‹ WaverleyChapitre 22 sur 231 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

Bien que plongé dans ses rêveries , Waverley entendit derrière lui le bruissement d'un tartan écossais; on lui frappa douceiiient sur l'épaule, et une voix amie lui cria : — Le prophète de' la montagne a-t-il dit vrai? faut-il se moquer du don de seconde vue ?

Notre héros se retourna, et fut chaudement embrassé par Fergus Mac-Ivor. —Soyez mille fois le bien venu à Hoiy-Rood , reconquis enfin par son légitime possesseur! Ne vous avions-nous pas prédit que nous réussirions, et que vous tomberiez dans les mains des Philistins si vous nous quittiez ? — Cher Fergus! dit Waverley en l'embrassant à son tour , il y a longtemps que je n'ai entendu la voix d'un ami. Oii est Flora? — Elle est en bonne santé et contemple avec joie nos triomphes. ~ Elle est ici? — Oui , dans celte ville du moins, et vous la verrez bientôt; mais avant , il vous faut \isiter un ami auquel vous ne songez guère , et qui pourtant s'est informé de vous plus d'une fois.

En parlant ainsi, il prit le bras de Waverley, et l'entraîna hors de l'appartement ; si bien qu'Edouard, avant même de savoir où il allait, se trouva dans un salon orné en quelque sorte royalement. Un jeune homme blond, remarquable par la dignité de sa tournure et la noble expression de ses traits délicats et réguliers , sortit du groupe d'officiers et de chefs montagnards qui l'entourait. Notre héros crut dans la suite avoir reconnu , dans ses manières aisées et giacieuses, un signe infaillible de sa haute naissance et de son rang, sans avoir eu besoin de rem.arqner l'étoile qui brillait sur sa poitrine et la jarretière brodée qui ornait son genou. — Permettezmoi, dit Fergus en s'inclinaut profondément, de présenter à Votre Altesse Royale... — Le descendant d'une des plus anciennes et des plus loyales familles d'Angleterre, s'écria le jeune chevalier. Je vous demande pardon de vous interrompre, mon cher Mac-Ivor; mais il ne faut pas de maître de cérémonies pour présdUter un Waverley à un Stnart.

A ces mots , il tendit avec courtoisie sa main à Edouard , qui n'aurait pu , quand même il l'eût désiré , ne pas lui rendre l'hommage qui semblait dû à son rang, et que méritait à coup sur sa naissance. — Je suis fâché d'apjirendre, monsieur Waverley, continua le prince, que, par des circonstances qui ne m'ont encore été que mal expliquées , vous ayez eu à vous plaindre de mes gens dans le Perthshire ou en venant ici; mais nous sommes dans un temps si malheureux , qu'on peut à peine connaître ses amis; et nièuie en ce moment , je ne sais si je puis compter monsieur Waverley au nombre des miens.

11 s'arrêta un instant, et sans laisser à Edouard le temps de trouver une ré|iunse convenable , ni même de débrouiller ses idées , il lui remit un papier, et continua : — Je n'aurais, à coup sûr, aucun doute à ce sujet, si je pouvais en croire cette proclamation lancée par les amis de l'électeur de Hanovre , où monsieur Waverley se trouve au nombre des se'gneurs menacés des peines de haute trahison pour fidélité à leur légitime souverain ; mais je ne veux devoir mes partisans qu'à l'amitié et à la conviction. Si monsieur Waverley préfère continuer son voyage vers le sud, je signerai son passeport, il a toute liberté de partir; je regrette seulement d'être aujourd'hui dans l'impuissance de le garantir des dangers probables d'une telle démarche; mais, continua Charles-Edouard après une nouvelle [lause , si monsieur Waverley, comme son ami sir Nigel , voulait embrasser une cause qui ne se recommande encore que par sa justice, et suivre un prince qui s'en remet à l'aflection de son peuple pour reconquérir le trône de sls pères ou [jérir en voulant y remonter, je puis dire qu'il trouvera de dignes associés pour cette généreuse entreprise parmi de nobles et vaillants seigneurs, et qu'il servira un souverain qui peut être malheureux , mais qui ne sera jamais ingrat.

Le chef de la tribu divor avait senti, en politique habile , qu'il travaillait pour lui en ménageant à Waverley une entrevue privée avec le royal aventurier. Nntre héros ne connaissait ni le langage ni les mauieres d'une cour polie; aussi les discours et la bonté de Charles, qui les connaissait si bien, allèrent droit à son co»ur, et lui fir<;nt oublier les conseils de la [iruJence. Etre ainsi persuiinelle- K^jit ioUicité comme défenseur pur un priuce dont la figure et les

sentiments, non moins que son courage dans cette singulière entreprise, répondaient à ses idées d'un héros de roman ; être reçu liar lui dans les antiques appartements de son palais paternel, reconquis à la pointe d'une êpée qui allait faire de nouvelles conquêtes : tout cela rendit à Edouard et à ses propres yeux la dignité et l'importance dont il avait pu se croire entièrement dépouillé. Rejeté, calomnié, menacé par l'autre parti, il était irrésistiblement enchaîné à la cause que des préjugés d'éducation et les principes politiques de sa famille lui avaient déjà recommandée comme la plus juste. Ces réflexions traversèrent son esprit comme un torrent, chassant devant elles toute autre considération. De plus, il fallait se décider à l'instant ; et Waverley, tombant aux genoux de Charles- Edouard , voua son cœur et son épée à la défense de ses droits. Le prince releva Waverley, et l'embrassa en témoignant une joie trop vive pour ne pas être sincère. Il remercia Fergus Mac-Ivor de lui avoir trouvé un tel partisan, et présenta Waverley aux seigneurs et aux officiers qui l'entouraient, comme un jeune gentilhomme de grande espérance, dont le dévouement à sa cause manifestait assez les dispositions des familles illustres d'.\ni:leterre dans cette crise importante. En effet, c'était là le point en question parmi les partisans des Stuarts; et si une défiance bien fondée dans la coo[iération des Jacobites anglais éloignait encore du drapeau blanc beaucoup de chefs illustres de l'Ecosse , et diminuait le courage de ceux qui l'avaient déjà rejoint, il ne pouvait rien arriver de plus favorable au prétendant que la déclaration publique d'un représentant de la famille des Waverley-Honour, si longtemps connus comme royalistes: c'est ce que Fergus avait prévu dès le commencement 11 aimait réellement Waverley, parce que leurs sentiments et leurs desseins ne s'étaient jamais contrariés; il espérait le voir uni à Flora, et se félicitait de servir avec lui la même cause. Mais il se réjouissait aussi, en politique habile, d'avoir conquis à cette cause un partisan si considérable , et il n'était point insensible à l'importance personnelle qu'il en pouvait tirer auprès du prince. Charles-Edouard, de son côté, semblait désireux de montrer à sa cour le cas qu'il faisait de son nouvel ami ; il le mit donc aussitôt dans la confidence de toutes ses affaires. — Vous avez si longtemps vécu dans la retraite , monsieur Waverley, pour des motifs que j'ignore, qu'il vous a sans doute été impossible de recueillir en quelques jours beaucoup de détails sur ma singulière histoire. Vous savez pourtant que j'ai débarqué sur la côte déserte de Moidart , avec une escorte de sept hommes, et que le loyal enthousiasme des clans et de leurs chefs a mis tout à coup un aventurier solitaire à la tète d'une vaillante armée. Vous devez avoir appris que le général en chef de l'électeur de Hanovre, sir John Cope, marchait contre nos montagnes à la tête d'une armée nombreuse et bien équipée , avec intention de nous livrer bataille, mais que le courage lui a manqué lorsqu'il s'est vu à trois heures de marche de nos avant-gardes. 11 nous a échappé en se dirigeant vers le nord, sur Aberdeen, laissant ainsi les basses terres ouvertes et sans défense. Pour ne pas perdre une occasion si favorable , j'ai marché sur la capitale, chassant devant moi deux régiments de cavalerie, Gardiner et Hamilton , lesquels avaient jure de couper en morceaux tous les montagnards qui oseraient dépasser le fort de Stirling; et tandis que les magistrat"; et les bourgeois d'Edimbourg examinaient s'ils devaient se défendre ou se rendre, mon digne ami Lochiel (en parlant ainsi il mit la main sur l'épaule de ce chef intrépide et accompli) leur épargna la peine de délibérer plus longtemps , en pénétrant dans la ville avec cinq cents Camérons. Depuis, succès constant; mais toutefois, comme l'air vif d'Aberdeen attaquait les nerfs d;i brave sir John , il s'est dirigé par mer sur Dunbar, et je viens d'apprendre d'une manière certaine qu'il est débarqué hier de ce côté-là. Son intention est sans doute de marcher contre nous pour reprendre la capitale de l'Ecosse. A présent il y a deux opinions dans mon conseil de guerre : l'une, c'est qu'inférieurs peut-être en nombre, et à coup sur en discipline et en bonne tenue, sans parler de notre manque total d'artillerie et de la faibles.se de notre cavalerie, le plus sur serait de nous replier vers les montagnes et d'y traîner la guerre en longueur jusqu'à ce qu'il nous arrivât des secours de France, et que tous les clans des montagnes eussent pris les armes en notre faveur. L'opinion contraire soutient qu'un mouvement rétrograde dans notre situation peut jeter un grand discrédit sur nos armes et sur notre entreprise ; et qu'au lieu d'augmenter le nombre de nos partisans, ce serait le moyen de décourager les hommes qui sont accourus sous nos drapeaux. Les officiers qui afipuient cet argument, et votre ami Fergus Mac-Ivor est du nombre, prétendent que si les montagnards sont étrangers à la tactique des armées régulières , les soldats qu'ils auront à combattre ne sont pas moins étrangers à l'attaque impétueuse des clans ; qu'on peut c.)mpter sur le dévouement et le courage des chefs et des nobles , qui ini|irimeront un élan irrésistible à leurs tribus ; enfin qu'ayant tire l'épée, il faut jeter le fourreau et se confier au Dieu désarmées. Monsieur Waverley voudra-t-il nous honorer de son avis dans une circonstance si critique?

L'honneur d'être ainsi consulté fit rougir Waverley de plaisir et de modestie; il répondit au pnuce , avec autaut d'esprit que de

pramptitude, qu'il n'osait pas donner son opinion sur un sujet qui demanderait une longue expérience, mais que toutes ses préférences instinctives étaient pour le parti qui lui offrirait la plus prompte occasion de prouver son dévouement à Son Altesse Royale. — C'est parler comme un Waverley ! répliqua Charles-Edouard; et pour que vous teniez un rang tant soit peu digne de votre nom, permettezmoi, au lieu du grade de capitaine que vous avez perdu, de vous offrir celui de major dans mon armée, avec l'avantage de servir comme aide-de-camp aii|)rès de ma personne , jusqu'à ce que je puisse vous assigner un regiment, ce qui, j'espère, ne saurait tarder.— Votre Altesse Royale m'excusera, répondifWaverleyen se rappelant Balmawhapple et sa petite troupe, si je refuse.d'acce|jter aucun grade avant d'être en temps et lieux où mon crédit puisse lever un corps de troupes et le mettre au service de Votre Altesse. En attendant , j'espère que vous me permettrez de servir comme volontaire .sous les ordres de mou ami Fergus Mac-Ivor. — Du moins, dit le prince, évidemment charmé de cette proposition , permettezmoi le plaisir de vous armer à la façon des montagnards.

Sur ces mots, il détacha le sabre qu'il pnrtait, dont le ceinturon était couvert d'argent, et la poignée d'acier richement travaillé. — Celte lame, dit le prince, est une véritable André Ferrara; c'est une espèce d'héritage dans notre famille , mais je suis persuadé qu'elle est maintenant en meilleures mains que dans les miennes, et j'y joindrai des pistolets de la même fabrique. Colonel Mac-Ivor, vous devez avoir beaucoup de choses à dire à votre ami : je ne vous empêcherai pas plus longtemps de causer ensemble; mais songez-y , nous comptons sur vous deux pour ce soir. C'est peut-être la dernière nuit où nous pourrons rire dans ces appartements : allant tous combattre avec une conscience pure , il faut passer joyeusement la veille delà bataille.

Ainsi congédiés, les deux amis sortirent de la salle gothique. — Comment le trouvez- vous? telle fut la première question de Fergus, tandis qu'ils descendaient le large escalier de pierres. — C'est un prince pour qui l'on doit vivre et mourir, répondit Waverley avec enthousiasme. — Je savais bien que vous penseriez ainsi quand vous l'auriez vu, et je voulais que vous fissiez connaissance plus lût, mais cette maudite entorse vous a privé de ce bonheur. Pourtant il a son côté faible, ou plutôt il a de mauvaises cartes à jouer, et ses officiers highlandais, qui sont nombreux, ne lui donnent pas d'excellents conseils; ils ne peuvent s'entendre sur leurs prétentions. Le croiriez-vous?il m'a fallu pour le moment renoncer à mon titre de comte que j'avais mérité par dix ans de services, pour ne pas exciter la jalousie, ma foi, de tel et de tel. Mais vous avez bien fait, Edouard, de refuser la place d'aide-de-camp. Il y en a deux de vacantes, oui, mais Clanronald et Lochiel, et presque tous les chefs enfin en ont demandé une pour un jeune Ecossais, et les Irlandais, les gens des basses terres, désirent obtenirl'autre pour un des leurs. L'un de ces candidats étant évincé en votre faveur, vous vous seriez fait des ennemis. Mais je suis surpris que le prince vous ait offert seulement le grade de major, quand il sait fort bien qu'il faudrait un titre de lieutenant-colonel pour en contenter d'autres qui ne peuvent amener cent cinquante hommes sur le champ de bataille... Mais patience, et tenez bien les cartes' voilà qui ne va point mal pour le moment; il faut que nous vous équipions pour ce soir dans votre nouveau costume; car, à vrai dire, vous n'êtes pas présentable à la cour. — Ah! dit Waverley en regardant son habit déchiré, ma '<e.ste de chasse a toujours été de service depuis notre séparation. Vous le savez sans doute , mon ami, aus.-i bien oii n;ieux que moi. — C'est faire trop d'honneur à ma seconde vue, répondit Fergus. Nous avons été si occupés, d'abord du projet de livrer bataille à Cope, ensuite de nos operations dans les basses terres, que je n'ai pu donner que des instructions bien vagues à ceux de mes gens qui restaient dans lePerlhshire pour voussecourir, si par hasard ils vous rencontraient. Mais contez-moi le détail de vos aventures, car elles ne nous sont parvenues qu'en raccourci. Waverley lui conta donc au long les événements dont nous avons déjà informé le lecteur : Fergus écouta le tout avec la jilus grande attention. Cependant ils étaient arrivés àla porte de son logement, dans une ruelle étroite qui aboutissait à laCanongate,chez une veuve enjouée, de quarante ans, qui semblait sourire très gracieusement au jeune et beau chieftain, car c'était une personne que la bonne mine et la bonne humeur prévenaienttoujoursenversses hôtes, quelles ()ue fussentleurs opinions politiques. Callum Beg les y reçut avec un sourire de vieille connaissanre. —Callum. dit le chef, appelez Slieiuus an Snacliad (Jacques de l'Aiguille : c'était le tailleur héréditaire de Vicli-Jan- 'Vohr)... Shemus, M. Waverley a besoin d'un habillement couleur bataille, dit Fergus en désignant ainsi le tartan; vous avez quatre heures pour travailler ^nus connaissez la mesure d'un homme bien fait, deux doubles aiguillées an bas de la jambe... — Onze de la hanche au talon, sept à la ceinture. Je permets à Votre Honneur de faire pendre Shemus, s'il y a^ur le dos d'aucun montagnard un équipement mieux taillé que celui que je vais confectionner pour ce gentilhomme. — Faites un plaid et un kilt avec le tartan des M,ic Ivor, Continua le Mief: de plus un hcnnel bleu eoiiiiue celui du prince ! TOUS iav*'.-, ja veste verte à brodeiiei el à boulons d'irgcni tiuii

lui aller à merveille; je ne l'ai jamais portée. Dites à l'enseigne Maccombich de choisir une de mes plus belles targes. Le prince a donné à M. Waverley un sabre et des pistolets, je lui trouverai le dirck et la bourse; ajoutez maintenant une chaussure à talons bas. Et puis, mon cher Edouard, vous voilà un véritable filsd'lvor.

Ces ordres nécessaires donnés, le chef revint aux aventures de Waverley. — Il est évident que vous avez été prisonnier de Donald Bean Lean. Vous saurez qu'au moment où je partis avec mon clan pour rejoindre le prince, je priai cet honnête membre de la société de me rendre un léger service ; mes instructions remplies, il devait m'araener toutes les troupes qu'il aurait pu réunir; mais au lieu de cela, le digne partisan, trouvant le pays dégarni, a pensé qu'il valait mieux faire la guerre pour son compte, et il s'est mis à battre la campagne, pillant, je crois, amis et ennemis, sous prétexte de levei; le black-mail, tantôt par mes ordres et tantôt..., au diable son impudence consommée! en son nom, en son propre nom. Sur mon honneur, si dans ma vie je revois les rochers de notre pays, j'aurais bonne envie d'y pendre ce drôle-là! Je reconnais son faire, surtout dans la manière dont il vous a tiré des griffes de ce vieil hypocrite de GilfiUan ; et je suis sûr que Donald lui-même a joué le rôle du colporteur en cette occasion; mais qu'il ne vous ait pas dévalisé, qu'il ne vous ait pas mis à rançon ; enfin qu'il n'ait pas, d'une façon ou d'une autre, profité de votre captivité, voilà qui me passe. — Mais quand donc el comment avez-vous appris ma réclusion? — Le prince lui-même m'en instruisit et voulut connaître les plus petits détails de votre histoire. Il me dit alors que vous étiez entre les mains d'un de nos partisans du nord ; vous sentez que je ne pouvais demander des explications. 11 me consulta sur ce qu'il fallait faire de vous : « L'amener ici prisonnier, » répondis-je, désirant ne pas vous compromettre .auprès du gouvernement anglais , dans le cas où vous persisteriez dans votre projet de retourner vers le midi. J'ignorais , vous le savez , qu'on vous accusai comme complice el fauteur d'un crime de haute trahison, ce qui contribua sans doute à vous faire changer vos premiers plans. On envoya cet imbécile, cette grosse bête de Balmawhapple pour vous escorter depuis Donne avec ce qu'il appelle son escadron de cavalerie; quant à sa conduite envers vous, outre son antipathie naturelle pour tout ce qui sent l'honnête homme , je présume que son aventure avec Bradwardine lui trotte encore dans la tête. Je suis donc porté à croire que sa manière de conter cette histoire a contribué aux mauvais bruits qui sont parvenus à votre régiment. — C'est bien possible; mais maintenant, à coup sûr, mon cher Fergus, vous avez le temps de me parler un peu de Flora. — Ah ! répondit Fergus , je puis seulement vous dire qu'elle se porte bien , et qu'elle demeure pour le moment dans cette ville chez une parente. J'ai cru convenable de la faire venir ici , car depuis nos succès, bon nombre ^e dames illustres fréquentent notre cour militaire; et je vous assure que c'est beaucoup d'être proche parent d'une personne telle que Flora Mac -Ivor; or, quand il y a si grande rivalité de sollicitations, on doit employer tout moyen honnête de grossir son importance.

Cette dernière phrase blessa un peu Edouard; il lui répugnait à penser que Flora fût considérée parson frère comme un moyen de faveur, grâce à l'admiration qu'elle devait indubitablement exciter. Quoique ce calcul n'eût rien d'étonnant chez un homme tel que Fergus, il sembla pourtant à notre héros dicté par l'égoisme et indigne de l'esprit élevé de la sœur, aussi bien que de l'orgueil indépendant du frère. Fergus, à qui de pareilles manœuvres étaient familières, puisqu'il avait vécu à la cour de France, ne remarqua point l'impression défavorable que, par mégarde, il avait faite sur l'esprit de son ami , et termina en disant qu'il leur serait difficile de voir Flora dans la journée; mais le soir, elle devait venir au concert et au bal de la cour. — Nous avons eu déjà querelle ensemble sur sa retraite au moment de votre départ; je n'ai nulle envie de recommencer; en la priant de vous recevoir ce malin, peutêtre ne ferais-jc,par mon intervention, que l'empêcher de se montrer dans la soirée.

Pendant qu'ils causaient ainsi , Waverley entendit dans la cour, sous les fenêtres du salon , une voix bien connue. — Je vous jure , mon digne ami, disait-on , que c'est une violation manifeste de la discipline militaire; et si l'on ne pouvait al éguer que vous êtes encore, pour ainsi dire, un lyro (novice), votre conduite mériterait do graves reproches. Un prisonnier de guerre ne doit jamais être chargé de fers. J'accorde pourtant qu'on peut enfermer un geutilhoiiiine , pour plus de sûreté, in carcere, c'est-à-dire dans une pri- .son publique.

On entendit la voix grognarde de Balmawapple comme s'il s'éloignait mécontent: mais le mol « traînard » fut le .seul qu'on put distinguer. Le capitaine avait disparu quand Waverley sortit pour présenter ses respects au digne baron de Bradwardine, L'uniforme que portait alors le baron était un habit bleu tout galonné d'or, une veste et des nilotles écarlates; enfin (l'immenses buttes à 1'*cuycre semblaient ainuli'rà la roideiir et à l'air sévère de sa loni.' -, ^talure perp' inlicul.iiic ; le seiiliiueiit de son grade el de son .lu.. . rite miUUire avait augmente, daus la même i>iupuriiuu, l'impui <

Si

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tauce de ses nianiores et le ton ilogmatique de sa conversation. Il reçut Waverlev avec sa bonté ordinaire, et se liàta, dans son inquiétude , de iui demander des détails sur la perte de son grade dans le régiment de Gardiner. — Ce n'est pas, dit-il, que j'aie jamais pu craindre que mon jeune ami eût mérité un traitement si sévère; mais il est juste et couvenalilo que le baron de Bradwardine ait non seulement le droit, mais encore le pouvoir de réfuter complètement toutes les calomnies déversées sur l'héritier des Waverley- Honour, et pour ainsi dire sur son propre fils.

Fergus Mac-lvor, qui venait de les rejoindre, eut bientôt conté toutes les aventures de Waverley, et n'oublia point l'accueil flatteur qu'il avait reçu du jeune Cheva'lier. Le baron écouta en silence, et à la fin serra cordialement la main d'Edouard en le félicitant d'entrer au service de son prince legitime. — Car, continua-l-il , quoique toutes les nations aient justement regardé comme un sujet de scandale et de déshonneur la violation du sacramrntiim mititare, on sait que larfemi,«sio, la destitution , l'annulle. J'aurais cru pourtant, monsieur Waverley, qu'avant de vous engager dans l'armée du prince, vous vous seriez informé du rang qu'y occupe le vieux Bradwardine , car il se fût estimé très heureux de vous admettre dans le régiment de cavalerie qu'il est sur le point de lever.

Edouard se disculpa en insistant sur ce qu'il lui avait fallu donner tout de suite une réponse au prince, et sur ce qu'il ignorait , dans le moment, si son ami le baron était à l'armée ou autre part. Cette petite susceptibilité élant ainsi calmée, Waverley s'informa de miss Bradwardine et apprit qu'elle était venue à Edimbourg avec Flora Mac-Ivor, sous l'escorte d'un détachement. Une pareille précaution était à coup siîr nécessaire , car Tully-Veolan devenait un séjour peu agréable et même dangereux pour une jeune dame sans défense, étant situé près des montagnes, et non loin de deux ou trois gros villages qui , aussi bien par la haine des voleurs de bestiaux que par amour pour le presbytérianisme, s'étaient déclarés en faveur du gouvernement. Les habitants de ces paroisses formaient des coi-ps irreguliers de partisans qui avaient de Iréquenles escarmouches avec les montagnards , et attaquaient souvent les châteaux de la noblesse jacobite situés sur la frontière. — Je vous i)roposerais, continua le baron, de pousser jusqu'à mes quartiers, et d'admirer en passant Kigh-Street, qui, sans l'ombre du doute, vaut toutes les rues de Londres et de Paris; mais Bose, la pauvre petite, a grand'peur du canon du château, quoique je lui aie prouvé par Blondel et Cœhor.i qu'il est impossible à un boulet d'atteindre notre maison ; et de plus. Son Altesse Royale m'a chargé d'aller au camp donner ordre de condamare vasa, c'est-à-dire de plier armes et bagages pour se mettre eu marche pour demain à la pointe du jour. Et je m'amuse à causer avec deux jeunes gens quand je devrais être au Parc du Roi. — Ne dinerez-vous pas avec Waverley et moi , à votre retour'/ dit Fergus. Je vous assuse, baron, que si je puis vivre au besoin comme un montagnôrl, je n'ai point oublié mon éducation de Paris, et je sais dans l'occasion faire bonne chère. — (Jui diable en douterait, répondit le baron en riant, lorsque vous amenez seulement la cuisine, ot prenez vos provisions dans notre bot^na ville? Eh ! bien, j'ai aussi quelques affaires à terminer en ville :

mais je vous rejoindrai à trois heures si le diner peut m'at-

tendre jusque-là.

Sur ces mots, il prit congé de ses amis pour aller remplir sa mission.

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