‹ WaverleyChapitre 186 sur 231 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Morton dormit à peine quelques heures; son imagination, trouliléc par les événements de la jo;irnée, ne lui permit pas de jouir à'un sommeil paisible ; il fut poursuivi de mille visions; des scènes d'hijrrcuj se pré.sentaient àson e.sprit, et dans ces scènes son nouvel ami jouait le principal rôle. I,a seduivanlr image d Edith Helleiiden •e mêlait aussi à tes songes : ;lle semblait pleurer; les cheveux

épars, elle paraissait invoquer son aide; mais il se trouvait dans l'impuissance de la secourir. Il s'arracha, enfin à ce pénible sommeil, atteint de la fièvre, et l'àme en proie aux plus tristes pressentiments. Déjà la cime des montagnes éloignées se teignait de pourpre, et l'aube paraissait au ciel dans toute la fraîcheur d'une matinée d'été. — J'ai dormi trop longtemps, dit Morton, je dois sans perdre un instant hâter le départ de ce malheureux fugitif.

11 s'habilla promplement, ouvrit la porte de la maison avec précaution, et vola vers le lieu où le puritain était confine. Mortem entra sur la pointe du pied; car le ton assuré et les manières solennelles, aussi bien que le langage extraordinaire et les réilexions de ce singulier individu, l'avaient frappé d'un sentiment qui tenait du respect et de la crainte. Balfour était encore endormi. IJn raycui de lumière, donnant sur sa couche sans rideaux, fit voir à Morton ses traits durs, qui semblaient agités par quelque forte émotion de l'àme. Il ne s'était point déshabillé. Ses deux bras étaient hors du lit; sa main droite, fortement serrée, faisait par intervalles un mou-vement brusque comme pour frapper ; sa main gauche était étendue, et d'instants en instants, par une convulsion machinale, elle semblait repousserquelqu'un.Lasueur perlait sursoit front, pareille à ces bulles d'eau qui s'élèvent à la surface d'un ruisseau qu'on vient de troubler; et toutes ces marques d'émotion étaient accompagnées de mots entrecoupés: — Tu es pris. Judas... tu es pris... n'embrasse pas mes genoux... tuez-le!... un prêtre !... oui, un prêtre de Baal ; qu'il soit lié, qu'on l'immole près du ruisseau de Kishon!... les armes à feu seront sans pouvoir contre lui... frappez .. enfoncez le froid acier... mettez fin à son agonie .. mettez-y fin par respect pour ses cheveux blancs.

Justement alarmé de ces expressions violentes, qui, même dans le sommeil, semblaient se précipiter avec la farouche énergie du meurtre même, Morton frappa son hôte sur l'épaule afin de le réveiller ; il frémit, et s'écria tout d'abord: — Menez-moi où il vous plaira, j'avouerai tout ! Tournant bientôt autour de lui ses yeux toul grands ouverts , il reprit tout-à-coup son air triste et sombre ; et se jetant à genoux, avant de parler à Morton , il dit avec effusion une prière pour les souffrances de l'Église d'Éco.sse, demandant au Seigneur qu'il daignât jeter des yeux de bonté sur le précieux sang de ses martyrs, et qu'il étendit son bouclier sur les restes épars de ses fidèles, qui. pour l'honneur de son nom, habitaient les lieux sauvages et déserts. Vengeance prompte et complète, vengeance sur les oppresseurs! était la conclusion de cette dévote oraison, qu'il fit d'une voix haute et d'un ton emphatique, et que rendait encore plus expressive le style oriental emprunté à l'Écriture. Celte prière achevée, il se leva, et prit Morton par le bras; ils descendirent ensemble à l'écurie, où le Vagabond (pour donner à Burlcy un nom qui fut souvent la qualifie, ilion de sa secte) prépara son cheval aliii de poursuivre sa route. Quand l'animal fut sellé et bridé, Burley (iria son hôte de l'accompagner aune portée de fusil dans le bois, et de le mettre dans le vrai chemin des marais. Morton y consentit volontiers; ils marchèrent quelque temps en silence, sous l'ombre de vieux et beaux arbres , suivant un sentier que la nature avait tracé elle-même, et qui, traversant ce pays boisé environ l'espace d'un demi-mille, conduisait jusqu'à la terre nue et sauvage qui s'étend au pied des montagnes. Ils n'avaient point encore échangé un mot, (|uand Burley, rompaut ce long silence., .s'écria toutà coup : — Eh bien ! les paroles ijue je vous ai adressées hier soir ont-elles fructifié dans votre àine?

Miirton répondit :— J'ai toujours la même opinion, et suis toujours résolu, du moins aussi longtemps que cela sera possible, d'allier les devoirs d'un bon chrétien avec ceux d'un paisible sujet. — En d'autres termes, vous désirez à la fois servir Dieu et Mammon ; vous voulez un jour professer la vérité par vos lèvres, cl le jour suivant, au signal d'une puissance lyrannique et charnelle!, prendre les armes et verser le sang de ceux qui pour cette même vérité ont abandonné toutes choses. Pensez-vous toucher de la poix et garder vos mains sans tache? vous mêler dans les rangs des impies, des papistes, des éniscopaux , des latitudiuaires et des épicuriens; partager leurs plaisirs, qui sont comme les viandes offertes aux idoles; habiter peut-être avec leurs filles comme les enfants de Dieu avec les filles des hommes, avant le déluge, pensez-vous, dis-je, faire toutes ces choses, et rester exempt de soudlure? Je vous le répéterai l(nijours, toute communication avec les enneiuis de l'Église est la cho.se maudite que le Seigniuir abomine; ne touchez rien, ne goùtei: de rien, n'effieurez même rien! et ne vous affligez pas, jeune homme, comme si vous étiez le .seul appelés dompter vos affectioM.'» charnelles, et à renoncer à ces plaisirs oui soni comme un .serptnt sous vos pieds Je vous disque le fils de David n'annonce pas ua meilleur lot à toutes les générations de la race humaine.

Alors il .se mit en se'.'.e, el, .se tounianl vers Morton , Il lui récita le texte de rEcriliW, : n Un joug pesant fut imposé aux fils d'Adam, du jour où ils sellent du sein de leur mere jusqu'au jour où ils retournent d*"..i le sein de la mère commune de toutes choses. Celui dont iiB" soie d'azur forme le vètenii'iil el qui porte nui' roiininne, conTioiP relui dont l'habit e.st de lin ou de bure, tous ,^ont la proie de la Colère, de l'envie, des chagrins, des soucis, des querelles, et, mi>mo

LES VEILLÉES LITTÉRAIRES ILLUSTRÉES

au milieu du repos, de la crainte de la mort qni les suit en tous lieux. »

Ayant achevé ces paroles, il mit son cheval au galop, et bientôt il disparut sous le feuillage de la forêt. — Adieu, sauvage enthousiaste, (lit Morton le suivant des yeux. Combien serait dangereuse pour moi , da:is certaines dispositions de mon esprit, la société d'un tel homme' Bien que je ne sois pas ébranlé par son zèle pour les doctrines abstraites de la foi. ou plutôt pour un mode tout (larticulier de culte, puis-je être homme, et surtout Ecossais, et voir avec un œil d'indiCerence cette persécution qui de gens raisonnables fait autant de fous? N'est-ce pas pour la cause de la liberté civile et religieuse uue combattit mon père? Dois-je rester inactif, ou prendre le parti a'un gouvernement oppresseur, s'il n'y a aucun espoir raisonnable de réprimer les injustices sans mesure sous lesoueues succombent mes malheureux concitoyens? Et pourtant qni m'assure que ces hommes, rendus féroces par la persécution, ne seraient pas, à l'heure de la victoire, cruels et intolérants comme ceux qui les torturent aujourd'hui? Quelle modération, quelle merci doit-on attendre de ce Burley, un de leurs principaux champions, qui à présent même semble avoir les mains fumantes de quelque meurtre récent, et qui parait se débattre sous les aiguillons d'un remords que même l'enthousiasme ne peut émousser? Je suis las de ne voir que la violence et la rage autour de moi, tantôt prenant le masque des lois, tantôt relui du zèle religieux. Je suis fatigué de mon pays, de moi-même, de ma position dépendante, de mes sentiments refoulés dans mon cœur, de ces bois, de cette rivière, de cette maison, de tout enfin, sauf d'Edith : et elle ne peut être à moi! Pourquoi suivre ses promenades? Pourquoi nourrir mes propres illusions, et peut-être les siennes? Elle ne peut jamais être à moi! L'orgueil de sa grand'mère, les principes opposés de nos familles, le malheureux état de dépendance d'un miserable esclave qui n'a pas même les gages d'un serviteur : toutes ces causes rendent vain l'espoir de notre union. Pourquoi donc prolonger cette illusion pénible... Mais je ne suis pas esclave, reprit-il avec force en se redressant de toute la hauteur de sa taille; non certes, je ne suis pas esclave. Je puis changer de séjour : l'épée de mon père est en mes mains; et l'Europe n'est-elle pas ouverte devant moi comme elle l'a été pour lui et pour mille de mes compatriotes qui l'ont remplie du bruit de leurs exploits? Peut-être quelque chance heureuse m'élèvera-t-elle au rang de nos Ruthwen, de nos Lesley, de nos Monroe, ceschels tant aimés du fameux champion de la foi proleslanle, de l'illustre Gustave-Adolphe: sinon, du moins j'aurai la vie ou le tombeau d'un soldat.

Quand il eut pris cette détermination, il se trouva près de la porte de la maison de son oncle, et il résolut de ne point différer de lui en faire part. — Un seul rayon des yeux d'Edith, une seule promenade à ses côtés ferait tomber toute ma résolution. Allons, mon parti est irrévocable : ce sera la dernière fois que je la verrai.

Au milieu de ces reflexions, il entra dans la salle lambrissée, oij son oncle était déjà assis, prenant son repas du matin : un large plat de gruau et une quantité proportionnée de lait de beurre La ménagère favorite était debout derrière lui , tantôt se tenant droite, tantôt s'appuyant sur la chaise de son maitre, dans une posture moitié familière, moitié respectueuse Le vieux gentilhomme avait été dans ses jeunes années d'une taille très élevée, avantage qu'il avait perdu en se courbant au point que, dans un conseil de la commune, où il s'agissait de jeter un pont sur un ruisseau fort large, un plaisant proposa d'olTrir à Milnwood une bonne somme, s'il consentait à prêter son épine dorsale, vu que pour de l'argent il se vendrait tout entier. Des pieds d'une longueur sans exemple, des mains non moins longues, des doigts maigres, terminés par des ongles dont l'acier approchait rarement, des joues retirées; un visage sillonné de rides et dont la longueur répondait à celle de sa taille; une paire de petits yeux gris à l'affût du gain, et qui ne semblaient regarder une chnse que pour en tirer quelque avantage : tel était le grotesque extérieur de M. Morton de Milnwood. L:omme c'eût élé une méprise de la nature d'avoir confiné une àme noble et généreuse dans une si indigne demeure, elle l'avait gratifié d'un esprit parfaitement en harmonie avec le corps, c'est-à-dire qu'elle y avait logé la bassesse, l'égoïsme et l'avarice. Lorsque ce gracieux personnage vit son neveu devant lui, il se hâta, avant de lui parler, d'avaler la cuillerée de gruau, qui, toute pleine, était déjà sur le bord de ses lèvres ; et, comme le potage était brûlant, la douleur que cette gorgée lui occasionna en descendant du gosier dans l'estomac, en- Qamma davantage la mauvaise humeur avec laquelle il se préparait à recevoir le jeune homme.

— Que le diable emporte ceux qui t'ont fait! s'écria-t-il en apostrophant le plat qui était devant lui. — Ce potage est excellent, dit mistress Wilson, si vous voulez prendre le temps de le souffler. Je l'ai préparé de mes propres mains ; mais, quand on n'a point de patience, il faudrait avoir la gorge pavée. — Laissez-nous la paix, Alison : c'est à mon neveu que je veux parler. Eh bien, monsieur! quelle conduite tenez-vous? 11 était minuit quand vous êtes rentré à la maison. — En\ iron, monsieur, répondit Morton avec un ton d'indifférence.— Environ, monsieur! et quelle est cette manière di; répondre? Dites-moi pourquoi vous n'êtes pas rentré au logis avec

tout le monde, quand la revue a été finie. — Je pense que vous en connaissez parfaitement la raison, monsieur: j'ai eu le bonheur d'être le plus adroit au tir ; et, comme c'est l'usage, je suis resté pour offrir quelques rafraichisscmeuts à mes jeunes camarades. — Que le diable soit de vous, monsieur! et vous osez me dire cela en l'ace ! Vous allez offrir des rafraîchissements, vous qui ne sauriez où aller diuer, si vous n'étiez chez moi, chez un homme accablé lui-même de misère. Mais, puisque vous êtes à ma charge, il faut que votre travail me paie ces frais. Je ne vois pas pour quelle raison vous ne vous mettriez pas à la charrue, maintenant que le laboureur vient de nous quitter ; cela vaudrait beaucoup mieux assurément que de porter ces justaucorps verts, et de dissiper de l'argent en poudre et en plomb. Vous auriez un métier honnête; vous mangeriez votre pain sans en être redevable à personne. - Il me serait très agréable d'exercer un pareil métier, monsieur ; mais je ne sais pas conduire une charrue.— Et pourquoi non? c'est cent fois plus aisé que votre tir au fusil et à l'arc, pour lequel vous avez tant de passion. Le vieux Davie laboure à présent, et pendant deux ou trois jours vous pourriez lui servir d'aide pour exciter les bœufs, en prenant soin de ne pas trop les hâter; et puis après il vous sera aisé de vous mettre à l'œuvre entre les manches de la charrue. 'Vous n'apprendrez jamais si jeune, je vous en réponds. Notre terre d'Haggis-Holm est difficile à renmer, et Davie se fait trop vieux pour tenir longtemps le contre. — Je vous demande pardon de vous interrompre, monsieur; mais j'ai formé un projet qui de même pourra vous délivrer d'un parent depuis trop longtemps à votre charge. — Ah ! en vérité, vous avez formé un projet? il doit être beau! et quel est-il, jeune homme? — Je vais vous l'expliquer en deux mots, monsieur: je suis dans l'intention de quitter ce pays et de servira l'étranger, comme fit mou père avant les malheureuses dissensions qui déchirèrent le sein de la patrie. Son nom n'est point sans doute tellement oublié dans les pays où il a servi, qu'il ne puisse être de quelque utilité à son fils dans son apprentissage de soldat de fortune. — Ah! que Dieu nous soit en aide! s'écria la femme de charge ; notre bon jeune homme , M. Henri , s'en aller du pays! Non, non ; oh non ! cela ne peut pas être.

Milnwood n'avait jamais eu la moindre pensée de laisser aller son neveu, qui dans blendes circonstances lui était utile; il fut comme foudroyé de cette prompte déclaration d'indépendance de la part d'un être |)lacé tout à l'heure sous son autorité: cependant il se remit aussitôt d'un tel coup. — Et qui vous fournira les moyens, jeune homme, d'exécuter ce projet extravagant? ce ne sera pas moi, vous pouvez en être certain. Vous êtes déjà une charge pour la maison ; et, je le garantis, vous ferez comme fit votre père, vous vous marierez, et vous enverrez chez votre oncle une cohue d'enfants, se battant , criant dans ma maison pour tourmenter mes vieuxjours,et qui aprèsprendront comme vous leur volée dès qu'ils auront vu la ville. — Jamais je n'eus l'idée de me marier. — Ah ! oui , écoutez-le donc ! dit la ménagère; n'est-ce pas une honte d'entendre un tout jeune homme parler de cette façon? Ne sait-on pas qu'il faut qu'il prenne femme, ou que pis lui arrive. — Paix, Alison , paix ! s'écria le maître ; et vous , Henri , ajouta-t-il d'un ton radouci , chassez cette fnlie de votre cervelle : ce sont ces soldats que vous avez vus hier à la revue qui vous ont tourné la tête ; d'ailleurs, pour mettre à exécution toutes ces folies , tous ces beaux plans , il faut de l'argent , et vous n'.jn avez pas. — Je vous demande pardon, monsieur : mes besoins sont très bornés, et s'il vous plaisait de me donner la chaîne d'or dont le Margrave fit présent à mon père après la bataille de Lutzen... — Miséricorde! la chaîne d'or ! s'écrja l'oncle. — La chaîne d'or ! répéta la ménagère; et tous deux demeurèrent stupéfaits d'une demande aussi audacieuse. — J'en conserverai quelques anneaux , continua le jeune homme, en mémoire de celui qui l'a portée et du lieu où elle a été gagnée ; le reste me fournira les moyens de parcourir la même carrière où mon père obtint cette marque de distinction. — Dieu de miséricorde! s'écria la gouvernante, ne savez-vous pas, Henri, que mon maître la porte tous les dimanches? — Les dimanches et les samedis, ajouta aussitôt le vieux Milnwood, chaque fois que je mets mon habit de velours noir. D'ailleurs, j'ai ouï dire au greffier du district que cette espèce d'héritage retournait plutôt de droit au chef de la famille qu'à la ligne descendante. Cette chaîne a trois mille anneaux ; je les ai comptés au moins un millier de fois. Sa valeur est de trois cents livres sterling. — C'est beaucoup plus que ce dont j'ai besoin, monsieur; si vous consentez à me donner la troisième partie de sa valeur en argent, et cinq de ses anneaux, ce sera assez pour moi : le reste vous dédommagera des dépenses et de l'embarras que je vous ai causés. — Le jeune homme n'a plus sa tête à lui! s'écria l'oncle. Oh! bouté divine ! que deviendra la maison de Milnwood quand je serai mort ? 11 vendrait la couronne d'Ecosse, si elle était en sa possession. — Ecoutez, monsieur, reprit la vieille gouvernante, je vous dirai entre nous qu'il y a un peu de votre faute. Vous devriez au moins être plus généreux à son égard; et, puisqu'il a gagné le prix, il est bleu juste que vous payiez les dépenses qu'il a faites. — Si elles ne se montent qu'à deux ecus, Alison... dit levied avare bien à contre-cœur. — Je ferai ce compte-là moi-même avec Niel Blaiie la première fois que je descendrai à la ville, dit Alison; j'aurai meilleur marché que ne l'aurait Votre Honneur, ou M. Henri. Puis elle dit à l'oreille de Morton : Ne

LES PURITAINS

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l'ennuyez pas davantage, je solderai tout avec l'argent du beurre que je tendrai, et qu il n'en soit plus c]uestion. Alors, reprenant tout haut: Mais vous aussi, monsieur, ne parlez plus à ce jeune homme do mettre la main à la charrue; il n'y a que trop Je pauvres gens <lans le pays, de malheureux whigs qui seront bien joyeux de faire re métier pour un morceau de pain et une soupe. Cela leur conviendra mieux qu'à un jeune homme comme lui. : — Et ensuite nous aurons chez nous les dragons, s'écria Milnwood, pour avoir reçu et nourri des révoltés: belle alfaire ! Mais déjeuHez donc, Henri; quittez votre bel habit iieiif et reprenez votre surtout gris : c'est un costume plus décent, plus honnête, et plus agréable aux yeux que toutes ces fanfreluches et tous ces rubans.

Moi ton se retira, pensant bien que pour le moment il ne pourrait exécuter son projet; et peut-être d'un autre côté n'ét,iit-il pa.' fort mécontent des obstacles qui semblaient lui défendre de quitter le voisinage île Tillietudlein. La gouvernante l'accompagna dans la chambre voisine en lui fra|i|iant sur l'épauli:, et lui recommandant d'être un bon garçon et de serrer ses beaux habits. — Je dégarnirai Votre chapeau et je mettrai de côté les rubans ainsi que la ganse, dit la ciiinplaisante inénagcre, et ne nous parlez plus de quitter le pays, ni de vendre la chaîne d'or, car votre oncle a du plaisir à vous voir, presque aulaulqu'àcompter les anneaux de la chaiu'-; et vous savez que les vieilles gens ne peuvent durer toujours, .\insi la chaîne, les terres seront un jour à vous; puis vous vous marierez à quelque jeune demoiselle du pays, dont vous serez amoureux, et vous vous mettrez à la tète d'une bonne maison à Milnwood, car il y a tout ce qu'il faut pour cela Ne voilà-t-il pas de quoi vous dédommager d'attendre, mon enfant?

Il y avait quelque chose d.ins la dernière partie de cette prédiction qui résonnait si agréablement aux oreilles de Morton, qu'il |irit nffectueusenient la main de la vieille gouvernante, et l'assura qu'il était bien reconnaissant de ses bons avis, et qu'il réiléchirail avant d'exécuter son premier dessein.

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