CHAPITRE X
— Ne vousdésolez pas trop, dit le sergent Bothwell à son prisonnier tandis qu'ils s'avançaient vers le quartier-général; vous êtes un joli i:;ueon , de bonne famille : le pire qui puisse vous arriver, c'est Il ire pendu, et c'est le sort de plus d'un honnête homme. Je vous dirai franchement que votre vie est au pouvoir de la loi, à moins de -oomission, cl de vous faire tirer de là par une bonne amende que paiera votre oncle; il en a bien le moyen. — Ceci me contrarie plus ■ lue tout le reste, répondit Henri; il ne se sépare qu'à regret de son .!r;,'ent; et, comme il n'était pour rien dans l'asile que j'ai accordé à ( .ite personne pour une nuit, je voudrais, au nom du ciel, si j'éoliappe à une punition capitale, que la peine fût de nature à tomber sur moi seul. — Mais peut-être bien qu'on pourra vous proposer d'entrer dans un des régiments écossais qui servent à l'étranger, (le n'est pas un mauvais service : si vos amis sont actifs, et s'il se donne quelques bons coups, vous pourrez bientôt obtenir une commission. — Peut-être une telle sentence serait ce qui pourrait m'arriver de mieux. — Comment donc! mais, après tout, vous n'êtes >; donc pas un véritable républicain? — Jusqu'à présent, je ne me li suis engagé dans aucun parti politique, mais je suis resté tranquil- ' lement chez moi; et j'ai eu parfois l'idée d'entrer dans un de nus ;, régiments étrangers. — Vraiment' reprit Bothwell; eh bien! je vous en estime; j'ai moi-même servi longtemps dans les gardes ' écossaises de France ; c'est là qu'on apprend la discipline ! Us ne s'inquiètent pas de vos actions quand vous n'êtes pas de service; mais manquez-vous seulement à l'appel , il fant voir comme ils vous traitent. Je veux être damné, si le vieux capitaine Montgomery ne m'a pas fait monter la garde à l'arsenal, chargé de mon casque el de ma cuirasse, pendant six heures, sous un soleil si brillant que j'étais rôti comme une tortue au Port-Royal ! Je jurai que je ne manquerais plus à l'avenir de répondre à l'appel de mon nom : Francis Stuart; quand bien même il me faudrait laisser mon jeu de cartes sur la caisse du tambour.... Ah, la discipline! c'est une chose capitale. — Sous tous les autres rapports le service vous plaisait?— Par excellence! des femmes, du vin, de la bonne chère, •m en avait pour rien : il n'y avait qu'à demander; et si vous avez la conscience de laisser croire à quelque gros prêtre qu'il a chance de vous convertir, il sera le premier à vous procurer ces agréments |iriur gagner un peu votre amitié. Où trouverez-vous un prêtre puritain aussi honnête? — Nulle part, j'en conviens; mais quel était i'ijbjet de votre service ?
— Garder la personne du roi; veiller à la sûreté de Louis-le-Grand, iiiiin garçon, et faire de temps à autre un tour parmi les huguenots
'St-à-dire les protestants). Et c'est là que nous avions une belle
irière; cela m'a bien fait la main pour le service du pays. Mais, ins, puisque vous êtes bon camarade, ainsi que disent les Espagnols, il faut que je garnisse votre bourse de quelques-unes des kr- -''■s pièces de votre oncle. Telle est notre loi; nous ne pouvons pas \iir un joli garçon dans le besoin, tant que nous avons de l'argent dans notre poche.
En disant ces mots il tira sa bourse, y prit de l'argent et l'offrit à il'iiri sans le compter. Le jeune Morton refusa, sans juger à propos
pendant de dire à Bothwell, malgré son air de générosité, qu'il • ait en poche quelques pièces; mais il espérait bien, dit-il, en obtenir de son oncle.
— Ehtien ! reprit Bothwell, dans ce cas ces pièces garniront ma bourse un peu plus longtemps. J'ai pour principe de ne jamais quitter le cabaret, à moins que mon devoir ne me l'ordonne, tant que ma bourse est assez lourde pour la lancer par dessus l'enseigne. Ouand elle est trop légère et que le vent la renvoie, alors mes bot-
l's et achevai... 11 faut chercher quelque moyen de la remplir
Mais quelle est cette tour qui s'élève au milieu des bois sur cette hauteur escarpée. — La tour deTillietudlem, dit un des soldats; la demeure de la vieille lady Marguerite Bellenden, une des meilleures femmes du pays et l'amie du soldai. Quand je fus blessé par un do ç>'S maudits républicains, qui, caché derrière une digue, avait fait !• u sur moi, je restai un mois chez lady Bellendon, et j'endurerais bien encore une pareille blessure pour me retrouver dans un si ban iiartier. — S'il en est ainsi, j'irai lui présenter mes respect en pasut, et la prier de fournir quelques rafraichisseinenls aux hommes
aux chevaux ; j'ai déjà aussi soif que si je n'avais rien pris à .Milnwood. Mais heureusement dans ces tem()S-ci, les soldats du roi I ne passent pas devant une maison sans y obtenir des rafraîchisse-
ments. Dans un château comme celui de Tillie... comment l'appelezvous? on vous sert par amour; chez les fanatiques reconnus, vous vous faites servir par force; et parmi les presbytériens modérés et autres personnes suspectes, la crainte fait qu'on vous traite bien: ainsi, par une raison ou une autre, vous apaisez toujours votre soif. — Et vous V \)s proposez, dit Henri avec inquiétude, de vous rendre dans UP :arcil but à cette tour. — Assurément; comment feraije un rapport favorable à mes officiers des bons principes de la digne dame, si je ne connais pas le goût de son vin d'Espagne? car c'est du vin d'Espagne qu'elle nous offrira, j'en réponds; c'est le consolateur favori des vieilles douairières, de même que le claret est le partage du gentilhomme de campagne. — Alors, au nom du ciel, ne me nommez pas; ne me présentez pas ainsi dans une famille que je connais. Laissez-moi m'cnvelopper pour le moment dans le manteau d'un de vos soldats, et ne parlez de moi que comme d'un prisonnier sous votre garde. — De tout mon cœur; j'ai promis de vous traiter poliment, et je rougirais de manquer à ma parole... Tenez, Andrews, jetez un m.anteau sur le dos du prisonnier, et ne mentionnez pas son nom, ne dites pas où nous l'avons pris, à moins que vous ne vouliez trotter vous-même sur le cheval de bois.
La petite troupe arrivait en ce moment à un portail voûté, crénelé, et flanqué de tourelles, dont une était tout à fait en ruine, excepté le rez-de-chaussée, servant de vacherie au paysan qui, avec sa famille, habitait l'autre tour. La grille avait été brisée par les soldats de Monk pendant la guerre civile, et jamais on ne l'avait replacée. L'avenue, très escarpée, étroite, et pavée de grosses pierres rondes, montait le long de la colline rapide et suivait une direction oblique et sinueuse. Ses détours cachaient et laissaient voir alternativement la tour et ses défenses extérieures, qui semblaient s'élever presque perpendiculairement au-dessus des têtes des voyageurs. Les restes des remparts gothiques étaient d'une telle force que Bothwell s'écria : — H est heureux que cette place soit dans des mains honnêtes et loyales. Si l'ennemi la possédait, une douzaine de vieilles femmes républicaines s'y défendraient avec leurs quenouilles contre une troupe de dragons, n'eussent-elles que moitié de la malice de celle que nous avons laissée àMilnwood. Sur ma vie, c'est une place superbe, fondée, dit l'inscription efïacée qui est au-dessus de la porte, à moins que le reste de mon latin ne m'ait dit adieu, par sir Ralph de Bellenden, en 1350. C'est une antiquité bien respectable. Il faut que je rende un hommage complet à la vieille dam*, dussé-je pour cela me donner la peine de me rappeler quelques-uns des compliments dans lesquels je m'embrouillais d'habitude à l'époque où je fréquentais les sociétés de cette nature.
Tandis qu'il se parlait ainsi, le sommelier, qui avait reconnu tes soldats par une meurtrière, vint annoncer à sa maîtresse qu'un parti de dragons, peut-être de la garde royale, attendait à la porte avec un prisonnier qu'il amenait. — Je suis positivement sûr, dit Gudyill, que le sixième homme est un prisonnier ; car on conduit son cheval, et les deux dragons qui sont devant ont sorti leurs carabines de leurs étuis, et les tiennent appuyées sur leurs cuisses : du moins c'est ainsi que nous conduisions les prisonniers du temps du grand marquis. — Ce sont des soldats du roi? dit la dame, ils ont sûrement besoin de se rafraîchir. Allez, Gudyill, il faut les bien recevoir ; faites-leur donner ce que la tour peut fournir de provisions et de fourrage... Et attendez, dites à ma dame de compagnie de m'apporter mon écharpe noire et mon manteau. Je descendrai moimême pour les recevoir : on ne saurait rendre trop d'honneurs aux gardes-du-corps du roi, ces fermes soutiens de l'autorité. Et... entendez-vous, Gudyill? Que Jenny Dennison s'apprête à marcher devant ma nièce et moi , et que les trois femmes se tiennent derrière. Dites à ma nièce de venir ici tout de suite.
Se trouvant habillée et escortée selon ses ordres, lady Marguerite se rendit dans la cour du château avec beaucoup de courtoisie et de dignité. Le sergent Bothwell salua la grave et respectable dame avec une assurance qui tenait de la légèreté et de l'insouciance des courtisans désœuvrés du temps de Charles IL U n'avait aucune des manières gauches et grossières d'un sergent de dragons. Son langage, ainsi que son air, semblait avoir pris pour cette occasion une certaine élégance. En efïet, dans le cours d'une vie aventureuse et prodigue, Bothwell avait quelquefois fréquenté une compagnie qui convenait plus à sa naissance qu'à sa situation actuelle. Sur la demande que lui fit la dame si elle pourrait lui être utile, il répondit d'un ton respectueux — qu'ayant encore quelques milles à faire ce soir, il serait fort aise qu'elle voulût bien lui permettre de laisser reposer sa troupe pendant une heure au château, avant de se remettre en voyage. — Avec le plus grand plaisir, répondit lady Marguerite, et mes gens auront soin que ni les hommes ni les chevaux ne manquent de ce qui peut leur être nécessaire. — Nous savons parfaitement, madame, que telle a toujours été la réception faite aux serviteurs du roi dans les murs de Tillietudlem. — Nous avons fait en sorte de nous acquitter loyalement de notre devoir en toutes circonstances, monsieur, répondit lady Marguerite flattée du compliment, tant envers nos monarques qu'envers leurs serviteurs, surtout leurs fidèles soldats. Il n'y a pas longtemps, et probablement Sa Majesté le roi régnant ne l'a pas encore oublié, qu'il a lui-même honoré de sa pré-
LES PUIUTAINS.
sence mon humble séjour, monsieur le sergent, et qu'il a déjeuné dans un appartement de ce château, que ma premiere dame de compagnie vous montrera, et que nous appelons depuis ce jour-là la chambre du roi.
Pendant ce temps, Bothwell avait fait mettre pied à terre ; il avait donné la garde des chevaux à un soldat et celle du prisonnier à un autre, de sorte que lui-même était libre de continuer la conversation que la dame avait entamée avec tant dabandon. — Puisque le roi mon maître a éprouvé votre hospitalité, je ne suis pas étonné qu'elle s'étende à ceux qui le servent et dont le plus grand mérite est la fidélité. Je vous dirai, madame, que j'ai avec Sa Majesté des rapports plus intimes que cet habit grossier ne semblerait l'indiquer.-- En vérité, monsieur? Probablement vous avez fait partie de sa maison? — Non pas précisément, madame ; je n'ai pas fait partie de la maison de Sa Majesté, mais j'appartiens à son auguste famille par les liens du sang. Je puis donc nie croire allié des meilleures familles de l'Ecosse, sans même en excepter celle de Tillietudlem. — Monsieur, dit la vieille dame en se redressant avec un air de dignité, prenant ce qu'on venait de lui dire pour une plaisanterie impertinente, je ne vous comprends pas. — C'est une folie à nioi, sans doute, dans ma situation, de rappeler une pareille origine, reprit le cavalier ; mais vous devez avoir entendu parler de l'histoire et des malheurs de Francis Stuart, à qui son cousin germain, Jacques l'' d'Angleterre et cinquième d'Ecosse, accorda le titre de Bothwell, titre que mes camarades me donnent comme nom de guerre. Il ne fut pas plus avantageux à mon aïeul qu'il ne l'est à moi-même. — En vérité? dit lady Marguerite avec beaucoup d'abandon et de surprise ; j'avais effectivement ouï dire que le petit-fils du dernier comte était dans une situation peu favorable ; mais je ne me serais jamais attendue à yp. voir si peu avancé dans le service. Avec une telle parenté, quelle mauvaise fortune a pu vous réduire... — 11 n'y a rien que de fort naturel dans tout cela, je crois, madame- J'ai eu mes moments de bonheur comme d'autres; j'ai vidé ma bouteille avec Rochester, fait des folies avec Buckingham et combattu à Tanger à côté de Sheffield. Mais cela n'a jamais été de longue durée ; je ne pouvais parvenir à me faire des amis utiles de mes compagnons de joie. Peut-èlre ne sentais-je pas suffisamment, continua-t-il avec amertume, l'honneur que "Wilmot et Villiers faisaient au descendant des Stuarts d'Ecosse en l'admettant à leurs plaisirs. — Mais vos amis écossais, monsieur Stuart, vos parents si nombreux et si puissants ..— Oui,mylady. Quelques-uns d'entre eux auraient peut-être fait de moi leur gardechasse, car je suis assez bon tireur; quelques-uns m'auraient entretenu pour leur bravo, car je manie assez bien le .sabre ; et çà et là j'en aurais trouvé un qui, à défaut de meilleure société, aurait fait de moi son compagnon de débauche, vu que je puis boire mes trois bouteilles de vin sans broncher. Mais je ne sais trop pourquoi, en fait de service, et de service parmi mes parents, je préfère celui de mon cousin Charles, comme le plus honorable, quoique la paie soit mesquine et la livrée fort peu splendide. — C'est une honte, un scandale affreux ! Pourquoi ne pas vous adresser à Sa Majesté? Le roi ne peut qu'être surpris d'apprendre qu'un rejeton de son auguste famille... — Pardonnez-moi, madame, je ne suis qu'un pauvre militaire, et j'espère que vous me pardonnerez de dire que Sa .Majesté est plus occupée à grefler ses propres rejetons qu'à nourrir ceux qu'a plantés l'aïeul de son grand-père. — Eh bien, monsieur Stuart, il faut que vous me promettiez de rester à Tillietudlem cette nuit ; j'attends demain votre commandant, le brave Claverhouse , à qui le roi et le pays doivent tant de reconnaissance pour ses efTorts à maintenir le gouvernement. Je l'engagerai à vous accorder un rapide avancement, et je suis certaine qu'il sentira trop bien ce qui est dû au sang qui coule dans vos veines et à la reqiiète d'une dame aussi éminemment di.Uinguée que moi par Sa Majesté, pour ne pas vous pourvoir mieux qu'on ne l'a encore fait — Je suis fort obligé à Votre Seigneurie, et je resterai ici avec mon prisonnier, puisque vous avez la bonté de m'y inviter, d'autant plus que ce sera le moyen le plus prompt de prc.scnter ce jeune damoiseau au colonel Graliame, et d'Obtenir ses ordres précis à ce sujet. — Et quel est ce prisonnier, je vous prie? — Un jeune homme du voisinage, appartenant à un'e bonne famille; il a été assez imprudent pour tendre la main à un des assassins de l'archevêque, cl pour favoriser la fuite du scélérat. — Horreur! je ne suis que trop portée k pardonner les injures que j'ai reçues de ces mi>érables, quoiqu'il y en ait, monsieur Stuarl, qui ne soient pas d'un genre à être oubliées; mais ceux qui chercheraient à protéger les auteurs d'un meurtre aussi délibéré, aussi cruel , sur un homme sans défense, un vieillard, un archevêque, horreur! horreur! Si vous voulez vous assurer de lui .sans causer d'embarras à vos gens, je ferai chercher la clef du puits de notre donjon. Il n'a pas été ouvert depuis la semaine qui suivit la victoire de Kilsythe, quand mon pauvre sir Arihur Bellendcn y renferma vingt républicains; mais il n'est pas plus de deux étages sous terre, de sorte qu'il ne peut être malsain , d'autant plus que je crois qu'il y a quelque part une ouverture pour dfmner de l'air. — Pardonnez-moi, madame, je ne ponte pas que le cachot en question ne .soit des plus admirables: mai» j'ai promis di; bien traiter ce garçon, et j'aurai soin île k faire surveiller de manière à empêcher qu'il ne s'échappe. Ceux
que je mettrai autour de lui le tiendront aussi bien que si ses jambes étaient dans des anneaux de fer et ses doigts dans les poucettes. — Eh bien ! monsieur Stuart, vous savez mieux que moi quel est votre devoir; je vous souhaite le bonsoir, et je vous abandonne aux soins de mon intendant Harrison. Je vous aurais prié de nous accordera nous-mêmes votre compagnie, mais un... un... un... — Oh! madame! toute excuse est inutile; je sais parfaitement que le grossier habit rouge du roi Charles doit annuler les privilèges dus au sang du roi Jacques. — Non pas à mes yeux, monsieur Stuart, je vous l'assure: vous me faites injure si vous le pensez. Je parlerai à votre colonel demain, et j'espère que vous vous trouverez bientôt dans un rang où il n'y aura .plus de contradictions à concilier- — Je crois, madame, que votre bonté sera déçue; mais je vous suis obligé de votre intention ; et, dans tous les cas , je passerai une agréable soirée avec M. Harrison.
Lady Marguerite prit congé de Bothwell d'un air de dignité , et avec tout le respect qu'elle devait au sang royal, lors même qu'il coulait dans les veines d'un sergent des gardes, assurant de nouveau monsieur Stuart que tout ce qui se trouvait dans la tour de Tillietudlem était à son service et à celui de ses gens. Bothwell ne manqua pas de prendre la dame au mot, et il oublia volontiers son illusire origine au milieu d'un joyeux banquet pendant lequel M. Harrison s'empressa d'olfrir le meilleur vin de la cave, et d'exciter son hole par ce séduisant exemple qui, en pareil cas surtout, a plus d'elfet que le précepte. Le vieux Gudyill s'associa à une partie qui convenait à ses goiits. Il descendit à la cave, au risque de se rompre le cou, pour forcer quelque catacombe secrète, connue, disait-il, de lui seul, et qui n'avait jamais fourni pendant sa surintendance et ne fournirait jamais une bouteille à personne qui ne fût un véritable ami du roi.
— Quand le duc dinaici, dit le sommelier en s'asseyanl à quelque distance de la table, parce qu'il se sentait un peu intimidé par la généalogie de Bothwell, mais néanmoins rapprochant sachaise d'un pied, à chaque phrase de son discours; quand le duc dîna ici, mylady me tourmentait pour que je lui donnasse une bouteille de ce bourgogne ( il avança un peu sa chaise ) ; mais, je ne sais pas pourquoi , monsieur Stû;\rt, je me méfiais de lui ; je le soupçonnais, monsieur, de ne pas être aussi ami du gouvernement qu'il le prétendait : je ne pensais pas qu'il fallût compter beaucoup sur cette famille. Ce vieux duc Jacques avait perdu son cœur avant de perdre sa tète, et cet homme de Worcester ressemblait à un mauvais plat qui n'est bon ni à bouillir, ni à rôtir, ni à manger froid (en achevant cette observation pleine d'esprit, il compléta sa première parallèle, et commença un zigzag à la manière d'un ingénieur expérimenté , afin de continuer à s'approcher de la table ) ; aussi, monsieur, plus mylady criait : « Du bourgogne pour Sa Grâce, du vieux bourgogne, le bourgogne de choix, le bourgogne qu'on fit venir en trente-neuf!... » plus je me disais : Du diable s'il en avale une seule goutte jusqu'à ce que je sois sur de ses principes! du vin d'Espagne et du claret sont assez bons pour lui. Non, non, messieurs, tant que j'aurai la charge de sommelier dans cette maison de Tillietudlem, je m'engage à ce que nulle personne suspecte ou déloyale n'ait le meilleur de notre cave. Mais quand je puis trouver un véritable ami du roi et de sa cause, ou un episcopal modéré; quand je puis trouver un homme attaché à l'Eglise et à la couronne, comme je l'ai été moi-même pendant la vie de mon maître, et du temps de Montrose, je crois qu'il n'y a rien dans la cave qu'on puisse se dispenser de lui offrir.
Le sommelier était alors parvenu à .s'installer dan.sle corps de! I.i place, ou , en d'autres termes, il avait avancé son siège jusqu'à la table. — Et maintenant, monsieur Francis Sluart de lîotliw<'U , j'ai l'honneur de boire à votre santé et à votre avancement : piiissiezvous purger le pays des républicains, des tètes rondes, des fanatiques et des covcnantaires ! Bothwell qui. on doit bien le penser, avait cessé depuis longtemps d'être scrupuleux sur le choix de sa société, qu'il réglait plutôt selon ses plaisirs et sa position que selon l'origine de ses ancêtres; Bothwell répondit volontiers à ce toast porté en son honneur, avouant en même temps l'excellence du viu; et .M. Gudyill, se voyant ainsi reçu membre régulier du etunité, continua de fournir jusqu'au lendemain matiu de nouveaux aliments à la gaieté des convives.