‹ WaverleyChapitre 156 sur 231 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Hayston de Bucklaw était un de ces hommes inconsidérés qui n'hésitent jamais entre un ami et un bon mot. Lorsqu'on annonça que les principaux personnages de la troupe s'étaient dirigés vers Volfs- Crag, les chasseurs proposèrent, par marque de civilités d'y transporter la venaison. Celte proposition fut acceptée par Bucklaw, qui s'amusait beaucoup de l'épouvante du pauvre Caleb Baldcrstonc ei: voyant arriver une troupe aussi nombreuse, mais s'inquiétait très légèrement de l'embarras auquel il allait exposer son ami, si peu en état de la recevoir. Or, il avait dans h; vieux Caleb un antagoniste rusé et alerte, toujours prêt à trouver des subterfuges propres, suivant lui, à sauver l'honneur de la famille. — Dieu soit loué! se dit le vieil intendant; un des ballants de la grand'porte a été poussé par le vent hier au soir, et je pourrai facilement fermer l'autre.

Mais, en gouverneur prudent, il voulait se débarrasser en mémo tempsdes ennemis (qui étaient dans la place(elil considérait comme tels tous ceux qui mangeaient et buvaient), avant de prendre des précautions pour empêcher l'entrée de ceux dont les cris joyeux annonçaient l'immédiate arrivée. Il attendit donc avec impatience, pour exécuter son projet, que son maître eût introduit ses deux principaux hôtes dans la tour. — Selon moi, dit-il aux gens de la suite de l'étranger, comme les chasseurs apportent le cerf au château en grande cérémonie, nous, qui en sommes les habitants, nous devons les recevoir à la porte.

Les domestiques, trompés par cette observation insidieuse, ne furent pas plus tôt sortis que l'honnête Caleb poussa, sans perdre de temps, le second battant de la porte avec une telle forcé que tout le bâtiment en retentit. S'élanl ainsi assuré de la sûreté du lieu, il se donna un instant le plaisir de parlementer avec les chasseurs qui étaient en dehors, à travers un petit guichet, servant autrefois pour reconnaître ceux qui se présentaient à l'entrée. Il leur signifia, en peu de mots, mais d'un ton ferme, que jamais, sous aucun prétexte, la porte du ch.iteau ne s'ouvrait à l'heure du repas ; que Son Honneur, le Maître de Ravenswood, venait de se mettre à table avec quelques ]iersonnes de qualité ; qu'il y avait d'excellente eau-de-vie à l'auberge de Volfs-Hope au bas de la colline ; et il leur laissa croire que son maître paierait leur écot. Mais ceci fut dit d'une manière obscure, ambiguë, en style d'oracle ; car, comme Louis XIV, Caleb Balderstone craignait de "pousser la finesse jusqu'à la faus.seté, et se contentail de tromper, s'il était possible, sans employer direcleuieiit le mensonge. Une pareille annoncesurpritles uns, fit rire les autres et terrifia les laquais expulsés, qui s'efforcèrent de prouver leur droit incontestable à être admis , afin de servir leurs maîtres. Mais Caleb n'était pas d'humeur à entendre ou à reconnaître aucune distinction ; il s'en tint à ce qu'il leur avait dit des le principe, avec cette opiniâtreté brutale, mais commode, qui n'écoule aucun raisonnement. Bucklaw, se détachant de l'arrière-garde , s'approcha de la porto, et d'un ton courroucé insista pour entrer; mais Caleb resta inébranlable. — Le roi, sur son trône, serait à la porte, dit rintendanl, que mes dix doigts ne l'ouvriraient point, au mépris des règles et des usages do la famille de Ravenswood, et de mon devoir comme principal serviteur.

Bucklaw fut extrêmement irrité, et, avec des jurements et des lu,-»lédictions que nous ne voulons point rapporter, déclara que c'était un traitement indigne, et qu'il voulait absolument parler au Maître de Rave:)swood lui-même. Mais, à cela, Caleb fit encore la sourde oreille. — Il s'enflamme promptemenl notre jeune homme, murmura-t-il; mais il peut être certain de ne point voir la face de mon maître avant d'avoir dormi et de s'être réveillé. Il seia plus à son alfaire demain matin. C'est bien le lait d'un pareil himnie d'amener ici une bande de chasseurs altérés, lorstju'il sait qu'on y trouve à peine de quoi étancher la soif. Et sur ce il Cjuitta le guichet, les laissant tous digérer leur désappointement. Mais il y avait un(î personne dont Caleb, dans le feu de la con testation, n'avait pointaperçu la |iréseiiee, et ((ui avait tout écouté sans rien dire. C'était le pri'iicipal domestique de l'étranger, homme de confiance, personnage important, le même qui, peiidaiil la chasse, avait prêté .son cheval à Bucklaw. Il était dans l'écurie lorsque Caleb, au moyen de sa ruse, avait fait sortir les autres laquais; sans cette circonstance, maigre toute son importance personnelle, il aurait bien certainenicnt partagé le même sort. Cet homme observa le manège de Caleb et en apprécia le nintif ; connaissant les iiileiilions de son maître à l'égard de la famille de RaviMiswood, il n'eut pas de peine à se tracer la marche ipi'il devait suivre Dès que Caleb se fut retiré, il si; pré- .senta au guichet et dit aux domestii|ues que c'était le bon plaisir de son maître que ses gens, ainsi que ceux de lord Bittlebrains, se rendissent ii l'auberge voisine, et se prociirasseiit les rafraicliissenienls néccssair.'S, dont il aurait soin de (laycr les frais. »

La joyeuse troupe d(!S chasseurs s'éloigna (ie la porte inhospitalière de Voirs-i;rag, en niaudis.saiit, à mesure (pi'ils descendaient la colline, la mesquinerie du propriétaire, et envoyant, de grand cœur, k tous livs diables, et le château et tous s(?s habitants. Ik-uklaw, dok>é de plusidura qualités qui eu auraieul fait ua humais diga« d'nthn^

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LES VKILi.ÉES LITTÉRAIKES ILLUSTRÉES.

avait été élevé avec tant de négligence, qu'il était toujours porté à partager les idées et les sentiments des compagnons de ses plaisirs. Les éloges dont il venait d'être comblé faisaient un contraste frappant avec les injures qu'il entendait de toutes parts contre Ravens- ■wood; il se rappelait les jours ennuyeux et monotones qu'il avait passes à VolTs-Crag; il regarda comme un affront sanglant son exclusion du eliàleau, et le résultat de toutes ces réflexions fut la résolution qu'il prit de rompre toute liaison avec le Maître de Ravenswood. En arrivant à l'auberge de WolfsHope, il rencontra inopinément une ancienne connaissance qui descendait de cheval. C'était le très respectable capitaine Craigengelt, qui, sans paraître avoir conserve aucun souvenir de la froideur avec laquelle ils s'étaient séparés, s'approcha aussitôt de lui et lui serra la main de la manière la plus amicale. C'était une marque d'afl'eclion à laquelle Bucklaw ne pouvait s'empêcher de répondre avec une égale cordialité, et Craigengelt sentit à la pression de ses doigts que le laird lui rendait son ancienne amitié. — Longs jours à vous, Bucklaw' s'ècria-t-il, il y a encore de la place dans ce méchant monde pour les honnêtes gens.

Il faut remarquer que les Jacobites, à cette époque, avaient, je ne sais trop avec quelle justice ou quelle convenance, adopté le terme if honnêtes gens comme une désignation spéciale de leur parti. — Oui, et pour d'autres aussi, à ce qu'il parait, répondit Bucklaw; car, sans cela, comment vous seriez-vous hasardé à venir ici, noble capitaine? — Qui ? moi? fit Craigengelt; je suis libre comme le vent de la Saint-Martin, qui n'a ni rentes ni redevances à payer. Tout est expliqué, tout est arrangé avec les honnêtes vieux radoteurs île la vieille ville enfumée. Bah ! ils n'auraient pas osé me retenir huit jours en prison. Il y a certaine personne qui a plus d'auiis que vous ne pensez : tel peut être utile aux gens auxquels il s'intéresse, au moment où l'on s'y attend le moins. — C'est bon, c'est bon, répondit Hayston, qui connaissait parfaitement et méprisait souverainement le caractère de Craigengelt: mettons de côté tout ce jargon de charlatanisme, et dites-moi franchement si vous êtes libre et en sûreté. — Aussi libre whig qu'un bailli sur la chaussée de son village, ou qu'un prédicateur [iresbytérien dans sa chaire hypocrite, et je venais vous dire que vous n'avez plus besoin de vous tenir caché. — Alors, capitaine Craigengelt, je m'imagine que vous vous dites mon ami. — Voire ami, à vous, mon partner au combat des coqs! Comment! mais je suis ton fidèle Achate, comme j'ai entendu des savants s'exprimer; la main et le gant, l'arbre et l'écorce, tout à toi, à la vie et à la mort. — C'est ce que nous allons voir tout à l'heure. Vous n'êtes jamais sans argent, de quelque part qu'il vous vienne ; prêtez-moi d'abord deux jacobus, pour balayer la poussière du gosier de ces braves gens-là, et ensuite... — Deux jacobus? Il y en a vingt à votre service, mon garçon, et vingt autres après. ~ Vraiment? dit Bucklaw après un moment de silence ; car il était naturellement doué d'assez de pénétration pour juger qu'il y avait quelque motif extraordinaire à cet excès de générosité. Craigengelt, ou vous êtes un brave garçon dans toute la force du terme, ce que j'ai de la peine à croire, ou vous êtes plus habile que je ne pensais, ce que je ne crois pas non plus facilement. — L'un nempèche pas l'autre, dit Craigengelt en français; prenez et payez ; jamais or plus pur n'a passé par la. balance.

En même temps il remit une quantité de pièces d'or à Bucklaw, qui les empocha sans les compter, ou même sans les regarder, en se cnutentant d'ajnuter : - Ma position est telle qu'il faut bien que je m'enrôle, fût-ce le diable lui-même qui m'offrirait le prix de mon engagement. Puis se tournant vers les chasseurs. — Allons, mes enfants, dit-il, c'est moi qui régale. — Vive Bucklaw ! cria toute la troupe. — Et au diable celui qui a pris part au divertissement, et qui laisse les chasseurs aussi secs que la peau d'un tambour, ajouta un veneur par forme de corollaire. La maisun de Ravenswood était autrefois aussi bonne et aussi honorable qu'aucune de la contrée, dit un vieillard ; mais elle a perdu tout sou crédit aujourd'hui, et le maître se conduit comme un vrai faquin.

Apres un acquiescement unanime à cette observation, toute la bande seprécipita tumultueusement dans l'auberge, où elle tint table jusqu'à la nuit. Poussé par son caractère jovial, Bucklaw se montrait rarement délicat dans le choix de sa compagnie , et maintenant que le plaisir du vin et de la chère était rendu plus vif et plus piquant par un intervalle extraordinaire de sobriété et presque d'abstinen^. il était aussi heureux de présider à la table, que si ses convives eussent été fils de princes. Craigengelt avait ses raisons pour pousser les choses aussi loin qu'elles pourraient aller, et comme il avait une gaité^vulgairc, beaucoup d'impudence, et qu'il chantait agréablement quelques couplets grivois, connaissant d'ailleurs parfaitement le caractère de Bucklaw, il réussit complètement à le plonger dans tousles excès de l'orgie.

"endant ce temps une scène bien différente se passait à la tour de Wolfs-Craig. Le Maître de Ravenswood, après avoir traversé la cour, trop occupé de ses reflexions pénibles pour faire attention au manège de Caleb, introduisit ses hôtes dans la grande salle. L'infatigable Balderstone qui, par goût ou par habitude, travaillait depuis le malin jusqu'au soir, avait peu à peu débarrassé ce lugubre appar-

tement des restes confus du banquet des funérailles. Mais tout son talent et toute la peine qu'il s'était donnée pour placer de la manière la plus avantageuse le peu de meubles qui restaient, n'avaient pu égayer le sombre aspect des murs antiques et dépourvus de tout ornement. D'étroites fenêtres pratiquées dans la profonde épaisseur des parois semblaient admettre à regret la lumière, et l'aspect menaçant du ciel ajoutait encore à l'obscurité.

Tandis q\ie Ravenswood, avec toute la gracieuse galanterie de cette époque, mais non sans une certaine roideur et quelque embarras, conduisait la jeune dame à l'autre extrémité de la salle, le pore se tint debout plus [irèsde l'entrée, comme cherchant à se débarrasser de son chapeau et de son manteau. En ce moment le bruit de la porte du château vintjusqu'àeux; l'étranger tressaillit, s'approcha rapidement de la fenêtre et jeta sur Ravenswood un regard rempli d'alarme, en voyant que la porte était fermée et que ses gens étaient restés en'dchors. — Vous n'avez rien à craindre, monsieur, lui dit gravement Ravenswood, ce toit saura vous protéger, quoiqu'il ne puisse vous accueillir dignement. Mais il me semble, ajouta-t-il, qu'il est temps do m'apprendre quelles sont les personnes qui honorent ainsi de Icui présence ma demeure délabrée.

La jeune dame garda le silence et ne fit aucun mouvement, et le père, à qui la question était plus directement adressée, semblait être dans la situation d'un acteur qui, s'étant hasardé à se charger d un rôle, se sent incapable de le jouer et reste court au moment où il devrait parler. 11 s'efforça de déguiser son embarras par toutes les cérémonies extérieures en usage dans la bonne société; maisaprèsavoir fait sa révérence, un pied en avant comme dans le dessein de s'afiprocher, l'autre en arrière comme pour s'éloigner, il détachait le collet de son manteau et relevait son chapeau de dessus sa figure avec autant de peine que si fun eût été attaché par des agrafes de fer rouillé, et fautre aussi lourd qu'une masse de plomb. L'obscurité du ciel paraissait devenir plus profonde, à mesure qu'il retirait avec tant de répugnance ces parties de son habillement. L'impatience de Ravenswood croissait aussi en proportion des délais de l'étranger, et il paraissaii éprouver une agitation qui provenait probablement d'une cause toute différente. Il tâchait de réprimer son désir de parler, taudis que l'inconnu semblait embarrassé de trouver des mots pour exprimer ce qu'il jugeait indispensable de dire. A la fin Ravenswood, cédant à son impatience, rompit le silence qu'il s'était imposé.

— Je m'aperçois, dit-il, que sir William Ashton n'est pas disposé à se faire connaître dans le château de 'Wolfs'Crag. — J'avais espéré qu'il n'était pas nécessaire de décliner mon nom, dit lelord garde-dcssceaux, dans un état de contrainte semblable à celui d'un spectre interpellé par l'exorciste, et je vous remercie d'avoir pris le premier la parole. Maître de Ravenswood, lorsque certaines circonstances, malheureuses sans doute, rendaient cette initiative difficile et pénible.— Je ne dois donc pas, dit gravement le Maître de Ravenswood, regarder fhonneur de cette visite comme purement accidentel? — Distinguons, répondit le lord, affectant un calme qui sans doute était loin de son cœur, c'est un honneur que j'ai vivement désiré depuis quelque temps, mais que je n'aurais peut-être jamais obtenu sans l'orage qui nous a surpris. Ma fille et moi nous nous félicitons également d'avoir trouvé f occasion d'offrir nos remercîmentsà l'hiunine brave et généreux à qui elle est redevable de sa vie comme je le suis de la mienne.

Les haines qui divisaient les famillesdansles temps delà féodalité, n'avaient encore perdu que peu de chose de leur âpreté quoiqu'elles ne se manifestassent plus par des actes de violence ouverte. Ni les sentiments que Ravenswood commençait à éprouver pour Lucy Ashton, ni l'hospitalité que l'honneur lui faisait un devoir d'exercer euvers ses hôtes, n'avaient pu malgré tous ses efforts, subjuguer entièrement les violentes passions qui s'élevaient dans son cœur, en voyant l'ennemi de son père dans la grande salle de la famille dont il avait si puissamment contribué à précipiter la ruine. Ses regards se portaient du père sur la fille, avec un air d'irrésolution dont sir William Ashton ne jugea pas à propos d'attendre l'issue. Il s'était alors débarrassé de son costume de voyage, et s'approchant de sa fille, il dénoua le ruban qui attachait son masque.

— Lucy, ma chère enfant, dit-il en l'aidant à se lever et en la conduisant vers Ravenswood, ôtez votre masque, et exprimons notre reconnaissance sans déguisement et à visage découvert. — Si l'on veut bien condescendre à l'accepter... Ce fut toulce que Lucy putdire, mais d'une voix pleine dedouceur, etqui semblait exprimeren même temps le reproche et le pardon pour le froid accueil qu'elle recevait ainsi que son père. Ces simples mots prononcés par une créature si ingénue et si belle, descendirent jusqu'au fond du cœur de Ravenswood, qui s'accusa intérieurement de dureté. 11 murmura quelque cjiose de sa surprise, de sa confusion, et finit par exprimer avec chaleur et vivacité combien il se trouvait heureux de pouvoir lui offrir un abri; alors il l'embrassa conformément au cérémonial prescrit en pareille circonstance. Leurs joues s'étaient rencontrées et séparées, et Ravenswood tenait encore la main qu'il avait courtoisement saisie; ane rougeur qui semblait donner à cette politesse mutuelle une bi.j« plus grande importance que celle qu'on y attachait ordinairement, «ouvrait encore le visage de la belle L""»* ishtoa, lort^ue fappartement fut loul-à-

LA FIA.NCÉK DE LAMMEilMOUli.

coup illiiminé par un éclair. Pendant un instant tous les objets se montrèrent d'une manière distincte. La taille légère de Lucy, qui pouvait à peine se soutenir; le corps grand et bien proportionné de Ravenswood, ses traits mâles et sombres, et l'expression fière, quoique incertaine, de ses yeux; les vieilles armoiries et les vieux écnsson.s suspendus aux murs de la salle: tout cet ensemble fut aperçu par le lord dans le court espace que dura la vive lumière de l'éclair 11 fut presque aussiiôt suivi d'un éclat de tonnerre, car l'orage était alors très près du château, et le coup fut si subit et si violent, que la vieille tour en fut ébranlée jusque dans ses fondements et que ceux qu'elle abritait crurent qu'elle s'écroulait sur eux. La suie qui, depuis des siècles, s'était amoncelée dans les énormes tuyaux des cheminées, s'en précipitait par larges masses; des nuages de poussière s'échappaient des murailles, et soit que la foudre fût réellement tombée sur la tour, soit que ce fût l'effet de la violente vibration de l'air, plusieurs grosses pierres furent détachées des créneaux à demi rongés par le temps, et furent précipitées d-ans la mer, qui bouillonnaitau pied de la tour. On aurait dit que l'ancien fondateur du château s'était enveloppé de ce ' nuage pour témoigner, au milieu des éclairs et des tonnerres, le mécontentement qu'il éprouvait en voyant un de ses descendants prêt à se réconcilier avec l'ennemi de sa maison.

La consternation fut générale, et il fallut tous les soins du lord pour empêcher Lucy de s'évanouir. Edgar se trouva ainsi chargé, pour la seconde fois, de la tâche la plus délicate et la plua-dangereuse, celle de donner des secours à un être intéressant et faible, dont le souvenir, nous l'avons déjà dit, remplissait délicieusement son imagination, soit pendant le jour, soit dans les rêves de la nuit. Si le génie de la famille condamnait réellement une union entre le Maître de Ravenswood et la belle étrangère, les moyens qu'il employait pour exprimer son mécontentement étaient aussi maladroitement choisis, que s'ils l'eussent été par un simple mortel. Une foule de petites attentions, absolument indispensables pourtianquilli.ser l'espritde la jeune dame et calmer son agitation, établirent nécessairement entre le lord et Ravenswood des relations qui paraissaient, au moins pour l'instant, devoir briser la barrière que l'inimitié féodale avait élevée entre eux. S'exprimer avec humeur ou même avec froideur en parlant à un vieillard, dont la tille, et quelle fille! était là devant lui, accablée d'une terreur bien naturelle, et cela sous son propre toit, c'était une chose impossible; et lorsque Lucy, tendant une main à chacun d'eux, fut en état de les remercier de leurs soins, Ravenswood s'aperçut que ses sentiments d'hostilité envers sir William n'étaient nullement ceux qui dominaient dans son cœur.

Le mauvais temps, l'état de sa santé , l'absence de ses domestiques, tout s'opposait à ce que Lury Ashton se remit en route pour aller au château de lord Biltlebrains, éloigné de plus de cinq milles; et le Maître de Ravenswood ne pouvait , sans manquer aux lois de la politesse, se dispenser d'offrir un asile pour le reste du jour et pour la nuit suivante. Mais ses traits, ses regards, prirent une teinte plus sombre lorsqu'il annonça jusqu'à quel point il était di'pourvu des moyens de recevoir dignement ses holes. — Ne parlez pas de cela, dit le lord, empressé de l'interrompre, et de détourner un sujet qui renouvelait son inquiétude ; vous avez le projet de passer sur le contineiit,et votre maison est probablement dépourvue de provisions? On comprend cela facilement; mais si vous nous parlez encore de votre situation embarrassée, vous nous obligerez à prendre un gîte dans le village.

Le Maître de Ravenswood se disposait à répondre, lorsque la porte s'ouvrit, et Caleb Balderslone se précipita dans l'appartement.

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