‹ WaverleyChapitre 188 sur 231 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Henri avait refléchi au risque infructueux qu'il ferait courir à sa famille en résistant au pouvoir tyrannique remis entre de semblables mains ; c'est pourquoi il lut tranquillement le rapport, et répondit : — Je n'hésiterai pas à dire que ceux qui out commis cet assassinat ont, à mon avis, fait une aciion atroce et désespérée ; et je prévois avec douleur quelle alliicra de nouvelles rigueurs sur beaucoup d'innocents qui, comme moi, sont fort loin de l'aiipronver.

Tandis qu'Henri s'exprimait de la sorte , Bolhwell,qui l'observait attentivement, sembla soudain se rappeler ses traits. — Ha, ha ! mon ami, le capitaine Perroquet, je crois que je vous ai déjà vu hier soir, et en compagnie très suspecte. — Je vous ai vu une fois, dans une auberge de la ville de... — Et avec qui avez-vous quitté cette au- "oerge, jeune homme?... n'était-ce pas en compagnie de John Balfour de Hurley, l'un des meurtriers de l'arelievèque? — Je suis sorti de l'auberge avec la personne que vous venez de nommer; je ne veux pas le nier ; mais, loin de savoir qu'il était un des assassins du primat, j'ignorais alors qu'un tel crinie eût été commis. — Que le Seigneur ait pilié de moi , je suis ruiné! entièrement ruiné et perdu ! s'écria Milnwood. La lau.^'ue de ce misérabli^ lui fera perdre la tète, et me dépouillera même de l'habit gris qui me couvre le dos.

— Mais vous saviez que Burley, continua Bulliwell s'adressant encore à Henri , et sans prendre garde à l'exclamation de son oncle, était un rebelle et un traître , et vous connaissiez la défense faite de s'associer avec de semblables personnes. Vous n'ignoriez pas qu'il vous est défendu de secourir ce sujet déloyal , d'avoir des relations avec loi, de vous entretenir avec lui par lettre ou par message, ou de lui donner des aliments , une maison , un abri , sous les peines les plus rigoureuses : vous .saviez tout cela , et cependant vous avez violé la loi (Henri garda le silence). Où l'avcz-vous quitté? continua Btitliwcll; etait-ee sur la grande route? ou bien lui avez-vous donné le couvert dans cette maison? — Dans cette maison ! s'écria son oncle; il n'oserait, sous peine de la vie, introduire un trahie dans une maison qui m'appartient. — Ose-t-il nier qu'il l'ait fait'?

— Puisque vous me posez en prévenu, dit Henri, vous comprendrez que je ne dise rien qui puisse m' accuser moi-même. — 0 terres de .Milnwood! bonnes terres de Milnwood, ([ui depuis deux cents ans portez le nom de Morton ! vous êtes perdues, closet non clos, cliêiies et [leujiliers. — Non, monsieur, interrompit Henri, vous ne souffrirez rien pour moi. J'avoue, conlinua-t-il s'adressant à Botliwell, quej'ai logé cet homme pendant une nuit comme étant un vieux camarade de mon père. Mais c'était non-seulement sans le consentement de mon oncle , mais aussi contre tous ses ordres les "plus exprès. Je me flatte, si mon aveu n'accuse que moi seul, qu'il sera de ijuelque poids pour prouver l'innocence de mon oncle. — Fort bien , jeune iiommc , dit le soldat d'un ton plus radouci, vous êtes un bon garçon : je sois fâché pour vous de ce qui arrive; et votre oncle que voici est un fin et vieux Troyen, meilleur pnur ses hôtes , à ce que je vois, que pour lui-même, car il nous donne du vin et ne boit que s,i mauvaiseale. Apprenez-moi tout ce qui' vous savez sur Bui ley, ce qu'il a dit en \ous quittant, où il allait, et où il serait possible de le trouver maintenant; et le diable m'emporte si je ne ferme pas les yeux sur ce ipii vous regarde, autant (|ue mon di;voir peut le permettre. La tète de ce meurtrier est à piix pour mille mares d'argent : si je pouvais seulement l'attraper ! .\llons, dites-moi : où l'avcz-vous quitté? — Vous m'excuserez si je ne réponds pas à cette question, monsieur; la même raison qui m'a porlé à lui donner l'iiosiiitalité, sans |)rcndre garde aux risques que moi et mes amis pourrions courir, lu'ordoinHMai! île respecter sou secret, si loulefois il m'en avait confié un. — Ainsi donc, vous me refusez une réponse? — Je n'en ai aucune à vous faire. — Peut-être vous apprendrai-je à en trouver une, en attachant un bout de nicclic allumée enlre vos dojgis. — Uh I de grâce, monsieur, dit tout bas la vieille Alison à son maitre,

donnez-leur de l'argent... Ils ne cherchent que del'argent... ilstu»ronlM. Henri, et vous-même ensuite.

L'inquiétude et le chagrin tirent soupirer Milnwood, qui, du ton d'une personne prèle à rendre l'Ame, s'écria: — Si vingt li... li... livres pouvaient terminer ce malheureux difi'érend. — Mon maître, dit Alison s'adressanl au sergent, vous donnerait vingt livres sterling...— Livres d'Eco.sse, sorcière! interrompit Milnwood, car l'excès de sim avarice surinonlait en ce moment sa pruderie puritaine et le respect habiluel qu'il avait pour sa femme de charge. — Livres sterling, reprit mistress Wilson, si vous avez la bonté de ne pas faire altenlion à la conduite de ce jeune homme; il est tellement obstiné que vous pourriez bien le mettre en pièces sans en tirer un seul mot ; et je vous assure que cela ne vous fera aucun bien de lui brûler ses pauvres doigts. — En vérité, dit Botliwell en hésitant, je ne sais que faire; beaucoup de ceux qui portent mon habit prendraient l'argent, et en outre garderaient le prisonnier; mais j'ai de la conscience : si votre maître veut effectuer celte offre et s'engager à représenter son neveu, et si tous les gens de la maison prêtent le serment du test... — Oh, oui, oui, monsieur, s'écria mistress Wilson, tous les serments que vous voudrez! Et se tournant du côté de son maitre, hàtez-vous donc, monsieur, d'aller chercher votre argent, ou ils brûleront la maison.

Le vieux Milnwood lui lança un regard terrible, et serait en mouvement comme une horloge hollandaise, pour donner la liberté à ses anges emprisonnés. Pendant ce temps le sergent Bothwell commença, avec toute la solennité possible, à faire prêter le serment qui est encore en usage dans les bureaux des douanes de Sa Majesté.

— Vous, quelest votre nom, bonne femme? —Alison Wilson, monsieur. — Vous Alison Wilson, jurez, certifiez et déclarez solennellement que vous jugez déloyal pour tous sujets, sous prétexte de réforme ou autre motif, d'entrer dans aucune ligue ou covenant.

La cérémonie futen cet instant interrompue par une disputeentre Cuddie et sa mère, dispute qui avait été d'abord soutenue à voix basse, et qui commençait maintenant à se faire entendre. —Oh! silence, manière, silence! ils entrent en arrangement; oh! silence, et ils seront bientôt d'accord. — Je ne veux pus me taire, Cuddie : je parlerai haut; je confondrai le pécheur, l'homme rouge, et à ma voix .M. Henri sera délivré des filets du chasseur. — Elle a unejambe dans les barreaux de la herse maintenant, dit Cuddie, l'arrête qui peut, je la vois déjà perchée derrière un dragon, s'acheminant vers la Tolbooth (prison d'Edimbourg); je me vois moi-même les jambes liées sons le ventre d'un cheval. Oui, elle vient de préparer son ser mon, et voilà qu'elle va nous le débiter. Ah! nous sommes perdus, hommes et bêies! —Et vous croyez en venir là, s'écria .Mause, agitant ses mains desséchées, tandis que son visage, ordinairement plein de bonté quoique défiguré par les rides, exprimait par le feu dont il était animé toute la colère qu'excitait en elle la seule mention du serment; vous croyez en venir là avec cette perdition des ùmes, cette séduction des saints, cette confusion des consciences, je veux dire les serments, les tests et les mandements, vos embûches, vos trappes et vos pièges? Mais c'est en vain que l'on tend les filets en présence d'un oiseau. — Ah! quoi, bonne dame, dit le soldat; voici un miracle de whig, sur ma foi! la vieille a retrouvé et ses oreilles et sa langue, et nous allons devenir sourds à notre tour. Allons, silence, vieille imbécile! et rappelez-vous à qui vous parlez. — A qui je parle ! Eh, messieurs, le pays désolé ne sait que trop bien à qui je parle. Vous êtes de méchants prélatistes, de stupides soutiens d'une cause .sans force et sans moralité, de sanguinaires oiseaux de proie, et des fardeaux de la terre. — Sur mon àme, dit Bothwell, aussi étonné qu'un gros chien sur lequel une perdrix sauterait pour défendre ses petits, voici le'plus beau discours que j'aie jamais entendu! Poùvez-vous nous en dire davantage? — Vous en dire davantage! s'écria Mause éclaircissant sa voix en toussant d'abord. J'élèverai sans cesse contre vous mon témoignage. Vous êtes des Philistins, des Eilomiles; vous êtes des léopards, des renards, des loups de nuit qui rongent les os jusqu'au matin, des chiens enragés qui rôdent autour des élus, d'horribles bêtes à cornes, d'audacieux taureaux de Basan, de subtils serpents alliés par le nom et par la nature avec le grand dragon louge de l'Apocalypse, chapitre xii, versets 3 et 4.

En cet endroit la vieille s'arrêta, probablement faute d'haleine, non de matière.

— .Maudite vieille! s'écria un des dragons; bàillonnez-la, et conduisez-la au quartier-général. — Fi donc, Andrews, dit Bothwell; ra|ipelez-vous à quel sexe la bonne dame appartient, et laissez-la se servir du privilège de sa langue. Mais, écoutez, bonne femme, tous les taureaux de Basan et les dragons rouges ne seront pas aussi civils que moi, ou ne se contenteront pas de vous laisser à la charge du constable et de la chaise à plonger les sorcières. Cependant il faut que je mène absolument ce jeune homme an r|nartier-général : je serais blâmé par mon commandant si je le lai-;sais dans une maison où je sais qu'il y a tant de fanatisme et de trahison. — Uegardez à présent, ma nure, ce que vous avez fait, murmura Cuddie; voici les l'iiilistins, comme vous lesnomiuez, qui emniènent.M. Henri, et peste soit de votre bavardage. — faisez-vous, poltron, et laisse»-

LES PURITAINS

moi le soin de répondre; si vous et tous les autres poltrons qui se tiennent là comme des vaches ruminant leur luzerne, vous aviez dans vos bras autant de force qu'en a ma langue, on n'emmènerait jamais en captivité ce brave jeune homme.

Pendantce dialogue, les soldats s étaient saisis de leurprisonnier et s'assuraient de lui. Milnwood revint en cet instant: effrayé des préparatifs qu'il voyait, il se hâta d'offrir à Bolhwell, quoiqu'avec plus d'un profond soupir, la bourse d'or qu'il avait été obligé d'exhumer pour la rançon de son neveu. Le soldat prit la bourse avec un air d'indifférence, la mit dans sa main, la fit .sauter en l'air, et la rattrapa lorsqu'elle retombait ; ensuite il secoua la tète et dit : — H y a beaucoup de joyeuses nuits dans ce nid d'enfants jaunes, mais que le diable m'emporte si j'oserais m'exposer pour eux! Cette vieille femme a parlé trop haut, et devant beaucoup trop de monde. Kcoutez, mon vieux gentilhomme, il faut que j'emmène votre neveu au quartier-général; ainsi je ne puis, en conscience, garder plus que ce qui m'e.stdù coramecivilité. Alors, ouvrantla bourse, ildonnaune pièce d'or à chacun de ses soldats, et en prit trois pour lui. Maintenant, ajouta-t-il, vous aurez la consolation de savoir que votre parent, le jeune capitaine du Perroquet, sera traité avec égard et bonté; quant au reste de l'argent, je vous le rends.

Milnwood s'empressa de tendre la main. — Seulement vous savez, dit Bolhwell jouant encore avec la bourse, que chaque propriétaire est responsable de l'obéissance et de la loyauté de ses gens, et que les miens ne sont pas obligés de se taire sur le beau sermon que nous a fait cette vieille puritaine couverte de son plaid de tartan ; et vous présumez bien que les conséquences de ce récit vous attireront de la part du conseil une forte amende. — Bon sergent, ô digne capitaine! s'écria l'avare glacé de terreur, je suis certain qu'il n'y a personne dans ma maison qui, à ma connaissance, voudrait vous offenser. — Bon ! vous l'entendrez donner elle-même son témoignage, comme elle dit. Vous, mon ami, éloignez-vous et laissez votre mère exprimer sa pensée. Je vois qu'elle a amorcé et rechargé depuis son premier feu. — Seigneur!- noble gentilhomme, dit Cuddie, la langue d'une vieille femme est trop peu de chose pour faire tant de bruit; ni moi ni mon père n'avons jamais pris garde à ce que disait ma mère. — Silence, mon enfant, tandis que vous n'avez rien contre vous; vous me paraissez plus fin que vous ne voulez le faire croire. Allons, bonne dame, vous le voyez, votre maître ne pense pas que vous puissiez nous donner un si brillant témoignage.

Le zèle de Mause n'avait pas besoin d'un si puissant aiguillon pour la remettre sur la voie. — Malheur aux complaisants et aux égoïstes charnels qui souillent leur conscience en se prêtant aux extorsions de l'ennemi, et livrent le Mammon de l'iniquité aux fils de Bélial, pour être en paix avec eux ! C'est une infâme alliance avec l'ennemi. C'est le crime que fit Manaham en présence du Seigneur, lorsqu'il donna mille talents à Pul, roi d'Assyrie, pour que sa main le protégeât, comme I" rapporte le second livre des Rois, chap xv, verset 19. C'est la coupable action d'Achah, lorsqu'il envoyade l'argent à Téglat-Plialazar; voyez le même livre, chapitre xvi, versets. Et si cela fut regardé comme une apostasie, même chez le pieux Ezéchias qui s'arrangea avec Sennacherib, iliidem, chapitre viii, versets 14 et I.Ï, quel nom méritent ces rebelles et ces apostats, qui paient les impôts et honoraires, les taxes et amendes à d avides et méchants publicains, et se laissent lïapperd'extorsions etde salaires par de vils et mercenaires curés, et qui font des présents à nos oppresseurs, afin de les aider à nous détruire ! Us sont comme ceux qui jettent les dés avec eux, qui préparent une table pour les troupes, et qui fournissent de quoi boire à l'armée. —Voilà une belle doctrine pour vous, monsieur Morton; comment la trouvez-vous? dit Botbwell, ou comment croyez-vous que le conseil la trouvera? Je pense que nous pouvons en conserver la plus grande partie dans notre esprit sans crayons ni taldelles, comme vous en portez dans les conventicules. Elle refuse de payer l'impôt, je pense, n'est-ce pas?— Oui, pardicu! ré|ioudil Andrews, et elle a juré que c'étaitiin péché de donner un pot d'aleà un troupier, ou (le l'inviter à s'asseoira table.— Vous l'entendez, <lit Botbwell s'adressant à Milnwood, ruais c'est votre propre allaire. Et il lui pré-senta la liour.se avec son contenu fort diminué, et cela de l'air de k plus grande indiirérence.

Milnwood, dont la tèlc semblait étourdie par raccumulalinn de ses infortunes, tendit machinalement la main comme poutpiondre la bourse. — Etes-vous fou, lit la ménagère ;> voix basse; engagezles à lout prendre, car ils voudront tout avoir ton gré mal gre, et c'est notre seul espoir pour les rendre tranquilles. — Je ne saurais le faire. Aille, je ne le .sai rais, répondit Mihiwood dans l'amcrtuniedo .son cfEiir ; jo ne puis me résoudre à livrer a ces vauriens ce que j'ai compte si souvent — En ce cas, il faut que je dimnc la hoursc moimême, dit la ménagère, ou bien que je voie aller tout au diable. .Mon maître, dit-elle à Bolhwell, ne peut songer à reprendre une, clio.se iju'a tenue la main d'un gcnlilhonune aussi liononihle quo viHis; il vous prie de mettre cet argent dans votre poche, de traiter S'. Il iirvi'ii aii.ssi hiin qui' vous le pourrez, et di: faire un rapport faviiialile Miriios di>(i.)>iiion, (.■nveislc- gouMM'in i.éeiil, .iliii .|im ii.iiis n'éprouvions aucun mal pour les di.stours insensés de celle vieille

mégère (ici elle se tourna fièrement vers Mause afin de se soulager de l'effort douloureux qu'elle avait fait pour prendre un air de douceur devant les soldats), une whig surannée, coureuse et folle, qui n'est dans la maison (le diable l'emiiorte!) que depuis hier après midi, et qui ne repassera jamais le seuil de la porte, si une bonne fois je réussis à l'en faire sorlir. — Bon, bon, chuchota Cuddie à sa mère, bien parlé; j'étais certain que nous serions obligés de recommencer nos voyages aussitôt que vous auriez pu prononcer trois mots de suite; j'en étais sûr, ma mère r— Silence, mon enfant, ne murmurez pas contre cet accident, contre cette défense de franchir leur porte: je ne la franchirai jamais; il n'est sur le seuil aucune marque annonçant que l'ange exterminateur doit passer outre sans s'y arrêter. Ils recevront encoreun coup de sa main, ceux qui parlent (antde lacréalure et si peu du Créateur; qui s'occupent tant des riclicsses de ce monde, et si pmi d'un covenant dissous; tant de leurs pièces de vil métal jaune, et si peu de cet or pur de l'Ecriture; tant de leurs amis etde leurs parents, et si peu des élus destinés à souffiir les fatigues, les exils, les poursuites, les emprisonnements et les tortures, le glaive, la hache, la potence et la roue, sans compter les centaines d'hommes forcés d'abandonner leurs habitations pour errer au milieu des déserts, des montagnes, des landes, des marais, des tourbières, seuls lieux où ils puissent se nourrir de la parole de Dieu, comme d'un pain mangé en secret. — Elle est maintenant au covenant, mon sergent : ne pouvons-nous l'emmener? dit un des soldats. — Allez au diable ! répondit Botbwell à demi-voix. Ne voyezvous pas qu'elle est mieux ici qu'avec nous, aussi longtemps qu'il y a un propriétaire responsable, un honnête bailleur de fonds, comme M. Morton de Milnwood, qui a les moyens de payer les folies de cette vieille? Laissez cette radoteuse prendre son vol pour élever une autre couvée; elle est trop coriace pour que l'on fasse de son cor(is quelque chose de bon. Allons ! portons une autre santé à Milnwood et à sa demeure, et à notre prochaine et joyeuse rencontre avec lui! j'espère que nous ne larderons pas à nous revoir, s'il conserve chez lui des gens aussi fanatiques.

Alors il ordonna au détachement de monter à cheval, et s'empara lui-même du meilleur coursier de l'écurie de Milnwood pour emmener le prisonnier. La bonne Wilson , les yeux en pleurs, fit un petit paquet de ce qui était nécessaire pour le voyage forcé de Henri , et saisit une occasion où elle ne pouvait être vue des soldats, pour glisser dans la main du jeune homme une petite somme d'argent. Bolhwell et sa troupe, du reste, tinrent leur promesse, et furent très polis. Ils ne lièrent pas leur prisonnier, et le lai.ssant monter à cheval, ils se bornèrent à le placer entre deux cav.iliers. Us partirent joyeux, riant entre eux, et laissant la famille de Milnwood dans une grande confusion. Le vieux laird, accablé par la perte de son neveu et par la dépense inutile de vingt livres sterling, ne fit toute la soirée que se balancer dans son grand fauteuil de cuir, en répétant la même plainte : — Ruiné , ruiné de fond en comble ! ruiné sans ressource, corps et biens, corps et biens !

Li! chagrin de mistress Alison Wilson fut en partie oublié par le torrent d'invectives qu'elle vomit en accompagnant Mause ctCuddie dans leur expulsion de la maison de Milnwnod : — Malheur à ta vieille peau ridée! le plus joli garçon du vallon de la Clyde est obligé aujourd'hui de souffrir, et tout cela jiour toi et tundamiié de whiggisme!

— Arrière! répondit Mause; je vous vois toujours dans les liens du péché, et nageant dans le fiel de l'iniquité, en donnant à contre-creur vos biens périssables pour la cause de celui dont vous tenez tout ce que vous possédez. Je vous l'assure, j'ai fait pour M. Henri ce que j'aurais fait pour mon propre fils; car si (^luddie avait été trouvé digne de porter témoignage sur la place d'Kdimlioiirg.... — Ah ! il y a bon espoir pour cela, dit Alison , si vous et lui ne changez pas de systi'uie. — Et si, continua Mause sans faire attention à ci^tte iiiterruiition , les Doegs sanglants et les Zyphites adulateurs cherchaient à m'attraper en m'offrant le pardon de iikiii fils niiiyennanl des concessions coupables, je n'en persisterais pas moins, en portant témoignage contre le papisme, l'épiscopat, l'aiitinoiiiiaiiisme, l'érastianisiue, le rclapsarianisuie, lesublapsarianisiui; et tous les péchés et fiieges du siècle; je crierais comme une feiiiiue en travail d'enfant contre le noir tolérantisme qui a servi de pierre d'achoppement aux docteurs; j'élèverais la voix comme un prédicateur plein d'éloqucnri'.... — Bah, hali ! ma mère, s'écria (iuddie iiilervonaiit et la tirant fie force; n'étourdissez pas la nii'iiagcre avec votre témoignage : vous avez prêché an moins pour dix jours. Vous avez prêche pour nous faire sortir de notre bonne petite maison et de notre bon petit jardin potager, et même de celle nouvelle cilé de refuge, avant que nous y lyons pris pied; et vous avez prêché M. Henri de manière à !i; faire aller eu [irisoii ; voire sermon a coûté vingt livres sterling à la bourse du laird, qui n'aime pas du tiiut à se séparer de son argent; vcms pouvez di'iiieiiri'r tranquille quelque temps sans prêcher •^'.ir((Ue p? moule à l'iTlielle et que je desce^e avec la corde. Veiir^ donc, venez donc; la famille a asM7, de votre sermon pour s'en ■■ouvenir longl'Miips.

I'!ii pari. Mit aiiiM . il iiili.iiiia s.i iinrr pendant qu'elle iiHiriuuiMil toujours les mots témoignage, îovenant, méchants, liululgeiite:

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LES VEILLÉES LITTÉRAIRES ILLUSTRÉES

paroles qui roulaient sur sa langue tandis que les deux voyageurs se mettaient en devoir d'aller chercher un autre asile.

— Vieille gueuse! vieille timbrée! vieille folle! s'écria la ménagère en la voyant partir, se prétendre meilleure que tout le monde !... Vieux balai fait pour balayer toutes les ordures! attirer tant de malheurs sur une famille si douce et si tranquille !... Sans ma qualité de femme à moitié comme il faut, à cause de ma situation , j'aurais essayé mes dix ongles sur le cuir sec et ridé de cette vieille bêle.

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