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CHAPITRE II

La roule en cet endroit devint si étroite et tellement difficile, que les voyageurs furent obligés d'interrompre leur conversation; lord Menteith, retenant son cheval en arrière, eut pendant une minute i\i\ entretien particulier avec ses domestiques. Le capitaine, qui formait alors l'avaut-garde de la petite troupe, après environ un quart de mille d'une marche pénible par une montée âpre et raboteuse, arriva près d'un rui.sseau qui creusait une sorte de saignée; les bords verdoyants du cours d'eau étaient assez larges pour oll'rir aux voyageurs une route plus agréable. Aussi lord Menleith reprit-il la conversation un moment suspendue par les obstacles du chemin. — J'aurais pensé, dit-il au capitaine Dalgetty, qu'un cavalier de votre mérite, qui a si longtemps suivi les drapeaux du roi de Suède et conçu un mépris si juste pour les vils et mercantiles Etals de Hollande, n'aurait pas hésité à embrasser la cause du roi Charles, de préférence à celle de ces hommes de basse naissance, de ces tètes-rondes, de ces brigands hypocrites en rébellion contre son autorité. — Vous parlez raisonnablement, mylord, et, cœlcris paribus, ie serais porté à voir la chose .sous le même jour. Mais nii proverbe anglais dit: Belles paroles ne mettent pas île beurre dans les légumes. J'en ai appris assez depuis que je suis arrivé dans ce pays, pour savoir qu'un honorable cavalier peut prendre, dans ces discordes civiles, le parti qu'il trouve le plus convenable à son intérêt

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particulier. Loyauté est votre mot d'ordre, inylord. Liberté! s'écrie un autre parti du côié oppose de la rivière. Le roi ! ilil l'un; le parlenienl! dit l'autre. .Montrose pour toujours! vocifère Donald agitant son bonnet, .^rgyle et Leven ! répond Saunders l'Ecossais du midi, agitant son chapeau et son panache Combattez pour les évèques, dit un prêtre avec son camail et son rochet. Restez fermes pour l'Eglise d'Ecosse, prêche un ministre avec son bonnet et son rabat de Genève. Tous bons mots d'ordre, excellents mots d'ordre. Quelle cause e.<t la meilleure, je ne puis le dire. Mais je suis sur que j'ai plusieurs fois combattu, dans le sang jusqu'aux genoux, pour une cause dix fois pire que la plus mauvaise des deux. — El veuillez me répondre, capitaine Dalgetty : puisque les prétentions des deux partis vous semblent également justes, quelles circonstances pourront déterminer votre préférence? — Simplement deux considérations, mylord. La première, de quel côté mes services m'assureront-ils le grade le |>lus honorable; et la seconde, qui n'en est qu'un corollaire, dans quel parti seront-ils le plus rétribués. Et pour être tout-àfait franc avec vous, mon opinion sur ces deux points incline plutôt du côté du parlement'? — Vos raisons, s'il vous plaît, et je serai peut-être à même de leur en opposer d'antres qui seront plus puissantes. — Mylord, je suis docile à de bonnes raisons, pourvu qu'elles s'adressent à mon honneur et à mon intérêt. Eh bien donc, mylord, voici, je suppose, une espèce d'armée des Highlands rassemblée, ou qu'on va rassembler dans ces montagnes sauvages pour le service di- roi. Or, vous connaissez lecaractèredes Highlanders : je ne nierai pas que ce ne soit un peuple robuste de corps et vaillant de cœur, et assez habile dans sa farouche manière de combattre, qui est aussi éloignée des usages et de la discipline de la guerre que l'était autrefois celle des Scythes, ou que l'est maintenant celle des sauvages de l'.Xmérique. Us n'ont pas même un fifre allemand ou un tambour, pour battre une marche, la générale, la charge, la retraite, la diane, le rappel, ou toute autre batterie: et leurs diables de cornemuses criardes, qu'eux seuls prétendent comprendre, sont tout-àfait inintelligibles pour les oreilles de tout cavalier accoutumé à faire la guerre chez les nations civilisées. Si donc j'entre[irenais de discipliner ces hordes aux jambes nues, il me serait impossible de me faire entendre. Et fussé-je compris, je vous en fais juge, mylord, quelle chance aurais-je de me faire obéir par des bandes d'hommes à moitié sauvages, qui sont habitués à respecter aveuglément leurs lairds etleurs chefs et non des officiers commis=ionnés. Si je leur enseignais à se ranger par l'exlraclion de la racine carrée, c'est-àdire à former le côté de leur bataillon carré d'un nombre d'hommes égal à la racine carrée de leur nombre total, que pourrais-je attendre en retour pour leur avoir communiqué ces divins trésors de la tactique militaire, si ce n'est de recevoir un coup de dirk dans le ventre, pour avoir placé quelque Mac .\lister More, ou quelque Mac Caperfae, sur le flanc ou à l'arrière, lorsqu'il demandait à éire sur le iront? En vérité, l'Ecrituresaintea bien raison lorsqu'elle dit : «Si vousjetezdes perles devant des pourceaux, ils se retourneront contre vous et vous déchireront.» — Anderson, dit lord Menteith en se retournant pour regarder un de ses serviteurs, vous pouvez, je pense, affirmer à ce gentilhomme que nous aurons besoin d'officiers expérimentés, et que nous sommes disposés à profiter de leurs connaissances. — Avec la permission de Votre Seigneurie, répondit Anderson en ôtant respectueusement son bonnet, lorsque nous serons rejoints par l'infanterie irlandaise qu'on attend et qui devrait être débarquée, nous aurons besoin de bons officiers pour discipliner nos recrues. — Ah ! j'aimerais beaucoup , oui beaucoup , à être engagé dans un tel service, s'écria Dalgetty ; les Irlandais sont de braves gens, de fort braves gens, je n'eu demanderais pas de meilleurs sur un champ de bataille. J'ai vu une fois une brigade d'Irlandais, à la prise de Francforl-sur-l'Oder, épée et pique en main, repousser les brigades suédoises bleues et jauues, qui avaient cependant la lépulation d'être les meilleures de l'armée de l'immortel Gustave, et quoique l'impétueux Hepburn, le brave Lumsdale, le courageux Monroe, avec d'autres cavaliers et moi, nous nous fussions fait jour à la pointe de la lance, toujours est-il que, si nous avions rencontré partout une telle résistance, nous nous serions retirés avec une grande perte et peu de profit. Ces braves Irlandais, quoique tous passés au fil de l'épée, comme c'est l'usage en pareil cas, n'en acquirent pas moins un honneur et une gloire immortelle; aussi, en leur souvenir, est-ce toujours les soldats de celte nation que j'ai le [ilus honorés et le plus aimés après ceux de l'Ecosse ma patrie. — Je pourrais presque, reprit lord Menteith, vous promettre un commandement dans les troupes irlandaises, si vous étiez disposé à embrasser la cause royale. — Et cependant, la seconde et la plus grande difficulté esi toujours là ; car, quoique je regarde comme une chose vile et sordide pour un soldat de n'avoir à la bouche que les mots de paie etd'argent, comme ces [dats coquins de lansquenets allemands dont je vous ai déj* parlé, et quoique je sois prêt à soutenir l'épee à la main que Ton doit préférer l'honneur à la paie et aux bons quartiers, cependant, ex contrario, la paie d'un soldat étant le contrepoids de son engagement, il convient à un cavalier sage et prudent de considérer quelle récompense il recevra de son service et sur quels fonds il sera payé. Et, ea vérité, d'après »se que

je vois et ce que j'entends dire, c'est le parlement qui tient la bourse. Les Highlander-:, à la vérité, peuvent se laisser tenter par l'appât du bétail à enlever. Quant aux Irlandais, Votre Seigneurie et vos nobles associés, suivant la coutume de semblables guerres, peuvent les payer aussi rarement et aussi peu qu'il conviendra aux besoins du trésor. Maison ne peut traiter ainsi un cavalier comme moi, qui doit entretenir ses chevaux, ses domestiques, ses armes, ses équipages, et qui ne peut ni ne veut taire la guerre à ses dépens.

Anderson, le domestique qui avait déjà parlé , s'adressa respectueusement à son maître : — Je pense , my ord, dit-il , qu'avec la permission de Votre Seigneurie , je puis dire au capitaine Dalgetty quelque chose qui détruira sa seconde objection. Il nous demande comment nous ferons pour rassembler l'argent de la paie? Mon pauvre esprit me dit que les ressources nous sont aussi bien ouvertes qu'aux covenantaires. Ils taxent le pays suivant leur bon plaisir, et pillent les domaines des amis du roi; maintenant, si nous sommes une fois dans les basses terres, à la tète de nos Highlanders et de nos Irlandais, l'épée à la main, nous pourrons trouver plus d'un traître, dont les richesses mal acquises rempliront notre caisse militaire. En outre, les confiscations iront-bon train; et en faisant avec les terres confisquées des donations à chaque cavalier de fortune qui se rangera sous son étendard , le roi récompensera ses amistouten punissant ses ennemis. En un mot, celui qui prendra parti chez ces chiennes de tètes -rondes n'a la perspective que d'une misérable paie; mais celui qui passera dans nos rangs a la chance de devenir chevalier, lord ou comte, si le bonheur le favorise. — Avez -vous jamais servi , mon bon ami? dit le capitaine à Anderson. — Un peu, monsieur , dans nos troubles domestiques, répondit modestement le valet. — Mais jamais en Allemagne , ou dans les Pays-Bas? — Je n'ai point eu cet honneur. — Je vous assure, dit Dalgetty en s'adressant à lord Mi'iiteilh, que le valet de Voire Seigneurie a sur l'art militaire d'^s idées sensées , naturelles et justes , quoique un peu irrégulières: car il me rappelle l'homme qui vend la peau de l'ours avant de l'avoir abattu. Néanmoins je rélléchirai à cela. — Vous ferez bien, capitaine, vous aurez la nuit pour y penser: nous sommes près de la maison où. vous attend une réception hospitalière. — Et cela viendra bien à propos; car je n'ai pris aucune nourriture depuis le point du jour, sauf un gâteau d'avoine que j'ai partagé avec mon cheval. Aussi ai-je été forcé de resserrer mon ceinturon de trois points.

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