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CHAPITRE XIL

Le major, placé dans une situation assez dangereuse, continua donc à descendre l'escalier aux marches étroites rompues, avec toute la précaution possible, dans fespoir de trouver en bas une place où il pût se reposer; mais, malgré toute son attention, il ne put éviter de faire un faux pas qui lui fit franchir les quatre ou cinq dernières marches Iroji précipitammenl pour garder son équilibre, et il trébucha contre un corps qui olïrait peu de résistance, et qui s'agita en poussant uu gémissement. Ce choc dérangea tellement sa course déjà trop rapide, que, l'imiiulsion le portant toujours en avant, il finit par tomber sur les mains et les genoux, au fond d'un cachot humide et dont le sol était dallé. Revenu à lui-mèiue, Dalgetty se demanda tout haut contre quoi il s'était heurté. — Contre ce qui était un homme il y a un mois, répondit une voix creuse et rauque. — Et qu est-ce donc maintenant, demanda Dalgetty, pour que cet être juge à propos de rester sur les dernières marches de l'escalier et de s'y blottir comme un hérisson afin que les honorables cava-

LE MAJOR DÂLGETTY.

liers que le malheur amène en ces lieux puissent se casser le cou en le rencontrant sous leurs pieds? — Ce que c'est à présent ? répliqua la même voix : c'est un misérable tronc dont on a détache les branches une à une, et qui s'inquiète peu maintenant s'il doit être taillé et coupé en bûches pour ètrejeté dans la fournaise. — Ami, je vous plains; mais patienza, comme dit l'Espagnol. Si vous aviez été aussi immobile qu'une souche, comme vous vous appelez vous-même, vous m'auriez évité quelques égratignures aux mains et aux genoux.

— Vous êtes militaire, et vous vous plaignez d'une chute à laquelle un enfant ne songerait même pas! —Militaire? et comment pouvezvous reconnaître que je le suis, dans cette maudite caverne obscure?

— J'ai entendu résonner votre armure lorsque vous êtes tombé, et maintenant je la vois briller. Lorsque vous serez resté aussi longtemps que moi dans cette obscurité, vos yeux distingueront les plus petits insectes qui rampent sur le plancher. — J'aimerais mieux que le diable me les arrachât avec ses griffes : s'il doit en être ainsi, je préférerais me voir la corde au cou, faire la prière d'un soldat, suivie du saut de l'échelle. Mais quelles sortes de provisions avezvousici, mon frère en affliction? quelle nourriture vous donne-ton?—Du pain et de l'eau une fois par jo«r. — Je vous en prie, l'ami, laissez-moi goûter votre pain; j'espère que nous agirons en bons camarades, tant que nous vivrons ensemble dans cet abominable réduit. — Le pain et la cruche d'eau sont dans le coin, à deux pas à droite. Prenez, et grand bien vous fasse. Quant à taoi, toute nourriture me sera bientôt inutile.

Dalgetty n'attendit pas qu'on lui renouvelât cette invitation, et allant à tâtons chercher les provisions, il se mit à manger le pain d'avoine, noir et dur, avec autant d'appétit que nous lui en avons vu dans un meilleur repas. — Ce pain, dit-ii la bouche pleine, n'est pas très délicat, néanmoins il n'est pas beaucoup plus mauvais que celui que nous mangeâmes au fameux siège de Werden, où le valeureux Gustave déjoua tous les efforts du vieux Tilly, ce héros si célèbreet si terrible, devant lequel deux rois avaient fui du champ de bataille, savoir Ferdinand de Bohème et Christian deDauemarck: et quoique celte eau ne soit pas des plus douces, je bois en même temps à votre prompte délivrance, camarade, ainsi qu'à la mienne, malgré le grand désir que j'aurais que ce fût du vin du Rhin, ou au moins de la bière mousseuse de Lubeck, ce qui rendrait plus solennel le toast que je vous port>\

Pendant que Dalgetty parlait ainsi, ses dents n'étaient pas plus oisives que sa langue, et il en finit proniptement avec les provisions que la bonté ou l'indifférence de son compagnon d'infortune avait abandonnées à sa voracité. Lorsqu'il eut terminé son repas, il s'enveloppa dans son manteau, et s'assit dans un coin de la prison où il pouvait s'appuyer de chaque côté ( car, comme il le dit alors, il avait toujours été, même dès son enfance, grand partisan des fauteuils). Ensuite il se mit à questionner son compagnon d'infortune.

— Mon honnête ami, vous et moi étant camarades de lit et d'écu •Ile, il faut faire plus ample connaissance. Je me nomme Dugald Dalgetty de Drumthwacket, major dans un régiment de loyaux Irlandais, et envoyé extraordinaire de haut et puissant lord Jinics comte de Montrose. Et vous, quel est votre nom? — Il vous servira peu de le connaître, reprit son taciturne compagnon. — Laissez-m'en juger moi-même. — Eh bien, je suis It inald .Mac Eagh, c'est-à-dire Ranald, Entant du Brouillard. — Enfant du Brouillard ! s'écria Dalgetty; je dirais plutôt, Enfant des Ténèbres. Mais, R.inald, puisque tel est votre nom, par quel ha,sard êtes-vous dans la prison prévôtale? qui diable vous amené ici? — .Mes malheurs et mes crimes. Connaissez-vous le chevalier d'Ardenvohr? — Parfaitement. — Mais savez-vous où ii est maintenant? — Il jeûne aujourd'hui à Ardenvohr, pour pouvoir mieux manger demain àinverary; et si par hasard il ne venait pas, mes jours .seraient en danger. — Alors apprcucï-lui qu'un malheureux, sou plus grand ennemi et .<on meilleur ami en même temps, reclame son intercession. — En vérité, je désirerais me charger d'un message (dus clair. Sir Duncan n'est pas un homme a qui l'on puisse proposer des énigmes. — Tu as peur. Saxon! Dis-lui que je suis le corbeau qui, il y a quinze ans, a fondu sur sa tour et sur les cnfantsqu'ii y avait laissés; que je suis le loup qui a découvert sa caverne sur le rocher et détruit .sa race; enfin, que je suis le chef de la bande qui a surpris Ardenvohr il y a eu hier quinze ans, et passé ses quatre enfants au lil de l'epée. — En vérité, mon honnête ami, dans le cas ou ce seraient là tons vos droits a la faveur de sir Duncan, je ne plaiderai pas votre cause; car si les bêles brutes !>onl furieuses contre ceux qui détruisent leur progéniture, a plus forte raison des creatures raisonnables, des chrétiens ont-ils peine à pardonner de semblaliles offenses. Mais dites-moi, je vous prie, n'avez-vous pas pris le château par la petite liauteur appelée Drum.snab, que je soutiens être le véritable point d'attaque Uni qu'on ne le d^^leiidra pas par une redoute? — Nous escaladâmes le roclar au moyen d'échelles de cordes qui nous furenljelces par un complice île noire clan, lequel avait servi six mois dans le chai..au pour se procurer cette seule nuit de vengeance. Les hiboux croa.ssaienl autour de nous pendant que nous étions suspendus entre le ciel et la terre; la raaree vint battre le pied du rocher, et brisa notre esquif : cependant le courage ne nous manqua

pas ; et le matin il n'y avait que du sang et des cendres là où la paix et la joie régnaient au coucher du soleil. — Ce fut une jolie camisade, je n'en doute pas, Ranald Mac Eagh, une assez jolie attaque, et bien exécutée : néanmoins, j'aurais commencé le siège du château en établissant une batterie sur cette petite hauteur à gauche. 'Votre expédition s'est faite à la manière des Scythes, c'était une guerre irrégulière, très semblable à celle des Turcs, des Tartares et des ïiutres peuples de l'Asie. Mais la raison, mon ami, la cause de celte guerre, tHerrima causa, si je puis m'exprimer ainsi, dites-la-moi, Ranald. — Nous avions été poursuivis par les Mac-Aulay et d'autres tribus de l'ouest avec tant d'acharnement que nos retraites ne nous offraient plus de sécurité. — Ah, ah ! je me rappelle en avoir entendu parler. N'aviez-vous pas mis du paiu dans la bouche d'un homme mort? — Vous avez donc entendu raconter la vengeance que nous tirâmes du hautain forestier? — Certes, j'en ai entendu parier, et il n'y a pas longtemps encore. C'était une plaisanterie assez originale de fourrer du nain dans la boucha d'un homme mort; et cependant, outre que cela était un peu trop barbare, c'était perdre de bonnes provisions. Dans un siège ou un blocus, Ranald, un soldat vivant serait heureux d'avoir cette même croûte de pain. — Nous fûmes ensuite attaqués par sir Duncan, et mon frère fut tué : sa tète blanchit sur les murailles que nousavons escaladées; je fis le serment de le venger, et je n'y ai pas encore renoncé. — Cela est naturel, dit Dalgetty; tout bon soldat avouera que la vengeance est agréable. Mais comment est-il possible que cette histoire intéresse sir Duncan en votre faveur? elle ne pourrait tout au plus le porter qu'à intercéder auprès du marquis pour qu'on change votre genre de supplice, et qu'au lieu de vous pendre tout simplement, ou de vous rompre le corps sur la roue avec un coutre de charrue, on vous mette à mort par la torture. Voilà ce qui passe mon intelligence. A votre place, Ranald, je voudrais ne pas me faire connaître de sir Duncan, garder mon secret, et mourir tranquillement par la strangulation, comme vos ancêtres l'ont fait avant vous. — Écoute, étranger:sir Duncan d'Ardenvohr avait quatre enfants. Trois sont morts sous nos dirks, mais le quatrième vit encore, et sir Duncan donnerait plus pour le bercer sur ses genoux, que pour torturer ces vieux os qui craignent peu la souffrance. Un seul mot, si je voulais le prononcer, changerait sesjo-irs de ji-ûiie en jours de bénédiction, de réjouissances et de fêtes. Ah ! je le sens bien moi-même, mon fils Kenneth, qui chasse les papillons sur les rives de l'Aven, m'est plus cher que dix autres qui reposent dans la terre ou qui sont devenus la pâture des oiseaux de proie. — je présume, Ranald, que ces trois jolis garçons que j'ai vus là-bas sur la place du marché su.'-pendus par le cou, comme des merluches sèches, avaient quelque droit à voire affection.

Il se fit un moment de silence que le Highlander rompit en s'écriantd'uiie voix fortement émue. —Ils étaient mes fils, étranger!... ils étaient mes fils, le sang de mon sang, les os de mes os; agiles à la course, adroits à lancer la flèche, invincibles jusqu'au jour où les fils de Diarniid les ont accablés sous le nombre. Pourquoi souhaiterais-je de leur survivre? Le vieux tronc souffrira moins lorsqu'on coupera ses racines que quand on arracha les branches qui faisaient son ornement. Mais il faut que Kenneth soit instruit à la ven- "eance; il faut que le jeune aigle apprenne de son père à fondre sur ses ennemis. Par amour pour lui, je rachèterai ma vie et ma liberté en découvrant mon secret au chevalier d'Ardenvohr. — Vous y parviendrez plus facilement en me le confiant à moi-même, dit une troisième voix qui vint se mêler à la conversation.

Tout Highlander est superstitieux. — L'ennemi du genre humain est avec nous ! s'écria Ranald .Mac Eagh en se levant sur ses pieds. Ce mouvement fit retentir ses chaînes, et il s'éloigna autant qu'il le put de l'endroit d'où la voix avait paru venir. Si crainte se communiqua bientôt au major, qui se mit à répéter dans une espèce de baragouin polyglotte tous les eiorcismes qu'il avait jamais entendu prononcer, "sans être capable de se rappeler plus d'un ou deux mots de chacun. — Jn nomine Domini, comme nous disions au collège Mareschal; sanltssima Madré di Dios, comme dit l'Espagnol; aile guten Geister Mien den lierrn, dit le Psaliiiistc dans la traduction du docteur Luiher. — Trêve à vos exorcisines, reprit la voix qu'ils avaient déjà entendue; quoique je vienne parmi vous d'une manière étrange, je suis un mortel comme vous, et mon assistance peut vous être utile dans votre position , si vous n'êtes pas trop orgueilleux pour recevoir des conseils.

En parlant ainsi, l'étranger ouvrit une lanterne sourde, dont les faibles rayons firent entrevoir à Dalgetty que l'interlocuteur qui s'était mystérieusement réuni à leur société et mêlé à leur conversation, était un homme d'une haute taille, enveloppé dans un manteau à la livrée du marquis. Il regarda d'abord ses pieds; mais il ne vit ni le pied fourchu que les légendes écossaises donnent à l'ennemi du genre humain , ni le pied de cheval auquel on le reconnaît en Allemagne. Sa première demande tut pour savoir comment l'étrangiir avait pénétré jusqu'à eux. — Car, dit-il, si la porte avait été ouverte, on aurait entendu le bruit des verrous, et si vous êtes passé par le trou de la serrure, en vérité, monsieur, malgré tout ce que vous pouvez dire, vous n'êtes pas fait pour être enrôle dans un

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régiment d'hommes vivant*. — Je conserve mon secret, répondit l'étranger, jusqu'à ce que vous méritiez qu'il vous soit découvert en me communiquant le votre. Il serait possible que je vous fisse sortir par où je suis entré. — Ce ne sera pas, du moins, par le trou de la serrure, car ma cuirasse m'arrêterait au passage, en supposant que mon casque pût y passer. Quant à des secrets, je n'en ai aucun pour ma part, et j'en possède un bien petit nombre appartenant aux autres. Mais dites-nous ce que vous désirez savoir, ou, comme le professeur Snufllegreik avait coutume de le dire au collège Mareschal dWberdeen : « Parle pour que je te connaisse. » — Ce n'est point à vous que j"ai d'abord affaire, répliqua l'étranger (et il tourna sa lumière directement sur les traits sauvages et amaigris du Highlander Ranald Mac Eagh, qui, debout contre le mur de la prison, semblait encore incertain s'il avait alTaire à un être vivant). — Je vous ai apporté quelque chose, l'ami, continua-t-il d'un ton

Le dis?ne monsieur Graiiean£;'0-s\l.

plus doux, pour améliorer vos provisions ; car si vous devez mourir demain, ce n'est pas une raison pour ne point vivre cette nuit. — Non, certainement, il n'y a pas de raison pour cela, répliqua le major, dont l'appétit était toujours ouvert. (Et il se mit aussitôt en devoir d'examiner le contenu d'un petit panier que l'étranger avait apporté sous son manteau, tandis que le Highlander, soit par soupçon, soit par dédain, ne faisait aucune attention aux signes par lesquels l'aventurier l'engageait à suivre ^on exemple). — Comme il vous plaira, mon camarade, s'écria Dalgetty en se versant une rasade après avoir expédié une énorme tranche de chevreau rôti ; je bois à votre meilleur appétit... Je bois aussi à votre santé, l'ami, ajouta-t-il en remplissant de nouvi'au son verre; car il ne faut pas oublier celui qui régale. Comment t'appelles-tu? — Murdoch Campbell, répondit le nouveau venu ; je suis un serviteur du marquis d'Argyle, et je remplis parfois les fondions de geôlier. — Eh bien, Murdoch , je bois encore une fois à voire santé, maintenant que je sais votre nom, et je souhaite que cela me porte bonheur. Ce vin me parait être du Calcavella. Très bien, honnête Murdoch ; je prendrai sur moi de vous dire que vous méritez d'être premier geôlier, puisque vous montrez vingt fois plus de connaissance dans la manière de nourrir les honnêtes gentilshommes qui sont dans le malheur, que votre supérieur lui-même... Du pain et de l'eau!... malédiction sur lui!... C'était assez, Murdoch , pour perdre de réputation la prison du marquis. Mais je vois que vous voulez converser avec mon ami Ranald Mac Eagh. Ne craignez pas ma pré-

sence; j'irai me mettre dans ce coin avec le panier, et je vous réponds que le bruit de mes dents m'empêchera de vous entendre.

Malgré cette promesse , le vétéran prêta une oreille attentive à leur conversation, ou, ainsi qu'il le disait lui-même, il dressa ses oreilles comme Gustave lorsqu'il entendait la clef tourner dans le coffre à l'avoine ; il put ainsi, grâce à la petitesse de la prison, écouter le dialogue suivant : — Savez-vous, Enfant du Brouillard . dit Campbell, que vous ne quitterez cette place que pour le gibet?

— Ceux qui m'étaient le plus chers, répondit Mac Eagh, m'en ont montré le chemin. — Vous ne voulez donc rien taire pour éviter de les suivre?

Le prisonnier se tordit les mains dans ses chaînes avant de répondre. — Je ferais beaucoup, dit-il enfin , non pour moi, mais pour l'amour de celui qui est dans la vallée de Strath-Aven. — Et que feriez-vous pour détourner le coup fatal? Je m'inquiète peu du motif qui vous porterait à l'éviter. — Je ferais... tout ce qu'un homme peut faire sans cesser d'être homme. — Pouvcz-vous prétendre à la qualité d'homme, vous qui avez toujours agi comme un loup féroce?

— Oui, je suis un homme comme mes pères. Tant que nous fûmes enveloppés du manteau de paix, nous étious des agneaux; on nous en a dépouillés, et vous nous appelez des loups. Rendez-nous nos cabanes que vous avez brûlées, nos enfants que vous avez massacrés, nos veuves que vous avez fait mourir de faim, retirez du gibet et des créneaux de vos murailles les cadavres déchirés et les crânes blanchis de nos parents ; faites-les revivre et nous bénir, et nous serons vos vassaux et vos frères; jusque-là, la mort, le sang et la vengeance tireront entre nous un voile épais de division. — Vous ne voulez donc rien faire pour obtenir votre liberté? — Tout... excepté de me dire l'ami de votre tribu. — L'amitié des bandits et des pillards, nous les méprisons trop pour l'accepter. Ce que je désire savoir de vous, en échange de votre liberté, c'est le lieu où se trouve maintenant la fille et l'héritière du chevalier d'.\rdenvohr.

— Pour la marier à quelque parent peu fortuné de votre puissant maître, car tel est la coutume des enfants de Diarmid ! La vallée de Glenorqhuy, à cette heure même, ne crie-t-elle pas honte contre la violence exercée sur cette fille que ses parents conduisaient au palais de leur souverain ? Ne furent-ils pas obligés de la cacher sous une chaudière, autour de laquelle ils combattirent jusqu'à ce qu'il n'en restât pas un pour raconter cette histoire? et la tille ne fut-elle pas amenée ensuite dans ce fatal château, et mariée après au frère de Mac Callum More? et tout cela parce qu'elle était riche.

— Quand cela serait vrai, elle obtint un rang plus élevé que celui que le roi d'Ecosse lui aurait donné. Mais il ne s'agit pas de cela. La fille de sir Duncan d'Ardenvohr est de notre sang ; et qui a plus de droits à connaître son destin que Mac Callum More, le chef de son clan? — C'est donc en son nom que vous m'interrogez? — Le domestique fit un signe affirmatif. — Et vousnefertz aucun mal à la jeune fille? je lui en ai déjà fait assez moi-même. — Aucun , sur la parole d'un chrétien. — Et ma récompense sera la vie et la liberté ? — Telle est notre convention. — Sachez -le donc : cette enfant que j'ai sauvée par compassion lorsque nous prîmes d'assaut la forteresse de son père, fut élevée et adoptée comme fille de notre tribu, jusqu'au moment où nous fûmes vaincus, au défilé de Bellenduthil, par le démon incarné et les ennemis mortels de notre tribu, Allan Mac-.\ulay à la main sanglante, et les cavaliers de Lennox, commandés par l'héritier de Menteith.— Elle tomba donc au pouvoir d'Allan à la main sanglante, et on l'avait reconnue comme fille de ta tribu ! Alors son sang a rougi le diik, et tu ne m'as'lan avoué qui puisse racheter ta vie criminelle. — Si ma vie dépend de la sienne, je suis sauvé, car la jeune fille vit encore; mais la fragilité de la promesse d'un fils de Diarmid ne me rassure que faiblement. — J'y serai fidèle, si tu peux m'assurer qu'elle respire, et m'indiquer le lieu où ou peut la trouver. — .\u château de Darnlinvarach,sous le nom d'Annette Lyle ; j'en ai souvent enteuijL: parler par ceux de nos tribus qui se sont de nouveau rapprochés des bois où ils sont nés, et il n'y a pas longtemps encore que je l'ai vue moi-même. — Vous! le chef des Enfants du Brouillard! vous vous êtes exposé si près de votre mortel ennemi! — J'ai fait plus, fils de Diarmid : je me suis introduit dans le château déguisé en joueur de harpe. Mon projet était de plonger mon dirk dans le sein de Mac-Aulay à la main sanglante, devant qui tremble notre race, et de me soumettre après cela au sort que Dieu m'aurait envoyé. xMais au moment où ma main avait saisi la poignée de ma dague, je vis Annette Lyle. Elle chanta en s'accompagnant de sa harpe, une ballade des Enfants du Brouillard qu'elle avait apprise lorsqu'elle vivait parmi nous. Les bois dans lesquels nous avions vécu tranquilles faisaient bruire leurs feuilles vertes dans sa chanson : on y entendait le doux murmure de nos ruisseaux. Ma main oublia le dirk, des larmes mouillèrent ma paupière, et l'heure de la vengeance se passa. Maintenant, fils de Diarmid, n'ai-je pas bien payé ma rançon? — Oui, si votre histoire est véritable; mais quell« preuve pouvez-vous m'en donner ? — Ciel et terre, je vous prends à témoin qu'il cherche à rétracter sa parole. — Nullement, je saurai la tenir lorsqu'il me sera prouvé que vous m'avez dit la vérité. Mais j'ai quelques mots à dire à votre compagnon de captivité. — Pro-

LE MAJOR DALGETTY

™<>..ro Pt np iAmais tenir, telle est leur habitude! murmura deux fofs le ,'r sonnter en se" étant de nouveau sur le pave de la prison. fois le prisonnier eu ^ j ^^.^^ nnK^Pttv nui n'avait pas perdu un

lui-même. — Quelle

mot de ce dialogue, faisait ses remarques en

diable d'intention ce rusé coquin peut-il avoir . Je n di pas û nis

fofre à i'.i^r-onL sur mes enfants, du pl>is loin quM mon sou-

vienne

manœi

lui raconter sur mes enianis, uu pius lui.i 4^ .■ ^... ^-e ni sur d-autres. Mais laissons-le venir. 11 aura quelques 'uVrë à faire avant de pouvoir prendre en flanc un vieux si;rda7rmm: ^K^E^n conséquence, com^mesM se f^U à la main sur une brèche pour la défendre, il attendit avec pre caution , mais sans crainte , le commeaceraent de l'attaque.

— Vous êtes citoyen du monde, major Dalgetty, dit Murdoch, et vous ne pouvez ignorer notre vieux proverbe écossais , qui a passé dans toutes les langues : « Donne et tu recevras. » — Alors je dois en savoir quelque chose , répliqua Dalgetty; car, excepté les Turcs, il y a peu de nations en Europe chez lesquelles je n'aie pas servi, et j'ai quelquefois eu l'idée d'aller faire une campagne soit en Tiansyl- Tanie avec Bjtlilem Gabor , soit avec les janissaires. — Un homme de votre expérience, et dégagé de toui préjugés , me comprendra facilement lorsque je lui apprendrai que sa vie dépend de la sincérité de ses réponses à quelques futiles questions concernant les gentilshommes qu'il a laissés àDarnlinvarach, leurs préparatifs, le nombre de leurs soldats, la nature de leurs ressources , et tout ce qu'il peut savoir de leurs

Elans d'opération. — lans le seul but de satisfaire votre curiosité, et sans aucun autre motif? — l'as le moindre. Quel intérêt un pauvre diable comme moi pourrait-il prendre à leurs opérations?

— Faites donc vos

Questions, j'y réponrai percm/itorie. — Combien peut - il y avoir d'Irlandais en marche pour joindre James Graham le rebelle?— Probablement dix mille. — Dix mille!

nous savons qu'il en est à peine débarqué deux mille à Ardnamurchan, — Alors vous êtes mieux informe que moi. Je ne les ai point encore inspectés, ni même vus sous les armes.— Et combien attendon d'hommes des clans? — Autant qu'il en pourra venir. — Vous ne répondez point à ma question , monsieur; parlez clairement : y aura-l-il bien cinq mille hommes! — Oui, ou environ. — Vous jfiiicz votre vie, monsieur, en plaisantant avec moi; je n'ai qu'à siffler, el en moins de dix minutes votre tète sera suspendue audessus du pont-lcvis. — Mai.s, pourparler franchement, monsieur, pensez-vous qu'il soit raisonnable de me demander les secrets de notre année , à moi qui ai pris un engagement pour toute la cauipagne? Si je vous donne les moyens de battre Montrose , que deviendront ma paie, mon arriéré, et mon droit sur le butin? — Je vous dis que si vous êtes entêté, votre campagne commencera ici el se terminera près du billot qui est à la porte du cliûleau , dis- T. V.

posé pour châtier des vagabonds tels que vous ; mais si vous repondez sincèrement à mes questions, je vous recevrai à mon.... au service de Mac Calluin More. — La solde est-elle bonne ! — Elle sera double de celle qu'on vous paie maintenant, si vous voulez retourner auprès de Montrose, et agir d'après les ordres du marquis d'Argyle. — Je suis fâché de ne pas vous avoir vu, monsieur, avant de m'ètre engagé avec Montrose, dit Dalgelly paraissant'réfléchir. — Au contraire, je puis vous procurer des conditions plus avantageuses maintenant , en supposant toutefois que vous soyez fidèle. — C'tst à-dire fidèle à vous , et traître à

Montrose. — Fidèle à la cause de la religion et du bon ordre; ce qui sanctifie tout ce qu'on peut faire pour laservir. — Etie marquis d'Argyle.... si je voulais entier à son service.... est-ce un bon maître? — 11 n'en existe pas de meilleur.

— Généreux avec ses officiels? — L'homme le plus liberal.— Exact à remplir ses engagements? — Autant que le plus honorable geiitilhomnie.- Jamais je n'en ai entendu dire autant de bien; vous êtes un ami du marquis, ou plutôt vous êtes le marquis luimême. Mylord d'Argyle, ajoula-til en se jetant sur le marquis déguisé, je vous arrêt»; au nom du roi Charles , lomme un traîtie. Si vous avez le malheur d'appeler du secours je vous tords le cou.

L'attaque de Dalgetty fut si soudaine si inattendue , qu'il renversa facilement le marquis sur le pavé de la prison , et le maintint par terre de la main gauche , tandis qu'avec la droite il lui serrait la gorge, prêt à l'étrangler au moindre effort qu'il ferait pour appeler du secours. — Mylurd d'Argyle, dit-il , c'est maintenant à mon tour de fixer les conditions de la capitulation. Si vous consentez à me montrer la porte secrète par laquelle vous êtes entré dans la prison , vous aurez la vie sauve, à condition que vous serez mon locum tenen^, comme nous di>ions

au collège Mareschal, i^^^^X^^jf^l^ S^ , Ç sonniers; sinon je ^-o"» «^Ir^'S^/ llTcnlé-né la bonne maavait été esclave au «érail otton an m a en se, ne

rri>>nfnvers vous? dit Argyle d'une VOIX eto^^^

SI vous avez le malheur d'appeler du secours je vous tords le cou

=r^ï^sï^^siï.i--;-*'^ï^"i=

ferai ce que vous exigerez.

Dalgelly ... ''Idia pas prise;

il serrait la gorge du marquis

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chaque fuis qu'il le queslioniiail , se contentant de lui laisser ensuite le pouvoir de répondre. — Oi'i est la porte secrète de la prison ? — Levez la lanterne vers le coin à droite, et vous découvrirez la garde qui couvre le ressort. — Bien. Et où conduit le passage? — A mon cabinet particulier, derrière la tapisserie.— Et comment, de votre cabintt, pourrai-je gagner la porte du château? — En passant à travers la grande galerie, l'antichambre, la salle des domestiques, le corps- de-garde. — Tout cela rempli de soldats, de factionnaires et de valets. Ce n'est pas mon alFaire, mylord. N'avez- Tous pas quelque passage secret pour arriver à la porte du château, comme vous eu avez pour venir à la prison? j'en ai vu de semblables en Allemagne. — Il y en a un qui donne sur la chapelle , et qui s'ouvre dans mon cabinet. — Et quel est le mot de passe? — L'épee de Levi. Mais si vous voulez vous fier à ma parole d'honneur, j'irai avec vous, je vous accompagnerai â travers les gardes, et je vous donnerai un passeport. — Je pourrais me fier à vous, mylord, si votre gorge ne portait pas déjà l'empreinte de mes doigts. Mais maintenant beso las manos austed , comme dit l'Espagnol. Cependant, vous pouvez me donner un passeport : y a-t-il de quoi écrire dans votre cabinet ? — Sans doute, et des passeports en blanc; je vais vous y suivre. — Ce serait trop d'honneur pour moi; Votre Seigneurie restera sous la garde de mon estimable ami Ranald Mac Eagh ; permettez-moi de vous traîner à distance de sa chaîne. Honnête Ranald, vous voyez où en sont nos alT.iires. Je trouverai, je n'en doute pas, les moyens de vous mettre en liberté. En attendant, faites comme moi. Mettez votre main de celle manière à la gorge de ce haut et puissant seigneur, sous sa collerette ; et s'il lait le moindre mouvement pour se débarrasser ou crier, ne manquez pas, mon digne Ranald, de serrer fortement, quand ce serait ad cleliquium, c'est-à-dire jusqu'à ce qu'il tombe en deîaillance. 11 n'y aurait pas grand mal, car il destinait votre gorge et la mienne a une pression un peu plus forte. — S'il essaie de parler ou de lutter, il mourra de ma main. — C'est bien, Ranald, très bien; un ami qui vous entend à demi-mot vaut un million.

Laissant alors le marquis sous la garde de Mac Eagh, Dalgetty pressa le ressort, et la porte secrète s'ouvrit : les gonds en étaient si bien polis et huilés, qu'elle ne fil pas le plus léger bruit; de fortes barres et de nombreux verrous la fermaient en dehors, et deux ou trois ciels, de^tinées probablement aux cadenas des prisonniers, étaient accrochées dans le passage. Un escalier étroit, pratique dans l'épaisseur du mur, conduisait, comme le marquis l'avait dit, derrière la tapisserie de son cabinet particulier. De telles communications étaient fréquentes dans les vieux châteaux féodaux ; elles donnaient au maître de la forteresse, comme à un autre Utnys, les moyens d'entendre la conversation des prisonniers, ou de les visiter, s'il lui plaisait, sous un déguisement; expérience qui tout-à-l'heure avait SI mal réussi au marquis d'Argyle.

Après avoir examine s'il n'y avait personne dans l'appartement, le major y entra, else saisit à la hâte d'un passeport en blanc, ainsi quede toutce qui était nécessaire pour écrire; et, s'emparant du poignard du marquis, il coupa un cordon de soie des tentures, puis redescendit dans la piison. Avant d'y rentrer, il écoula un moment a la porte et entendit Mac Galium More qui, d'une voix élouffée, faisait de grandes offres à Mac Eagh si celui-ci voulait lui permettre de dùuner l'alarme. — Quand vous m'oflririez une lorèt remplie de daims ou un troupeau de mille têtes de bétail, répondit le proscrit; quand vous m'ofiririez toutes k s terres qui aient jamais appartenu à un fils de Liiarmid, je ne violerais pas la parole quej'ai donnée a l'homme habillé de fer. — L'homme habille de 1er, dit Dalgelly en entrant, est lié à vous, Ranald, et ce noble lord \a élre lie lout seul. Mais, avant tout, il faut qu'il remplisse sur ce passeport les noms du major Dugald Dalgelly et de son guide, ou je lui donnerai uu passeport pour l'autre monde.

Le marquis écrivit, à la lueur de la lanterne sourde, ce que le major lui dicta. — Maintenant, Ranald, dit Dalgeltj, dépouiUe-toi de ton plaid . je vais envelopper Mac Callum More de ton manteau et en taire pour le moment un Enlant du Brouillard.... Oh ! il faut que je le place sur votre léte, mylord, pour nous mettre en garde tonire vos clameurs intempestives. Bien ! le voila suffisamment entortillé. Baissez les bras, ou, de par le ciel! je vous plonge votre propre loignard dans le cœur : vous ne serez attaché qu'avec un COI don de soie, vu votre qualité. Allons, il restera tranquille en atlcudaiii qu'on vienne le secourir. S'il a mis trop tard notre dîner, Ranald, c'est lui qui eu soutfrira. A quelle heure, mon bon Ranald, le geôlier fait-il ordinairement sa visite? — Jamais avant le coucher du soleil'. — Alors nous avons trois heures devant nous, dit le prudent major; mon brave ami, nous allons travailler à votre délivrauce.

Le premier soin de l'aventurier fut d'examiner la chaîne de Ranald; Il l'ouvrit au moyen d'une des clefs suspendues derrière la porte secrete, probablement placées là pour que le marquis put, s'il le voulait, reuvoyer un piisonuier ou le transférer ailleurs sans être obligé d'eu prévenir le gardien. Le proïcrit étendit ses bras engourdis, et bondit sur le pave du cachot avec la joie enthousiaste d un homme qui recouvre sa liberté. — Endossez la livrée que por-

tait le noble prisonnier, et suivez-moi, dit le major. Le proscrit ubeit. Us montèrent l'escalier dérobé , après avoir fermé la porte derrière eux, et gagnèrent sans encombre le catiinel du marquis.

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