CHAPITRE XXXU
A peine miss Ashton avait-elle laissé tomber la plume, que la porte du salon s'ouvrit, et l'on vit entrer le Maître de Ravenswood... Lockhard et un autre domestique, qui avaient vainement tenté de s'opposer à son passage dans la galerie et l'antichambre, se tenaient sur le seuil de la porte, immobiles de surprise, sentiment qui à l'instant saisit toutes les personnes réunies dans le grand salon. L'étonnement du colonel Douglas Ashton était mêlé de colère ; celui de Bucklaw d'une indifférence hautaine et affectée; le garde-des-sceaux, lady Ashton elle-même, furent consternés; Craigcngelt, placé derrière son patron et le colonel, méditait sur les moyens de fuir ; le ministre, les mains levées vers le ciel, paraissait implorer son secours, et Lucy était comme pétrifiée par une apparition surnaturelle : en effet, Ravenswood ressemblait plutôt à un spectre qu'à un être vivant.
H s'arrêta au milieu de l'appartement, vis-à-vis de la table près de laquelle Lucy était assise, et, comme s'il eût été seul dans la chambre, il fixa ses yeux sur elle avec l'expression d'un profond chafjrin et d'une indignation réfléchie. Son manteau à l'espagnole, d'une couleur sombre, et qui laissait à découvert une de ses épaules, l'enveloppait à demi dans ses larges plis. Son riche costume était couvert de boue et en désordre, par suite de la rapidité de sa course. 11 portait une épée au côté et des pistolets à la ceinture. Son chapeau rabattu, qu'il n'avait pas ôté en entrant, répandait encore une teinte plus sombre sur ses traits naturellement bruns et qui, amaigris par le chagrin, et couverts d'une alfreuse pâleur, suite d'une longue maladie, donnaient à sa physionomie ordinairement grave une expression farouche et même sauvage. Sa chevelure en désordre, dont une partie s'échappait de dessous son chapeau, son regard fixe et sa pose immobile, donnaient à sa tête le caractère d'un buste de marbre, il ne proféra pas une seule parole, et pendant plus de deux minutes un profond silence régna dans l'appartement.
Ce silence fut Interrompu par lady Ashton, qui, dans ce court espace detemps, avait retrouvé une partie de son audace naturelle. Elle demanda à l'étranger le motif d'une visite dont rien ne pouvait justifierla hardiesse. — C'est à moi, madame, dit son fils, qu'appartient de faire une pareille question, et je prie le Maître de Ravenswood de me suivre dans un endroit où il pourra me répondre tout à son aise. .Mais Bucklaw l'interrompit en disant : — Personne au monde ne peut m'enlever le privilège de demander une explication au Maître de Ravenswood. Craigengeït, ajouta-t-il tout bas, que diable avezvous donc à trembler? croyez-vous voir un spectre? Allez me chercher mon épée dans la galerie. — Je ne céderai à qui que ce soit, dit le colonel, le droit d'avoir raison de cet homme pour l'insulte sans exemple qu'il fait à ma famille. — Patience, messieurs, répliqua Ravenswood en promenant sur eux des regards farouches et en étendant la main pour faire cesser cette altercation ; si vous êtes aussi las de vivre que je le suis moi-même, je trouverai le temps et le lieu de jouer ma vie contre l'une des vôtres, ou contre toutes les deux ; pour le moment, je n'ai pas le temps de me quereller avec des enfants. — Des enfants! répéta le rolnnel en tirant à demi son épée hors du fourreau, tandis que Bucklaw saisit la poignée de celle que Craigengeït venait de lui apporter.
Sir William Ashton, alarmé pour .son fils, se jeta entre les jeunes gens et Ravenswood, en s'écriant : — Mon fils, je vous l'ordonne; Bucklaw, je vous en supplie, conservez la paix, au nom de la reine et de la loi. — Au nom de la loi de Dieu, ajouta Bide-the-hent s'avanrant aussi, les mains élevées, entre Bucklaw, le colonel et l'élra?igçr; au nom de celui qui apporta la paixsurla terre, et la bonne volonté parmi les hommes, je vous supplie, je vous conjure, je vous ordonne de vous abstenir de toute violence les uns envers les autres. Dieu hait l'homme altéré de .sang; celui qui frappe du glaive, périra par le glaive. — Me prenez-vous pour un chien ou pour une brute pliisstupide encore, s'écria le colonel Ashton en so tournant vers le ministre, pour m'engager à souffrir une pareille insultedans la maison de mon père? Laissez-moi, Bucklaw; il m'en rendra raison, ou, de par le ciel, je le tuerai sur la place. — Vous ne le toucherez pas, dit Bucklaw ; il m'a une fois donné la vie, et fût-il le diable lui-même venu pour emporter la maison et toute la famille, on ne l'attaquera qu'après lui avoir donné le temps de se reconnaître.
Les pas.sions des deux jeunes gens se contrariant ainsi , permirent à Ravenswood de s'écrier d'un ton ferme et sévère: — Silence!... yue celui de vousqui voudra se battre avec moi choisisse un moment et un lieu plus convenables. L'affaire qui m'amène ici sera bientôt terminée... Est-ce là votre si^;natnre, madame? ajouta-t-il d'un ton plus doux en présentant à miss Ashton sa dernière lettre.
Un oui, balbutie plutôt que prononcé, sembla s'i'chapper à regret des lèvres de Lucy. — Et ceci est-il aussi votrr\ signature? rontiuua- -ilcn lui montrant la promesse écrite qu'elle lui avait donnée.
Lucy garda le silence. La terreur, et un sentiment encore plus fort et plus confus, troublèrent tellement son esprit, que probablement elle ne comprit pas bien la question qui lui était adressée. — Si votre dessein, dit sir William Ashton, est de fonder sur cette pièce une prétention légale, ne vous attendez pas à recevoir une réponse à une question extra-judiciaire. — Sir William Ashton, dit Ravenswood, je vous prie, ainsi que tous ceux qui m'entendent, de ne point vous méprendre sur mes intentions. Si cette jeune demoiselle, de sa libre volonté, désire que je lui rende cet engagement, ainsi que sa lettre parait l'indiquer, il n'est pas une feuille sèche, poussée par le vent d'automne sur la bruyère, qui ait à mes yeux moins de valeur que ce papier. Mais je dois et je veux entendre la vérité de sa propre bouch'', et je ne .sortirai pas d'ici sans avoir reçu cette satisfaction. Vous pouvez m'écraser par le nombre ; mais je suis armé, je suis au désespoir, et je ne mourrai pas sans vengeance. Voici ma résolution, pensez-en ce qu'il vous plaira. Je veux entendrede la propre bouche de miss Ashton la détermination qu'elle a prise : je veux l'entendre d'elle seule et sans témoins. Maintenant, ajouta-t-il en tirant son épée de la main droite, et prenant delà main gauche un pistolet qu'il arma, mais en tournant vers la terre la pointe de l'une et le bout de l'autre; maintenant, voyez si vous voulez que ce salon soit inondé des.mg, ou si j'aurai avec ma fiancée l'entrevue décisive que les lois de Dieu et du pays me donnent le droit d'exiger.
Le son de sa voix, l'action dont elle était accompagnée, et qui indiquaitune détermination bien ferme, ftrenttressaillirtoutle monde; car l'excès du véritable désespoir manque rarement de faire taire les passions moins énergiques par lesquelles on peut le combattre. L'ecclésiastique fut le premier à rompre le silence : — Au nom de Dieu, dit-il, ne rejetez pas l'ouverture de paix que vous faille plus hunihlfi de ses serviteurs. Ce que cet honorable gentilhomme vous demande, bien qu'il y mette un peu trop de violence, n'est cependant pas tout-à-fait déraisonnable. Souffrez qu'il apprenne de la propre bouche de miss Lucy qu'elle s'est fait un devoir de se conformer à la volonté de ses parents, et qu'elle se repent de l'engagement précédemment pris envers lui : lorsqu'il aura reçu cette assurance, il se retirera en paix. Hélas! l'esprit du vieil homme se retrouve encore tout vivace, même dans les régénérés, et nous devons avoir plus d'indulgence pour ceux qui, retenus dans les liens de l'iniquité, se laissent entraîner au courant irrésistible des passions mondaines. Accordez donc au Maître de Ravenswood l'entrevue sur laquelle il insiste. Klle ne peut qu'occasionner une douleur momentanée à celte honorable demoiselle, puisque sa foi a été irrévocablement donnée, conformément à la volonté de ses parents. Consentez-y, je vous le répète, afin d'éviter l'effusion du sanç. Il est du devoir de mon ministère de prier une illustre famille d'accueillir cette ouverture, qui cicatrisera toutes les plaies. — Jamais, répondit lady Ashton, chez qui la rage avait succédé à la surprise et à la terreur, jamais cet homme n'aura un entretien secret avec ma fille : elle est la fiancée d'un autre. Quitte cet appartement qui voudra; moi, je reste. Je ne crains ni sa violence, ni ses armes, bien que d'autres qui portent mon nom,ajouta-t-elle en lançant un regard sur le colonel, semblent en être intimidés. — Pour l'amour de Dieu, madame, s'écria le vénérable pasteur, ne jetez pas à la flamme un nouvel aliment. Le Maître de Ravenswood, j'en suis sûr, ne s'opposera point à ce que vous soyez présente, attendu le mauvais état de la santé de votre fille et les devoirs que votre qualité de mère vous impose. Mol aussi, je resterai ; peut-être mes cheveux blancs mettront-ils un frein à se violence. — Vous êtes parfaitement libre de demeurer, monsieur, répondit Ravenswood, ainsi que lady Ashton, si elle lejuge apropos; mais que tous les autres sortent. — Ravenswood, dit le colonel en passant près de lui, vous me rendrez raison de cette conduite, avant qu'il soit longtemps. — Quand il vous plaira. — Mais moi, ajouta Bucklaw avec un demi-sourire, j'ai un compte antérieur à régler avec vous, un compte qui date déjà d'assez loin. — Arrangez cela comme vous l'entendrez, mais laissez-moi en paix aujourd'hui ; demain je n'aurai rien de plus à cœur au monde que de vous donner toutes les satisfactions possibles.
Avant de sortir du salon, sir William s'arrêta un instant. — Maître de Ravenswood, dit-Il d'un ton conciliant, je ne crois pas avoir mérité la scène scandaleuse dont vous venez affliger ma famille. Si vous voulez remettre votre épée dans le fourreau et me suivre dans mon cabinet, je vous démontrerai l'inutilité de la démarche irrpgulière que vous faites en ce moment... — Demain, monsieur, demain ! s'écria Edgar ; j'écouterai demain tout ce que vous avez à me dire : cette journée est dévolue à une affaire sacrée.
De la main il lui montra la porte, et sir William sortit. Ravenswood fit rentrer alors son épée dans le fourr('au, désarma son pistolet et le remit à sa ceinture; puis il .s'avança d'un air résolu vers la porte du .salon , qu'il ferma au verrou, revint, ôta son chapeau, et fixant sur Lucy des regards dans lesquels on lisait un profond chagrin , mais sans nulle expression de colère, il rejeta en arrière les cheveux qui couvraient une partie de son visage, et lui dit: — Me ■ rcronnaisscz-vous, miss Ashton? Je suis encore Edgar Ravenswood. Elle garda le silence. Je suis encore, conliniia-t-il avec une v
LKS VEILLÉES LITTÉRAIKES ILLUSTRÉES.
meiicé toujours croissante, cet Edgar Ravenswood qui , par amour poirr vous, a uiamiué à ses scrmcnls de vengeance, vengeance qui, jHHif lui, était un devoir sacrt^; je suis ce Ravenswood qui, pour l'Umonr (te viuis, a pardonné, que dis-jc! a serre aniicalcinent la main de r(>ppri>seur, du destructeur de sa maison, du caloiniiiateur, du iireurtrier de son père. — Ma fiUe, interrompit lady Ashton, n a pas dessein de contester ridenlilé de votre personne; Paniertuilie de vos pamles snflit pour lui rappeler qu'elle entend parler le plus mortel etlni-mi de son père. — Je vous prie , madame, d'avoir un peu de patience : c'est ,^ iniss I,ncy que j« parle, c'est d'elle que j'attends une réponse... Enrore une fbis. miss Lucy Aslilon, je suis ce Ravenswood avec qui vous avez pris cet engagement soleniiel que vous paraisses niairitenaiil rétracter et annuler.
Les lèvres décolorées de Luèy ne purent que balhutior : — Ma mère a voulu... — (i'est la vérité, interrompit etieore lady Ashton ; c'est moi qui, m'y trouvant autorisée par les lois divines et humaines, lui ai conspillé, lui ai fait prendre la résolution de renoncer à un ensagemenl aussi malheureux qu'inconsidéré, à un engagement annulé par l'autorité de Dieu même. — De Dieu, répéta Ravenswood d'un ton de mépris. — Monsieur Bide-the- bent , dit lady Ashton, citez le texte d'après lequel vous avez vous-riième déclaré la nullité de l'engagement dont ce furieux veut soutenir la validité.
L'ecclésiastique tira de sa poche une Bible, dans laquelle il lut le passage suivant : — « Si une femme fait un vœu à la face de l'Eter- » nel, et se lie par serment lorsqu'elle habite encore la maison de » son père, si c'est une jeune fille, et que le père, ayant connu le » vœu qu'elle a fait et le serment par lequel elle .s'est engagée, ne s'y » montre pas contraire, sa promesse ou son voni sont obligatoires pour elle... « — Eh bien! n'est-ce pas précisément notre position? dema'ida Ravenswood en interrompant le ministre. — Modérez-vous, jeune bominc, reprit l'ecclésiastique, et écoutez ce que le texte sacré rtit ensuite ; « Mais si le père s'est opposé à ce vœu le jour même » tju'il lui a été connu , les serments de la jeune fille seront nuls, et « l'Eternel lui pardonnera , car le père s'y est o]iposé. » — Eh bien ! s'écria lady Ashton d'un air de fierté et de triomphe, n'est-ce pas là notre position? diffère-t-elle en rien de ce que dit le livre sacre ? Cet homme nierat-il que, dès l'instant que le père et la mère de miss .\shtori eurent connaissance du vœu ou de la promesse qui liait l'àme de leur fille, ils exprimèrent leur désapprobation dans les termes les plus formels, et l'informèrent, lui, par écrit, de leur détermination? —Est-ce là tout? dit Ravenswood. Puis s'adressant à Lucy : — Et vous ètesdisposée, dit-il, à renoncer à la foi jurée, à l'exercice de votre volonté, à vos sentiments d'affection, pour les misérables sophismcs de I hypocrisie? — Vous l'entendez! dit lady Ashton en s'adressant al'eeclesiastique, vous entendez le blasphémateur! — Que Dieu lui pardonne, et éclaire soii ignorance, répondit Bide-the-beni! — Avant de sanctionner ce qui a été fait en votre nom, continua Ravenswood en parlant toujours à Lucy, écoutez les sacrifices que j'ai faits pour vous. C'est en vain que mes meilleurs amis m'ont conseillé de la manière la plus prcs,santc de ne pas oublier l'honneur d'une ancienne famille, et de renoncer à vous; ni les arguments de la raison, ni les présages sinistres de la superstition, n'ont pu ébranler ma fidélité. Les morts mèn}q ioul sni-tis de leurs tombeaux pour me donner des avertissements, et CCS avertissements ont été méprisés. Éles-vous préparée à punir mon cœur de sa fidélité, en le perçant avec cette même arme que mon imprudente confiance a mise entre vos mains? — Maître de Ravenswood , dit lady Ashton , vous avez fait toutes les questions que vous avez jugées convenable. Vous voyez que ma fille est totalemcntin capable d'y répondre. Je vais le faire moi-même, et d'une manière qui ne vd\is pei"mettra d'élever aucune objection. Vous voulez savoir si Lucy Ashton , de sa pleine et libre volonté , désire annuler l'engagement qu'elle a eu la faiblesse de contracter? Vous avez la lettre, écrite de sa prtqire main , par laquelle elle vous demande de le lui rendre... Voulez-vous une preuve encore plus évidente r!e ses intentions! voici le contrat de mariage qu'elle a signé ce matin , en présence de ce respectable ecclésiastique, avec M. Hayston de Bucklaw.
Ravenswood regarda le contrat et resta comme pétrifié. — Et ce n'est ni par fraude, ni par force, dit-il en regardant le ministre, que miss .\shton a signé ce papier? — Je l'atteste sur mon caractère sacré. — Yoilii, en effet, madame, une preuve incontestable , reprit Ravenswood de l'air le plus sombre, et il serait également inutile et peu honorable pour moi de perdre un instant de plus à faire des remorttrances ou des reproches... Miss Ashton, ajouta-t-il en plaçant devant Lucy sa promesse et la moitié de la pièce d'or, je vous rends les marques de votre engagement. Puissiez-vous être plus fidèle à celui que vous venez de prendre! Je vous prie de vouloir bien me donner en retour les pges correspondants de ma confiance mal placée : je devrais dire, de mon insigne folie.
Lncy répondit au coup d'œil de mé[iris que lui jetait son amant par un regard qui setîiblait annoncer qu'elle concevait à peine tout ce qui se passait. Elle parut cependant deviner en partie ce qu'on lui demandait; car elle leva les mains comme pour dénouer un rubun bleu qu'elle portait autour de son cou, et auquel était suspendue la moitié de la lùèce d'or. Elle ne put y réussir; mais lady Ashton, coupant le ruban, l'en détacha; puis, avec un salut plein de hau-
teur, elle la remit à Raven.^wood, en même temps (|ue la promesse (le mariage qu'il avait signée, et dont elle s'était emparée depuis longtemps.
— Est-il possible! s'écria Edgar vivement ému, elle portait ce gage de ma foi dans son sein, contre son cœur, même à l'instant ou.... Mais toute plainte est désormais inutile, repril-il en essuyant brusquement une larme qui humectait sa paupière, et en reprenant sa sombre flei-té. S'approchant alors de la cheminée, il jeta dans le feu l'engagement et la piece d'or, et frappa les charbons ardenls avec le talon de .«a botte, comme pour exciter la combustion. — Je ne vous iniporlunerai pas plus longtemps de maprésence, dit-il ensuite à lady Asiiton , et je ne me vengerai de tous les maux que vous m'avez faits, qu'eu souhaitant que ce soient vos dernières machinations contre l'honneur et la félicité de voire lijie. Quantii vous, miss Ashton, je n'ai plus rien à vous dire ; je prie Dieu seulement que vous ne deveniez pas un exemple de la punition que sa justice inllige au paijure.
A ces mots, il sortit brusquement du salon. Sir William avait employé tour-à-tour les prières et l'autorité pour retenir son fils et Bucklaw dans une partie reculée du château, afin d'empêcher qu'ils ue se rencontrassent de nouveau avec Ravenswood; mais comme celui-ci descendait le grand escalier, l.ockhard lui remit un billet signé Sholto-Douglas Ashton , qui lui demandait où Ton pourrai* trouver le Maitrede Ravens^yood, dans quatre ou cinq jours, attend" qu'on avait une alf lire essentielle à régler avec lui aussitôt après l'événement important dont s'occupait alors sa famille. — Dites au colonel Ashton, répondit Ravenswood avec beaucoup de calme, qu'il me trouvera à Wolfs-Crag lorsqu'il jugera à propos de s'y rendre.
Sur l'escalier extérieur de la terrasse, il fut arrêté de nouveau par Craigengelt, qui , de la part de son patron, le laird de Bucklaw, exprima l'espoir que M. Ravenswood ne quitterait pas l'Ecosse avant dix jours, ajoutant que M. Hayston voulait lui témoigner sa reconnaissance des civilitesqu'il en avait reçues autrefois et tout récemment.
— Dites à votre maître, répondit fièrement Ravenswood, qu'il peut choisir le temps qui lui con viendra le mieux. 11 me trouvera à Wolfs- Crag, si quelqu'autre ne fa pas prévenu dans son dessein. — .Mon maître! répliqua Craigengelt encouragé par la présence du colonel Ashton et de Bucklaw, qu'il aperçut au bas de la terrasse. Permettezmoi devons dire que je ne connais personne sur la terre qui puisse se dire mon maître, et que je ne souffrirai pas qu'on me parle sur ce ton. — Va donc chercher ton maître dans les enfers! s'écria Ravenswood, s'abandonnant à la colère qu'il avait reprimée jusqu'alors, et poussant Craigengelt avec tant de violence, que celui-ci roula jusqu'au bas de fescalicr, où il resta étendu et privé de sentiment.
— Ah ! il faut être aussi insensé que je le suis , pensa-l-il presque au^silôl, pour me mettre en colère contre un tel misérable.
li repiit alors son cheval, qu'eu arrivant il avait attaché à une barrière, en face du château, marcha au petit pas jusqu'à ce qu'il se trouvât auprès de Bucklaw et du colonel Ashton, et les salua l'un et l'autre eu passant. Son regard plein de fierté semblait leur dire;
— Me voilà! qu'avez-vous à me demander? Ceux-ci lui rendirent son salut avec une fierté pareille; et il continua de marcher avec la même résolution jusqu'à l'extrémité de l'avenue, comme pour leur prouver que, loin de lesi viter, il désirait une prompte explication. Quand il eut franchi la dernière porte, il arrêta son cheval et porta un moment ses regards en arrière sur le château, [luisil piqua des deux, et partit avec la rapidité d'un démon chassé par f exorcisme.