CHAPITRE XIX
Les réflexions d'Edgar étaient embarrassantes. Il se voyait plongé f dans le labyrinthe qu'il avait tant redouté. Le plaisirqu'il éprouvait dans la société de Lucy tenait de l'enchantement, et pourtant il n'avait jamais vaincu sa répugnance pour un mariage avec la fille i\r, son ennemi ; tout en pardonnant à sir William A>hton les injures que celui-ci avait faitesà sa famille, et en lui sachantgré des bonnes intentions qu'il lui témoignait, il ne pouvait envisager la possibilité il'. me alliance. 11 sentait qu'Alice avait raison, et qu'il devait pour Il honneur quitter incontinent le château do Ravenswood, ou se ser en prétendant déclaré de Lucy. Mais cette avance pouvait aussi tre rejetée; demander la miin d'une Ashton et se voir refusé, c'élail pour un Ravenswood le plus sanglant affront. — Je lui souhaite l'iul le bonheur possible, pensa-t-il en lui-même, et pour l'amour d'elle j'oublie tout le mal que son père a fait à ma maison , mais jamais, non jamais je ne la reverrai.
Ce fut avec un trouble plein d'amertume qu'il prit cette résolu-
ti'in à un endroit oii le chemin se partageait : l'une des branches
r' iiduisait à la fontaine de la Sirène, où Lucy l'attendait, et l'autre,
[OS sinueuse, menait au château. Il s'arrêta un instant avant de
1 1 vre cette dernière, cherchant une excuse pour motiver son brusque
part : — Des lettres reçues d'Edimbourg : ce prétexte en vaut un
lire ; ce qui importe, c'est de partir iinmédiatement. 11 achevait de
I irler, quand le jiune Henri arriva près de lui hors fl'haleine.
— Maître de Ravenswood, lui dit-il, il faut que vous donniez le bras
■ I i>ucy pour la reconduire au ch.'ifeau. Norman m'atli'ud pour une I Mimée dans la foret. Je ne voudrais pas pour un jacobus d'or être I I ive de ce plaisir. Lucy n'ose pas retourinr seulc à la maison,
■ iiiuiqu'on ait tué tous les taureaux sauvages; ainsi il faut que vous "lis rendiez tout de suite auprès d'elle.
Quand les deux ba.ssins d'une balance .sont également chargés,
une plume sullit pour la faire pencher. — 11 m est impossible de
■iser celte jeune personne dans le bois, se dit Edgar; la revoir une
IS de plus est de peu d'importance après nos entrevues fréquentes :
■ I ailleurs la politesse exige que je lui apprenne mon prompt dé- |.arl.
S' étant ainsi persuadé qu'il faisait une démarche prudente, indis- , tisablc même, il prit le chemin de la fatale fontaine. Henri partit l'ime l'éclair dans une autre direction, afin de iouir de la société Il ganle forestier. Ravenswood, sans réfléchir dfavantage, avança 1 un pas rapide, cl bientôt il rejoignit Lucy pris des ruines. Elle eta l assise sur une pierre détachée de l'ancienne fontaine, et .sem- Mail examiner le bouillonnement des eaux qui jailli,«saient des déus de la voùlc. Des regards supersiilieux auraient cru voir la nym- • de la source dans cc'tle jeune fille que couvrait un large iitiau ir.o- -lis, et ilonl Ifi longs cheveux, s'échappanl d'un rc- ■ HU de rubaqs, retoaibaienl sur son col argenté, Ravenswood n«
vit qu'une femme divinement belle, plus belle encore depuis qu'i^ était sûr d'en être aimé. En la contemplant, il sentit sa lésolntiort se fondre comme la neige aux rayons du soleil; et, sortant d'un taillis derrière lequel il s'était arrêté un instant, il s'approcha d'elle. Lucy répondit à son salut, sans se lever de la pierre sur laquelle elle était assise.
— Mon étourdi de Irère m'a quittée, mais je l'attends dans quelques minutes, dit-elle; car toute chose lui plaît, heureusement le charme ne dure pas longtemps.
Ravenswood n'eut pas le courage de lui apprendre que son frère méditait une longue course et ne reviendrait pas de sitôt. Il s'assit à quelque distance sur le gazon, et tous deux gardèrent le si-lence.
— J'aime ce lieu, dit enfin Lucy, embarrassée de ce silence; le murmure de la fontaine, le balancement des arbres, le luxe de la' verdure et des fleurs sauvages qui croissent parmi ces ruines, efr font une scène digne d'un roman: je crois aussi avoir entendu dire qu'on en a fait le théâtre d'une légende fort intéressante. — On a prétendu, reprit Ravenswood, que c'est un lieu fatal à ma famille, et j'ai quelque raison de le croire, car c'est ici que j'ai vu miss Ashton pour la première fois, et c'est ici que je dois lui dire tm éternel adieu.
La rougeu." que le cnmmencement de sa phrase avait fait monter' aux joues de l ucy en disparut subitement. — ■ Nous dire adieu ! s'écria-t-elle; qui peut vous presser de partir? Je sais qu'Alice déteste... je veux dire n'aime pas mon père, et je n'ai rien compris à sa mauvaise humeur d'aujourd'hui, non plus qu'à ses paroles mystérieuses. Mais je suis sûr que sir William a une reconnaissance sincère pour le service inappréciable que vous nous avez rendu. Permettez-nous d'espérer qu'après avoir gagné votre amitié depuis si peu de temps, nous ne la perdrons pas tout à coup ? — La perdre ! miss Ashton. Non; partout où le sort m'appellera, qu'il me protège' ou qu'il me persécute, c'est votre ami, votre ami sincère qui sfraJ là.... Mais une funeste destinée pèse sur moi, il faut que je parte, si je ne veux ajouter à mes malheurs le malheur d'autrui. — Ne nous quittez pas, sir Edgar, dit Lucy en touchant le bord de .son manteau avec toute la simplicité d'un cœur affectueux, comme si elle eut voulu le retenir; je ne veux pas que vous nous quittiez. Mon père est puissant, lia des amis qui le sont encore plus; ne vous en allez pas avant d'avoir vu les effets de sa reconnaissance; je le sais, il travaille déjà en votre faveur auprès du conseil privé. — Cela peut être, dit-il avec fierté; ce n'est cependant point à votre i)ère, miss Ashton, mais à mes efforts que je dois être redevable de mes succès. Mes préparatifs sont déjà faits : une épée, un manteau, un cœur intrépide et un bras ferme.
Lucy couvrit son visage de ses mains, et, malgré elle, des larmes se firent passage entr'^ ses doigts. — Pardonnez-moi , dit Ravenswood en prenant la main droite de la jeune fille que celle-ci lui abandonna après une légère résistance, tout en continuant de tenir l'autre devant son visage. Je suis trop rude, trop sauvage, trop intraitable pour un être aussi doux, aussi angélique. Oubliez qu'un sombre fantôme a traversé le sentier de votre vie, et laissezmoi poursuivre le mien, certain qu'après le malheur de vous quitter, je ne puis plus rien rencontrer qui m'alfecte.
Lucy pleurait toujours, mais ses larmes étaient moins amères ; chaque effort que faisait Edgar pour expliijuer le motif de son départ ne .servait qu'à montrer combien il désirait de rester. Enfin, au lieu de prononcer des adieux, il lui donna sa foi et reçut la sienne. Tout cela se passa si rapidement et fut le résultat d'une impulsion si subite , que Ravenswood ne put réfléchir aux consequences de cette promesse : tléjà leurs lèvres et leurs mains avaient scellé leurs serments.
— Maintenant, dit-il après un moment de réflexion, il est convenable que je parle à sir William Ashton ; il connaîtra notre engagement; Ravenswood ne doit point demeurer chez lui pour solliciter clandestinement l'amour de sa fille. - Ne parlez pas à mon père, dit Lucy d'un ton craintif. Puis elle ajouta avec chaleur : Oh ! non, non. Attendez que votre sort soit assuré, que votre situation et vos desseins soient fixés, avant de vous adresser à mon père. Je suis sûre qu'il vous aime, je crois qu'il y consentira ; mais ma mère...
Elle s'arrêta, honteuse de douter que son père osât prendre une résolution, dans une circonstance aussi importante, sans le con.sentement de lady Ashton.
— Votre mere, ma chère Lucy, reprit Ravenswood, est une Douglas ; or les Douglas ont contracté des alliances avec ma famille, même quand leur gloire élail au plus haut période : que pourraitelle olijeiter'/ — Je ne dis pas qu'elle .s'opposerait à notre union; mais rile est jalouse de ses droits et peut faire valoir ceux d'une mère à être consultée la preniièrc dans une telle circonstance. — Celte observation est juste ; mais quoique Londri'S, où elle a dû se rendre en partant d'Edimbourg, soit loin d'ici, quinze jours suffisent pour que la ré(ionse à une lettre nous arrive. Je ne pre.sserai pas le Inrd garde-des-sceaux di; prendre une di''cisiun iniméiliate. — Mais, dit Lucy en hésitant, ne v,indiait-il pas mieux attendre... attendre queltjues semaines. Si ma luere vous voyait, vous cou-
LES VEILLÉES LITTÉRAIRES ILLUSTRÉES
naissait, ji> suis SIM'.' qu'elle approuverait mon choix; mais elle ne vous coiinail pas personnellement, et rancicÈinc inimitié qui existe enlie nos ramilles
RavonsvYood fixa sur elle ses yeux noirs et perçants, comme s'il eût voulu pénétrer jusqu'au fond de son àmc. — Lucy, dit-il, j'ai sacrifié pour vous des projets de vengeance longtemps nourris, appuvés de. serments et de cérémonies dignes des païens; je les ai sacVillés à votre beauté, avant de ronnaître le trésor qu'elle annonce. La nuit qui suivit les funérailles de mon père, je coupai une boucle de mes cheveux, je la jetai dans un brasier, et en regardant le feu la consuniei, je jurai que ma vengeance poursuivrait les ennemis de ma race jusqu'à ce qu'ils fussent ainsi anéantis devant moi. — C'était un grand crime, dit Lucv, en pâlissant, de faire cet alfrenx serment. — Je l'avoue, et c'en eût été un plus grand de l'aceomplir. C'est pour l'amour de vous que j'ai tout abjuré, quoique je connusse à peine la cause qui me dominait. Mais lorsque je vous eus vue une seconde fois, je sentis linflueiice que vous aviez prise sur moi. — Et pourquoi rappeler des sentiments si terribles, des sentiments incompatibles avec ceux que vous dites avoir pour moi, avec ceux dont vous m'avez arracbé l'aveu'? — Parce que je désire que vous sachiez à quoi prix j'ai acheté votre amour et quels droits j'ai à votre constance. Je ne dis pas que j'y sacrifie l'honneur de ma maison ; mais, quoique je ne veuille ni le dire ni le penser, le monde peut faire l'un et l'autre. — Si tels sont vos sentiments, vous jouez un rôle bien cruel; mais il n'est point trop tard pour y renoncer. Reprenez la foi et le serment que vous ne pouviez engager sans compromettre l'honneur de votre maison ; que tout ce qui est
arrivé s'euace : oubliez-moi, je tâcherai d'oublier moi-même —
Vous me faites injure; par tout ce qui mérite le respect des hommes, vous ne me rendez pas justice. Si j'ai parlé du sacrifice par lequel j'ai acheté votre amour, c'était pour vous prouver le prix que j'y attache, pour donner plus de force à nos liens , et pour vous convaincre, par tout ce que j'ai fait pour l'obtenir, combien jesouilrirais si vous manquiez à votre foi. — Et pourquoi, Ravenswood,croiriez-vous une rupture possible? Pourquoi douteriez-vous de moi? Parce que je vous prie d'attendre avant de parler à mon père? Engagez-moi donc, par tels serments qu'il vous plaira ; s'ils sont inutiles pour assurer la constance, ils peuvent détruire les soupçons.
Ravenswood employa les prières et les supplications les plus vives pour la calmer ; il se jeta même à ses genoux. Lucy, aussi douce qu'innocente, pardonna volontiers un doute offensant. La querelle des deux amants se termina par une cérémonie emblématique, dont le peuple conserve encore l'usage. Ils rompirent en deux et se partagèrent la pièce d'or qu'Alice avait refusée. — Et toujouj-s ceci restera sur mon cœur, dit Lucy en suspendant la pièce à son cou et la cachant sous sa collerette, à moins que vous, Edgar Ravenswood, vous ne me disiez de vous rendre ce gage ; et tant que je le porterai, jamais ce cœur n'admettra un autre amour.
Ravenswood plaça l'autre moitié sur son sein, en faisant les mêmes protestations. Alors seulement ils s'aperçurent que le temps s'était écoulé bien vite pendant leur entrevue , et que leur absence du château pourrait être remarquée, donner même de l'inquiétude. Au moment où ils se levaient pour quitter la fontaine témoin de leurs serments, une flèche sillla en l'air, et frappa un corbeau perché sur la branche d'un vieux chêne, près duquel ils étaient assis : l'oiseau vint toudier en se débattant aux pieds de Lucy, dont la robe fut tachée de sang. Miss Ashlon ne put se défendre d'un mouvement d'effroi, et Ravenswood, courroucé et surpris, cherchait partout le tireur (jui avait donné cette preuve d'adresse aussi inattendue que peu désircc. 11 ne fut pas longtemps à le découvrir : c'était Henri , qui accourait de ce côté, une arbalète à la main.
— Je savais bien que je vous effraierais, dit-il, et je croyais que l'oiseau serait tombé tout droit sur votre tête. Que vous di^ait donc le Maître de Ravenswood, ma petite Lucy? — Je disais à votre sœur que vous étiez un paresseux, que vous nous teniez ici longtemps à vous attendre, répondit Edgar, afin de cacher la confusion de Lucy. — A m'altendre? mais je vous ai prié de conduire Lucy à la maison, en Vous prévenant que j'allais faire un tour dans la forêt avec le vieux r\ormau, que je fouillerais surtout le taillis de Hayberry ; et vous deviez savoir que cela prendrait une bonne heure. Nous avons reconnu les traces du daim, et tout apprêté, tandis que vous, vous êtes resté assis, à côté de Lucy, comme un vrai paresseux. — Eh bien ! monsieur Henri, voyons comment vous vous justifierez du meurtre de ce corbeau. Savez-vous que tous les corbeaux sont sous la protection des lords de Ravenswood (car leur nom signifie Lois des corbeaux), et qu'en tuer un en leur présence mérite un coup de poignard?— C'est ce que Norman me disait; il m'a assuré n'avoir jamais vil de corbeau rester si près de gens vivants ; il souhaitait que ce fût de bon augure, car le corbeau est un oiseau des plus sauvages, à moins qu'il ne soit apprivoisé ; je me suis donc avancé tout d.)ucemcnl, jusqu'à soixante pas ; et alors j'ai lancé ma flèche, et le voilà à terre, par ma foi. N'est-ce pas un bon coup? Cependant je n'ai peutêtre pas tiré di;( fois à l'arbalète. — Admirable en vérité; et vous serez un fameux archer, si vous continuez. — C'est ce que Normin m'a dit encore; et certes ce n'est pas ma faute si je ne pratique pas
davantage, carde mon propre gré je ne ferais pas autre chose. Mais mou père et mon précepteur se fâchent, et mi.ss Lucy se donne les tons de parler de tnon ouvrage, tandis qu'elle reste tout un jour à babiller avec un galant de son goût; je l'ai vue passer ainsi son temps plus de vingt fois; vous pouvez m'en croire.
Le jeune homme regardait sa sœur en prononçant ces paroles ; et, malgré son étourderie, il s'aperçut que ce malin bavardage l'affligeait, quoiqu'il n'en comprit pas la cause. — Allons, allons, Lucy, reprit-il, ne vous chagrinez pas ; et, si j'en ai dit plus qu'il n'en faut, je suis prêt à le nier. El qu'importe au Maître de Ravenswood, quand même vous auriez une centaine d'amoureux? 11 ne faut ]ias vous crever les yeux pour cela.
Ce fut fout au plus si Edgar fut content de ce qu'il entendait, quoique son bon sens lui dît naturellement que c'était le caquet d'un enfant gâté qui cherchait à mortifier sa sœur sur le point le plus sensible. Son âme, lente à recevoir les impressions, les conservait avec force : le babil de Henri y fit naître un vague soupçon ; son engagement allait l'exposer, comme un ennemi vaincu dans les pompes triomphales de l'ancienne Rome, à orner le char d'un vainqueur orgueilleux. U n'y avait, nous le répétons, aucune cause raisonnable de crainte , et l'on ne pourrait dire nue Ravenswood se soit sérieusement inquiété un seul instant. D'ailleurs, il était impossible de considérer les yeux de Lucy Ashton et d'entretenir le moindre doute sur sa sincérité. Néanmoins l'orgueil et la pauvreté se réunissaient pour rendre soupçonneux un esprit qui, en des circonstances plus heureuses , aus ait été inaccessible aux petitesses de la défiance.
ils arrivèrent au château, où sir William Ashton, que leur absence avait alarmé, les attendait dans la salle. — Si Lucy, dit-il, avait été avec toute autre personne que l'homme intrépide qui a si bien su la proléger, j'aurais été inquiet, et j'aurais envoyé après elle ; mais auprès du Maître de Ravenswood, je savais que ma fille n'avait rien à craindre.
Lucy balbutia quelques excuses sur leur retard, mais sa conscience la força de s'arrêter toute confuse; et quand Ravenswood voulut venir à son secours, il ne fit que partager son embarras, comme celui qui, voulant retirer son ami d'un bourbier, s'y enfoncerait avec lui. On ne peut supposer que la confusion des jeunes amants échappât à l'artificieux homme de lui ; mais il était de sa politique de ne pas la remarquer. H voulait tenir le Maître de Ravenswood dans ses liens, mais rester libre lui-même; et il ne lui vint pas dans l'idée que son plan pourrait bien être dérangé , si sa fille partageait la passion qu'elle inspirait. En supposant que, par hasard, elle ressentît quelque inclination pour Ravenswood, et que les circonstances ou le refus absolu de lady Ashton vinssent l'entraver, il se figurait qu'un voyage à Edimbourg, ou même à Londres, un cadeau de belles dentelles de Bruxelles, les hommages empressés d'une demi-douzaine de jeunes gens, suffiraient pour lui faire renoncer à celui qu'on lui commanderait d'oublier. Ainsi, en mettant les choses au pis, il se sentait disposé à encourager l'attachement de Lucy. D'ailleurs, le mariage de Lucy avec le Maitre de Ravenswood lui paraissait très convenable : par cette union, une haine de famille qui l'inquiétait parfois se trouvait assoupie; les intérêts des deux maisons devenaient les mêmes; sa conscience se trouvait débarrassée d'un fardeau assez lourd ; iiifin, il devenait le beau-père d'un homme chez lequel on devait n'connaître les talents nécessaires pour acquérir uue grande importance dans l'Etat.
Une lettre qu'il avait reçue le matin même, pendant l'absence des deux jeunes gens, et qu'il s'empressa de communiquer à E lg,ar, avait encore contribué à le mettre dans ces heureusi'S fiispositions. Cette lettre lui avait été apportée par un exprès., de la part de cet ami dont nous avons déjà parlé. Cet ami s'occupait sans relâche de réunir une troupe de patriotes, à la Ute desquels était la grande terreur de sir 'VS'illiam, l'actif et ambitieux marquis d'Athol. Lc^uccès avait été tel, qu'il avait obtenu de sir 'VN'illiam, sinon une réponse directement favorable, du moins une bonne réception. H l'avait annoncé au marquis, lequel avait répondu par un ancien proverbe bien connu. Un homme d'Etatqui entendait proposer un changement dans l'administration sans faire d'objection, était, selon l'opinion du marquis, dans la même position qu'une forteresse qui parlemente ou qu'une femme qui écoute; et il résolut de serrer vivement le lord garde-des-sceaux.
Le paquet contenait donc une lettre de son ami et parent, et une antre du marquis lui-même, qui lui annonçaient que ce seigneur irait, sans cérémonie, lui faire une visite dans son château de Ravenswood. Or, comme le marquis d'Athol devait nécessairement traverser, pour se rendre dans le midi , celte contrée dont les routes étaient aussi mauvaises que les auberges détestables ; comme, d'ua autre côté, le lord garde-des-sceaux, par suite de ses fonctions, avait avec Sa Seigneurie des relations obligées, sinon li^ès intimes, cette visite devait paraître assez naturelle pour ne pas éveiller le soupçon. Sir William répondit donc qu'il recevrait avec plaisir la visite dont le marquis voulait bien l'honorer, se réservant en lui-même de n'entrer dans Ses vues ou de ne les favoriser qu'autant que l'exigerait la raison, c'est-à-dire son intérêt personnel.
LA FIANCÉE DE LAMMERMOOR
DeKX circonstanoes \m re«daient cette visite particultcremcnt agréable : la présence de pavenswood et l'absence de son épouse. La première lui donnait lieu d'espérer que toute hostilité cesserait entre lui et le marquis; et jl prévoyait que, pour son système de tergiversations et de temporisation , Lucy serait une meilleure maîtresse de maison que sa mère, dont le caractère orgueilleux et implacable aurait pu déconcerter les plans politiques les mieux concertés.
Ravenswood se rendit sans peine à la prière du lord , qui l'invitait à rester pour recevoir son parent; car son entretien avec Lucy auprès de la fontaine avait chassé loin de lui tout désir de départ. Lucy et Lockhard, chacun dans ses attributions respectives, durent faire les préparatifs nécessaires pour recevoir le marquis avec une pompe et un luxe peu connus alors en Ecosse.