CHAPITRE X
Avant que Waverley entrât dans la salle du banquet, on s'empressa, selon l'usage patriarcal, de lui offrir un bassin pour se laver les pieds il était tout naturel que notre héros agréât cette offre, vu la chaleur de la saison et le mauvais état des chemins. Mais on ne déploya point dans cette occasion le luxe dont les héros voyageurs
de rOdijsfée étaient l'objet dans une circonstance semblable. La tâche de l'ablution ne fut point remplie par une belle esclave ,
Aux membres fatigués versant l'iiiiile odorante ;
njais par une vieille femme des Highlands, à la peau noire et ridée, qui, ne semblant pas se trouver fort honorée de cette tâche, marmottait entre ses dents : — Les troupeaux de no* pères ne paissaient pas si près les uns des autres pour que je sois obligée de vous rendre ce service. Néanmoins un peut présent calma amplement ses scrupules, et lorsque Waverley s'avança vers la salle, elle lui donna sa iiénédiction en répétant ce proverbe gaë'ique : « Que la main qui s'ouvre soit toujour» remplie! »
La salle du banquet occupait tout le premier étage de l'édifice de Jan N'an Chaislel, et une immense table de chêne y était dressée dans toute sa longueur. L'aspect du service était simple et même grossier, la compagnie était nombreuse, la salle toiit-à-fait remplie. A l'extrémité supérieure de la table était le chef lui-même, avec Edouard et deux ou trois visiteurs des clans du voisinage; après ces personnages venaient immédiatement les aines de la tribu, les wad-
Evan Dbu Mac-Gombich.
setters et les tacksmen : c'était ainsi qu'on appelait ceux qui occupaient quelques portions des domiines du clief à tilro de raainmorlables et de fermiers; au-dessous d'eux ou remarquait leurs fils, leurs neveux et leurs frères de lait ; venaient ensuite les officiers de la maison du chef, selon leur rang; enliii la partie inférieure de la table était abandonnée aux tenanciers qui cultivaient la terre par eux-mêmes. Outre ce grand nombre de convives, E louard, en dirigeant ses regards vers une vaste porte dont les deux battants étaient ouverts, pouvait apercevoir sur la pelouse une multitude de Highlandais d'une classe inférieure, mais qui néanmvns étaient considérés comme invités au festin, et devaient avoir leur part de l'affabilité et de la bonne chère de celui qui traitait. A une distance plus éloignée et autour du cercle que formait le banquet, on disting lait un g-oupe mobile de femmes, de garçons et de filles en haillons, de mendiants jeunes et vieux, de lévriers, de bassets, de limiers et d'autres chiens de toute espèce : toute cette foule prenait une part plus ou moins directe à l'action principale de la fête. Cette hospita-
WAVERLtlY.
lite, qui de prime abord paraissait sans bornes, n'était point cependant dépourvue d'une sorte d'économie. Ce n'était r-^ sans quelque recherche que l'on avait préparé les plats de f sson, de gibier, de volaille etc., placés vers le haut bout de la table, et sous' les yeux mêmes de l'hôte étranger. Plus bas figuraient des pièces énormes de mouton et de bœuf, qui, n'eût été l'absence du porc, abhorré dans les Highlands, auraient rappelé le festin grossier des amants de Pénélope; mais le plat du milieu était un agneau d'un an, rôti tout entier, placé sur ses jambes, et tenant entre les dents un bouquet de persil. On l'avait probablement servi dans cette attitude pour satisfaire l'orgueil du cuisinier, qui, dans le service de la table de son maître , se piquait plulôtd'abondance que de délicatesse. Les flincs de ce pauvre animal furent attaqués avec fureur par les hommes du clan : les uns faisaient usage de leur poignard , les autres de couteaux qui se trouvaient ordinairement dans le même fourreau que leur dague; enfin l'animal ne présenta bientôt plus qu'un débris peu raguûtant. Dans la partie la moins élevée de la table, les vivres semblaient être d'une espèce plus grossière encore,mais on les servait avec abondance. Enfin, du bouillon, des oignons , du fromage , et les restes des viandes dépecées à table,ctaient la part des fi's d Ivor qui assistaient à la fête en plein air. Les boissons étaient fournies de même d'après le rang des convives. D'excellent vin de Bordeaux et de Champagne éiait libéralement distribué à ceux qui entouraient le chef; du whisky pur ou étendu d'eau et de la bière forte étaient servis aux convives placés plus bas Cette inégalité ne semblait pas causer le moindre méconlpntement, chacun comprenant que son goût devait se régler d'après le rang qu'il occupait ; aussi Tes tacksmen et les tenanciers répétaient-ils toujours que le vin était liop froid pour leur estomac, réclamant avec in-itance, comme s'ils avaient la faculté de choisir , la boisson qui leur était
assignée par économie. Des joucuis de cornemuse, au nombre de trois, firent entendre, pendant tout le diner, un chant de guerre épouvantable ; cette musique, répétée par l'écho des voûtes de l'édifice et se mêlant aux sons de la langue celtique, produisait ■un bruit leliement confus que W'averley craignit d'en devenirsourd. Ce fut au point que Mac-lvor s'excusa de la confusion occasionnée par une si nombreuse compagnie, et lui exposa les nécessités de la situation qui lui im|)Osait cette hospitalité illimitée. — Ceux de mes parents que vous apercevez ici,dit-il, giiis robustes mais paresseux, ■regardent mes possessions comme un dépôt à moi confié pour soutenir leur fainéantise; il faut que je leur trouve du bœuf et de l'aie, tandis que les coquins ne font rien autre chose que répéter l,;urs exercices d'escrime, parcourir les montagnes, chasser, pécher, .(oire et courtiser les filles du canton. Mais que faire, capitaine Waverley'.' To'it êtTe dans la nature lienlà sa famille. T. V,
Edouard lui fit la réponse attendue, en le complimentant sur le grand nombre de ses vassaux, sur leur courage, et sur l'attachement qu'ils portaient à leur chef. — Oui, sans doute , ilsm'ainient, répondit Fergus, et si j'étais disposé comme mon père à courir les risques de recevoir un coup sur la lèle ou deux sur le cou, je crois que les drôles ne m'abandonneraient pas. Mais qui pourrait songer à de telles choses aujourd'hui que la maxime est : Préférez une vieille femme avec une bourse dans sa main à trois hommes avec leur sabre au côté?
Se tournant alors vers la compagnie, il proposa un toast en
l'honneur du capitaine Waverley, le digne ami de son honorable voisin etallié le baron de Bradwardine. — 11 est le bienvenu dans ces montagnes, dit un des anciens , s'il vient de la part de Cosmo Comyne de Bradwardine. — Je ne partage pas cet avis, dit un vieillard qui sans doute n'approuvait pas ce toast; car tant qu'il y aura une feuille verte dans la forêt, il se trouvera de la fraude dans le cœur d'un Comyne.
— 11 n'y a rien que d'honorable dans le caractère du baron de Bradwardine, fit observer un autre ancien, et l'hôte qui vient de sa part doit être le bienvenu,ses mains fussent- *elles teintes de sang, pourvu que ce ne soit pas de celui de la race d'Ivor-
Le vieillard, dont la coupe restait toujours pleine, ajouta: — U y a eu assez de sang de la race d'Ivor répandu par la main de Biadwardine. — Ah ! Ballenkeiroch , répondit le premier , vous pensez aucoupdecarabinetiré dans les parcs de Tully- Vei'lan, et vous oubliez qu'à Preslou le baron tiral'épéepourla bonne cause. — El ce n'est pas sansraison quejepense ainsi, insista B.illenkeiroch : le coup de carabine m'a privé d'un fils, et le coup d'épée a fait fort peu pour la cause du roi Jacques.
Le chieftain expliqua brièvement à Waverley, en français, que dans une rixe qui avait eu lieu près de Tully-Veolan sept an nées auparavant, le baron avait tué le filsdece vieillard Ensuite Fergus, pour faire taire les préjugésdeBilleiikeiroch.liii apprit que Waverley était Anglais et qu'il n'était attache à la famille de Bradwardine ni par naissance ni par parenté. Sur cette explication, le vieillard saisit et éleva la coupe à laquelle jusqu'alors il n'avait pas touché, et la but avec courtoisie en l'honneur de Waverley. Cette cérémonie achevée, le chiefiain fit par un si^ne cesser les cornemuscs, et dit à haute voix : — Mes amis, les chants sont-ils perdus de manière que Mac Murrough ne puisse les relrouvar'/ Mac Murrough, le vieux barde de la famille , comprit la signification de ces paroles, et se mit à chanter, tantôt lentement, tantôt avec rapidité, une longue suite de vers celliques que les auditeurs accueillirent avec tous les applaudissements de l'enthousiasme. Plus il chantait, |ilus son ardeur semblait s'accroître. En commençant , il.tenait ses yeux dirigés vers la terre; mais il les jeta bientôt autour «le lui non plus pour implorer, mais pour commander l'attention. Ses diverses
La caverne de Donald Beau Lean.
r.KS VEILLEKS 1.1 PIER AIRES ILLUSTRÉES.
intonslions et les pesles qui les acconipiipnaienl étaient à la fois sauva4:es et passionnés. Ediuiaid, qui l'ecoutait avec le plus vif intérêt, crut remarquer qu'il citait beaucoup de noms propres, qu'il déplorait la mort îles guerriers, qu'il apostrophait les absents, et qu il exhnriait, suppliait, excitait ses auditeurs. Il crut niènu- discerner son propre nom; ce qui le couln-ma dans cette ojiinion , c'est que Its veux des assist.mls se tournèrent alors simultanément yers lui. Le poète ^en1b'ait ioniniuni(|uer son ardeur à ions les Highlandais. Leurs ligures sauv;iges et hàlées piirent une expression plus fiere et plus animée, tous étaient tournés vers le b^irde, quelques-uns se levèrent et agitèrent leurs bras en l'air avec enllmusiasme, quelques autres portèrent la main à leurs épées : quand les chants eurent cessé, il se fit un profond silence; après quid les seutlments du poêle et îles auditeurs reprirent graduellement leur cours habituel. Lechiebain, qui pendant cette scène avait semblé plutôt étudier lesémotionsi xcilèesque prendre part Ini-mèmeà l'enthousiasme général, remplit de vin deBordeaux une petite coupe d'ar- §enl placée près de lui. — Donnez ceci, dit-il à un serviieiir, à Mac Inrrouçh, l'homme de l'harmonie, et quand il aura bu la liqueur,dites-lui d accepter la coupe pour l'amour de Vich-Jan-Vohr. Le présent fut reçu par .M<ic Murrough avec une profonde gratitude ; il but le Tin, et baisant la coupe, il l'enveloppa respectueusement dans le manteau dont les plis couvraient sa poitrine. Elevant la voix de nouveau . d improvisa des chants qu'Edouard supposa être des actions de grâces et des louanges adressées à Fergus. Ces vers furent applaudis, mais ils ne produisirent pas l'tiTet des premiers. Il était facile de voir cependant que le clan approuvait entièrement la gé- Dérosité de son chef. Quelques toasts gaéliques furent alors proposés et approuvé.*, et le chieftaiu en traduisit quelques-uns à son hôte ; «A celui qui ne tourne le dos ni à un ami, ni à un ennemi ! A celui qui n'acheta ni ne vendit jamais la justice ! Hospitalité à l'exil et mort à la tyrannie. Higlilandais, épaule contre épaule ! » Tous enfin renfermaient des sentiments énergiques de la même nature. Edouard désirait .«urtout connaître la signification de l'hymne qui avait produit un eft'et si magique sur les assistants; il fit part de son désir à Fergus. — Ayant remarqué , dit celui-ci, que trois fois vous avez laissé passer la bouteille, je me disposais à vous oilrir de quitter le festin pour aller prendre le thé chez ma f-œur : elle pourra vous expliquer toutes ces choses beaucoup mieux que moi. Quoique je ne puisse arrêter l'élan de mes vassaux au milieu de la fête, je ne suis point obligé moi-même de rester avec eux jusqu'à ce qu il leur plaise d'y mettre fin.
Edouard accepta sur-le-champ cette proposition ; et le chieftain , adressant quelques mots à ceux qui l'entoiiralent, quitta la table, suivi de Waverley. Dès que la porte fut refermée sur eux, Edouard entendit le nom de Vicli-Jan-Vohr prononcé dans un toast au milieu de la joie la plus franche et la plus animée.
Le salon de Flora Mac-lvor était meublé de la manière la plus simple et la plus unie; car au château de Glennaquoich toute dépense superflue était évitée, sauf ce qui servait à maintenir dans toute sa dignité l'hospitalité du chieftain, et à multiplier le nombre de ses vassaux et de ses adhérents. Mais cette apparence de parcimonie ne se faisait point remarquer dans le costume de lady Flora; l'ensi ruble en était élégant et même riche, il tenait à la f.ds et de la mode parisienne et des vêtements beaucoup plus simples, adoptés dans les Highlands; toutefois ce mélange avait été opéré avec un gi'ùt remarquable. Sa chevelure n'était point défigurée par l'art du coiffeur : elle retombait sur son cou en boucles d'un noir éclatant, et n'était retenue que par un cercle d'or enrichi de diamanis. Sous ce rapport elle se conformait enlièrement aux préjugés bighlandais. qui ne voulaient pas que la tète d'une femme fût couverte avant le jour de sou mariage. Flora Mïc-lvor ressemblait à son frère Fergus d'une manière frappante : c était le même prolii régulier, les yeux, les cils, les sourcils également noirs, c'était la même fraîcheur de teint; cependant les exercices durs et fatigants avaient bruni celui de Fergus, et Flora conservait une délicatesse féminine pleine de grâces. La physionomie du frère était fiere et quelquefois sauvage; celle de lasœur exprimait la douceurd'un ange. Leurs voix avaient absolument le même accent, quoiqu'elles diJièrassent par le timbre : celle de Fergus prenait une mâle puissance dans les commandements militaires; la voix de Flora, au conlraire, était harmonieuse et douce, chose inap[iréciable dans une femme; et si elle traitait quelque sujet favori, c était presque toujours avec une eloquence naturelle; ses accents possédaient aussi bien le Ion qui ins|)ire la crainte et dicte la conviction que celui d'une insinualiim persuasive. Ce coup dœil v f et pénétrant qui, chez le chieftain, peignait l'impatience à la seule vue des obstacles matériels, prenait chez sa sœur use aimable mélancolie. Les regards de Fergus paraissaient chercher la gloire, la puissance et t<iul ce qui pouvait dans le monde l'élever au-dessus du vulgaire; ceux de sa sœur, comme si déjà elle eijt été certaine de sa supériorité itilellectuelle, semblaieiit plaindre plutôt qu'envier les hommes qui s'etlorçaient d'atteindre à quelque distinction mondaine. Ses sentiments s'accordaient avec l'expression de sa physionomie. Toute son éducation awit imprimé dans son esprit aussi bien que dans celui du chief-
tain l'attachement le plus dévoué à la famille des Stuarts Elle pensait que son frère et ses vassaux, aussi bien que tout habitant de la Grande-Bretagne, devaient, même au prix de leur sang , contribuer à la restauration que les partisans du chevalier de Saint- George i;e ee.ssaient d'espérer. Pour arriver à ce but, elle était disposée à tout faire, à tout souffrir, à tout sacrifier. Mais son dévouement, plus ardent que celui de sou frère, était aussi plus [lur. Accoutumé il de petites intrigues, enveloppé nécessairement dans mille discussions personnelles, ambitieux d'ailleurs par caiaelere, Fiigiis avait imprégné sa foi pcditique (pour ne [las dire infecté) de vues d intérêt et d'avancement, le lout si étroitement combiné, que le jour où il dégainerait sa claymore, ce serait également pour faire de Jacques Sluart un roi, et de Fergus Mac-lvor un comte. Tout cela formait un mélange de sentiments qu'il ne s'avouait point à lui-même. Dans le cœur de Flora, au contraire, le zèle de la loyauté était exempt de tout sentiment intéressé. Elle se serait plutôt servie de la religion comme d'un masque pour satisfaire des vues ambitieuses et intéressées, si quelque chose de tel avait eu accès dans son âme, qu'elle n'aurait eu recours à ses sentiments de patriotisme et de fidélité pour arriver à ce but. De tels exemples de dévouement n'étaient point rares parmi les partisans de la race infortunée des Stuarts. L'intérêt tout particulier que le chevalier de Saint-George et la princesse son épouse avaient témoigné en France à la famille Mac-lvor et surtout aux deux orphelins, n'avait pas peu ciiiitribiié à cette entière fidélité qu'ils avaient vouée à leurs illustres protecteurs. Fergus, à la mort de ses parents, avait été pendant quelque temps au nombre des (lages de l'épouse du prétendani, qui, en raison de sa beauté et de son esprit, l'avait toujours traité avec une distinction toute particulière. Cetie protection s'étendit jusqu'à Flora, qui fut placée pendant quelques années dans un couvent noble, aux dépens de la princesse, et recueillie ensuite au sein de la maison royale,,où elle avait à peu près passé deux ans. Les bontés de celte auguste personne inspirèrent au frère et à la sœur des sentiments de reconnaissance profonds et ineffaçables. Je n'ajouterai plus qu'un mot : Flora était vraiment accomplie; car, possédant ces manières élégantes que l'on devait nécessairement attendre de son éducation princiere, elle n'avait cependant point appris à substituer le vernis de la politesse à la réalité des sentiments.
Lorsqu'elle se vit confinée dans la solitude de Glennaquoich, elle pensa que la con naissance qu'elle avait acquise en littérature française, anglaise et italienne, lui serait de peu d'usage; et pour remplir tous ses instants , elle résolut de s'identifier avec la musique et les traditions poétiques des Highlands. En effet, elle trouva bientôt un plaisir réel dans ces etudes que son frère, d'un guùl littéraire moins fin et moins siir, afTeclaitde trouver agréables dans l'unique but d'accroître sa popularité. Flora était encore affermie dans la résolution de continuer ce- genre d'études, par l'extrême plaisir que sesquestions semblaient causer à ceux auxquels elle demaudait des renseignements. L'amour qu'elle portait à son clan , attachement qui était presque héréditaire dans son cœur, était , comme son royalisme, une passion plus |iure que celle de son frère Celui-ci était trop profond politique, et voyait trop dans son influence patriarcale un moyen d agrandissement, pour que nous le présentions ici comme un type du chef bighlandais. Flora éprouvait, ainsi que son frère, le desir d'étendre la puissance de la tamille ; mais c'était uniquement dans le but généreux d'arracher à la pauvreté ou à la tyrannie étrangère ceux que son frère, d'après les notions du tenps et du pays, était appelé par sa naissance a gouverner. Les épargnes de son revenu (car elle avait une petite pension de la princesse Sobieski) étaient cniisaciées, non point à procurer à ses vassaux toutes les aisances de la vie, mais à soulager leurs besoins de première nécessité , lorsqu'ils étaient ou malades ou accables de vieillesse. Dans toute autre circonstance, ils s'efforçaient plutôt de se procurer quelque objet qu'ils pussent partager avec le chef comme une preuve de leur attachement, qu'ils ne s'attendaient à recevoir tie lui quelques secours, outre la grossière hospitalité de son manoir et la division et subdivision entre eux de la culture de ses domaines. Flora était tellement aimée d eux , que, Mae Murrough ayant eom^ pose une chausou dans laquelle il eiiumerait toutes les principales beautés du distiict et donnait à entendre que Flora l'emportait sur toutes, eu disant à la fin de sa chanson : « la plus belle pomme est suspendue à la tiraiiche la plus élevée », il reçut en present, de tous les membres du clan, plus d'orge qu'il n'en aurait fallu pour ensemencer pendant dix ans son Paruasse des Highlands, appelé Champ du barde.
l'ar nécessite , aussi bien que par choix , la société de miss Maclvor était extrêmement limitée. Sa plus iutime amie avait été Rose Bradwardine, à qui elle était très attachée; et reunies, elles auraient pu fournir a un artiste deux admirables sujets, l'un enjoué, l'autre mélancolique. En eflet. Rose était tellement aimée de son père , et le cercle de ses désirs était tellement limité, qu elle n'en manifestait pas un seul qu'on ue cherchât à satisfaire , et il était rare qu'on n'arrivât pas a ce but. Il n'en était pas de même de Flora. Encore enfant, elle avait éprouvé un changement de fortune extraordinaire. A la joie et à la splendeur avaient succédé la solitude et la pau-
VVAVERLEY.
viulé ; et les idées, les désirs qui roceupaient étaient relatifs à de ;.'r,iiids événements nationaux qui ne pouvaient s'opérer sans basai ds, sans effusion de sang, et sur lesquels l'esprit ne pouvait se reporter en demeurant frivole. En conséquence, ses manières eiaieiit généralement graves , quoiqu'elle s'empressât de contribuer par ses talents à l'amusement de la société, et qu'elle jouît de la [ilus grande considération dans l'opinion du vieux baron , lequel avait coutume de chanter avec elle des duo français de la fin du règne de Louis-le-Grand. On pensait généralement , quoique personne n'osât le dire au baron de Bradwardine, que les prières de Flora n'avaient pas peu contribué à calmer la colère de Fergus après leur querelle. Elle sut attaquer son frère par son côté faible, d'abord en appuyant sur l'âge du baron , et ensuite en lui représentant le coup que la cause des Stuarts pourrait éprouver, et le tort qu'il ferait à sa réputation de prudence, qualité si nécessaire à un agent politique , s'il poussait les choses à rextrcme. il est probable que, sans l'intervention de Flora, cette querelle eût été terminée par un duel; d'abord parce que le baron avait, dans une première occasion, répandu le sang d'un membre du clan, quoique lafTaire eût été arrangée à temps, et en second lieu, parce qu'il possédait la réputalion d'un homme habile à manier les armes, réputation à laquelle Fergus portait envie. Par cette même raison , Flora avait tout employé pour opérer leur réconciliation, à laquelle le chieftain avait été le premier à consentir, attendu qu'elle favorisait ses projets ultérieurs.
La jeune lady était occupée des préparatifs du thé, quand Fergus présenta le capitaine; elle le reçut avec les formes ordinaires de la politesse.