‹ WaverleyChapitre 23 sur 231 · CHAPITRE X.Xl · texte numérisé non relu

CHAPITRE X.Xl

Jacques de l'Aiguille était homme de parole, quand !e whis'Kv ne se mettait pas de la parue ; et eu cette occasion Galium Bt'g, qui se regardait encore comme débiteur de Waverley, puisque noire héros n'avait point voulu être payé aux dépens de l'hôtel du Chandelierd'or, profila de cette circonstance pour acquitter sa dette, en montant la garde devant le tailleur héréditaire du clan d'ivor, jusqu'à .Je qu'il eût terminé sa besogne. Pour se débarrasser de cet iiupor- 'un, Shemus fit glisser son aiguille comme un éclair à travers le îirtan ; et l'artiste, qui tout le temps chanta une terrible bataille de S in Macoul , cousait au moins trois points par chaque héros qu'il J isait mourir. L'habillement fût donc bientôt prêt, car le justaucorps vert allait à ravir, et il n'y avait presque ritn à faire au reste de la toilette. Quand notre héros se fut all'ublé du costume des ▼ieux Celtes, costume bieu propre à donner un air de force à une taille qui, quoique grande et bien faite, était plus élégante que robuste, il se regarda plus d'une fois dans la glace (j'espère que mes belles lectrices le lui pardonneront), et on ne put s'empêcher de reconnaître qu'il y voyait un trèsjoli garçon. Au fait, il ne se trompait nullement. Ses cheveux châtains, car il ne portait pas perruque malgré la mode générale du temps, allaient à merveille avec la toque qui les couvrait en partie. Sa tournuie annonçait la vigueur et la souplesse; les amples plis du tartan lui donnaient de plus un air de dignité. Son œil bleu semblait exprimer

Lm douceurs de l'amour et le feu de la guerre.

Enfin, une sorte de timidité, qui ne provenait que d'un manque d'usage du monde , rendait sa figure intéressante, sans lui ôter la grâce ni le piquant. — C'est un bel homme, un fort bel homme, dit Evan Dhu, maintenant enseigne Maccombich, à l'hôtesse enjouée de Fergus. — Il est fort bien, répondit la veuve Flockhart, mais pas si bien encore que votre colonel. — Je ne les compare point, je ne dis pas que M. Waverley soit miei.x fait, non : mais seulement qu'il a l'air noble, déterminé, l'air d'un digne fils de sa maison , qui ne criera pas au fourrage dans une bataille. Et vraiment il manie joliment le sabre et la targe. J'ai souvent jouté avec lui à Glennaquoich, et 'Vich-Jan-Vohr aussi, l'après-diner du dimanche. — Que le Seigneur vous pardonne, enseigne Maccombich, dit la presbytérienne alarmée.je suis sûre que cela n'pstjamais arrivé à votre colonel. — Oh ! oh! mistriss Flockhart, répondit l'enseigne, nous sommes jeunes,vous savez, et jeunes saints, vieux diables. — Mais est-il vrai qu'on livre demain bataille à sir John Cope, enseigne Maccombich? — Vrai, mistriss Flockhart ; nous marchons sur lui et il marchera sur nous. — Et vous serez face àface avec cesterribles ennemis, ces dragons. — GnlTes contre grift'es, mistriss Flockhart, etmalheuràqui a lis ongles les moins longs. — Et le colonel lui-même s'exposera aux baionneites? — Vous pouvez en être sûre, mistriss Flockhart ; par saint Phédar, il y courra le premier. — Bonté divine ! et s'il est tué au milieu des habits .rouges? s'écria la veuve au cœur tendre. — Ah ! si pareil malheur lui arrivait, mistress Flockhart, je sais bien qui qe survivrait pas pour le pleurer. Mais nous sommes encore tous vi^ vants aujourd'hui, et il nous faut à dîner ; voilà Vich-Jan-Vohr qui a l'ait ses malles , et M. Waverley est las de s'examiner depuis si longtemps dans la glace; ce vieux grognard à tête grise, le baron de Bradwardine, qui a tué le jeune Ronald de Ballenkeiroch, va aussi venir avec ce gros bailli, cet elfronté flatteur qu'on appelle Macwhceble et qui ressemble au cuisinier français du laird de Kittlegab; plus, son chien de tournebroche qui le suit partout; enfin, moi aussi je suis afTamé comme un milan, ma bonne veuve ; dites donc à Rate de tremper la soupe, et mettez votre cornette, car Vich- Jan-Vohr ne voudra jamais s'asseoir avaut de vous voir à la tète de la table; et n'oubliez pas la bouteille à l'eau-de-vie , ma chère dame.

Cette admonition hâta le diner. Mistriss Flockhart, souriant sous son costume de deuil, comme le soleil à travers un brouillard, se mil à la place d'honneur, pensant qu elle n'aurait point à se plaindre de la durée d'une insurrection qui lui procurait une compagnie si au-dessus de sa société ordinaire. Elle avait Waverley et le baron à ses côtés, et le chef pour vis-à-vis. L'homme de paix et l'homme de guerre, c'est-à-dirs le bailli Macwheeble et l'enseigne Maccombich, après plusieurs salutations profondes à leurs supérieurs et beaucoup de civilités l'un en vers l'autre, se placèrent à droite et à gauche du colonel. La chère était excellente, vu le temps, le lieu et la circonstance, et Fergus était d'une gaieté extraordinaire. Méprisant le péril, présomptueux par caractère , jeune et ambitieux, il voyait en imagination toutes ses espérances couronnées de succès, et ne songeait guère a la tuaibe presque toujours ouverte pour un soldat. Le baron s'excusa quelque peu d'avoir amené Macwheeble. Ils s'étaient occupés ensemble, disait-il, des dépenses de la campagne. — Et ma foi! continua le vieux militiire, puisque c'est ma dernière , sans doute, je veux finir comme j'ai commencé, sans un sou. J'ai toujour's trouve qu'il était plus difficile de se procurer le nerf de la guerre , ainsi qu'un savant auteur appelle la caisse militaire, que sa chair, son sang et ses os. — Quoi ! dit Fergus, vous avez levé le seul corps de cavalerie qui nous soit utile, et n'avez pas eu un seul des louis d'or du navire français, puur vous aider? — Non, Glennaquoich ; des drôles plus habiles ont passé avant moi. — C'est un scandale, dit le jeune montagnard; mais nous partagerons ce qui me rest.- encore de mou subside. Vous pourrez du moins passer une nuit tranquille, et demain vous serez comme nous tous, car nous aurons des provi- "lons, de façon ou d'autre, avant le coucher du soleil.

Waverley en rougissant jusqu'aux oreilles, mais avec beaucoup d'empressement, lit au baron les mêmes offres. — Je vous remercie tous deux, mes chers enfants, dit Bradwardine, mais je n'entamerai pas \ olre peculium; le bailli Alacwheeble a trouve la somme nécessaire.

Aces mots, le bailli sauta et tiessaillit sur sa chaise ; il semblait tout déconcerte. A la fin, apiès avoir craché cinq ou six l'ois et protesté eu termes rebattus de ïOii dévouement au service de Sou Honneur, nuit et jour, à la vie et à la mort, il se mil à insinuer que les argentiers avaient transporté toutes leurs espèces au château ; que sans doute Sandie Goldie, l'orfèvre, ferait beaucoup pour Son Honneur, muisqu'il y avait bien peu de temps pour completer la somme; qu'ainsi donc, si le colonel ou M. Waverley pouvaient arranger... — Que je n'entende [las ces sottises, monsieur, dil le b.iron d'un ton qui rendit Macwheeble muet; mais agissez comme nous eu sommes couveuus avaut diner, si vous souhaitez rester à mon service.

Acetordre péremptoire,le bailli, quoiqu'il se crût réellement condanin' à soull'rir une trausfusioii de son propre sang dans les veines du baion, n'osa faire aucune réponse. Toutefois, après s'être quelqu^

temps agité, sur sa chaise, il adressa la parole à Glennaquoieh , et lui dit que si Son Honneur avait plus d'argent disponiblequ'il ne lui en fallait pour solder ses troupes, il pouvait le placer sûrement et à bon inlérèt. A cette proposition Fergus éclata de rire, et réporidit, quand il eut repris son sérieux : — Mille remerciements! liailli ; mais vous saurez que nous avons l'habitude, nous autres soldats, de prendre notre hôtesse pour banquier... Mistriss Flockhart, ajmita-t-il en tirant cinq ou six larges pièces d'or d'une bourse bien remplie, et en faisant sonner la'bourse elle-même et ce qu'elle cont/înail encore dans le creux de sa main ; voilà de quoi pourvoir à mes besoins ; prenez le reste : soyez mon banquier, si je vis, et mon légataire, si je meurs. Mais ayez soin de donner quelque chose aux pleureuses de la montagne qui chanteront le plus beau coronach (hymne funèbre) en l'honneur du dernier Vich-Jan-Vohr. — Ceci est, dit le baron . le testamenium militare, qui, chez les Romains, pouvait être verbal.

Mais le tendre creurde mistriss Flockhart se fondit en larmes aux paroles du colonel ; elle poussa un lamentable soupir, et refusa net de recevoir le dépôt, que Fergus fut obligé de reprendre. — Eh bien, dit le chieftain, si je succombe, ce sera pour le grenadier qui me cassera la tète, mais j'aurai s^in de lui tailler bonne besogne.

Le bailli Macwheeble fut encore tenté de remettre sa rame à l'eau ; car, dès qu'il s'agissait d'espèces, il lui était difficile de se taire. — Peut-être, suivant lui, mieux vaudrait léguer la somme à miss Mac- Ivor, en cas de décès ou d'accident de guerre. On rédigerait une donation mortis cama, en faveur de la jeune lady, et pour ce. il n'en coûterait qu'un bout de plume. — La jeune lady, répliqua Fergus, si pareil événement arrivait, aurait bien autre chose à penser qu'à ces misérables louis d'or. — C'est vrai... incontestable... sans l'ombre <l'un doute; mais Votre Honneur sait qu'un profond chagrin... — Est beaucoup plus facile à supporter d'ordinaire qu'une faim bien vive?... C'est vrai , bailli , fort vrai ; et je crois même qu'il y a des f;ens qu'une telle réflexion consolerait de l'anéantissement de toute l'espèce humaine. Mais il est un chagrin qui ne connaît ni faim ni soif, et la pauvre Flora...

Il s'interrompit, et tous les convives partagèrent son émotion. Les pensées de Bradwardine se reportèrent naturellement sur sa fille qui restait sans iléfense, et de grosses larmes brillèrent dans les yeux du vétéran. — Si je succombe, Macwheeble, vous avez tous mes papiers, vous connaissez toutes mes affaires ; soyez juste envers Rose.

Le bailli. a|irès tout, était du limon terrestre : il avait sans doute bien des vices, bien des mauvais penchants, mais aussi quelques sentiments de bonté et de justice, surtout quand il .s'agissait du baron ou de la jeune miss. Il poussa un gémissement lugubre. — Si ce triste jour arrivait, s'écria-t-il . Duncan Macwheeble n'eùt-il qu'une obole, elle serait pour miss Rose. Je me mettrai copiste à un denier la page, avant de lui laisser connaître le besoin ; si les belles baronies de Bradw.irdine et deTully-Veolan , avec les châteaux et les termes qui en dépendent... (il ne manquait pas de sangloter à chaque pause...) avec chimps, prés, marais, moulins.... terres en clos et hors clos.... bâtiments, granges, pigeonniers.... avec droit de pèche à la ligne et au filet dans les étangs et rivières de Veolan.... avec église, cure et presbytère. .. annexis connexis, tenants et aboutissants.... droits d.; pâture.... chauffage, nourriture et boisson.... fermages, arrérages et redevances.. . (là, il eut recours au biiul de sa longue cravate, car il pleurait à chaudes larmes et malgré lui, aux idées qu'évoquait le jargon technique).... lesqui'ls biens sont désignés plus au long dans les titres et contrats.... et situés dans la paroisse de Bradwardine, au comté de Perth.... Si , dis-je, tous ces biens passent, non à la fille de mon miitre, mais à Incb-Grabliit, qui est whig et Hanovrien, et sont confiés aux soins de son homme d'afTaircs. Jamie Howie, qui n'est pas capable d'être garde-chasse, et I ncore moins bailli. ..

l.e commencement de cette jérémiade aviit réellement quelque chose de louchant, mais la fin fit éclater un rire général. — N'ayez point peur, b.iilli , dit l'enseigne Maccombicli , le bon vieux tenip* du trouble et du désordre est revenu, et Siieckus Mac Sneckiis (comme il avait compris sans doute annexis connexis) ainsi <iue vos autres ennemis, s'enfuiront devant la plus longue claymore.— Et cette claymore sera la nôtre, bailli, dit le chieftain en voyant Macwheeble pâlir à ces mots ;

Ils n'auront que le fer, niet.iI de nos montagnes,

Lilli bullcro!

0» six pieds de terrain au sein de ces campagnes.

bero, lero!

Nous serons délivrés d'intérêts, d'échéances :

Lilli hullnro!

Un seul paiement pardi soldera les créances. L'ro, lero!

— Mais voyons, bailli, point de chagrin; videz gaiement votre ■ycrrc ; le baron retourneia vivatit et victorieux à tully- Veolan , il réunira même les dnuiaines di; Killancurcit .lux siens, puisque le lài II'' pourceau qui les pcisscde ne vient. pas, en geiitilhoninie, dé- ]:;iidrutioa prince. — Pour sur, les deux dumaiueij bont voisins, dit

le bailli en s'essuyant les yeux; et ils déoendraient tout naturellement de la même administration. — Et moi , continua le chieftain, je prendrai soin de ma personne; car vous saurez que j'ai ici une boniie œuvre à finir : c'est de faire entrer mistriss Flockhart dans le sein de l'église catholique , ou du moins à moitié chemin , c'està-dire dans votre assemblée épiscopale. 0 baron ! si vous l'entendiez avec sa voix de contre-alto réveiller le matin Kate et Mativ, vous qui êtes musicien , vous trembleriez rien qu'à l'idée de l'entendre chanter les psaumes de voire église. —Dieu vous pardonne ! colonel, quel train vous allez! Mais j'espère que Vos Honnmri prendront du thé avant de se rendre au château, et j'en vais pré' parer.

Sur ces mots, mistriss Flockhart quitta la compagnie, et les con vives , comme on peut le supposer, continuèrent de s'entretenir d^i événements prochains de la campagne.

L'enseigne Maccombieh étant parti pour le camp des montagnards oil son devoir l'appelait, et le bailli Macwheeble .s'élant retiré dans quelque taverne obscure pour digérer son dîner et l'explication de la loi martiale donnée pir Evan Dbu ; Waverley. le baron et Fergus se dirigèrent vers Holy-Rood. Ces deux derniers ét.nient d'une .n-aieté folle; et. chemin faisant, le baron plaisantait notre héros sur la jolie tournure que lui donnait son nouveau costume. En discourant ainsi ils arrivèrent an palais d'Holy-Rood , et furent annoncés chacun par leur nom à leur entrée dans les salles. On sait combien de gentilshommes distingués n^ir le rang, l'éducation et la fortune, prirent part à la fatale et funeste entreprise de 174.=;. Les dames d'Ecosse épousèrent aussi presque toutes la cause d'un jeune prince brave et bien fait, qui se jetait entre les bras de ses compatriotes plutôt en héros de roman qu'en politique habile. Il ne faut donc pas s'étonner qu'Edouard, qui av.iit passé la plus grande parlie de sa vie dans la grave solitude de Waverley-Honour, fût ébloui du luxe et de l'élégance alors déployé^ dans les salles depuis si longtemps désertes du château écossais. L'ameublement n'était pas , il est vrai , fort splendide, mais il était aussi élégant du moins que le permettaient les circonstances : l'effet général était imposant , et l'assemblée, si l'on considère le haut rangdes personnes réunies, pouvait s'appeler brillante. Il ne fallut pas longtemps à notre amoureux pour découvrir l'objet de sou aflfeclion. En ce moment, F'ora M;ic-lvor retournait à sa place, presque à l'extrémité de l'appartement, en tenant à son bras Rose Bradwardine. Parmi tant de jiarnres et de beautés, elles avaient attiré à elles seules l'atlention générale, se trouvant à coup sûr au premier rang de< plus jolies femmes présentes. Le prince les remarqua beaucoup toutes deux , Flora surtout, qu'il choisit pour danseuse; préférence f|u'elle dut sans doute à ce qu'elle avait été élevée en pays étranger, et parlait facilement le français et l'italien

Lorsque la confusion ordinaire à \n fin d'une contredanse se fut apaisée, Edouard , comme par instinct, suivit Fergus jusqu'à l'endroit où sa sœur était assi.se. L'espérance dont il avait nourri son amour en l'absence de l'objet chéri, parut s'évanouir alors ; et, .semblable àun hommequi cherche à retrouver les détails d'un'rêvè oublie, il eût donné le monde en ce moment pour se rappeler les motifs qui avaient servi de fondement à un espoir devenu tout à coup une illusion. Il suivait Fergus les yeux baissés, et avec les sen- .satious du condamné qui. pendant que la fatale charrette s'avance lentement à travers la multitude rassemblée pour assister à son supplice, perçoit vaguement et le bruit qui remplit l'air autour de lui, et l'agitation de la foule sur laquelle ses yeux se promènent au hasard. Flora parut un peu, mais bien peu émue et troublée à sou .approche. — Je vous présente un fils adoptif d'ivor, dit Fergus. — Et je le reçois com'me un second frère, répondit Flora. Elle appuya sur le dernier mot avec un accentqui eût échippé à tout autre qii'à un esprit surexcité par la fièvre de la crainte; mais évidemment, d'après son attitude et l'expression de sa physionomie, elle voulait dire : « Je n'ai jamais song<' à m'iinir plus étroitement à monsieur Waverley. » Edouard s'arrêta, salua, et re3ardason ami, qui se mordit les lèvres : car Fergus n'interprétait pas plus favorablement l'accueil que sa siriir faisait à son jeune protégé. — Voilà donc la fin de mon rêve ! Telle fut la première pensée de Waverley ; et .son émotion fut si poignante, qu'elle éloigna de ses joues jusqu'à la dernière goutte de sang. — Bon Dieu! dit Rose Bradwardine, il n'est pas encore rétab'i.

Ces mots, prononcés avec une vive émotion , furent entendus par le prince lui-même, qui vint aussitôt de ce côté, prit la main de Waverley, et lui denianda d'un ton affectueux des nouvelles de sa santé, ajiuilant qu'jl di'sirail causer avec lui. Par un clbirl violent et sondoin que laf'circonslance rendait indispensable . Edouard se remit assez pour suivre le prince en silence dans un coin de l'appartiinent. Charles le retint quelque temps, lui fil diverses question^ Mir les grandes familles jucobites et catholiques d'Angleterre, sur leur crédit, leur intliience, et sur leurs disposilinus h l'i-gard des Stuarts. Waverley, dans un autre moment, n'eût pu répondre que fort vaguement à toutes ces questions; ou croira donc sans peine qu'en proii; à un trouble péiiihle, il répondit d'une manière confuse et bizarre. Le prince sourit deux ou trois fois de riiicohé«

LES VEILLEES LITTÉRAIRES ILLUSTRÉES

rence de srs réponses; mais il ne changea point de sujet, quoique forcé de faire les frais de la conversation jusqu'à ce que Waverley pût causer plus sensément. 11 est probable que celle longue entrevue avait pour but principal d'accréditer le bruit, qu'à la satisfaction du prince ses partisans accueillaient déjà, que Waverley était Hn personnage d'une grande influence politique. Mais il seaibla, d'après ses derniers mots, qu'il avait un motif différent et fort généreux, tout personnel à notre héros, pour prolonger cet entretien. — Je ne puis , dit-il , résister îi la tentation de me vanter de ma discrétion comme confident d'une dame : vous le voyez, monsieur Waverley, je sais tout, et je vous assure que je m'intéresse vivement h "cette affaire. Mais, mon jeune et cher ami, il faut mieux cacher vos sentiments. Il y a ici bien des personnes dont les yeux peuvent être aussi perçants que les miens, mais il vous est impossible de compter sur leur discrétion comme vous pouvez compter sur la mienne.

A ces mots il se détourna d'un air aisé, et rejoignit à quelques pas de là un groupe d'officiers, laissant Waverley réfléchir sur sa dernière phrase. Or, s'il n'en pouvait comprendre tout le sens, il comprenait du moins qu'on lui recommandait la prudence. Faisant donc un effort pour se montrer digne de l'intérêt que son nouveau maître lui avait témoigne, il se dirigea vers l'endroit oii Flora et miss Bradwardine étaient assises; et, après avoir présenté ses respects à cette dernière , il réussit, au-delà même de son attente, à entretenir avec les deux dames une conversation banale. Bientôt, comme ces pauvres haridelles qui répugnent d'abord à la course, mais qiio le fouet ou l'éperon ont bientôt échauffées au point de leur faire prendre le galop pendant un mille ou deux, Waverley s'anima progressivement. Tout effort a, comme la vertu, sa propre récompense; et notre héros avait d'ailleurs d'autres motifs non moins puissants pour persister à jouer l'indifférence en retour du mauvais accueil deFlora. L'amour-propre, qui applique sur les plaies de l'amour des caustiques salutaires , quoique douloureux, vint puissamment à son secours. Honoré de la faveur du prince, destiné, il pouvait en concevoir l'espérance, à remplir un rôle important dans la révolution qui allait ébranler un giand Koyaurae; supérieur sans doute par l'esprit et au moins égal par Jes avantages physiques , à la plupart des nobles et seigneurs qui se trouvaient là réunis; jeune, riche, bien né..., pouvait-il et devait-il languir pour les beaux yeux d'une beauté capricieuse? Ces réflexions déterminèrent Waverley à prouver qu'il n'était pas découragé par un refus; sa vanité lui disait tout bas c(ue la beile y prrdiait peut-être plus que lui , ot qu'elle saurait mieux apprécier l'affvation de son amant quand elle ne se verrait plus tout à fait mailrc'ssf; de l'enflammer ou de l'éteindre à son gré. Il y avait aussi un ton mystérieux d'encouragement dans les paroles du Chevalier; mai-^ il craignait qu'elles ne se rapportassent qu'au désir de Fergus pour son union avec sa sœur. Enfin pourtant, diverses considérations, le moment, le lieu, la circonstance, se réunirent pour éveiller son imagination et lui faire déployer un caractère mâle et ferme, laissant au sort le soin du dénouement. Si lui seul paraissait triste et abattu la veille d'une bataille, avec quelle joie les mauvaises langues qui s'étaient déjà tant occupées de lui, broderaient un nouveau conte!... — Jamais, jamais, s'écria-t-il, des ennemis que je n'ai pas provoqués n'auront le plaisir de m'adres.ser des injures mérit. es!

Influencé par ces idées diverses et excité de temps à autre par un sourire d'intelligence et d'approbation du prince, lorsqu'il passait de ce côté, Waverhy fit des frais d'imagination, de vivacité et d'éloquence, et s'attira l'admiration générale de la société. Peu à peu la conversation prit un tour plus favorable encore à ses talents et à ses connaissances; la gaieté de la soirée étant plutôt aniniée que troublée parles périls du lendemain , car tous les esprits espéraient pour l'avenir et songeaient à jouir du présent. Cette disposition de rame est surtout favorable à l'exercice des facultés de l'imagination, à la poésie, et à cette éloquence qui ressemble tant à la poésie. Waverley, comme nous l'avons ailleurs observé, avait parfois une facilité extraordinaire d'élocution, et dans cette nuit il s'cleva audacieuseraenl jusqu'aux matières les plus sérieuses, et redescendit avec bonheur aux sujets gais et badins il était encouragé et soutenu par tous les bons esprits qui cédaient à l'impulsion du moment : les raisonneurs même, d'habitude plus froids et plus réfléchis, étaient entraînés par le torrent. Plusieurs dames abandonnèrent la danse, et sous divers prétextes se réunirent au groupe qui s'était formé autour du jeune et bel Anglais. 11 fui présenté a iilusieuis finîmes de haut rang, et ses manières, dégagées alors de l'embarras timide qui, loin d'unesi I elle occasion, les contraignait d ordinaire, firent les délices de l'assemblée. Flora Mac-lvur semblait la seule de toutes les femmes présentes qui le regardât avec un peu de froideur et de réserve. Toutefois elle ne put cacher sa surprise en apercevant des talents qui, devant elle, ne .s'étaient jamais déployés avec autant d'éclat. Je ne sais si elle n'éprouva point un certain regret d'avoir si brusquement dédaigné les vœux d'un amant qui paraissait destiné à si haute fortune. Flora comptait parmi les défauts lucorrlgih\es d'Edouard ce qu'on appelle en France une mauvaise honte, '•'levée çUe-mèmc daii.s les cercles brillants d'une cour étrangère,

peu habituée à la réserve des manières anglaises, cette imperfection lui paraissait trop voisine de la timidité et de la faiblesse de caractère; mais si elle souhaita un instant que Waverley se fiit toujours montré aussi aimable, aussi attrayant, ce souhait s'effaça bien vite, car il était arrivé depuis leur séparation des choses qui rendaient, suivant elle , la résolution qu'elle avait prise à cet égard décisive et irrévocable. Avec des sentiments bien autres, RoseBradwardine était toute Ame pour entendre; elle ressentait une joie secrète du tribut d'éloges luibliquement payé à celui dont elle avait trop vite et trop complètement apprécié le mérite. Sans jalousie, sans inquiétude, sans le moindre mouvement d'égoi'sme, elle s'abandonnait au plaisir d'entendre les murmures unanimes d'approbation. Quand Edouard parlait, elle avait l'oreille toute pleine de sa voix ; quand d'autres répondaient, ses yeux se mettaient à leur touren observation pour épier sa réplique. Peut-être le plaisir qu'elle éprouva dans le cours de cette soirée, plaisir passager et suivi de tant de chagrins, était-il le plus pur et le plus désintéressé dont l'âme humaine puisse jouir. —Baron, dit le Prince, je ne laisserais pas ma maîtresse en tète-à-tète avec votre jeune ami ; il est à coup sûr, quoique peut-être trop romanesque , un des jeunes gens les plus aimablesque j'aie jamais vus. — Et sur mon honneur, répondit le baron , il est parfois aussi sérieux que moi , qu'un homme de soixante ans. Si Votre Allesse Royale l'eût vu rêver et soupirer à Tully-Veolan comme un hypochondriaque.vous seriez étonné qu'il ait pu en si peu de temps reprendre tant d'enjouement et de gaieté. — En vérité, dit Fergus Mac-Ivor, je crois que c'est l'inspiration du tartan ; car, quoique 'Waverley soit toujours un jeune homme de bon sens et d'honneur, je l'ai souvent trouvé distrait, inattenlif. — Nous liii en sommes d'autant plus obligés, répliqua le prince, s'il avait réservé pour cette soirée des qualités que même des amis si intimes ne soupçonnaient pas... Mais allons, messieurs, la nuit s'avance, et il faut songer un peu à notre besogne de demain : que chacun offre la main à la dame de son choix et me fasse l'honneur d'accepter un léger rafraîchissement.

Il conduisit la société dans d'autres appartements et prit place sous un dais, dans un magnifique fauteuil, à la tète d'une longue file de tables, avec un air de dignité et de courtoisie qui convenait parfaitement à sa noble naissance et à ses hautes prétentions. Une heure s'était à peine écoulée lorsque les musiciens jouèrent le signal du départ si connu en Ecosse : « Bonne nuit et joie à tous ! » — Bonne nuit, donc, dit le Chevalier en se levant; mille prospérités à vous tous! Bonne nuit, mes belles dames qui avez fait tant d'honneur à un prince proscrit ; bonne nuit, mes braves amis... Puisse le bonheur que nous avons goûté ce soir être le présage d'un retour prompt et triomphal dans cet antique château de mes pères ! le présage de nombreuses réunions, présidées par la gaieté et le plaisir, dans le palais d'Holy-Rood !

GHAPITRE X.K11.

Les passions irritées de Waverley, ses sentiments tumultueux ne lui avaient permis de s'endormir que tard, mais son sommeil était profond. 11 rêvait à Glennaquoieh et avait transporté dans les salles de lan-Nan-Chaistel la fèle qui venait d'embellir celles d'Holy- Rood. 11 entendait même distinctement la cornemuse, et ceci du moins n'était pas une illusion, car le joueur en chef du clan de Mac-lvor se promenait fièrement dans la rue , devant la porte de son maître; et comme il plut à niistiiss Flockhart de le dire (cette dame sans doute n'aimait pas la musique), il ébranlait les pierres et les poutres de la maison avec ses 5ons criards. De fait, les sons devinrent bientôt trop bruyants pour le rêve de Waverley, qu'ils avaient d'abord favorisé. Le bruit des pas de Galium dans son appartement (car Mac-lvor avait encore confié Waverley à ses soins) fut un second signal de départ. — Votre Honneur ne se lève-t-il pas ? dit-il. Vich-Jan-Vohr et le prince sunt déjà dans la grande prairie du côté du village, qu'ils appellent le Parc du Roi, et bien des gens sont ce matin debout, qui ce soir ne reviendront pas sur leurs jambes.

Waverley se leva donc, et avec l'assistance et les avis de Callum, ajusta d'une manière convenable sou costume de tartan. Callum lui dit aussi que .sa poche de cuir à serrure était arrivée de Donne et allait repartir avec les bagages de Vich-Jaii-Vohr. Par cette péri- "hrase, Waverley comprit aisément qu'il s'agissait de son portemanteau , il pensa au paquet mystérieux de la Mlle de la caverne, qui semblait toujours lui éehapiier quand il était au moment de le saisir. Mais ce n'était pas le moment de satisfaire sa curiosité; il refusa le « bonjour, » c'est-à-dire la goutte du matin, que lui offrait mistriss Flockhart, et peut-être fut-il le seul homme dans l'artnée du Chevalier qui n'eût pas accepte cette aimable invitation ; il fit ses adieux à l'hôtesse, et partit avec Callum. — Callum, dit Waverley en descendant une petite rue sale qui conduisait à l'entrée sud de la Canongate, où trouverai-je un cheval? — Que diable deman»

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fifz-vniis là? répondit Galium; Vich-Ian-Vnhr, pnur np pas parler du prince qui fait tout comme lui , marche à pied en tète de son clan, sa tar^e sur l'épaule; il vous faut suivre son exemple. — Eh bien! je le suivrai, Galium; donnez-moi ma targe... c'est cela. Suis-je bien? — Vous ressemblez au brave montagnard peint au-dessus du grand cabaret de Luckie Middlemass, répondit Galium , croyant, je dois le dire, faire un joli compliment; car, suivant hii, l'enseigne de la taverne en question é,tait un vrai chef-d'œuvre.

Waverley, qui ne comprit pas toulela force de cette comparaison, ne lui adressa plus la parole. Une fois sorti des faubourgs sales et laids de la capitale et marchant en pleine campagne, Waverley sentit doubler sa force et son courage; il promena froidement ses souvenirs sur la soirée précédente, et considéra sans crainte ni faiblesse la journée qui se préparait. Lorsqu'il eut gravi la petite colline de Saint-Léonard, il vit sous ses pieds le Parc du Roi ou la vallée profonde nui s'étend entre la montagne d'Arthur's Seat et les eminences sur lesquelles la partie méridionale d'Edimbourg est à présent bâtie. Le paysage offrait une vue bizarre et animée. Il était occupé par l'armée des montagnards, qui se préparait alors à partir. Waverley avait vu quelque chose d'approchant à la chasse où il accompagna Fergus Mac-Ivor; mais c'était sur uneéchelle beaucoup plus restreinte . et la scène était incomparablement moins intéressante. Les rochers qui formaient le fond du tableau, et jusqu'au ciel lui-même, retentissaient des accords des joueurs de cornemuse, chacun réveillant sa tribu par un air particulier. Les montagnards, qui avaient eu la terre pour couche et les nuages pour rideaux, se levant avec le murmure et le désordre d'une multitude confuse et irrégulière, comme des abeilbs alarmées et sortant de leurs ruches, déployaient en ce moment toute la souplesse nécessaire pour exécuter les manœuvres les plus rapides de la guerre. Leurs mouvements paraissaient irréfléchis et confus, mais bientôt régna l'ordre et la régularité; un général eût loué la bonne tenue des rangs, mais un instructeur eiit raillé la manière dont on les avait pris. L'empressement des divers clans à se ranger sous leur bannière respective, pour se mettre en marche, offrait un spectacle plein de ■vie. Point de tentes à plier; presque tous, par goût, dormaient à la belle étoile; pourtant l'automne s'avançait , et les ;iuits devenaient froides. Pendant quelques minutes, tandis qu'on prenait les rangs, ce f.it un mélange incertain , vagueelconfus, de tartans ondoyants, de plumes flotlautes, de bannières déployant la fière devise des Clanrouald, «Contredise qui l'ose! » «Loch-Sloy,» mot d'ordre de Mac-Farlane; «Fortune en avant!» cri de guerre du marquis de Tullibarline ; et tous les emblèmes des autres chefs et de leurs clans. Enfin la multitude, après s'être longtemps agitée, forma une longue colonne étroite et noirâtre qui s'étendait dans foule la vallée. Au centre de celte colonne flottait l'étendard du Chevalier, avec une croix rouge sur un fond blanc et ces mots: Tandem iriumphans.Ln. cavalerie peu considérable, com|iosée des nobles des blss^;s terres avec leurs domestiques et leurs vassaux , formait l'avant-garde : et leurs drapeaux, bfaucoup trop nombreux pour un si petit corps, ondulaient à l'extrémité de l'horizon. Parmi ces cavaliers, Waverley remarqua par hasard Balmnwhapple et son lieutenant Jinker (ce dernier pourtant, avec queUjues autres, avait été mis, d'après les conseils du baron de Rmdwardine, au rang de ce qu'il appelait les officiers sans troupe:) et ces individus détachés ajoutaient à la vie, sinon à la régulnrité du tableau, en galopant aussi vile que la foule pouvait le permettre, pour s'aller mettre à lavant-garde. Les enchantements des Gircésde High-Sireelet l'orgie qu'ils avaient prolongée toute la nuit, avaient sans doute retenu ces héros un peu trop lard dans les murs d'Edimbourg. Les plus prudents de ces traîneurs prenaient pour rejoindre leurs rangs un chemin plus Ion", plus détourné, mais aussi plus découvert, pas^aut à ((iielque dislance de l'infanterie , et galopant à travtrs le- enclos, sur la droite, au risque de se tuer en franchissant haies et fossés. Les mouvements irrégiiliers et la disparition de ces petits corps, la confusion occa- «ionnée par ceux qui cherchaifut à passer tout droit et a fendre les rangs des montagnards maigre leurs nialédiclions et leur résistance, toutcelacontraslail d'une nianière pittoresque et bizarre avec l'ordre qui s'établissait dans l'armée.

Waverley contemplait à loisir ce singulier spectacle , rendu plus imposant encore par les coups de canon tirés de temps à autre du châieau sur les postes des montagnards, à mesure qu'ils abandonnaient les alentours du fort pour reji.i:idre le corps principal; mais bientôt Galium, avec sa liberté ordinaire, lui rappela que le clan de Vich-lan-Vohr se trouvait presque eu tète de la cidonne etqu'on irait bon train une l'ois qu'on entendrait le canon. Waverley doubla donc le pas, mais non sans jeter souvent les yeux sur les masses sombres de guerriers réunies en face et au-dessous de lui.

Vue de plus près, l'armée présentait peut-être un aspect moins imposant. Les premières lignes de chaque clan étaient arméi's de sabres, de larges, de fusils; lousies hunnncs avaient des poignards

pn^ïque tous des pistolets. .Mais ceux-là étaient des gcnlilshon s^

c'est-à-dire des parents du chef, plus ou moins éloignés, et ()ui avaient droit à son appui et à sa protection. On n'eût pas trouve dan» iMarméw d'Europe des bomuies plus vigoureux et plus réso-

lus. Habitues à vivre libres et indépendants, toutefois dociles auT commandements du chef, et combattant d'après une tactique par ticuhere aux montagnards, ils étaient aussi formidables par leur fermeté et leur courage individuel, que par leur résolution d'a<'ir deconcert pourdonueràleur mode d'attaque national lai.lus srran'dp chance de succès. Mais aux derniers rangs se trouvaient des soldats moins bien équipés, les paysans des montagnes ; quoiqu'ils ne pussent supporter ce nom et qu'ils prétendissent souvent avec une apparence de raison appartenir à des familles plus anciennes que celles des maîtres, ils portaient toutefois la livrée dune extrême misère étaient mal é.iuipés et ,.!us mal armés, presque nus, pe^ tits et laids. Chaque clan considérable avait à .sa suite un certain nombre de CCS Ilotes. Ainsi les Mac-Couls, quoique descendants de Comhal, peredeFingal, étaient une sorte de serviteurs héréditaires pour les Stuarts d'Alpine; lesMacbeths, fils du malheureux monar! que de ce nom , étaient sujets des Moravs et du clan d'Athol. Or de'l'n f w'' '' mettre en campagne par l'autorité arbitraire de leurs chefs pour qui ils faisaient du bois et tiraient de l'eau, etai..nt généralement mal nourris , mal vêtus, plus mal armés Cette dernière circonstance avait, il est vrai , pour cause princinàle le desarmement général, ordonné et en apparence accompli pai-mi'les montagnards; mais la plupart des chefs étaient parvenus à éluder ordre en conservant les armes de leurs clans particuliers et en ne livrant que celles de moindre valeur, qu'ils avaient enlevées à ces satellites subalternes. 11 n'est donc pas surprenant que la nlupart de ces pauvres gens, comme nous l'avons déjà remarqué vinrent au combat avec un équipement si misérable. Ainsi dans tous les regiments les premiers rangs avaient une excellente tenue et les autres se composaient de véritables bandits. L'un avait une'hiche d armes , l'autre une epée sans fourreau ; celui-ci un fusil sans chien çelui-la une faux au bout d une perche. Quelques-uns portaient seulement des poignards ou bien des bâtons et des gourdins coupés a-ix haies. . aspect sauvage, grossier et féroce de ces hommes, qui pour la plupart regardaient avec toute l'admiration de l'ignorance les nro duciions les plus ordinaires de l'art , surprenait les gens de la olaine mais aussi répandait la terreur autour deux. A cette époque là vie des montagnards était si peu connue, que l'apparition de leurs tribus quand elles se précipitaient sur le pays idat, excitait une horrible surpri.se parmi les habitants du sud : mi eût dit qu'un torrent de Nègres ou d'Esquira .ux descendait des montagnes du nord Il uest don.; pas extraordinaire que Waverley, qui avait d'abord juge les montagnards en masse d'après les échantillonsque l'adroit Fergus lui en avait montrés de temps à autre, se sentit à la fois étonne et décourage en voyant qu'une troupe comptant à neiue quatre mille hommes, dont la moitié au moins n'était pas armée osait entreprendre une révolution et un changement de'dvnastiè dans les royaumes de la Grande-Bretagne. j ■"»»"«

Pendant qu'ils'avançait le long delà colonne encore eu repos onde chargea un canon de fer, laseule pièce d'artillerie :iu pouvoir d'une ir mee qui entreprenait une si importante campagne : c'était le signal du depart. Le Chevalier avait témoigné le dé.sir qu'on abandonnât cette piece de campagne tout-à-l'ait inutile; mais, à sa grande surprise es chefs montagnards se réunirent pour solliciter la permi^sion de 1 emmener avec eux, alléguant la superstition de leurs clans nu^i peu accoutumes à l'artillerie, attachaient une importance ridicule a cette piece, et s'imaginaient que sans elle il leur serait imnossibip avec leurs mousquets et leurs epées seulenenl, d.; remiiorler unp victoire. Deux ou trois artilleurs français furent d..iic chargés d'en fane le service ; mais la machine de guerre, traînée par un attelage de bidets des montagnes, ne servit après tout qu'à donner des sî gnaux. A peine sa voix eut-elle retenti dans cette occasion nue loule la ligne se mit en mouvement; de féroces cris de joie déchi raient l'air a mesure que chaque bataillon s'ébranla.t mais ces cris se perdaient bientôt dans les sons perçants des fifres 'elles fanfares aussi étaient en partie couverts par les pas bruyants et précinités d une SI grande multitude. Les bannières brillaient et volti-ea ienl les cavaliers .se hâtaient d'aller jirendre leurs rangs à l'avanr-carde' ou partaient comme eclaireurs pour reconnaître les mouvements de l ennemi. Ils échappaient aux yeux de Waverley, quand ils passaient autour d'Arthur s Seal, au bas de cette pente pittoresque de roclici s rapides qui fait face à un petit lac. L'inl'auterie prit la même direction, réglant s.i marchesur celle d'un autre corps qui s'avançait plus au midi; il fallut que Waverley doublât ,1e vitesse pour rejoindre le clan de Fergus. ■"

Lorsque Waverley atteignit l'endroit de la colonne occupé par '-■ clan de Mac-lvor, les vassaux firent halte, .se formèrent en uAti- li le reçurent avec de bruyantes fanfares de cornemuses et dé'ion -, cris de joie, car les monta-nards le connaissaient presque tous ii. i sonnclleraent, et le voyaient avec plaisir revêtu du costume de |. , .■ pays et de leur tribu. - Vous criez, dil à E\an I)hu un .soldat , clan voisin, comme si c'était le chef lui-mêuie qui arrivât — S n'est pas Bran lui- même, c'est le fiere de Hraii (le chien de Fui ,. dil Macconibicli en repondant par un proverbe. — Ah ! je vois, r i le beau seigneur d'Angleterre qui doit épouser lady Flora. — i' être oui.peul-ètrenoo; uitiis cène sont mvo»aff«jrei(nilei: mi. i

LES VEILLÉES LITTÉRAIRES ILLUSTRÉES

Fergus viiil embrasser le volontaire et lui fit un accueil chaud et cordial; il crut devoir expliquer la diminution de sa troupe, qui | ne montait pas alors à plus de. lioiseenls hommes: bon nombre doses frens, dit-il, étaient partis en avant. De fait, la défection de Donald Bean Lean lui avait ô!c frcnti braves soldats sur lesquels il comptait, et quelques-uns des montagnards qui lo suivaient en certaines occasions avaient été rappelés par leurs différents chefs sous les drapeaux auxquels ils devaient réellement fidélité; de plus, le chef de la grande tribu du nord, rivale de la sienne, avait armé ses vassaux, quoiqu'il ne se fût encore prononcé ni pour le gouvernement ni pour le Chevalier, et par ses intiigues il avait beaucoup diminué la troupe que Fergus mettait en campagne; mais par compensation on reconnaissait généralement que les hommes de Vich-lan- Vohr, pour la bonne tenue, 1 e piipenient, les armes et leur dextérité à s'en servir, valaient bien les meilleurs soldats qui suivissent l'ctendard de Charles-Edouard. Fergus avait le vieux Ballenkenocli pour major : cet officier, ainsi que tous ceux qui avaient connu Waverley à Glennaquoich, firent une réception amicale à noire héros, et le félicitèrent de ce qu'il venait partager leurs périls et leurs triomphes.

Le chemin que suivit l'armée des montagnards en quittant le village de Duddiugston fut pendant quelque lemps la grande roule d'Edimbourg à Haddinglon. Apres avoir passé la rivière d'Esk à Musselburgh, au lieu de prendre la plaine qui longe les bords de la mer, elle s'avança plus dans l'intérieur et vint occuper les hauteurs de Carberry, lieu déjà célèbre dans l'hisloire d Ecosse, car ce l'ut en cet endroit'que la belle et infortunée Marie Stuart fut forcée de se rendre à ses sujets rebelles. On prit cette direction, parce que le Chevalier avait appris que l'ai niée lianovrienne, venue par mer d'Aberdeen et débarquée à Dunbar, avait passé la nuit à l'ouest d'Iladdinglon, avec le projet de côloyer la mer et d'approcher ainsi d Edimbourg. En occupant les hauteurs qui dominent cette route en plusieurs points, le conseil de guerre espérait que les montagnards trouveraient l'occasion d'attaquer avec avantage. L'armée s'arrêta donc sur cette eminence, d'abord pour prendre du repos, ensuite parce que cette [losition centrale permettait de marcher à Tennemi dès <iu"on le jugerait convenable. Pendant celle halle, accourut à toute bride un messager qui avertit Mac-Ivor que le prince le demandait, ajoutant que les avant-postes avaient eu une escarmouche avec la cavalerie anglaise, et que le baron Bradwardine avait envoyé idiisieurs prisonniers. Waverley sortit aussitôt des rangs, et aprTÇul cinq ou six cavaliers, couverts de poussière, qui venaient au grand galop annoncer que l'enneuà était en pleine marche, vers l'ouest, le long de la mer. En avançant un peu plus loin, il fut arrêté par un gémissement qui partait d'une chaumière. S'étant approché, il entendit une voix qui, dans le dialecte particulier au comté natal du jeune officier, lâchait, quoique souvent interrompue par la douleur, de réciter la prière dominicale. La voix de rinl'ortuDC trouvait touiours le chemin du cœur de notre héros; il entra dans la cabane, qui semblait construite pour faire ce qu'on appelle en Ecosse, dans les comtés riches en troupeaux, une «nourrisserie;» et à travers l'obscurité, Edouard put seulement apercevoir d'abord une espèce île paquet rouge; car les soldats, qui avaient enlevé au blessé ses armes et une partie de ses vêlements, lui avaient laissé le manteau de dragon dont il était enveloppé.— Pour l'amour do Dieu, dit le blessé quand il entendit les pasde Waverley, donnez-moi une goutte d'eau... une seule!... —Vous allez l'avoir, répondit Waverley eu le prenant dans ses bras ; et, le portant à l'entrée de la cabane, il le fit boire à son propre flacon. — Il me semble que je connais celle voix, dit l'homme; mais, fixant d'un reil égaré lo costume de NVaverley... non, continua-l-il, ce u'e-t pas le jeune maître...

C'était le titre qu'on donnait d'habitude à Edouard dans les do- TTiaines de'VN'averlty-Honour, et ce nom fit tnssaiilir son cœur, en lui présentant mille souvenirs que l'accent bien connu de son pays natal avait déjà réveillés. — Houghton !... .s'écria-t-il en contemplant les traits pâles du blessé déjà défigurés parla mort, esl-ce bien vous?... — Je n'espérais pas entendre encore la voix d'un Anglais, répondit le sergent; ils m'ont jeté là sans s'inquiéter si je serais mort ou vivant dans une heure, parce que j'ai refu.sé de leur dire la force de notre régiment. Mais, jeune maître! pourquoi nous avoir quittés si longtemps, en nous laissant croire les impostures de cet infâme Ruffln? Pour sûr, nous vous eussions suivi à travers l'eau et le feu. — Ruflin ! Je vous assure, Houghton, que vous avez été iiidigneraenl trompés. — Je l'ai souvent pense, quoiqu ils nous montrassent voire cachet; mais Timms a été fusillé, et moi je suis redevenu simple soldat. — Ne vous épuisez pas à parler, dit Edouard ; je vais vous chercher un chirurgien.

Il vit approcher Mac-lvor qui revenait du quartier-général, où s'était tenu un conseil de guerre, et qui se hâtait de le rejoindre. — Bonnes nouvelles! s'écria le chef, nous commencerons avant deux heures. Le prince s'est rais lui-même à la tête de son armée, et en tirant son épéc : « Mes amis, a-t-il dit, j'ai jeté le fourreau. » Venez 'Waverley, nous partons à l'instanl. — Un moment, un mopient; ce pauvïe prisonnier se meurt, on trouverai-je un chirurgien?— Ma foi, où en trouver un? Nous u'avoiiS, vousie savez,

que deux ou trois carabins français qui, je crois, ne sont guère plus savants que des garçons apothicaires. — Mais cet homme est blessé à mort. — Pauvre malheureux! dit Fergus par un mouvement de compassion. Puis il ajouta aussitôt: Mais ce sera le sort de bien des gens avant la nuit; ainsi venez. — Impossible. Je vous dis que c'est le fils d'un des fermiers de mon oncle. — Ah! si c'est un de vos va.ssaux, il faut en prendre soin; je vais vous envoyer Galium. Mais diaoïil ! ceade miilia moltigheart (diable! cent mille malédictions), eoiiticiiia le chef inipalieiilé; à quoi pense donc un vieux soldat eouinie Bradwardine, d'envoyer ici des mourants pour nous cmbarra>scr !

Galium accourut avec sa promptitude ordinaire, et Waverley gagna plutôt qu'il ne perdit dans l'opinion des montagnards par sa sollicitude pour le blessé. H est vrai qu'ils n'eussent pas compris celte philanthropie générale qui ne permettait pas à Waverley d'abandiinner un homme quelconque dans un si pitoyable état'; mais quand ils surent que le blessé était un de ses vassaux, ils convinrent unanimement que Waverley s'était conduit comme un bon et digne chef qui méritait l'afTection de ses gens. Au bout d'un quart d'heure le pauvre ex-sergent rendit le dernier soupir, priant son jeune maître, quand il retournerait à Waverley -Honour, d'avoir soin du vieux Job Houghton et de sa femme, et le conjurant de ne pas se battre avec ces sauvages en jupon contre la vieille Angleterre. Quand il eut expiré, Waverley, qui avait vu avec un sincère chagrin et un cuisant remords l'agonie du mourant (c'était la première fois qu'il assistait à ce triste spectacle), dit à Galium d'emporter le corps dans la cabane. Le jeune montag.iard obéit, rails non sans fouiller préalablement dans les poches du défunt. Mais, comme il l'observa, elles avaient été fort soigneusement nettoyées. Il prit pourtant le manteau, et, procédant avec toute la précaution d'un épagneul qui dérobe un os, il le cacha dans des broussailles et remarqua soigneusement l'endroit, réfléchissant que si jamais il repassait par là ce serait un excellent mantelet pour sa vieille mère Elspeth. Waverley et Fergus ne purent qu'après de longs etforls regagner leur rang dans la colonne, qui s'avançait alors rapidement pour occuper les hauteurs du village de Tranent, car c'était entre cet endroit et la mer que devait passer l'armée ennemie.

La triste fin de son sergent remplit l'esprit de notre héros de ré.flexions pénibles. Il était évident, d'après les aveux de cet homme, que les rigueurs du colonel Gardiner avaient été justement motivées et rendues indispensables par les tentatives faites au nom d'Edouard pour exciter les soldats de son corps à la révolte. La circonstance du cachet lui revint alors en mémoire pour la première fois, et il se souviut de l'avoir perdu dans la caverne du brigand Beau Lean. Que cet adroit scélérat s'en fut emparé, qu'il s'en fût servi pour conduire à son profit une intrigue dans le régiment, c'était chose assez claire; et Edouard ne doutait pas que le paquet placé dans son porlc-manteau par la fille du brigand ne lui fournît de plus amples explications. Gepeudant l'exciamalion réitérée de Houghton, « Ah ! jeune maître, pourquoi nous avoir quittes?» tintait comme un glas de mort à son oreille. — Oui, dit-il, c'est la vérité ; j'ai agi envers vous avec une cruauté irréfléchie. Je vous ai ravis à voschamps paternels, à la protection d'un seigneur bon et généreux; et après vous avoir soumis à toute la rigueur de la discipline militaire, je n'ai point voulu porter ma part du fardeau. J'ai abandonné la tâche que j'avais entreprise, laissant ceux que mon devoir était de protéger, et même ma propre réputation en proie aux impostures d'un scélérat. 0 indolence et indécision d'esprit! si vous n'èles pas de véritables vices, à combien de cruelles misères et d'affreux tourments ne frayez-vous pas bien souvent la route.

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