Edouard avec la plus grande ingénuité, lui serra là main, lui présenta sa joue à baiser et lui fit une révérence. Evan qui était regardé comme une sorte de pttit-maitre parmi les montagnards, s'avança pour obtenir la même faveur; mais Alice saisit aussitôt son panier, s'élança sur le rocher aussi lestement qu'un chevreuil, se retourna, .se mit à rire, et dit à Evan, en langue gaélique, quelques mots auxquels il répondit sur le même ton et dans la même langue; puis Alice fit de la main ses adieux à Edouard, se mit en roule, et disparut bientôt au milieu des broussailles, quoiqu'on entendit encore quelques moments après la vive chanson qu'elle avait chantée sous le bouleau.
Evan et Waverley rentrèrent dans la gorge de la caverne et descendirent dans la barque que Mahony détacha et dont il déploya la voile grossière ; Evau prit le gouvernail, et dirigea la barque vers un point du rivage plus éloigné que celui où^l'éiranger s'était embarqué la nuit précédente. Tandis que la barque glissait sur la surface transparente des eaux , Evan ouvrit l'entretien par l'éloge d'Alice, qui , suivant lui , était aussi adroite que o-entille et outre cela la meilleure danseuse de tout le pays pour les ngodons au son de la cornemuse. Edouard approuva tout ce qu'il put comprendre de ses louanges, sans pouvoir toutefois s'empêcher de plaindre une jeune fille condamnée à une vie si hoirible et si dangereuse. — Comment cela? dit Evan ; il n'y a rien dans le Perthshire qu'elle ne puisse se procurer en le demandant à son père, à moins que ce ne soit trop chaud ou trop lourd. — Mais être la fille d'un voleur! —D'un voleur!... non , certes; Donald Bean Lean n'a jamais enlevé de sa vie moins d'un troupeau, ('elui qui enlève la vache d'une pauvre veuve , le bœuf d'un payan, est un voleurcelui qui enlève un troupeau tout entier à un laird saxon est un gentilhomme-bouvier; et d'ailleurs un Highlandais n'a jamais rougi de prendre un arbre dans une forêt, un saumon dans une riviere, un daim sur un coteau ou une vache dans les basses terres
— Mais comment finirait-il , s'il venait à être pris pendant qu'il s'approprie le bien d'autrui ? —Alors, sans nul doute , il mourrait pour la loi , comme il est arrivé avant lui à plus d'un joli garçon.
— Pour la loi! — Oui, c'est-à-dire selon la loi ou par la loi ; il serait pendu au gracieux gibet du comté de Perth , où son pèr'e , son grand-père, sont morts , où j'espère qu'il mourra lui-même, s''il ne meurt d'un coup de feu ou d'un coup de sabre dans une maraude.
— Evan , vous espérez une telle mort pour votre ami? — Certainement; voudriez-vous que je lui souhaitasse de mourir sur une botte de paille humide, au fond de sa caverne, comme un chien galeux? — Mais que deviendrait alors Alice? — Comme, après "cet accident , son père ne pourrait plus la protéger, qui m'empêcherait de l'épouser , moi , et de me charger de ce soin ? — Noble projetmais en attendant , dites-moi , cet homme qui sera votre beaupère, s'il est pendu , qu'a-l-il (ail des vaches du baron ? — Avant que le soleil fût levé sur nos moniagnes, votre domestique et Allan Kennedy chassaient le troupeau devant eux ; ils doivent être maintenant au défilé de Ballybrough ; et toutes les vaches arriveront bientôt dans les parcs de Ïully-Veolan, à l'exception de deux , qui malheureusement avaient été égorgées avant mon arrivée à la caverne du Roi. — Et où allons-nous, Evan, si j'ose vous le demander? — Où voulez-vous que je vous mène si ce n'est au manoir du laird, à Glennaquoich ? Je pense que vous ne voudriez pas venir dans ce pays sans lui faire votre visite? ce serait une ofTense à payer de la vie. — Mais sommes-nous loin de Glennaquoich? — It n'y a plus guère que cinq petits railles, et Vich-Jean-Vohr viendra au devant de nous. Environ une demi-heure après, ils arrivèrent à l'extrémité du lac, et lorsque Edouard fut descendu à terre, les deux Highlanders conduisirent la barque dans un eiifoiicenienî au milieu d'une forêt de joncs et de roseaux, où elle était [uufaitem'ent cachée. Ils enfouirent les rames en un autre endroit; Donald Bcan Lean sans doute devait seul pouvoir trouver le tout , lorsqu'il viendrait dansées parages.
Les voyageurs marchèrent quelque temps au milieu d'un vallon délicieux, arrosé par un petit ruisseau qui se dirigeait vers le lac. Quand ils eurent fait un peu de chemin, Waverley renouvela ses (jiH'stions sur l'hôte de la caverne. — Et votre Donald Beau Lean dcmcure-t-il toujours dans le souterrain ? — ÎSoii , certes. Bien (in celui qui pourrait dire en quels lieux il se trouve chaque jour. Il n'y a pas un trou, un antre , une grotte, une caverne dans tout la pays que Donald ne coniiai.sse. — D'autres que %otre maitre lui accordent-ils protection? — Mon mailre? Mon maître est dans le ciel! répondit Evan avec fierté; et reprenant aussitôt son ton ordinaire de polites.se ; mais vous voulez parler de mon chef; non il n'accorde pas protection à Donald Bean Lean et à ceux de son
espèce; mais, ajoula-t^l en riant, il lui acconle le bois et l'eau.
Je pense , Evan , que ce n'est pas leur accorder graud'chose ; car
LES ^'EILLÈES LITTÉRAIRES ILLUSTRÉES
le bois et l'eau sont en abondance dans ce pays. — Vous ne comprenez pas. Qui dit le bois et l'eau dit les montagnes et le lac; et j'imagine que si le laird se mettait avec une Ircutaine d'hommes à la poursuite de Donald dans le bois de Kailycliat, Donald Bean Lean n'aurait pas beau jeu. 11 eu serait de même si moi ou quelque autre joli garçon , avec le double d'hommes , nous conduisions nos barques à la caverne du Roi. — Mais supposons que des troupes vinssent des basses terres pour l'attaquer, votre clieC le défendrait-il'?— Non! il ne brûlerait pas une amorce pour lui si l'on ■venait au nom de la loi. — Et que ferait alors Donald "( — Il serait forcé de quitter le pays, et de chercher un asile sur la montagne. — Et si on l'y poursuivait? — Je pense qu'il se réfugierait chez son cousin, à Raunock. — Et si on allait l'y chercher encore? — Cela n'est pas croyable : il n'y a pas un seul homme des basses terres qui osât passer d'une portée de fusil le défilé de Ballybrough sans le secours des Sidter Dhu. — Qu'est-ce que cela? — Les Sidier Dhu ce sont les soldats noirs ; c'est le nom qu'on donne aux compagnies franches organisées pour maintenir la paix , et faire observer les lois dans les montagnes. Vich-Jan-Vohr a commandé une de ces compagnies pendant cinq ans , et j'y ai servi en qualité de sergent. On les appelle Sidier Dhu à cause de la couleur de leurs tartans, comme on dit de vos hommes, les hommes du roi George, Sidier Roy ou les soldats rouges. — Bien, Evan; mais quand vous étiez payés par le roi George, vous étiez certainement les soldats du roi George? — C'est juste; mais vous pouvez demander à Vich-Jan- Vohr ; car nous servons son roi sans nous inquiéter du nom de ce monarque. Personne ne peut dire d'ailleurs que nous soyons maintenant des soldats du roi George; car il y a plus d'un an que nous n'avons touché de solde.
Edouard , trouvant ce dernier argument sans réplique , se garda bien d'essayer d'y répondre, et ramena la conversation sur Donald Bean Lean." — Mais Donald se contente- t-il d'enlever le bétail ou fait-il butin de tout ce qu'il trouve sur sou chemin? — Tout est à sa convenance ; mais plus particulièrement les vaches , les chevaux ou des chrétiens ; les brebis font la route trop lentement : d'ailleurs, outre cet inconvénient, il n'est pas facile de s'en défaire dans le pays. — 11 enlève donc des hommes et des femmes? — Sans doute; ne vous a-t-il point parlé hier soir de la capture du bailli de Perth? 11 en a coûté à ce digne homme cinq cents marcs d'argent, qui furent apportés à l'entrée méridionale du défilé de Ballybrough. Il faut que je vous raconte un bon tour de Donald. On était, dans la vallée de Mearns, sur le poin t de célébrer le mariage de lady Crarafeezer (veuve et d'un certain âge) avec le jeune Gilliewhack.it qui , en vrai gentilhomme, avait dissipé meubles et immeubles aux combats de coqs, de taureaux , ainsi qu'aux courses ; Donald Bean Lean avait appris que le fiancé , qui voulait se marier pour attraper de l'argent, était fort aimé de la dame : or, à l'aide de ses gens, il enleva Gilliewhackit un soir qu'il allait soupirer ou plutôt souper chez sa fiancée, le conduisit avec la rapidité de l'éclair dans les montagnes , et le mit à l'abri dans la caverne du Roi, où il eut tout le temps de stipuler sa rançnii , que Donald ne voulait pas mettre à moins de mille livres (2,000 fr.). — Diable! — De mille livres d'Ecosse; car la dame, autrement, n'eût pu fournir cette somme, eûtelle mis sa dernière robe en gage. Elle s'adressa au gouverneur du château de Stirling et au major de la garde noire. L'un répondit que cette affaire ne le regardait pas, vu que l'enlèvement avait eu lieu hors de son district; l'autre que ses soldats étaient allés chez eux faire la moisson , et qu'il ne les rappellerait pas pour toutes les Cramfeezers de la chrétienté, avunt que les blés fussent rentrés, parce que ce serait préjudiciable à tout le pays. Pendant ce tempslà , Gilliev^-hackit fut attaqué de la petite vérole , et l'on ne trouva dans Perth ou dans Stirling aucun médecin qui voulût venir voir le pauvre garçon. Je ne leur en fais pas de reproche , car Donald, qui avait été 'mal traité par un médecin de Paris, avait juré qu'il jetterait dans le lac le premier docteur qui lui tomberait sous la main. Cependant quelques vieilles femmes voisines de Donald eurent tant de soin de Gilliewhackit, qu'avec un bon air et du pétillait il recouvra la santé aussi bien que s'il eût été enfermé dans une chambre vitrée, avec un bon lit et de beaux rideaux, et qu'on l'eût nourri de pain blanc et de vin rouge. Donald fut si fâche de cet accident, que lorsqu'il le vit tout à fait bien portant il le renvoya, laissant à sou choix la manière de reconnaître les soins et la peine qu'il avait occasionnés. Je ne saurais précisément vous dire comment ils s'arrangèrent; mais ils se quittèrent si satisfaits l'un de l'autre, que Donald fut invité à venir danser à la noce avec son costume montagnard , et qu'on ne lui a jamais vu sa bourse si bien garnie, avant ou après cette époque; et de plus, Gilliewhackit disait que si l'on venait à faire une enquête contre Donald, il ne l'accuserait de rien, à moins qu'il n'eût commis un incendie volontaire ou un meurtre.
Par cette conversation à bâtons rompus, Waverley s'instruisait des mœurs et de l'état des Highlands, conversation qui l'amu.sait peutêtre plus qu'elle n'amusera le lecteur. Enfin , après avoir franchi sables, coteaux, bois et bruyères, Edouard, quoiqu'il connut bien la générosité des Ecossais dans l'évaluation des distances, pensa que
les cinq milles d'Evan étaient à peu près doublés. H fit observer que les Ecossais mettaient moins d'économie dans la mesure des routes que dans la supputation de leur monnaie, et Evan lui répondit par cette vieille plaisanterie proverbiale : — Le diable emporte ceux qui ont la pinte trop petite. Ils entendirent en ce moment le bruit d'un coup de fusil , et ils aperçurent un chasseur avec des chiens et un domestique à l'extrémité du vallon. — Je crois que c'est le chef, dit Dugald Mahony. — Ce n'est point lui , répondit Evan d'un ton aftirmatif. Penses -tu qu'il puisse venir ainsi au-devant d'un gentilhomme anglais?
Mais quand ils furent un peu plus près , Evan reprit avec un air mortifié : — C'est lui , certainement , et il n'a point de suite ! il n'a près de lui d'autre créature humaine que Galium Beg.
Dans le fait, Fergus Mac-Ivor , dont un Français aurait pu dire, avec plus de vérité qu'aucun habitant des montagnes : « U connaît bien sou monde, » n'avait point eu l'idée de se faire valoir aux yeux d'un jeune et riche Anglais en se montrant à lui avec nn vain cortège de montagnards. Il avait pensé que cet inutile appareil eût paru à Edouard plus ridicule qu'imposant. Dans le fond , Fergus était plus jaloux que personne des droits de chieftain et de la puissauce féodale; et c'était pour cela qu'il avait soin de ne pas mettre en évidence les marques extérieures de sa dignité, à moins que la circonstance ne l'exigeât pour produire un grand effet. Ayant à recevoir un autre chieftain , il n'eût sans doute pas manqué de s'environner de tout ce cortège qu'Evan avait décrit avec tant de pompe; mais il jugea que pour aller à la rencontre de Waverley, il était plus convenable de ne se faire suivre que d'une seule personne. C'était un bel et jeune Highlandais qui jiortait la carnassière de sou maître et sa claymore , sans laquelle il lui arrivait rarement de sortir. Quand Fergus et Waverley se rencontrèrent, ce dernier fut frappé de la grâce et de la dignité du chieftain. Sa taille , au-dessus de la moyenne, était bien proportionnée; son costume de Highlandais, fort simple, mettait en relief ses avantages physiques II portait le pantalon des montagnes. Dans les autres parties, son habillement ressemblait à celui d'Evan , sauf qu'il n'était armé que d'un dirk richement monté en argent. Son page , comme nous l'avons dit , portait sa claymore, et le fusil que Fergus tenait à la main n'était qu'une arme de chasse. Il avait dans sa promenade tiré quelques jeunes canards sauvages ; car les grouses étaient encore trop petites pour être chassées. Toute sa personne était décidément écossaise ; mais ce qu'il y a de dur dans les traits des habitants du Nord était chez lui si peu prononcé , qu'il eût été regardé partout comme un joli homme. Sa toque , surmontée d'une plume d'aigle, comme marque de distinction , avait un caractère guerrier , et ajoutait beaucoup à l'expression mâle de son visage, accompagné en outre par des boucles touffues de cheveux noirs et brillants. Son air ouvert et affable augmentuit beaucoup l'elTet d'un extérieur aussi beau et aussi noble. Toutefois un habile physionomiste eût été moins satisfait en le regardant une seconde fois. Ses sourcils et sa lèvre supérieure trahissaient l'habitude du commandement absolu ; sa politesse, quoique simple, franche et expressive, laissait percer le sentiment qu'il avait de son importance personnelle ; le mouvement soudain et rapide de ses yeux annonçait un caractère vif, fier et vindicatif, qui , réiirimé ou caché , n'en était pas moins à craindre. En un mot, son aspect rappelait un ciel riant d'été où des signes certains, quoique légers, annoncent qu'avant le soir les éclairs brilleront et le tonnerre grondera.
Ce ne fut pas toutefois dès cette première entrevue qu'Edouard put faire des observations aussi peu favorables. Le chef le reçut comme un ami du baron de Bradwardine, lui témoigna beaucoup de bienveillance, et le remercia de sa visite. Il lui reprocha obligeamment d'avoir choisi pour la première nuit de sa route un abri aussi sauvage que la caverne du Roi; et se mit à plaisanter sur i intérieur du ménage de Donald Beau, sans dire un mot de ses déprédations, ni du motif qui amenait Waverley : celui-ci crut, par conséquent, devoir éviter ces deux sujets.
Un des ancêtres de Fergus Mac-Ivor avait, il y a environ trois cents ans, tenté de se faire reconnaître chef de tout le clan nombreux et puissant auquel appartenait sa tribu, clan dont il n'est pas nécessaire de mentionner ici le nom. Un antagoniste qui avait plus de droits à ce titre, ou au moins plus de forces à mettre dans la balance, ayant été préféré au premier prétendant, celui-ci se dirigea vers le sud, accompagné de ceux qui lui restaient attachés; il cherchait, comme un second Eiiée, à former un établissement nouveau; l'état dans lequel se trouvaient alors les Highlands du Perthshire favorisa ses projets. Un baron puissant de ce pays venait tout récemment de trahir les intérêts de la couronne : Jan (c'était le nom de notre aventurier) se joignit aux troupes envoyées par le roi pour punir le traître, et il rendit des services d'une telle importance, qu il obtint la cession de biens considérables sur lesquels il s'établit, et où sa famille continua de résider après lui. Jan suivit aussi le roi dans une guerre au sein descoiiilés fertiles de l'Auglelerre, et, pendant celte expédition lupluva si activement se.s tieures de loisir à,
lever dessuhsides sur les habitaiUs du >ioiLliuiuberlai)ii el tlu Durham, qu'à son retour il put élever sur ses domaines une tour ou forteresse en pierre. Un pareil édifice excita tellement l'admiration de ses partisans et de ses voisins, que lui, qui jusqu'alors avait été appelé Jan iMac-lvor, ou Jan fils d'Ivor, fut ensuite distingué dans les poèmes des luirdes et la généalogie par le noble litre de Jan Nan Chaistel, ou Jean de la Tour. Toute la race demeura si fière d'un pareil ancèlre que le chef régnant portait toujours le titre patronjmiquede Vich Jnn-Vohr. c'est-à dire, fils deJean-le Grand ; etla tribu, pour la distinguer du ilan dont elle s'était séparée, était généralement connue sous la dénomination de race d'Ivor. Le père de Fergus dixième descendant direct de Jean de la Tour, prit la pan la plus active dans l'insurrection de niS,et fut forcéde fuir en France. ^'lus heureux que les autres fugitifs, il obtint du service dans l'armée française, et épousa, dans ce royaume, une femme d'un rang élevé qui le rendit père de deux enfants, Fergus et Flora. Les biens qu'il avait en Ecosse avaient été confisqués et vendus; mais ils furent rachetés à vil prix au nom du jeune Fergus qui vint alors habiter les domaines de ses pens. On reconnut bientôt en lui une vivacité d'esprit vraiment rare, jointe à beaucoup de feu et d'ambition : aussi, des qu'il se fut pénétre de la situation du pays, il acquit peu à peu ce ton de prépondérance que l'on [loiivait encore s'arroger en pareil cas il y a cent ans. Si Fergus Mac-Ivor eût vécu un siècle plus tôt, il est très probable qu'il eût possédé moins de ces manières polies et de cette cimnaissance du monde dont il était doué; et s'il eût vécu dans celui-ci, son ambition et son attachement aux lois auraient modéré son ardeur naturelle. Parfait polltiquedans sa petite sphère, il s'appliqua soigneusement à faire cesser toutes les querelles et toutes les dissensions qui s'élevaient fréquemment au milieu des clans de son voisinage : aussi le prenaient-ils souvent pour arbitre de leurs discussions. Il fortifia sa propre autorité patriarcale au moyen de toutes les dépenses que sa fortune lui permettait de faire; il employa tous les moyens pour maintenir cette hospitalité grossière tuais abondante, attributs d'un ch'if appréciés particulièrement des peuplades barbares. Par la même raison, il remplit ses possessions de tenanciers braves et propres à la guerre, mais dont le nombre n'et-ait jias proportionné aux iiroductions du sol. Ces tenanciers se conrposaicnt surtout des hommes de sa propre tribu, et, autant qu'il était en son pouvoir de l'empêcher, il ne souffrait pas qu'ils quittassent ses domaines. Il s'attachait aussi quelques aventuriers du clan dont il descendait, et qui abandonnaient un chef moins guerrier, quoique pin's riche, pour rendre hommage à Fergus Mac-Ivor; même d'autres individus qui ne pou- Talent alléguer cette excuse, étaient reçus dans ses domaines, dont l'entrée n'était refu^ée à aucun homme disposé aux coups de main, et désireux de porter le nom de Mac-Ivor. Bientôt il put discipliner ses forces, ayant obtenu le commandement de l'une de ces compagnies indépendantes dites des soldats noirs ei levées parle gouvernement pour maintenir la paix dans les Highlands. Tant qu'il fut revêtu de cette dignité, il sut agir avec vigueur et intelligence, et le plus grand ordre régna dans le pays où il commandait. Il fit entrer ses vassaux à tour de tôle dans sa compagnie, les fais^int servir pendant un certain espace de temp«,ce qui réussit à leur donner à tous des notions générales sur l'art militaire. Dans ses campagnes contre \v.s bandits, il sut s'arr'iger un pouvoir tout-àfait discrétionnaire: et en effet les li'is étant sans force dans les Highlands, un pareil pouvair devait nécessairi'menlapparlenir à la force militaire appelée pour les appuyer. Ainsi, il traitait a/vi'c une indulgence très large et même suspecte les maraudeurs qui restituaient immédiatement leurs prises et offraient de se soumettre personnellement à lui ; mais il usait de rigueur envers les pillards qui osaient mépriser ses observations ou ses ordres, et il les faisait saisir et livrer aux tribunaux. D'un autre côté, si des officiers de justice, des militaire'^ ou des citoyens s'avisaient de poursuivre sur son territoire des voleurs nu maraudeurs sans avoir préalablement obtenu son consentement, ils pouvaient être certains d'échouer. Dans ces cirronstpfices, Fergus Mac-Ivor était le premier à s'aflliger sur eux; et après avoir blâmé avec quelque ménagement leur lémérité, il ne manquait jamais de dé|ilorer avec amertume l'in-ullisance des lois du pays. Ces prétendues doléances n'éloignèrent point lessoupçi.ns, cl tout ce qu'il se permettait de licences fut si bien représenté au gou'-prnemenl. que notre chieftain fut privé de sou coiuni.indement militaire. Dans sa disgrâce, Fergus Mac-Ivor eut l'art de ne iiion- Irer aucune apfiarcnce de mécontentement ; mais le pays d'alciilour comniinça bientôl à re.ssentir les funestes eflels de celle mesure. Donald Bean Lean, et autres de sa classe, qui bornaient auparavant leurs déprédations à quelques districts éloignés, parurent dès lors s'èlre établis sur cette malheureuse frontière; ils ne trouvaient dans leurs ravages que peu d'opposition, les habitants des basses terres ayant presque tous été désarmés comme jarohites Ce fut ce qui obligea heaucou|i d'entre eux à pa.sser avec Fergus Mac-Ivor le contrat de black-mail, p.'ir suite duquel ils le rccnnnai'-:,aient pour leur proteeieur;ce qui lui donnait une grande autorité dans toutes leurs conte, [allons, et lui procurait des fonds pour exercer son hospilaliie féodale, que la suppression de sa charge ci^t autrement dimi-
iiueed'uiie ludiiiere seii.sible. L:i se coiuluisaiu ainsi, Fergus avait bien un autre objet que celui d'être le personnage le plus importantde toute la contrée et d'avoir sur un petit clan une autorité despotique. Depuis son enfance il s'était voué à la cause de la famille exilée, et il était convaincu que non-seulement son rétablissement sur le trône de la Grande Bretagne serait prompt et facile, mais que ceux qui l'auraient préparé recevraient en retour un rang et des honneurs. C'était dans ce but qu'il s'efforçait de rallier tous les Highiandais, et qu'il donnait à ses propres forces tout l'accroissement possible, afin de se trouver prêt au mom/'Ut critique. Toujours dans ce but , il se concilia la faveur de tous lesgeiitilsliomraes des Lowlands, ses voisins, qui étaient attachés à la bonne cause. Pour la même raison enfin, ayant eu anierieureiiieiit .sans le vouloir, quelque discussion avec M. Bradwardine, qui, malgré son originalité, était très respecte dans le pays, il sut tirer avantage de l'excursion de Donald Beau Lean, et terminer ce différend comme nous l'avons raconté. Quelques-uns même soupçonnèrent Fergus d'avoir suggéré à Donald la pensée de cette entreprise qui, en résultat avait coûté au laird de Bradwardine deux excellentes vaches à lait! Ce zèle pour la maison des Stuarts lui attira de leur part une confiance illimitée, quelquefoisdes sacs de louis d'or, une grande quantité de belles paroles, et un parchemin signe et scellé, constatant que le titre de comte était accordé par le roi Jacques, troisième du nom en Angleterre et huitième en Ecosse, à son féal, brave, fidèle et bien-ainie Fergus Mac-Ivor de Glennaqiioieh, du comte de Perth, au royaume d'Ecosse. Excité par cette future couronne de comte qui brillait devant ses yeux, Fergus se jeta dans toutes les conspirations qui signalèrent cette malheureuse époque, et, de même que tous les agents actifs d'un parti, excusa facilement les excès que se permettait le sien ; excès dont certainement l'honneur et l'orgueil l'eussent détourné, s'il n'avait eu pour objet que la satisfaction de son ambition personnelle. ,
Le chef et son hôte étaient arrivés à Glennaqiioieh, l'ancien manoir de Jan Nan Chaistel. C'était une tour haute et carrée, d'un aspect grossier, à laquelle on avait ajouté une maison à deux étages. L'aïeul de Fergus avait fait construire ce dernier édifice au retour de sa mémorable expédition dan- les comtés de l'ouest. Vich Jan Vohr avait probablement été aussi heureux dans celte croisade contre les whigs et les covenantaires du comté d'Ayr, que l'avait été l'auteur de sa race lors de son excursion dans leNorthuinherland, puisqu'il transmit à ,'a posléiiié, comme monument de sa magnificence, un édifice rival de la tour élevée par Jan Mac-lvor. Autour de ce château, situé sur une eminence au milieu d'une étroite vallée, on n'apercevait aucune trace de cette culture soignée, encore moins de ces ornements qui décorent ordinairement les abords de l'habitation d'un gentilhomme. Un enclos ou deux, divisés par des murs en pierres sans ciment, étaient les seules parties du domaine qui fussent protégées contre les animaux ou les hommes. Les étroites lisières de terrain qui s'étendaient sur les bords du ruisseau présentaient des champs d'orge peu abondants, ex|iosés aux constantes déprédations des chevaux sauvagetet du bétail noir qui paissaient sur les coteaux voisins. En efTel, ces animaux faisaient de fréquentes incursions sui- les terres labourables; et ils n'étaient que faiblement repoussés par les cris bruyants, barbares et dissonnants d'une demi-douzaine de bergers highiandais, courant tous comme des fous et appelant un chien étique et affamé, pour défendre les cultures. A une petite distance, vers le haut du vallon, on apercevait un bois de bouleaux rabougris; les coteaux étaient élevés et couverts de bruyères, mais la surface n'en était point variée : aussi l'ensemble du paysage était-il triste et désolé, plutôt que grand et solitaire. Cependant, quelque fût ce séjour, aucun véritable descendant de Jan Nan Chaistel ne l'eût changé pour les plus magnifiques parcs de l'Aiigletcrre, pour Wind.sor ou Blenheim. Vis-à-vis de la porte du manoir, un tableau militaire se présenta aux jeux de Waverley. Cent Highiandais environ étaient rangés avec ordre et couverts de leurs costumes et de leurs iirnies. Les ayant aperçus, le chieftain s'excusa aujirès de Waverley avec un certain air de négligence : — J'avais oublié, dit-il, de vous avertir qu'aujourd'hui même quelques-uns de mes vassaux devaient S'^ trouver sous les armes, pour montrer qu'ils sont équipés et armés di- manière à pouvoir protéger le pays, et prévenir des accidents de la nature de celui qu'a é|irouvé le baron de Bradwardine, accideiil dont la nouvelle m'a caii.sé un véritable déplaisir. Avant que je les congédie, peut-être, Crtfiitaine Waverley, désircrez-voui les voir se livrera leurs exercices ordinaires?
Edouard fit un signe affirmatif, -tl les Highiandais exécutèrent avec ^igililé et précision quelipies-unes des évolutions militaires généralement en usage. Les rang» étant rompus, ils tirèrent isolément au but, atin de montrer leur dextérité dans le maniement du pistolet et de I arquebuse. Ils visaient, selon le commainleiiieiit, debout, assis, penches ou couchés, et toujours avec succès; bientôt ils se mirent deux à deux pour le combat à l'épée, et après avoir fait preuve de leur adresse individiiedlc, ils formèrent deux corps séparés et commencèrent une bataille simulée : la charge, la fuite, 1» rallie-
LES VEILLÉES LITTÉRAIRES ILLUSTRÉES
ment, la poursuite, étaient représentés au son de la grande cornemuse de guerre. .\ un signal du chef, l'escarmouclie cessa ; les Highiandais formèrent alors des parties pour h course, la lutte, le saut, le jet de la barre, et autres jeux dans lesquels cette milice féodale déploya une adresse, une force et une agilité incroyaldos ; elle accompiit ainsi le but que le chieftain avait à cœur, qui était de produire sur l'esprit de Waverley une forte impression, en lui ni intrant le mérite de ses gens comme soldats, et le pouvoir de celui qui leur commandait d'un seul signe. — Et quel est le nombre de ces braves assez heureux pour vous appeler leur chef? demanda \Va-
Rose Bradv?ardine.
verley. — Dans une bonne cause et sous un chef qu'ils aiment, les fils d'ivor fournissent rarem^Mit raoin^ de cinq cents claymores : mais vous savez sans doute, capitaine Waverley, que le désarmement opéré il y a vingt ans a diminué le nombre de nos hommes prêts àcorabittre. Je n'ai sous les armes que ce q l'il faut pour défendre mes propriétés et celles de me? amis, quand le pays est troublé par des hommes comme votre hôte de la nuit dernière. Le gouvernement nous ayant ôté tout autre moyen de défense, ne doit point trouver étrange que nous nous protégions nous-mêmes. — Mais avec ce nombre de guerriers il vous serait facile de détruire ou de soumettre la troupe de Donald Beau Lean. — Oui, sans doute; et pour récompense je me trouverais obligé de remettre au général Blackney, à Stirling, le peu d'armes qui nous ont été laissées : ce serait agir sans discernement, je crois. Miis allons, capitaine, le son des cornemuses m'annonce que le diuer est servi ; je vais avoir l'honneur de vous recevoir dans mon habitation rustique.