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CHAPITRE XXXV

Le sommeil qui s'était emparé de Henri, après l'agitation et les angoisses du jour précédent, fut si profond, qu'il savait à peine où il se trouvait, quand il fut éveillé par le bruit des pas des chevaux, la voix des soldats et le bruit éclatant de la trompette qui sonnait la diane. Le sergent-major vint quelques instants après l'avertir, de l'air le plus respectueux, que le général (Claverhouse avait été nouvellement promu à ce grade) espérait jouir de sa compagnie pendant la route. 11 rejoignit Claverhouse le plus promptement possible et trouva un cheval .sellé pour lui , avec Cuddie prêt à le suivre. Tous deux étaient privés de leurs armes à feu ; mai«, du reste, ils semblaient plutôt faire partie de la Iroupe, que la suivre comme prisonniers : on permit même à Morton de conserver son épée, arme qui était, à cette époque, la marque distinctive d'un gentilhomme. Claverhouse semblait prendre plaisir à se tenir près de lui, afin d'en-

LES PURITAINS

tretenir une conversation animée et de changer ropinion que le prisonnier avait pu se former de son véritable caractère. L'élégance et l'urbanité des manières de cet officier, l'élévation chevaleresque de ses sentiments, son dévouement militaire, sa pénétration, sa connaissance profonde du cœur humain, excitaient l'estime cl l'admiration de tous ceux qui s'entretenaient avec lui : d'un autre coté, la froide indifférence qu'il affectait pour les violences et li;s cruautés delà guerre, s'accordait mal avec ses autres qualités. .Morton ne put s'empêcher de le comparer à Balfour de Burley; et cette idée prit sur lui tant d'empire, qu'il laissa échapper quelqucsmotsquis'y rapportaient, dans un momeutoii ils marchaient à quelque dislance de la troupe. — Vous avez raison, dilClaverhouse,vous avez raison, nous sommes deux fanatiques. Mais on trouve certaine distance entre le fanatisme de l'honneur et celui d'une sombre et farouche superstition.

— Cependant tous les deux vous versez le sang humain sans pitié comme sans remords. — Sans doute; mais il y a, je crois, quelque difference entre le sang de vénérables prélats , de savants docteurs, de braves soldats, de nobles gentilshommes, et la liqueur rou^'c qui coule dans les veines de maniaques chanteurs de psaumes, de démagogues au cerveau fêlé, de paysans stupides. Il y a quelque difference entre répandre un flacon de vin généreux , et briser un pot d'ale trouble. — Votre distinction est trop subtile pour mon intelligence; chaque cteincelle de vie est un présent de Dieu , pour le paysan comme pour le prince : et ceux qui sans justice ou sans nécessité détruisent l'ouvrage du Créateur, en repondront toujours devant lui. Et, par exemple, ai-je plus de droit aujourd'hui à la protection du général Grahame que la première fois que je le rencontrai? — Rencontre qai faillit vous coûter cher, n'est-ce pas'? Eh bien ! je vous répondrai franchement: alors je croyais n'avoir aff'aire qu'au fils d'une vieille tète ronde de rebelle, au neveu d'un laird presbytérien très vieux et très avare : maintenant je vous connais mieux. J'ai découvert en vous des qualités que je respecte dans un ennemi autant que je les aime chez un ami. J'ai eu des renseignements sur voire compte depuis notre première renconlre, et vous voyez, j'espère, que le résultat ne vous a pas été défavorable.

— Mais cependant.... — Cependant vous êtes le même aujourd'hui que vous étiez alors. C'est vrai; mais comment pouvais-je le savoir? Au surplus, la répugnance que je montrais à suspendre votre exécution doit vous prouver la haute opinion que j'avais de vos talents.

— Pensez-vous, général, que je vous doive beaucoup de reconnaissance pour une telle marque d'estime? — Allons, allons! vous êtes trop pointilleux. Je vous dis que je vous croyais tout autre que vous êtes. Avez-vousjamais lu Froissart'î — Morton répondit négativement.

— J'ai presque envie, reprit Claverhouse, de vous faire mettre six mois en prison, afin de vous procurer ce plaisir. Ce livre m'inspire plus d'entliousiasme que la poésie même. Avec quel instinct chevaleresque ce noble chanoine réserve ses belles expressions de regret pour lamortdu vaillanletnoblechevalierdontle trépas est une perte II réparable, tant il était dévoué à son roi , pur dans sa foi religieuse, hardi contre l'ennemi, fidèle à sa dame! Comme il déplore la perle de celte perledeprudhomi.', quel que .soit le parti auquel elle a appartenu .Mais qu'on l'assedisparailrc de la surface de la terre quelques Centaines de ces paysans grossiers, nés pour la retourner avec la

bêche, le noble et judicieux historien s'en soucie fort peu aussi

peu et moins encore peut-être que John brahame de Clavei house.

— Vous avez en votre pouvoir, général, un paysan en faveur duquel , malgré votre mépris pour une profes.sion que cerlains philosophes ont considérée comme aussi utile que celle de soldat , je prendrai la liberté de solliciter votre protection.— Vous voulez dire, répliqua Claverhouse en parcourant son mémorandum , un certain llalriek... Edderich, ou... ou Headrigg?... oui, Cuthbert ou Cuddle Hc;adrigg, voilà bien son nom... Oh! ne craignez rien pour lui, s'il veut être raisonnable. Les dames de Tillictudlcni m'ont parlé en sa faveur, il y a déjà longtemps ; il doit épouser leur femme de chambre, à ce que je crois On lui rendra la liberté sans lui faire de mal, à moins que par opiniâtreté il ne refuse ceite bonne fortune. — Je Dépense pas qu'il ail l'ainbltioii d'être martyr. — Tant mieux pour lui. D ailleurs, quoi que ce garçon pui.sse avoir fait , je nie declare son protecU.ura cause de la confiance un peu inconsidérée avec laqiii Ile. la nuit dernière, il s'est jeté dans nos rangs lorsqu'il chrrcliaii du ICI >urs pour vous, monsieur .Morion. Je n'abandonne jamais un homme qui se livre à moi avec une si entière eonlianei;. Mais je vousdirai franchement qu'il y a longtemps que j'ai l'œil sur lui... Holyday, apportez-moi le livre noir.

Le sergent-major ayant remisa son général ce registre sinistre où les suspect-- etaii.'iit inscrits par oidre alpbaln'tique, Claverhouse se mit à le feuilleter toiii eu marchant, et a lire les noms comme ils se présciilaieot. — Gumblegumplion : minisire aulori.sé, agii de cinquante ans, homme fii., rusé. Ce n'est pas cela.... II... Il .. Healbercat: pré.licaltur mis hors la loi, zélé caraéronicii ; il lien l un conviMilicule sur les monts Campsie. Ce n'est pas encore ccid... Ah! enfin, voici: Cuthbert lleadr'gg: sa mere, puritaine exallée ; pour lui,\arçon fort simple... capable de se bien conduire dans une action, mais incapable de mener une intrigue meilleur pour la uiain que pour la tète ; un pourrait le ramener à la

bonne cause, sans son attachement pour... Ici Claverhouse regarda Morton, puis ferma le livre, et continua sur un autre ton: Latidélité et le dévouement, monsieur Morton, ce sont là des mois qui ne manquent jamais leur effet sur moi. Vous pouvez comptersur le salut de ce jeune homme. — Mais un esprit aussi élevé que le vôtre, dit Morton, ne se revolte-t-il point de suivre un système qui exige ces enquêtes minutieuses sur des individus si obscurs? — Vous ne supposez pas que nous-mêiiie ayons jamais pris celle peine, répliqua le général avec quelque hauteur ; les curés, par zcle, autant que pour leur propre intérêt, recueillent ces renseignements, chacun dans sa paroisse; ils savent distinguer les brebis noires du reste du troupeau, j'ai ici votre portrait depuis trois ans. — En vérité! voudriez-vous bien me le montrer? — Je n'y vois pas d'inconvénient. Vous ne pourrez vous en prendre à l'auteur, car probablement vous allez quitter l'Ecosse pour quelque temps.

Ces mots furent prononcés avec un air d'indifférence ; mais Morton, à qui ils annonçaient un exil forcé, frémit involonlairenieiil. Avant qu'il eût pu rejiondre, Claverhouse reprit: — Henri Morton, fils de Silas Morton, colonel de cavalerie au service du parlement d'Ecosse, neveu et héritier présomptif de .Morton de Milnwood... Education imparfaite, mais de l'audace au-dessus de son âge... Excelle dans tous les exercices... Indifférent aux formes religieuses, semble pourtant incliner vers le presbytérianisme... Des idées exaltées et fort dangereuses sur la liberté de penser et do parler. Elotte entre la secte des lalitudinariens et celle des enthousiastes... Aimé et recherché par les jeunes gens de son âge. Modeste, tranquille, simple dans ses manières, mais d'une àme intraitable, il

est Ici, monsieur Morton, se trouvent trois croix rouges, ce qui

signifie trois fois dangereux. Vous voyez qu'on vous tenait pour un personnage important Maisque nie \eul ce messager?

Un cavalier s'approcha en ce moment et lui remit une lettre. Claverhouse y jeta les yeux, sourit avec mépris, et lui ordonna de dire à son maitre d'envoyer ses prisonniers à Edimbourg: il n'y avait pas d'autre réponse. Le messager tourna bride, et Claverhouse dità Morion d'une voix dédaigneuse : — C'est un devosallics, ou, pour mieux dire, un allié de votre bon ami Burley qui vous abandonne. . Ecoutez ce qu'il dit: « Mon cher monsieur (je ne sais depuis quand nous sommes si intimes), je prie Votre Excellence d'accepter mes humbles félicitations sur la victoire bienheureuse ( heni ! hem! ) remportée par l'année de Sa Majesté. Je vous prie de croire que j'ai fait prendre les armes à mes vassaux pour arrêter les fugitifs : j'ai déjà fait plusieurs prisonniers etc. etc. Signé Bazile Olif.^nt. » Vous le connaissez sans doute de nom? — N'est-ce pas un parent de lady Marguerite Bellenden? — Précisément, et le dernier héritier mâle du père de cette dame, mais à un degré fort éloigné. C'est, de plus, un prétendant à la main de la belle Edith, quoique déjà il ait été éconduit comme indigne; mais, par-dessus tout, un admirateur passionné du domaine de Tillieludlem et de toutes ses dépendances. — Il prenait un mauvais moyen pour se recommander auprès de la famille de Tillieludlem, en formant des liaisons avec notre malheureux parti. — Oh ! cet excellent Bazile Olifant s'acciunmode avec tout le monde. Il était mécontent du gouvernement, qui a refu.sé d'annuler en sa faveur le testament par lequel le, feu comte de Torwood léguait tous SCS domaines à sa propre fille; il était niécoiiti;nt de lady Marguerite, parce qu'elle lui a refusé la main d lidith; enfin il en voulait à cette dernière, parce qu'elle avait peu admiré sa longue cl gauche personne. Il entra donc en correspondance secrète avec Burley, et arma ses vassaux dans l'intention de le secourir, si toutefois Burley n'avait pas besoin de secours, c'csl-à-dire si vous nous aviez battus hier. Aujourd'hui le coquin prétend qu'il a toujours iravaillé pour le service du roi, et le conseil ajoutera foi à ses prolestalioiis, car Olifant a eu l'adresse de s'y faire des amis; puis on fusil- ,lera, on pendra quelques douzaines de ces pauvres fanatiques, tandis que ce maitre fourbe cachera sous le manteau de la loyauté sa doubtis perfidie.

Cette conversation variée trompa l'ennui du chemin. Claverhouse parlait toujours à Morion avec une extrême franchise, et le traitait plutôt comme un ami et un coni|)agnon que comme un prisonnier ; aussi ce dernier, bien qu'incertain sur son sort, fut si frappé de laiil de richesse d'imagination et d'une si profonde Connaissance du C(cur humain, que depuis le niomeiit où il était devenu son prisonnier et avait ainsi échappé aux embarras de sa posiiion parmi les insurgés, les heures avait coule p(pur lui douces et rapides : le temps ne lui avait jamais semble si court à partir du monienl ou il avait accepté un rôle politique. Semblable à un cavalier qui lai.sse flollcr les rênes sur le cou de .son cheval, il s'abandonnail au cours des événements et s'épargnait au moins la peine d'essayer di: les maîtriser, (.'est ain.si que voyagèrent les deux nouveaux amis. Le nombre de leur; compagnons de roule s'an^'iiienlait à chaque instant; car les delacliementsde cavalerie arrivaiiiit de diffêienls points, ramenant des malhennmx insurgés qui étaient tombes en leur pouvoir. Enfin ils approchèrent d'Ediiuliourg. — Le conseil prive, dit Claverhouse, sans doiilcpoiir doiimr, par l'excès de sa joie, la junle mesure de sa crainte pas.sée, nous a deccrni! une sorte de lriomp|»j>, où les vainqueurs trainerunt les captifs à leur suite. Mais comas

LRS VEILLÉES LITTÉRAIRES ILLUSTRÉES

j"ai fori peu de g:oùt poui- ces sortes de parades, je veux m'y dérober, «t vous avec moi.

Alors il rerail le commandement au ci-devant major Allan, nomme depuis peu lieutenant-colonel ; il prit ensuite un sentier détourné, et entra dans la ville sans aucun appareil, accompagné de Morton et de deiix ou trois domestiques. Arrivé au logement qu'il occupait d'ordinaire dans Cauongate, Claverhousc assigna à son prisonnier un petit appartement, en lui disant qu'il l'y laissait sur parole jusqu'à nouvel ordre. Aprils un quart d'heure t'uviron, consacré à des rclU'Mous sur les étranges vicissitudes de son sort, Morton l'ut attiré à la fenêtre par un grand bruit qui se faisait dans la rue. Les trompetlcs, les tambours, les timbales, qui se mêlaient aux acclamations d'une foule innombrable, lui apprirent que la cavalerie royale faisait sou entrée. Les magistrats, accompagnés de leur garde de liallebardiers, avaient été recevoir les vainqueurs aux portes de la ville pour les féliciter ; ils marchaient à la tète du cortège. Derrière eux on portait sur des piques les tètes de deux rebelles, et devant chacune de ces tètes sanglantes les mains mutilées de ces malheureuses victimes, mainsque, par un jeu barbare, les porteurs rapprochaient de temps en temps l'une de l'autre dans l'attitude de laprière. Ces trophées sanglants avaient appartenu à deux prédicateurs qui furent tués ;\ Bothwcli-Bridge. Venait ensuite une charrette, conduite par le valet du bourreau , sur laquelle étaient placés Macbriar et deux autres prisonniers qui paraissaient de la même profession : ils étaient tète nue et bien attachés ; mais ils n'en portaient pas moins autour d'eux des regards plutôt triomphants que consternés, et ils ne semblaient ni émus par le destin de leurs compagnons dont on portait devant eux les membres sanglants, ni troublés par la crainte de leur execution prochaine, que tous ces préliminaires annonçaient clairement. Derrière ces prisonniers, ainsi exposés aux outrages et aux railleries de la populace, venait un corps de cavaliers brandissant leurs sabres et faisant retentir la rue d'acclamations auxquelles répondait par des cris et des vociférations atroces cette populace des grandes villes qui se trouve toujours heureuse quand on lui permet de se livrer à de bruyantes clameurs, quel qu'en soit le motif. Après cette troupe venaient les principaux d'entre les insur''és pris les armes à la main, exposés comme les précédents à tous les outrages et à toutes les insultes. Quelques-uns étaient placés sur leurs chevaux, la tète tournée vers la queue ; d'autres étaient attachés à de longues barres de fer qu'ils étaient obligés de porter dans leurs mains, comme les galériens espagnols qui se rendent au port oii ils doivent être embarqués. Les tètes de ceux qui avaient été tués étaient portées en triomphe devant leurs compagnons, les unes au bout de piques et de hallebardes, les autres dans des sacs sur lesquels étaient écrits les noms des victimes. Tels étaient les premiers rangs de cette funèbre procession, dont tous les membres semblaient aussi irrévocablement dévoués à la mort que s'ils eussent porté le san-benito, comme les hérétiques condamnés à figurer dans un auto-da-fé. Derrière ceux-ci marchait la foule obscure des captifs, au nombre de plusieurs milliers : quelques-uns, malgré leur infortune, étaient encore pleins de loi dans la cause pour laquelle ils avaient combattu, et pour laquelle ils devaient sous peu donner un plus sanglant témoignage ; les autres paraissaient pâles, découragés, abattus, se reprochant comme une imprudence d'avoir embrassé une opinion maudite par la Providence et cherchant quelque moyen d'échapper aux conséquences de leur témérité. Il y en avait d'autres encore qui semblaient incapables de pensée, d'espérance ou de crainte. Accablés de soif et de fatigue, ils se traînaient à peine, insensibles à tout, si ce n'est à leur souffrance actuelle , comme des bœufs harassés qui ne savent si on les conduit à la boucherie ou au pâturage. Ces infortunes marchaient entre deux files d'hommes armés, suivis du gros de la cavalerie, dont la musique militaire, répétée parles hautes maisons qui bordaient la rue, se mêlait aux chants de joie et de triomphe des soldats et aux cris sauvages de la populace.

Morton sentit son cœur se serrer à la vue de cet affligeant spectacle et en reconnaissant sur les tètes sanglantes portées au bout des piques et sur les faces encore plus misérables et plus défaites des survivants, ces traits qui lui avaient été si familiers pendant la courte durée de l'insurrecliou : il se laissa tomber sur une chaise dans un état d'angoisse et de slupélaction dont il fut tiré par la voix de Cuddie. — Que le Seigneur nous pardonne, s'écria lé pauvre garçon en claquant des dents comme un casse-noisette, les cheveux hérissés et la figure pâle; que le Seigneur nous pardonne, monsieur! nous allons paraître à l'instant devant le conseil... Eh! grand Dieu! que veulent-ils donc qu'un pauvre homme comme moi dise devant une assemblée de lords et de seigneurs?... Et avec cela ma mère, qui est venue de Glasgow pour me voir témoigner, comme elle dit, c'est-à-dire pour m'entendre avouer ce qu'on voudra et puis me voir pendre! iMais Cuddie ne sera pas assez sot pour livrer son cou à la corde, s'il lui est possible de l'éviter... Mais voici Claverhousc luimême... Que le Seigneur nous sauve et nous pardonne! dirai je encore une fois. — Vous allez paraître immédiatement devant le conseil, monsieur Morton, dit Claverliou«e, qui entrait au moment ou Cuddie finissait de parler, et voire valet vous accompagnera. Vous n'avez rien à craindre personnellemeal; mais vous serez témoin

d'un spectacle pénible, que je vous aurais épargné si cela eût dépendu de moi. Ma voiture vous conduira... Etes-vous prêt?

Morton n'avait aucun moyen de refuser cette invitation, bien qu'elle ne lui fût nullement agréable. 11 se leva, et suivit Claverhouse.

— Je puis vous assurer, lui dit le général en descendant l'escalier, que vous vous tirerez aisément d'afiairc, et votre domestique aussi, pourvu qu'il retienne sa langue.

Cuddie entendit ces derniers mots avec une joie extrême. — J'en réponds! se dit-il à lui-même, pourvu que ma mère ne vienm; pas tremper ses doigts dans la sauce.

En ce moment il se sentit arrêter par le bras; c'était la vieille Mause, qui l'attendait au passage. — Mon fils, mon cher fris! dit-elle en se pendant à son cou, je suis glorieuse et fière, quoique affligée et humiliée en même temps, de ce que la bouche de mou enfant est appelée à rendre glorieusement témoignage à la vérité en présence du conseil, comme il l'a déjà fait avec son épèe sur le champ de bataille. — Taisez-vous, ma mère, taisez-vous! cria Cuddie impatienté. Est-ce le moment, vieille folle, de parler de ces choses-là? Je vous dis que je ne témoignerai rien ni pour un côté ni pour l'autre. J'ai parlé à M. Poundtext, et, d'après son conseil, je déclarerai tout ce qu'ils voudront, c'est le moyen de nous sauver... M. Poundtext s'est ainsi sauvé, lui et son troupeau. Je suivrai l'exemple de ce respectable ministre. Je n'aime pas vos sermons qui finissent par un psaume au Marché-au-Foin , au pied de la potence. — Ah ! Cuddie, mon fils! je serais désolée qu'il vous arrivât mal , répondit la vieille Mause, partagée entre ses craintes pour le salut de l'âme de son fils et ses vœux pour la conservation de son corps ; mais pensez, mon cher enfant, que vcnis avez combattu pour la loi, et n'allez pas, dans la crainte de perdre les consolations humaines, déserter cette glorieuse cause. — Bon! bon! ma mère. J'ai combattu, et, pour ne vous rien cacher, je suis fatigué de ce métier. J'ai fait assez longtemps le fîer-à-bras au milieu des armes, des mousquets, des pistolets et des bandoulières ; mais j'aime beaucoup mieux ma charrue. Je ne vois pas pourquoi un homme se battrait, sans être en colère, quand il peut craindre d'être pendu si on le prend, ou massacré s'il fuit. — Mais, mou cher Cuddie, continua l'opiniâtre Mause, votre robe nuptiale... Oh! n'allez pas la souiller, votre robe nuptiale!!!

— Assez, assez, ma mère, ne voyez-vous pas qu'on m'attend?... Ne craignez rien pour moi... Je saurai arranger tout cela mieux quo vous-même. Pourquoi venez-vous me parler de mariage quand j'ai presque la corde au cou?

A ces mots~il s'arracha des bras de sa mère , el pria les soldats d'escorte de le conduire immédiatement au lieu des séances, où Claverhouse et Morton l'avaient précédé.

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