CHAPITRE XIV
Vers le matin, quand plusieurs heures de repos eurent passé sur les pénibles réflexions de Waverley, il entendit de la musique dans ses rêves. 11 se crut transporté à Tully-Veolan,et II lui semblaitouïr la voix matinale de Davie Gellatley chantant dans la cour ces fragments d'air qui le réveillaient ordinairement pendant son séjour chez le baron de Bradwardine. Les sous qui frappaient ses oreilles dans cette vision devinrent de plus en plus clairs jusqu'à ce qu'Edouard s'éveillât tout-à-fait, dependant l'illusion n'avait pas encore disparu; il était bien dans un appartement de la forteresse de Vich-lan-Vohr, mais c'était la voix de Davie Gellatley qui chantait sous ses croisées les paroles suivantes :
Mon cœur n'est plus chez nous, 11 ost dans les montagnes ; Il est après les daims, qu'en rêve je poursuis Au logis, dans les bois, dans les vertes c.impagnes, Mon cœur est sur les monts et non pas où jo suis.
Curieux de savoir quel motif avait pu déterminer tîellatley à une excursion aussi lointaine, Edouard se mit à s'habiller à la hâte, et pendant qu'il s'en occupait, Davie changea plus d'uue fois l'air qu'il chantait.
Les Highlandais sont en guenille;
Ils vont en sabots ou pieds nus.
Il faut, pour que leur tartan brille.
Que les Stuarts soient revenus.
Lorsque Waverley fut habillé et qu'il put sortir de son appartement, il vit que Davie était entré en connaissance avec deux ou trois montagnards fainéants qui ne quittaient presque jamais les portes du château, et il le trouva sautant, cabriolant et dansant avec eux un reel à quatre, espèce de gigue écossaise dont il sifflait l'air luimême. Il continua de remplir la double fonction de danseur et de musicien jusqu'à ce qu'un joueur de cornemuse, spectateur oisif de tant de zèle, obligé de réponilre au cri unanime de Seid sua/i, qui l'invitait à jour de son instrument, vint le remplacer dans cette dernière fonction. L'apparition de Waverley n'interrompit pas l'exercice auquel se livrait Gellalley, seulement il s'efforça de faire comprendre à notre héros, par ses signes, ses grimaces et quelques contorsions de plus dont il rehaussa la grâce avec laquelle il exécutait cette danse écossaise, qu'il le reconnaissait parfaitement. Puis, au moment où il semblait le plus occupé à gesticuler, crier et fiiiiclaquer ses doigts au-dessus de sa tète, il prolongea tout d'un coup son pas de côté de manière à s'a|)proclier de l'endroit oii se tenait Edouard, et continuant de suivre la mesure de l'air, ainsi qu'Arlequin dans une pantomime, il glissa une Ictlr.e dans la main de notre héros, sans avoir manqué à un seul pas ou fait une seule pause. ICdouard, qui reconnut sur l'adresse l'écriture de Rose, se retira pour la lire, laissant le fidèle messager qui I avait apportée continuer de sauter jusqu'à ce que le musicien ou lui ou les autres danseurs en eussent assez. Le contenu de la lettre causa beaiicouii de surprise à Waverley. Il vit qu'on avait d'abord mis en tête. Cher Monsieur; mais ces mots avaient été soigneusement effacés, et celui de /Monsieur tout seul leur avait été substitué. Nous rapporterons le texte exact de la lettre de Rose :
d Je crains de prendre une liberté inconvenaule en vous impur-
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tunant, et je n'ai cependant pas d'autre inoveii de vous communiquer les choses qui se sont passées ici, et dont il me semble nécessaire que vous soyez informé. Si j'ai tort dans la démarche que je rais en ce moment, veuillez l'excuser, monsieur Waverley, car, hélas! n'ayant personne pour me conseiller, j'ai dû "me laisser guider par mon propre ciBur. Mon bien-aimé père n'est plus à Bradwardine, et Dieu sait quand il pourra revenir pour me secourir et me proléger ! Vous avez sans doute appris qu'en conséquence de quelques nouvelles inquiétantes de mouvements préfiarés dans les montagnes, on avait envoyé des mandais pour arrêter plusieurs gentilshommes du pays, et entre autres mon cher père. Malgré mes larmes et les prières que je lui lis de se rendre aux ordres du gouvernement, il a trouvé moyen de s'y soustraire, et de se joindre à M. Falconer et à quelques autres gentibhommes qui ont pris la route du nord avec un corps de quarante cavaliers. Ainsi, je crains
Donald questionne mystérieusement son hôte.
moins pour sa sijreté personnelle en ce moment que je ne redoute le résultat des troubles qui ne font que commencer. Tous ces détails vous sont peut-être bien indifférents, monsieur Waverley ; cependant j'ai cru que vous seriez bien aise d'apprendre que mon père s'est échappé, dans le cas où vous auriez entendu parler du danger qu'il courait d'être arrêté. Le lendemain du départ de mon père, un détachement de soldats vint à Tully-Veolan, et traita fort rude-^ ment le bailn Macwheeble. Cependant le commandant fut très honnête à mon éf?ard et me dit seulement que son devoir l'obligeait à faire une red erche exacte des papiers et des armes qui pouvaient se trouver dans la maison. Heureusement, mon père avait pourvu à cela en emportant toutes les armes, sauf les vieilles ferrailles pendues dans la grande salle, et en cachant tous ses papiers. Mais je ne puis vous cacher, monsieur Waverley, qu'il fit un interrogatoire sévère à votre sujei ? Entre autre questions, il voulut savoir à°quelle époque vous aviez séjourné à Tully-Veolan, et où vous étiez maintenant. L'officier est reparti avec son détache ment, mais il a laissé dans la maison un sons-officier avec quatre hommes comme une espèce de garnison. Jusqu'à présent ils se sont très bien comportés: nous sommes obligés d,e les tenir en belle humeur; mais ces soldats ont donné à entendre que vous seriez en grand danger si vous tombiez entre leurs mains. Je ne puis me décider à écrire toutes les
odieuses faussetés qu'ils ont débitées contre vous, car je gagerais que ce sont des faussetés, quoique vous soyez le meilleur juge de ce que vous avez à faire. Le détachement, en partant, a emmené votre domestique prisonnier; il a pris aussi vos deux chevaux, et tout ce que vous aviez laissé à Tully-Veolan. J'espère que Dieu vous
Alix s'élança sur le rocher.
protégera, et vous fera la grâce de retourner sans accident en Angleterre, où vous m'avez dit souvent qu'on ne souffre pas de violence militaire, où il n'y a pas de clans qui se battent entre eux, mais où les lois sont égales pour tous les hommes, et protègent toujours l'innocence. J'ose réclamer voire indulgence pour la hardiesse que j'ai eue de vous écrire ; mais il m'a semblé, quoique peutêtre à tort, que votre honneur et votre i-ùreté éluient intéressés dans tout ceci. Je suis bien sûre que mon père aurait approuvé cette démarche, et j'étais la seule qui pusse la faire, puisque M Rubrick s'est réfugié chez son cousin à Duchran pour éviter les mauvais traitements des soldats et deswhigs, et que le bailli Macwheeble n'aime pas, dit-il, à se mêler des affaires des autres; j'ose me flatter cependant que vouloir servir un ami de mon père dans cette circonstance ne peut être regardé comme une intervention indiscrète. Adieu, capitaine Waverley; il est probable que je ne vous reverrai plus, car il serait inconvenant à moi de désirer votre présence à Tully-Veolan dans un tel moment, lors même que les soldats l'auraient quitté ; mais je me rap]iellerai toujours avec gratitude la complaisance avec laquelle vous avez bien voulu aider de vos conseils une aussi pauvre écolière que moi, et surtout vos attentions pour mon bien-aimé père.
« Croyez-moi votre très obligée,
« Rose Comyne Bradwardiise. »
« P. S. J'espère que vous me répondrez un mot par Davie Gellatlty, tout au moins pour m'apprendre que vous avez reçu ma lettre, et que vous veillerez à votre sûreté. Pardonnez-moisi j'ose vous supplier, dans votre propre intérêt, de ne vous mêlera aucune de ces malheureuses intrigues, et de vous y dérober en partant le plus tôt possible pour votre heureuse patrie. Mes compliments à ma chère Flora et à Glennaquoich. N'est-il pas vrai que vous l'avez trouvée aussi belle et aussi aimable que je vous l'avais dépeinte? >
Tel était le contenu de la lettre de miss Rose Bradwardine; et Waveiley fut également surpris et affligé de ces nouvelles. Que le Liaron fut devenu suspect au gouvernement par suite de la fermentation qui avait lieu parmi les partisans des Stuarts, c'était une chose toute naturelle et la conséquence de ses principes politiques bien connus; mais ce qui lui semblait ineiplicable, c'était que lui, qui, la\eiile même, n'avait pas encore formé une pensée contraire à la prospérité de la famille régnante, pût se trouver aussi l'objet de ces soujçons. A Tul y-Veolan et à Glennaquoich , ses hôtes avaient respecté sa position à l'égard du gouvernement de fait : à
Flora Mac-Ivor.
la vérité, il en avait vu assez [lour comprendre que le baron de Bradwardine et le (hef montagnard étaient du nombre des raéconlenis, assez nombreux en Ecosse ; cependant jusqu'au moment où son ailachemenl au drapeau avait été rompu par sa destitution, il n'avait eu aucune raison de leur supposer des projets hostiles, du moins immédiats, contre le gouvernement établi. Cependant, il sentait qu'à moins d'embrasser tnut-à-coup le parli que lui pmposait Fergus, il importait de quitter sans délai un voisinage aussi compromettant et de fc rendre, sans tarder, dans un lieu où il pourrait soumettre sa conduite à un examen impartial. Il se détermina donc à peu près pour ce dernier parti, d'autant plus qu'en agissant ainsi. Il suivait le conseil de Flora, et que d'ailleurs lidée de contribuer à évoquer sur son pays le fléau d'une guerre civile lui inspirait une répugnance inexprimable. Sans examiner les titres primitifs des Stuaris, une reflexion calme lui disait que Jacques 11, ne pût-il pasdi^poserdes driiils de sa postérité, avait du moins abdiqué les siens selon le vœu unanime de la nation. Depuis cette époque, quatre monarques avaient régné glorieusement et paisiblement sur l'Angleterre, soutenant chez l'étranger l'honneur de la nation, et lui conservant dans l'itilérieur sa liberté et ses privileges. Or, elait-il légitime de troubler un gouvernement affermi depuis si longtemps, et de plonger un royaume dans toutes les horreurs de la guerre civile uniquement pour replacer sur le tiône les descendants d'un monarque qui avait voloriaircment abdiqué. Et quand même, d'un autre côté, sa coiiviclion intérieure ou li^s ordres de son père •.'t dt sf.n oncle finiraient par l'entraîner à enibrassi r la cause des Stuarts, il n'en devait pas moins commencer d'abord par laver son
honneur, en prouvant qu'il n'avait fait aucune démarche dans ce sens, comme il en était faussement soupçonné, tant qu'il avait conservé le grade qu'il tenait du monarque régnant. L'aimable simplicité de Rose, ses craintes alTectueu'es si ingénument exprimées la pensée de son état d'abandon, de la terreur, et même des dangers réels auxquels elle pouvait être livrée sans appui et sans protection, firent une vive impression sur son esprit, et il se hâta de lui écrire, et de la remercier de la manière la plus afl'eciueuse de l'aimable inquiétude qu'elle avait éprouvée à son égard, l'assurant qu'il ne courait aucun danger. Il lui exprimait en même temps le tendre intérêt qu'il prenait à son sort et les vœux sincères qu'il formait pour son père et pour elle. Mais il fut bientôt distrait des émotions qu'il avait éprouvées en écrivant cette lettre, par la nécessité où il se voyait de faire ses adieux à Flora Mac-Ivor, et peut-être pour jamais. Cette réflexion était accompagnée d'une angoisse inexprimable ; en effet, par l'élévation de son àme et de son caractère par son dévouement désintéressé à la cause qu'elle avait embrassée' et sa délicatesse scrupuleuse sur les moyens de la servir, elle avait justifié aux yeux d'Edouard le choix de son cœur. Mais le temps pressait; l'active calomnie mettait à profit chaque jour de délai -il fallait partir sans retard. Dans cette résoliilidn, il chercha Fer^'us et lui communiqua le contenu de la lettre de Rose, lui déclarant'd'ailleurs qu'il avait pris le parti de se rendre sur-le-champ à Edimbourg, et de s'adresser à quelqu'un des personnages influents auxquels son père l'avait recommandé, pourluiexpiquersa conduite, et le charger de combaltrèles accusations qui pourraient s'élever contre lui. —Vous courez vous jeter dans la gueule du lion, lui répondit Mac-lvor; vous ne connaissez pas la sévérité d'un gouvernement
L'hôte du Chandelier d'or.
tourmenté par les justes craintes que lui inspire le sentiment de son illégitimité et des dangers auxquels elle l'expose II faudra donc i|ue je vous délivre des cachots de Stilling ou d'Edimbourg. — Mon innocence, mon rang, l'intimité île mon père avec lord M..., le générai G..., elc, nie serviront, j'espère, de protection. — Vous verrez que ce sera tout le contraire ; ers messieurs auront assez à s'occuper de leurs propres affaires. Encore une fois, voulez-vous prendre les couleurs écossaists, et rester quelque Icuips avec nous au milieu des lioiiillards tl dt s corbeaux, pour l'amour de la meilleure cause qui ait jamais sollicité re(.ée d'un brave ? — J'ai plusieurs raisons, mon cher Fergus, pour vous prier de m'en excuser.— Alors je vous trou-
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verai certainement sous peu exerçant vos talents poétiques à composer des éléi.'ies sur une prison, ou vos connaissances en fait d'anliqui'és, à dediiftVer un hiéroglyphe punique on irlandais (ce qui est, dit-on, la même choses gravé sur les mnrs de quelque ancienne voûte. Ou bien que diies-vons tV un petit pendement bien jo'i? iia. foi, je ne garantirais pa< qu'il ne vous fallût passer par cette désagréable cérémonie, si vous rencontrez un corps armé des whigsde l'ouest de l'Ecosse. — El pourquoi me traiieraient-i's ainsi ? — Pour mille Imunes raisons : |iremicrenient parce que vous êtes Anglais ; secondement, pïrce que vous êtes gentilhomme; troisié.mement, relaliveiiienl à l'episcopat, et quatrièmement, parce qu'il y a longtemps qu'ils n'ont eu l'occasion d'exercer leurs talents dans ce genre. Mais ne vous dé.sespérez pas, mon cher, tout celi se fera pour la plus grande gloire de Dieu. — N'imp-irle, il faut que je me livre à mun'sort. — Vous êtes donc bien décidé? —Absolument. — Vous êtes un entêté, dit Fergus, mais vous ne pouvez pas aller à pied, et moi je n'aurai pas besoin de mon cheval, car il faut que je marche à la tète des enfants dlvor. Vous prendrez le brun Dermid. —Si \ous voulez me le vendre, je vous en aurai certainement beaucoup d'obligations. —Eh bien! si votre orgueil anglais ne vous permet pas d'en accepter le don ou le prêt, je ue refuserai pas votre argent à la veille d'une campagne : S(in prix est de vingt guinées (rappelezvous l'époque, lecteur). Et quand vous proposez-vous de partir? — Le plus tôt sera le mieux. —C'est vrai, puisqu'il faut que vous partiez, ou mieux puisque vous voulez partir. Je prendrai, moi, le petit cheval de Flora, et je vous accompagnerai jusqu'à Ballybrough. Callum B g, faites préparer les chevaux, et portez le bagage de M. Waverlèy jusqu'à... (il nomma une petite ville), où il pourra trouver un cheval et un guide pour le conduire à Edimbourg. Vous prendrez l'habit des basses terres, Callum, et vous aurez soin de tenir votre langue, si vous ne voulez pas que je vous la coupe moimême. M. Waverlèy ipontera Dei niid. Puisse tournant vers Edouard , Fergus ajouta : Vous allez faire vos adieux à ma sœur? — Sans douîe; c'est-à-dire si miss Mac-Ivor veut m'accorder cet honneur. — Cathleen, allez prévenir ma sœur que M. Waverlèy désire la saluer avant de partir. Mais il faut s'occuper de la situation de Rose Bradwardine; je vo'ulr-ais qu'elle fût ici; eh! pourquoi n'y viendraii-elle p.is? Il n'y a que quatre habits r-ouges à Tully-Veolan, et leurs mousquets nous seraient ici fort utiles.
Edouard ne ht aucune réponse à ces réflexions sans suite; elles frappaient son oreille, mais son àme tout entière était concentrée dans l'attente de l'entrée de Flora. La porte s'ouvrit, mais ce n'était que Cathleen : elle venait annoncer que sa maîtresse priait le capitaine Waverlèy de l'ixcuser, et d'agréer les vœux qu'elle formait pour sa santé et son bonheur.
Vers midi les de* amisarrivèrent au défilé de Ballybrough. — Je ne puis aller plus loin, dit Fergus Mac-lvor, qui, pendant la route, s'était efforcé en vain de dissiper l'abattement de son ami; si ma fantasque sœur est pour quelque chose dans votre tristesse, je dois vousassurerqu'elle a la plus hante opinion de vous, quoique en ce moment lesaffai'cs publiques l'absorbent tout entière. Coiifiez-inoi vos intérêts; je ne les trahirai pas, pourvu que vmis me promettiez de ne plus reprendre celte honteuse cocarde. — Vous ne deve« pas le craindre, en vous rappelant de quelle manière on me l'a ôtée. Adieu. F^r-'us, tâchez que votre sœur ne m'oublie pas. — Adieu donc, Waverlèy ; peut-être entendrez-vous bientôt parler d'elle sous HO titre plus élevé : retournez chez vous, écrivez-nous, faites-vous des amis en aussi grand nombre et aussitôt que vous pourri z. Nous aurons bientôt des hôtes inattendus sur la côte de Suffolk, ou les nouvelles de France me tromperaient bien. ' Ainsi se séparèrent les deux amis : Fergus reprit la i-oute de son -ch.'teau, tandis qu Edouard, suivi de Callum Beg, qui avait pris en •tous points le costume d'un domestique des basses terres, se rendit à la petite ville de... — Edouard, pendant la route, était livré à ces sensations pénibles qui assiègent le cœur d'un amant condamréàla séparation et à l'incertitude, sensations pénibles et auxquelles pourtant il aime à .s'abandonner. Je ne sais pas si les femmes Gimprennent bien tout le pouvoir de l'absence , et je ne croirais pas non plus qu'il (ût>age de le leur apprendre, de peur que la fantaisie ne leur prit d exiler leurs amants. Le fait est que la distance produit souvent sur l'imagination le même effet que dans la perspective réelle ; elle arrondit, adoucit les objets et les fait paraître sous des formes plus gracieuses. L'éloignement affaiblit ce qu'il peut y avoir d'irrégalites dans un caractère; la méiiroire ne nous en retrace que les côtés brillanls , et ceux-ci suffisent pour donner à l'ensemble de l'élévation, de la grâce, ou de la beauté. De même que l'horizon sensible, l'imagination a aussi ses demiteintes dont elle voile les lointains; elle a aussi ses effets de lumière qu'elle sait distribuer à propos. Waverlèy oubliait les préjugés de Flora, en songeant à sa magnanimité, et lui pardonnait presque la fr.-ideur dont elle payait .son attarhïment, en se rappelant quels sublimes penchants remplissaient son àme. Si un ,sentime(jt Êxalté de reconnai.ssance conceutrait à ce point toutes ses facultés sur la cause de son bienfaiteur, avec quelle sensibilité n'aimei-aitelîe pas l'homme qui serait assez heureux pour loucher son cœur?
Il se demandait ensuite s'il était jamiis destiné à être cet herirern mortel, el son imagination cherchait à résoudre cette qiip<tion d'une manière favorable, en lui rappelant tout ce qu'elle avait pu dire à sa louange, et en yajoutantun coinmenlaire plus flatteur que le texte. Tout ce qui appartenait à li vie réelle et vulgaire d'sjiaraissait dans ces rêves de l'imagination. Edouard enfin était bien près de faire une divinité de cet'e jeune personne dont la beauté , les talents et le noble caractère l'avaient .«érluit, etle temps se passait à faire des châteaux en Espagne , quand il arriva à une descente rapide qui lui fit découvrir à ses pieds le petit hour"...
La politesse montagnarde de Galium Beg (et ie dirai en passant qtr'il y a pende nations qui puissent se vanter d'autant de politesse naturelle que les montagnards); les idées de civilité de Galium Be», dis-je, ne lui avaient pas permis de troubler les rêveries de uotre héros. Mais voyant qu'il rentrait en lui-même à l'asnect du hoirg. il s'appr-ocha de lui, et luiditque sans doute, à l'auberge. Son Honneur voudrait bien ne pas parlerdeVich-lân-Vohr , car les wens de cet endroit étaient des enragés whigs , au point qu'il souh^iitaitque le diable voulût les exterminer. Waverlèy assura au prévoyant v.irlet qu'il serait prudent; et ayant remarqué non pas le son des cloches, mais le tintement de quelque chose qui ressemblait à un marteau frappant contre les côtés d'un vieux chaudron vermoulu suspendu dans une espèce de cahute ouverte, de la forme et de la grandeurd'unecage à m"ineaux, ornement d'un édifice pareil à une grange, il demanda à Galium Beg si ce rr'étaît pas un jour de dimanche. Le montagnard ne put le lui dire précisément : on ne voyait pas souvent de dimanche , disait-il, de ce côté du Pas de Baillybrough. En entrant dans laville cependantet en s'ipprochant de ràuberge la plus apparente, les voyageurs aperçurent nombre de vieilles femmes couvertes de mantelets ronges et de jupons bariolés, qui sortaient du vieux bâtiment et qui discutaient en chemin les différents mérites du bienheureux- jeune homme J^ibesh Renlowel et de ce vase d'élection, le vénérable M. Goukthrapple. Dès lors Galium crut pouvoir assurer au gentilhomme anglais que c'était sans doute le grand dimanche, ou bien le petit dimanche du gouvernement, qu'on appelait fête.
En descendant à renseigne du Chandelierd'nraiix sept branches, qui, pour la plus grande édification du public, |iortait une courte devi-se en hébreu, ils furent reçus par l'hôte , grande et maigre figure puritaine : cet homme semblait débattre en lui-même s'il donnerait asile à des gens qui voyageaient un tel jour; réfléchissant cependant, suivarrt toute probabilité, qu'il était en son pouvoir de leur infliger une amende pour cette irrégularité, et qu'ils pouvaient lui échapper en allant descendre chez George Duncanson, à l'enseigne du Highlander, M. EhenezerCruirkshanks daigna les admettre dans sa demeure. Ce fut ce dévot personnage que Waverlèy pria de lui procurer un guide avec un cheval de selle pour porter sa valise jusqu'à Edimlioiirg. — Et d'où pouvez .vous venir? demanda notre homme du Chandelier. — Je vous ai dit où je veux aller; je ne crois pas que le guide et le cheval aient besoin d'en savoir davantage. — Hum ! hum ! répliqua l'hôte un peu déconcerté de cette rebuffade; c'est aujourd'hui un jeûne général, monsieur, et je ne puis pas m'oci'uper d'affaires temporelles un tel jour, où tout le monde doit s'humilier, et où les apostats doivent r'entrer dans le salut, comme dit le digne M. Goukihrapple; un jour où, comme ledit au.ssi l'excellent M. Jabesh Rentowel, le pays doit être en deuil pour la violation et la destruction de l'acte d'alliance du Covenant. — Mon bon ami, si vous ne pouvez me procurer un cheval et un guide, mon domestique ira les chercher ailleurs. — Fort bien! Votre domestique? et pourquoi votre domestique ne vous accompagne-t-il pas lui-même à Edimbourg?
Waverlèy avait naturellement très pen de la fermeté et de la résolution d un capitaine de cavalerie; je veux parler de ce genre de fermeté auquel j'ai eu moi-même pins d'une obligation lorsque le hasard m'a l'ait rencontrer en diligînce quelque militaire qui voulait bien se charger de mettre les garçons d'aubi'rge à la raison, et de rogner les comptes des aubergistes. Toutefois, pendant son séjour en garnison , il avait fait quelques progrès dans cette science, si utile dans le cours de la vie, et la grossière curiosité de l'aubergiste commençait à lui échauffer les oreilles. — Vous oubliez que je suis entré chez vous pour me reposer, et non pour répondre à vos impertinentes questions. Il s'agit de me dire si vous pouvez ou non me procurer ce que je vous demande, et dans l'un et l'autre cas, je saurai le parti que j'ai à prendre.
M. Ebenezer Cruickshanks quitta la salle en murmurant quelques paroles entre ses dents, mais Edouard ne put comprendre si elles étaient affirmatives ou négatives. L'hôtesse, qui lui parut une femme civile, tran luille et laborieuse, probablenrent soumise eti esclave à son mari, vint prendre ses ordres pour le dîner; mais Edouard ne put en arracher de réponse au sujet du cheval et du guide; il parait que la loi salique régnait dans les écuries du Chandeier d'or. En s'approchant d'une fenêtre qui donnait i^ur la petite cour sombre et étroite dans laquelle Callum était occupé à frotter leschevaux, Waverlèy entendit le dialogue suivant entre l'avisé serviteur de Vich-lan-Vohr et son hôte : — Vous êtes probablement
du nord , jeune homme? commença ce dernier. — Vous pouvez bien le dire. — Et il paraît que vous avez fait une longue route aujourd'hui.— Assez longue pour boire volontiers la goutte. — Bonne femme, apportez-moi la pinte.
Ici il y eut un échange de civilités convenables à la circonstance ; après quoi mon hôte du Chandelier d'or, qui se flattait de s'être attiré la confiance du valet par celte attention hospitalière , reprit la conversation. — Vous n'avez guère de meilleur whisky que celui-ci au-dessus du Pas. — Je ne suis pas de ce côté-là. — On voit bien à votre accent que vous êtes montagnard. — Non , je suis du côté dAberdeen. — Et votre maître vient-il aussi d'Aberdeen? — Oui-dà, il l'a quitté en même temps que moi, répondit froidement l'impénétrable Galium. — Et quelle espèce de gentilhomme est-ce?
— Je crois que c'est un officier du roi George; au moins il va prendre la route du mi.li, et il a les poches pleines d'argent; il est généreux avec toutle monde, et pai-, .lans marchander. — Et il a besoin d'un cheval et d'un guide pour aller à Edimbourg? — Sans doute, et il faut les lui procurer sur-le-champ. — lluni ! cela lui coûtera cher. — 11 se soucie peu de cela. — Fort bien , Duncan : ne m'avez-vo'js pas dit que votre nom était Duncan , ou Donald? — Non, non ; Jamie , Jamie Steenson , je vous l'ai déjà dit.
Le sang-froid de cette réponse déjoua tousles plansde M. Cruickshanks , qui , assez mécontent de la réserve du maître et de la vivacité de riposte tout aussi peu satisfaisante du valet, prit cependant le parti de faire payer la location du cheval d'une manière qui pût le dédommager de voir frustrer sa curiosité. La solennité du jour ne fut pas oubliée dans le prix qu'il demanda , et qui , au total , ne .s'élevait pas à beaucoup plus du double d'un paiement honnête. Galium Beg bientôt après vint annoncer la ratification de ce traité.
— Ce vieux diable, dit-il, va lui-même accompagner Votre Honneur. — Cette compagnie ne sera pas très agréable, Galium, ni ]ieut-ètre même très sûre , car notre hôte parait è'rc un [)ersonnage fort curieux; mais il faut qu'un voyageur se soumette à ces inconvénients. En attendant, mon garçon, voici une liagatelle pour boire à la santé de Vich-lan-Vohr.
L'œil de faucon de Galium pétilla de joie en voyant la brillante guinée qui aiîcompaguait ces paroles; il se hâta, nou sans maudire l'incommodité des poches d'une culotte saxonne, d'y mettre en sùrclé son trésor. Puis, comme s'il voulait témoigner sa reconnaissance de cet acte de générosité, il s'approcha d'Edouard, et avec une expression de physionomie très significative, il lui dit à voix basse : — Si Votre Honneur pense que ce vieux coquin de whig puisse lui nuire, je trouverai moyen d'y pourvoir, sans que personne s'en doute. — Gomment? de quelle manière? — Galium pourrait aller l'attendre à une petite distance de la ville, et faire son affaire avec sou skene o'ccle. — Skene o'ccle! qu'est-cequecela? Galium déboutonna son habit, leva le bras gauche, et avec tn geste expressif montra la poignée d'un petit poignard cache dans la doublure de sa veste. Waverley crut avoir mal compris ce que le montagnard voulait dire; il regarda fixement Galium, et ne découvrit sur .ses traits un peu hàlés, mais d'une beauté remarquable, que le même degré de malice qui pourrait animer ceux d'un jeune Anglais, du même âge, au moment où il formerait le complot de voler les fruits d'un verger. — Grand Dieu ! Galium , voudriez-vous ôter la vie à cet homme? — Ma foi, répliqua le jeune déterminé, je crois qu'il a déjà l'ait un bail assez long, s'il songe à trahir d'honnêtes gens qui viennent dépenser leur argent dans son auberge.
Edouard vit que dans ce cas il ne gagnerait rien par des raisonnements; il se contenta donc d'enjoindre à Galium de mettre de côté ses projets contre la personne de M. Ebenezer Gruickshanks, et le page y acquie.sça de l'air de la plus grande indifTérence. — Son Honneur peut faire là-dessus ce qu'il lui plaît; le vieux coquin n'a jamais fait ie ma! à Galium .Mais voilà un bout de lettre que le chef m'a chargé de remettre à Votre Honneur avant de vous quitter.
La. lettre de Kergus contenait des vers de Elora sur le caiùlaiiie Wogan , dont ie caractère entreprenant a été si bien des.siné par Clarendon. Ce militaire avait d'abord étéattachéau p.irli du parlement, mais l'avait abandonné lors de l'exécution de Charles l'^', et en apprenant que l'étendard royal était arboré par le comte de Clenrairn et le général Midilleton, dans les hautes terres d'Eco.ssc, il prit congé de Charles 11 , alors à Paris, repassa eu Angleterre , assembla un (!orps de cavaliers dans les environs de Londres , traversa le royaume qui était depuis si longtemps sous la domination de l'usurpateur, et mit tant d'adresse, d'habileté et de courage dans ses mouvements, qu'il parvint à rejoindre, sans accident, avec sa (loignée de cavaliers, le corps de montagnards qui avait pris les armes. Après plusieurs mois d'une guerre dont les chances furent variées, cl où Wogan acquit la plus brillante réputation, il eut le malheur d'être blessé d'une manière dangeieuse, et ne se trouvant pus à portée de recevoir les secours d'un chirurgien , il termina sa courte et glorieuse carrière. Fergus, en habile politique, avait eu plusieurs raisons évidentes pour désirer mettre l'exemple de ce jeune héros sous les yeux de Waverley, <lonl le caractère romanesnue avait un grand rapport avi^c ceiui «hi capitaine Wogan. Cependant na lettre roulait priucipaluin^nt sur quelques cummisiiooH peu
importantes que Waverley devait remplir pour lui en Angleterre et ee ne fut que vers la fin qu'Edouard trouva ces mots moins insignifiants : M Je garde rancune à Flora de ce qu'elle nous a privés hier de sa compagnie; et pour en tirer vengeance, puisque je suis obligé de vous faire lire ce billet afin de vous rappeler votre promesse de m'envoyer de Londres la ligne à pêcher et l'arbalète que vous m'avez promises, j'y joindrai ses vers sur la mort de Wogan Je sais que cet envoi la contrariera ; car, à vous parler franchement je la crois plus amoureuse de la mémoire du héros défunt qu'elle ne le sera probablement jamais d'aucun vivant, à moins que celui-ri ne marche sur les traces du mort. Mais les gentilshommes anglais de nos jours gardent leurs chênes pour l'ornement de leurs parcs giboyeux, s'en servent quelquefois pour réparer des pertes de jeu. et ne les invoquent ni pour ceindre leur tète, ni pour ombrager leur tombeau. Permettez-moi, cependant, d'espérer qu'il se trouvera parmi eux une brillante exception dans la personne d'un ami bien cher, auquel je serais heureux de pouvoir donner un titre encore plus doux.»
Les vers étaient conçus et intitulés comme il suit :
A UN GHÉNE
Du cimetière de , dans les montagnes d'Ecosse, où il marqua, dit-<jn
la tombe du capitaine \Vogan, tué eu 1649. ' '
Emblème glorieux de la vieille Angleterre , Elève tes sommets puissants comme des tours Sur ia tombe où sommeille, au maiiu de ses jours, Un serviteur lidèle, un uoble militaire.
Du brave heureux modèle , au fond du noir cercueil , Ne va point murmurer si ce climat dénie A la terre où tu dors les Heurs qu'avec orgueil Sous un soleil plus doux offre une autre patrie.
Le printemps les fait naître , et l'été les ilétrit; Elles ont disparu lorsque l'hiver commence. Eclat étincelant, mais qui bientôt périt. Leur destin e.st pareil à ta courte existence.
« Wogan, tu vins chercher sur ces monts rocailleux,
Quand lej fils de la plaine ont déserté la lutte, Une race sauvage, heureuse sous la hutte. Que punit , sans la vaincre , un despote orgueilleux.
D'un parent, d'un ami, ta mort n'eut point les larmes; L'airain ne sonna point dans les tours du saint lieu; Et ton hymne funèbre et le dernier atlieu Fut l'éclatant pihroch des montagnards en armes.
Ton emblème était bien cet arbre anx forts rameaux, Bravant l'été brûlant et l'hiver et l'orage ; De chêne Rome a ceint 1-, front de ses 'héros : Héros presque romain, c'est ton dernier ombrage.
Quel que fût le mérite réel des vers de Flora Mac-Ivor, l'enthousiasme qu'ils respiraient était bien fait pour se communiquer à son amant. Ces lignes furent lues et relues , puis placées sur le cœur de Waverley, qui les reprit bientôt pour les relire encore , vers par vers d'une voix lente et émue, et avec des pauses fréquentes, qui prolongeaient son ravissement, de même qu'un épicurien savoure lentement et goutte à goutte la jouissance que lui procure un breuvage délicieux. L'arrivée de mistriss Gruickshanks avec le vin et les autres objets tout à fait terrestres qui devaient servir à son dîner, n'interrompit qu'à moitié ces transports d'un enthousiasme passionné. A la fin du repas, Ebenezer vint présenter sa taille hante et gauche, et son disgracieux vi.'iage. La partie supérieure de son corps, quoique la saison ne demandât pas une telle précaution, était enveloppée d'une grande redingoïc qui couvrait ses babils ordinaires et était serrée par une ceinture. Elle était surmontée d'un grand capuchon de même étofl'e qui avançait sur la tôle et le chapeau, les couvrait entièrement t.ius deux, et s'attachait sous le menton. Il tenait en main un énorme fouet de postillon dont le manche était garni de cuivre; ses jambes maigres étaient revêtues d'une paire de guêtres attachées sur le côté par des agrafes rouillées. Ainsi accoutré, il entra majestueusement dans l'appartement, faisant cette annonce d'un ton bref : — Les chevaux sont prêts.—
Vous venez donc avec moi vous-même, monsieur l'aubergiste?
Jusqu'à Perth seulement, où vous pourrez trouver un guide pour Edimbourg si vous en avez besoin.
En parlant ainsi, il mit sous les yeux de Waverley le mémoire
qu'il tenait à la main , et en même temps, sans autre invilation
que la sienne , il remplit un verre, et but dévotement au succès du
voyage. L'impudence de ce drôle révolta Waverley; mais comme
leurs rapports devaient être de courte durée , et qu'il avait besoin
de lui. Il ne fit aucune observation; ayant payé le mémoire, i'
j Qxprimale désir de partir sur-le-champ. En conséquence, il monl&
I tiiir IJermid et sortit du Chandelier d'or, suivi de la (igure puritaine
que nous avons décrite , apre< que celui-ci eut, avec beaucoup do
' temps et de peine et à l'aide d'un banc de pierre érigé pour la corn-
LES VEILLEES LITTÉRAIRES ILLUSTRÉES
modité du voyageur à la porte de sa maison, perché sa mince personne sur ia longue, vieille et maigre carcasse d'un animal poussif et couvert de plaies, vt^ritabli; fantôme d'un chfival rie race, sur le dos duquel le porle-manteau de WaverlcY fut doposé. Notre héros, qiioiipie d'assez mauvaise luimour, eut àc la peine ù sVnipèeher de rire en contemplant son nouvel ccuyer, et en se représentant l'élonnement que son arrivée exciterait au manoir de SVaverley s'd y paraissait dans cet équipage. 1,'envie de rire ri'Kdouard n'échappa point à notre hôte, qui en comprit instantanément la vraie cause, oc qui doubla le levain (ramorltime qu'exprimait sa ligure pharisienne : dès ce moment, il résolut intérieurement de faire payer cher au jeune Anglais le mépris avec leipiel il semblait le regarder. Callum se tenait aussi à la poite et s'amusait, avec une gaieté qu'il laissait éclater tout entière, de la ridicule figure de M. Ouii-kshanks. Waverley passa devant lui; il le salua respectueusement, et, s'approchant, lui dit tout bas de prendre garde que ce vieux coquin de whig ne lui jouât quelque tour. Waverley le remercia et lui dit ariieu à plus d'une reprise; puis il lança son cheval au grand trot, heureux d'échapper aux cris que poussaient les enfants en vnyant le vieil Ebenezer s'élever et retomber sur les étriers pour éviter les secousses qu'occasionne un trot un pi^u vif sur une route mal pavée. Bientôt le village fut à plusieurs milles derrière les voyageurs.