CHAPITRE XVllI
Montrose n'obtint pas un succès aussi éclatant sur son puissant rival sans avoir à déplorer quelque perle de son côté , mais elle ne se monta pas au dixième de celle de l'ennemi. La valeur persévérante des Campbell coûta la vie à plusieurs braves royalistes, et, parmi les blessés, le plus marquant fut le jeune et vaillant comte de Menteith, qui avait le commandement de la division du centre : cependant sa blessure était légère; et ce fut d'un air plutôt gracieux que souffrant qu'il remit à son général l'étendard d'Argyle, l'ayant arraché lui-même, après une lutte vigoureuse, des mains de l'officier qui le portait. Montrose aimait tendrement son noble parent, chez qui brillaient, dans tout leur éclat, la générosité, le désintéressement et l'esprit chevaleresque des temps héroïques. Montrose, dont les nobles sentiments étaient entièrement conformes à ceux de Menteith , quoique l'expérience lui eiit appris à tirer parti des motifs qui faisaient agir les autres, n'employait à son égard ni la flatterie, ni les promesses. — Mon brave parent! lui dit-il en le pressant vivement contre son cœur ; et cet élan d'une àme profondément émue fit tressaillir Menteith d'une émotion de plaisir bien plus réelle que s'il avait vu son nom figurer avec éloge dans un bulletin destiné au roi. — Permettez-moi, mylord, répondit-il, puisque rien maintenant ne semble réclamer mes services, de remplir un devoir d'humanité : le chevalier d'Ardenvohr, à ce que je viens d'apprendre, est notre prisonnier, et, de plus, grièvement blessé. — Et il le mérite bien, interrompit sir Diigald Dalgetty qui venait de les rejoindre en ce moment et qui prenait plus que jamais un air d'importance; il le mérite pour avoir osé tuer mon bon cheval dans l'instant même où je lui offrais quartier. Cette action, au surplus, est moins celle d'un vaillant soldat que celle d'un montagnard ignorant, qui n'a pas même assez de talent pour élever une redoute afin de protéger cette vieille masure qu'il appelle son château. — Devons-nous donc, répliqua Menteith, vous offrir nos compliments de condoléance sur la perte que vous avez faite de votre Gustave? — Comme vous le dites , répondit Dalgetly en poussant un profond soupir, diem clausit supremum, comme nous avions coutume de dire au collège Mareschal d'Aberdeen. Encore vaut-il mieux qu'il soit mort ainsi qu'englouti dans un marais fangeux ou dans un précipice couvert de neige ; ce qui n'aurait pas manqué de lui arriver si cette campagne d'hiver eût été plus longue. Mais il a plu à Son Excellence, ajouta-t-il en s'inclinanl, de ré|>arer cette perte en me faisant don d'un noble coursier que j'ai pris la liberté de nommer Prix-de-Lotjauté , en mémoire de cette journée célèbre. — J'espère, reprit Montrose, que vous trouverez Prix-de-Loyaulé, puisque vous le nommez ainsi , assez bien dressé aux manœuvres ; mais, sir Dugald, dans le temps où nous sommes, la loyauté en Ecosse est plus souvent récompensée par une corde que |iar un cheval. — Ah , ah ! Votre Excellence aime à plaisanter; mais permettez-moi de vous assurer que Prix-de-Loyauté est aussi habile que Gustave dans tous les exercices, et qu'il est beaucoup plus beau de formes. 11 est seulement dommage que ses qualités sociales aient été peu cultivées, ce que l'on doit attribuer, sans doute, à la mauvaise compagnie dans laquelle il a vécu jusqu'à prc,ient — Comment! le cheval de Son Excellence! s'écria Menteith, y pensez-vous, sir Dugald? fi donc ! — Mylord , répondit gravement le major, une inconvenance aussi choquante était loin de ma pensée; tout ce que je prétends dire ici , c'est que les chevaux de Son Excellence, de même que ses soldats, étant dressés et formés par lui, peuvent également se distinguer dans toutes les manœuvres qu'il leur commande; par consequent le mérite de ce noble animal ne peut manquer d'être parfait sous ce rapport. Mais comme ce sont les relations intimes de la vie privée qui forment le caractère social , de même que le simple soldat ne peut guère polir ses mœurs dans la conversation de son sergent et de son caporal, de même Prix-de- Loyauté n'a pu améliorer beaucoup les siennes avec les palefreniers de Son Excellence, qui gratifient l'animal confié à leurs soins de plus de jurements, de coups de pied, ou de coups de poing, que d'amitiés et de caresses : aussi voit-on souvent un généreux quadrupède prendre un caractère misanthropique et montrer plus de penchant à ruer et à mordre son maître, qu'à l'aimer et à le craindre. — C'est parler comme un oracle, dit Montrose; s'il y avait au collège Mareschal d'Aberdeen une chaire pour l'éducation des chevaux, sir Dugald serait digne de l'occuper. — En dUl, ajouta Menteith à l'oreille du général , sir Dugald étant un âne , il y aurait quelque espèce de rapport entre le professeur et les élèves, u'est-il pas vrai? — Maintenant, avec la permission de Votre Excellence, reprit le nouveau chevalier, je vais faire mes derniers adieux à mon vieux compaguou d'armes. — Si c'était dans le dessein de cé-
lébrer ses funérailles, répondit le comte, ne sachant trop jusqu'où l'enthousiasme du major pourrait le conduire, songez, je vous prie, que nous déplorons la mort d'un grand nombre de braves qui ne recevront pas les honneurs funèbres. — Votre Excellence me pardonnera: mon projet est beaucoup moins romanesque. Je veux partager les restes de mon pauvre Gustave avec les oiseaux du ciel , leur abandonnant la chair, et gardant pour moi le cuir, dont j'ai l'intention, en mémoire de mon amitié pour lui, de faire un justaucorps et des pantalons à la mode tartare, pour mettre sous mon armure, car, réellement, mon costume est dans un état si pitoyable que j'en ai honte. Hélas! mon pauvre Gustave, que n'as-tu vécu au moins une heure de plus, tu aurais porté un honorable chevalier!
A ces mots il se retournait pour s'éloigner, lorsque Montrose le rappela. — Comme il n'est pas probable , lui dit-il , que vous soyez prévenu dans ce dernier témoignage d'amitié pour votre vieux camarade, je pense que vous ne refuserez pas d'aider nos amis et moi à déguster la bonne chère et le bon vin d'Argyle , dont nous avons trouvé le château abondamment pourvu. — Très volontiers , mylord ; jamais repas ni messe ne nuisent à une affaire. D'ailleurs je ne puis craindre que les aigles et les loups commencent cette nuit une attaque sur Gustave , car ils trouveront alentour une chère beaucoup plus délicate. Mais comme je dois me trouver dans la compagnie de deux honorables chevaliers anglais, et de plusieurs autres qui occupent un rang distingué dans l'armée de Votre Excellence, j'ose vous prier de vouloir bien leur expliquer que, comme chevalier banneret revêtu de ce titre sur le champ de bataille, je réclame la préséance sur eux pour le présent et l'avenir. — Que le diable le confonde! murmura Montrose à voix basse! il rallume le feu quand je viens de l'éteindre... Cette question , sir Dugald , reprit-il gravement en s'adressant au major, n'est point de ma compétence , et je la soumettrai à Sa Majesté , qui en déridera. Dans mon camp, tous les officiers sont sur le pied de l'égalité comme les chevaliers de la table ronde, et ils prennent leur place militairement d'après ce principe : « Premier venu , premier servi. » — Je veillerai donc, dit Menteith tout bas au marquis, à ce que la première place ne soit pas pour lui... Sir Dugald, ajouta-t-il en élevant la voix , puisque votre garde-robe est en mauvais état, ne feriezvous pas bien d'aller au camp, jeter un coup d'œil sur le bagage enlevé à l'ennemi? J'ai vu tout-à-l'heure un magnifique vêtement de peau de buffle brodé en soie et argent. — Voto a Dios ! comme dit l'Espagnol, quelque misérable pourrait mettre la main dessus tandis que je suis ici à jaser.
La perspective du butin lui ayant fait oublier et Gustave et ses prétentions à la préséance, il donna un coup d'éperon à Prix-de- Loyauté, et se dirigea au galop vers le champ de bataille. — Voilà le limier en chasse, dit Menteith, foulant aux pieds les restes de plus d'un homme qui valait mieux que lui; il s'élance sur un vil butin comme le vautour sur sa proie. Et cependant un tel homme est qualifié de soldat ! et vous-même, mylord, vous le jugez digne des honneurs de la chevalerie, si toutefois on peut encore les appeler honneurs! Ah! vous avez attaché l'insigne de cet ordre sacré au cou d'un vil limier. — Que pouvais-je faire ? je n'avais pas d'os à lui jeter, et je ne puis courir seul le gibier. D'ailleurs il a des qualités incontestables. — Si la nature lui en a donné quelques-unes, l'habitude les a changées en un égoïsme sans bornes. Il peut tenir à la renommée, être brave dans le combat, mais c'est parce qu'il est convaincu que sans ces qualités il ne pourrait avancer en grade. De même, il défendra son camarade tant qu'il le verra debout; mais à peine renversé à terre, il le débarrassera de sa bourse avec autant de sang-froid qu'il va chercher la peau de Gustave pour s'en faire un justaucorps. — Et quand tout cela serait vrai, cousin, sachez que rien n'est commode à commander comme des soldats dont la conduite est dictée par des motifs que vous pouvez calculer avec une certitude mathématique. Une àme noble comme la vôtre est ouverte à mille sensati(ms auxquelles celle de cet homme est aussi impenetrable que sa cuirasse, et ces vives sensations doivent toujours être présentes à la pensée de votre ami lorsqu'il vous donne un conseil.
Alors, changeant de ton, il demanda tout-à-coup à Menteith depuis quand il avait vu Annette Lyle. — Pas depuis hier soir, répondit le jeune comte en rougissant ; puis il ajouta en hésitant : si ce n'est un instant ce matin... une demi-heure à peu près avant la bataille. — Mon cher Menteith, reprit Montrose avec une expression de tendre amitié , si vous étiez l'un des cavaliers fanfarons de Whitehall, qui sont, dans leur genre, tout aussi égoïstes que notre ami Dalgetty, je n'aurais pas besoin de vous fatiguer par mes questions sur une amourette de ce genre; ce serait plutôt une intrigue dont il faudrait rire. Mais nous sommes ici sur une terre d'enchantements, où les dames tressent avec leurs cheveux des filets aussi forts que l'acier ; et vous êtes homme à vous y laisser prendre Cette jeune fille est belle, et ses talents sont faits pour captiver voire imagination romanesque, je l'avoue; mais... vous êtes incapable de songer à lui faire tort, et... vous ne pouvez songera I devenir sou époux. — Mylord , vous m'avez déjà fait plusieurs fois
LE MAJOR DALGETTY
celle plaisanterie, car c'est ainsi, j'imagine, que je dois regarder ce que vous venez de me dire , bien que vous sortiez un peu des bornes ordinaires. Annette Lyle est d'une naissance inconnue; elle est captive ; elle est probablement la fille de quelque proscrit obscur; elle doit tout à l'hospitalité des Mac-Aulay. — Ne vous fâchez pas , Menteilh ; vous aimez les classiques , quoique vous n'ayez pas été élevé au collège Mareschal , et vous devez vous souvenir que la beauté captive a toujours soumis bien des cœurs. Horace ne dit-il pas: Movil Ajacem, etc.? Bref.tout ceci m'inquiète. Peut-être ne vous fatiguerais-je point de mes réflexions à ce sujet, si vous et .\rinette étiez seuls intéressés dans cet amour; mais vous avez dans Mac-Aulay un dangereux rival; j'ignore jusqu'où peut le porter son ressentiment; et il est de mon devoir de vous dire que toute dissension entre vous serait préjudiciable aux intérêts du roi. — Je suis persuadé, mylord , que cette observation vous est dictée par la bonté de votre cœur et par votre amitié pour moi ; mais j'espère que vous serez pleinement satisfait quand je vous donnerai l'assurance que nous avons eu. une explication , Allan et moi , à ce sujet. Je l'ai convaincu qu'il répugne à mon caractère de concevoir des vues injurieuses sur une jeune fille sans protection, et que, d'un autre côté, l'obscurité de sa naissance m'empêche de l'épouser. Je ne cacherai pas à Votre Excellence ce que je n'ai pas déguisé à Mac-Aulay: si Annette Lyle était d'une origine noble, je lui aurais offert de partager mon nom et mon rang; mais dans sa .situation actuelle , la chose est impossible. Cette explication vous satisfera, je l'espère, mylord, puisqu'une personne beaucoup moins raisonnable que vous s'en est contentée. — Et en véritables rivaux de roman , dit Montrose en haussant les épaules, vous êtes convenus de vous dévouer tous deux a\i culte de la même maîtresse, d'adorer la même idole, et de ne pas étendre plus loin vos prétentions réciproques? — Je n'ai pas été aii>si loin, mylord, j'ai seulement déclaré que, dans les circonstances actuelles (et il n'y a aucune apparence qu'elles puissent changer), je ne pouvais, par égard pour ma famille et pour moi-même, entretenir d'autres relations avec Annette Lyle que celles d'un ami et d'un frère. Mais veuillez m'excuser, mylord, ajouta-t-il en montrant son bras enveloppé d'un mouchoir, j'ai une légère blessure à faire panser. — Une blessure ! s'écria Montrose avec inquiétude; montrez-la-moi Eh quoi! je n'en aurais point entendu parler, si je n'avais pas voulu sonder une autre plaie plus secrète et plus dangereuse ! Menteith, je vous plains...; moi aussi j'ai connu... Mais à quoi sert de réveiller des douleurs assoupies depuis longtemps?... En finissant c«s mots, il serra la main de son parent et se dirigea vers le chateau- Annette Lyle, chose qui n'était point rare parmi les femmes des Highlands, possédait quelques connaissances en médecine et même en chirurgie. On croira sans peine que la profession des disciples d'Esculape était inconnue dans ces contrées; et le peu de règles médicales que l'on observait étaient connues des femmes et des vieillards qui, grâce aux guerres fréquentes de cette époque, n'avaient que trop d'occasions d'acquérir l'expérience nécessaire. Les services d'Annette Lyle avaient été très utiles pendant cette campagne extraordinaire. Amis ou ennemis avaient reçu ses secours; elle les avait p Ttés partout où ils avaient été demandés. Elle était alors dans un appartement du château, surveillant avec attention la préparation de quelques vulnéraires, donnant ses instructions à plusieurs des femmes qui s'étaient mises sous sa direction, écoulant les remarques des autres, lorsque Allan Mac-Aulay se présenta subitement devant elle. Elle tressaillit de surprise, car elle avait entendu dire qu'il avait quitté le camp p<iur remplir une mission loinlaine; et quelque habiluoe qu'elle fût à son air sombre, elle crut remarquer en lui quelque chose de plus sinistre encore qu'à l'ordinaire. Il s'arrêta devant elle, et comme il continuait à \a regarder dans un morne silence, elle crut devoir lui parler en ce-^ ternies : — Je pensais, lui dit-elle en faisant quelque effort sur elle-même, quo vous étiez déjà parti. — Mon compagnon m'attend, répondit Allan , et je pars à l'instant même.
Cependant il continuait à rester devant elle, et la prenant par le bras, il le pressa non pas de manière à la blesser, mais assez pour lui faire sentir sa force, à peu près comme si elle eût été serrée par une paire de menottes. — Prendrai-je ma harpe ? demanda- t- elle d'une VOIX timide ; l'ombre noire descend-elle sur vous?
Au lieu de lui répondre , il la ccmduisit vers une dos fenêtres de l'appartement d'où l'on découvrait le champ de bataille et toutes ses horreurs. On voyait çà et là des morts, des mourants, et d'avides soldats occupés à dépouiller ces victimes de la guerre civile, avec autant d'indilférence que s'ils n'eussent pas été leurs semblables, et qu'eux-mêmes n'eussent pas été exposés à subir le lendemain le même sort. — Cette vue vous plaît-elle? demanda Mac- Aulay. — Elle est alfreusé ! répondit Annette en se couvrant les ytux de ses deux mains; comment pouvez-vous me faire regarder un tel s|)ectacle! — 'Vous devriez y être habituée; car si vous restez dans ce camp, bientôt vous aurez a cherch'^r sur un [larcil champ de bataille le i orps rie mon frère, celui de Menieiih, el le mien... Mais cette dernière tâciie vous sera la moins douloureuse...
vous ne m'aimez pas! — Voici la première fois que vous m'accusez de cette froideur et de cette indifférence, reprit Annette en pleurant; vous êtes mon frère , mon sauveur, mon protecteur, puis-je donc ne pas vous aimer! Mais l'heure de vos sombres pensées approche , permettez-moi d'aller chercher ma harpe. — Restez ! s'écria-t-il en continuant de la retenir par le bras ; que mes visions me soient inspirées par le ciel ou par l'enfer, qu'elles proviennent de la sphère intermédiaire des es|irits incorporels, ou qu'elles soient, comme les Saxons le prétendent, les vaines illusions d'une imagination exaltée , je défie maintenant leur influence ; je parle le langage du monde naturel , du monde visible. Vous ne m'aimez pas, Annette, vous aimez Menteith, vous êtes aimée de lui, et Allan vous est aussi indifferent que l'un des cadavres qui sont étendus sous vos yeux.
Certes , un discours si étrange dut paraître nouveau à celle qui l'écoutait; toute femme, dans des circonstances semblables, eût reconnu depuis longtemps l'amour dont elle était l'objet; mais quelque léger que fût le voile qui couvrait encore ce mystère, Allan, en le déchirant aussi brusquement, lui fit entrevoir les conséquences terribles qui pouvaient en résulter d'après l'exaltation de son caractère. Elle fit donc un effort pour repousser une pareille accusation- — Vous oubliez , lui dit-elle , que vous dérogez à votre propre dignité en insultant ainsi un être sans appui , une fille infortunée que le destin a mise entièrement en votre pouvoir. Vous savez qui je suis , vous savez que tout s'oppose à ce que vous ou Menteith nourrissiez pour moi d'autres affections que l'amitié- Vous savez enfin de quelle race malheureuse j'ai probablement reçu l'existence. — Je n'en crois rien ; jamais une goutte de crystal n'est sortie d'une source impure. — Cependant le doute seul devrait suffire pour vous empêcher de me parler un pareil langage. — Je sais qu'il éleva une barrière entre nous; mais je sais que cet obstacle n'a pas été aussi insurmontable pour Menteith. Croyez-moi, chère Annette, quittez ce théâtre de terreur et de danger; suivez-moi dans le Kintail ; je vous placerai sous la protection de la noble lady Seaforth, ou bleu je vous conduirai en sûreté à Icolmkill, où les femmes se dévouent au culte de Dieu, selon l'usage de nos ancêtres. — Vous ne songez pas sans doute à ce que vous me proposez; entreprendre un pareil voyage sous votre seule protection serait prouver que je suis beaucoup moins jalouse de ma réputation qu'une jeune fille ne doit 1 être. Je resterai ici, Allan, sous la sauvegarde du noble Montrose: et quand son armée s'approchera des basses terres, je saurai trouver quelque moyen convenable de vous débarrasser d'un être dont la présence , je ne sais pourquoi, vous est devenue importune.
Allan restait immobile comme s'il balançait entre le désir de laisser voir combien son âme sympathisait avec ses chagrins , et celui de se livrer à la colère que lui inspirait cette résistance. — Annette, lui dit-il enfin , vous savez combien peu vos paroles sont en harmonie avec les sentiments que je professe pour vous ; mais vous usez ici de voire pouvoir , et vous vous réjouissez de mon depart, parce qu'il éloigne de vous un être qui, par sa surveillance continuelle, entrave vos relations avec .Menteith- Mais prenez bien garde tous deux! et souvenez-vous que jamais on n'a fait une injure à Allan Mac-Aulay sans qu'il en ait tiré dix fois vengeance !
A ces mots , il lui serra le bras avec une nouvelle force , enfonça sa toque sur son front, et sortit de l'appartement.
CIIAPITIIE -XIX.
Annette Lyle contemplait le gouffre épouvantable que l'amour el la jalousie d Allan venaient d'enlr'ouvrir sous ses pas. Elle croyait chanceler sur le bord d'un abîme où elle devait s'engloutir, privée de tout refuse , de tout secours humain. Elle sentait depuis longlem[is que Menteilh lui était plus cher qu'un frère : et pouvaitil eu être autrement? .Menteith l'avait sauvée au moment où Allan avail le bras levé pour lui donner la mort; il s'était établi entre elle elle comte une intimité qui nécessairement lui avait f.iit connaître tout le mérite d'un gentilhomme bien supérieur en esprit, en amabilité aux guerriers à demi sauvages parmi lesquels elle vivait. Mais son attachement, quelque tendre qu'il fût, était de celte nature calme , timide, méditative , qui porlo à rechercher le bonheur de l'objet aimé plutôt qu'à concevoir des espérances ardentes et présomptueuses; cette affection était telle enfin , quo la Seule certitude de la fi'licllé de Menteith eiit suffi à son propre bonheur. On a conservé dans ces monlagnes \\ne^ chanson gaélique où elle aimait à exprimer ses sentiments, La voici telle qu on l'a traduite librement.
si comme toi de celle vie
J'avais liabilé les bailleurs,
Maiu en main, sar leur pento unie,
LES VEILLÉES LITTÉRAIRES ILLDSTRÉES
Nous glisserions entre les tleurs.
Slnis ta grandeur nous est funeste; Etre riche, heureux, c'est la loi :
Suis Ion bonheur... il ne me reste Qu'à pleurer et prier pour loi .
O combien soufl're une Ame tendre , Kn s'imposanl de tels arrêts !
Mais nul ne pourra rien entendre Do mon espoir, de mes regrets.
Je n'irai point jeter mon ombre, Pur ce bonheur cMi'- par moi.
*i parfois je cherche un lieu sombre , C'est que j'y puis prier pour toi.
La déclaration impétueuse d' Allan venait de détruire le projet romanesque qu'elle avait formé de nourrir en secret sa tendresse rêveuse pour Menteilh, sans cliercher à obtenir le moindre retour. Depuis longtemps déjà elle redoutait Albn , autant que pouvaient le lui permettre la reconnaissance et la conviction où elle était qu'il cherchait à do'jiptcr pour elle son caractère fougueux ; mais maintenant elle ne pouvait plus penser à lui qu'avec un sentiment de terreur profonde. Quelle que fût la noblesse de son âme, jamais Allan n'avait su maîtriser ses passions. Dans la maison et le [lays de ses ancêtres, on le regardait comme un lion apprivoisé dont tous craignaient de réveiller la férocité naturelle. C'est pourquoi plusieurs années sMaieut écoulées sans qu'il eût éprouvé une seule contradiction, une seule représentation; et on avait toujours eu pour lu; tant de déférence, que s'il n'était pas devenu le fléau et la terreur de tous les environs, c'était grâce à la prudence et au bon sens qui, en tout ce qui ne touchait pas à sa folie , formait la base de son caractère.
L'arrivée subite de sir DiigalJ Dalgi iiy interrompit les réflexions d'.Vnnette. On peut croire que le théâtre sur lequel le major avait passé la plus grande partie de sa vie ne l'avait pas rendu très propre à briller dans la société des femmes ; et par une sorte de sentiment intime, il s'avouait aisément que le langage de la caserne et du corps-de-garde ne devait pas leur convenir. L.i seule partie de sa vie consacrée à la paix s'était écoulée au collège d'Aberdeen ; et il avait oublié le peu qu'il y avait appris , si ce n'est le talent de raccommoder ses bas, et celui d'expédier ses repas avec une célérité peu ordinaire ; talents que la nécessité et l'occasion fréquente de les mettre en pratique avaient entretenus dans toute leur supériorité. Cependant, celait encore dans les souvenirs imparfaits de ce qu'il avait étudie pendant cette époque de calme , qu'il puisait des sujets de conversation lorsqu'il se trouvait en société avec des dames, et sou langage, en cessant d'être soldatesque , devenait celui d'un pédant. — .Miss Annette Lyle, lui dit-il en entrant, je ressemble en ce momeul à la lance ou à l'esponton d'Achille, dont un bout pouvait blesser et l'autre guérir, qualité que ne possèdent, au surplus, ni la lance espagnole, ni la pertuisane , ni la hallebarde, ni la hache de Lochaber, ni aucune autre arme des temps modernes.
Il répéta deux fois celte entrée en matière ; mais comme Annette, qui paraissait à peine l'avoir entendu la première fois , parut ne l'avoir pas compris la seconde , il fut obligé de s'expliquer. — Je veux dire, miss Annette Lyle, qu'ayant été la cause qu'un honorable chevalier a reçu une blessure dangereuse , après avoir tué mon cbev.il Gustave , je désire que vous m'aidiez à lui procurer quelque soulagement , vous qui êtes comme le dieu païen Esculape (sans doute il voulait dire Apollon) , habile non seulement dans le chant et la musique, mais eucore dans l'art plus noble de la chirurgie : Opiferque perorbem di'cor. — Avez la bonté de parler plusclairement , du Aniietie ,dont le cœur était alors trop malade pour se diverlir de la galanterie péJantesque de sir DugaUl. — Cela ne sera peut-être pas aussi facile que vous le pensez; car j'ai -perdu l'habitude des constructions grammaticales ; pourtant, essavons : Dicor (sou.s-enteiidu ego), je suis appelé; opifer... Opifer?... Je me souviens de iignifer et de (urcifer; mais opifer... Ati ! je crois qu'opj/er signifie, dans cet endroit, docteur eu médecine. — Tout le monde est fort occupé aujourd'hui; veuillez donc me dite brièvement ce que vous déalrez de moi. — Que vous veniez voir mon frère en chevalerie , et que vous ordonniez à l'une de vos femmes de porter quelques médicaments pour mettre sur ses blessures, lesquelles menacent d'être ce que les savants appellent damnum fatale.
.\nnctte n'hésilail jamais quand il s'agissait de secourir ses semblables. Elle s'informa en peu de mots de la nature du mal, et cédant au plus vif intérêt lorsqu'elle apprit que ses soins étaient nécessaires au respectable vieillard qu'elle avait vu à Damlinvarach , et dont l'air noble et imposant l'avait vivement frajipée, elle oublia pour un moment sa propre douleur. Sir Dugali introduisit, avec les plus grandes céremonies,lacliarilable jeune fille dans l'appartement du malade , et , a sa grande sur[irise , elle y trouva Menteith. Elle ne put s'empêcher de rougir beaucoup en l'apercevant; mais, pour cacher sen trouble, elle se hàia d'examiner la blessure du chevalier d'.\rdenvohr, et reconnut immédiatemeut qu'il était hors de son pouvoir de le guérir. t-epeudanlDdlgeliy reti<u;na vers une
espèce de hangar , sous lequel , pariBi les blessés qui y avaient été portés, se trouvait Ranald à qui il parla ainsi : — Àlon vieil ami, je vous le répète, j'aurais voulu l'aire quelque cho.se pour vous obliger, en considération de la blessure que vous avez reçue pendant que vous étiez sous ma sauvegarde. J'ai donc , daprés votre instante prière, clé chercher miss .■Vnnette Lyle , pour la conduire près du chevalier d'Ardenvohr, dont l'état réclame ses soins, quoique je ne puisse comprendre en quoi cela peut vous intéresser si fort. Je crois vous avoir entendu parler autrefois de quelque relation de parenté entre eux ; mais un soldat courtne moi ne s'occupe guère des généalogies de montagnards.
Et en vérité, pour rendre au digne major la justice qui lui est duc, il faut dire que jamais il ne s'inquiétait, ne s'informait , ni ne se souvenait des affaires des autres, à moins qu'elles n'eussent quelque rapport à l'art militaire ou qu'elles ne fussent liées de quelque manière avec son intérêt personnel; mais dans l'un ou l'autre de ces deux cas, sa mémoire était très fidèle. — Maintenant, mon bon ami du Brouillard , dit-il , pouvez-vous me dire ce qu'est devenu votre jeune fils qui promettait tant? je ne l'ai pas revu depuis qu'il m'a aidé à me désarmer après la bataille : une telle négligence mériterait l'estrapade. — Il n'est pas loin d'ici; mais gardez-vous de lever le bras sur lui, car il est homme à payer une aune de courroie par douze pouces d'acier bien trempé et bien affilé. — Voilà une bravade fort inconvenante; mais, comme je vous ai quelque obligation, Ranald , je la laisserai passer inaperçue. — Eh bien! si vous croyez me devoir quelque chose , vous pouvez vous acquitter envers moi , en m'accordant une laveur que j'ai à vous demander. — Ami Ranald , j'ai lu quelque part des histoires de ces engagements pris trop à la légère, lesquels ont coûté cher aux imprudents prometteurs. Il est beaucoup plus sage , Ranald, de ne pas faire de promesses sans savoir préalablement de quoi il s'agit, afin de ne s'engager à rien qui puisse nous devenir préjudiciable. C'est ainsi que j'en agirai avec vous. Peut-être désirez-vous que j'invite notre chirurgien femelle à venir visiter votre blessure ; mais considérez que le peu de (iropreté de l'appartement où l'on vous a déposé est capable de souiller la fraîcheur de ses vêtements, et vous devez avoir observé que les femmes sont extraordinairement soigneuses de leur toilette. Je perdis jadis les bonnes grâces de la femme du grand-pensionnaire d'Amsterdam pour avoir touché de la semelle de ma botte la queue de sa robe de velours noir ; et cela, parce quecette queue étant à une énorme distance de sa personne, j'eus le malheur de la prendre pour un tapis de pied. — il ne s'agit point d'amener ici Annette Lyle, mais de me transporter dans l'apparlemeut où elle est occupée à soigner le chevalier d'Ardenvohr ; j'ai à leur communiquer à tous deux une chose de la dernière importance. — Il est peu convenable de mettre un proscrit blessé en présence d'un chevalier, la chevalerie ayant été dès longtemps, et étant encore, à quelques égards, le plus haut grade militaire, grade qui le met au niveau de presque tous les autres officiers. Cependant votre demande se bornant à cela, je vous l'octroie volontiers.
Aussitôt il donna l'ordre à trois soldats de transporter Mac-Eagh sur leurs épaules jusque dans l'appartement de sir Duncan Campbell, ayant soin de prendre les devants pour annoncer le motif oe cette visite inattendue. Mais les soldats ^valent exécuté ses ordres avec une telle promptitude, qu'ils marchèrent pour ainsi dire sur ses pas, et qu'à peine était-il entré quand ils posèrent le moribond sur le plancher. Les traits de RanaUl , naturellement farouches, étaient alors décomposés par les souffrances ; ses mains et ses vêtements étaient taches de son propre sang et de celui de ses adversaires, car personne n'avait songé à en effacer les traces, quoique l'on eût appliqué un bangage sur sa blessure. — E^t-ce vous, dil-il en soulevant péniblement sa tète et ea se tournant vers l'endroit où était étêridu sou ancien ennemi ; est-ce vous que l'on appelle le chevalier d'Ardenvohr? — Moi-même, répondit sir Duncan ; que voulez-vous d'un homme dont les heures sont comptées? — Les miennes sont réduites à des minutes : il faut donc me savoir gré si je les dévoue au service de celui dont la main a toujours été levée sur moi, et sur lequel la mienne s'est appesantie à son tour d'une manière encore plus terrible. — Ta main s'est appesantie sur moi, miserable vermisseau! s'écria le chevalier en lui jetant un regard de mépris. — Oui, mon bras s'est montré plus lourd que le tien ; les blessures que je t'ai faites ont été profondes, quoique celles que j'ai reçues de loi n'aient pas été légères. Je suis Ranald Mac-Eagh, je SUIS Ranald du Brouillard ; rappelle-toi la nuit où je livrai ton château à la fureur des flammes, où tes enfants tombèrent sous le poignard de mes compagnons. Mais rappelle-toi les maux que tu avais laits à ma tribu ; jamais personne, à l'exception d'un seul homme, ne pouvait la persécuter ainsi : cet homme, le Dtslin l'a mis, dit-ou, à l'abri de ma vengeance ; mais l'avenir fera voir si elle peut m'cchapper. — Lord Menteith, s'écria Duncan en se soulevant sur son lit, cet homme eat un traître ; il est à la fois l'ennemi du roi, du parlement, de Dieu et des hommes : c'est un Enfant du Brouillard, un scélérat, un proscrit; il est l'ennemi de votre maison , de celle de Mac-Aulay et de la mienne. J'espère que vous ne souffrirez pas que ces moments, les derniers peut-être qui me restent, soient em-
LE MAJOR DALGETTY
poisonnés par son triomphe barbare. — Il sera traité comme il le mérite, dit Menteith ; qu'on l'éloigné à l'instant.
Sir Diigald crut devoir s'interposer alors dans cette affaire, en parlant des services que Ranald avait rendus à l'armée comme guide ; et il termina cette apologie en répétant, comme à l'ordinaire, que, cet homme ayant été placé sous sa sauvegarde, il devait répondre de lui. Cependant la voix rauque et sonore de l'EuTant du Brouillard couvrait celle du major. — Non, non ! s"écriait-il, laissez-les préparer la torture et le gibet, laissez-les livrer mon corps aux faucons et aux aigles de Ben-Nevis. Par ce moyen, cet orgueilleux chevalier et ce fier comte ne connaîtront jamais le secret que seul je puis leur apprendre, secret qui ferait tressaillir de joie le cœur d'Ardenvohr, fût-il à l'agonie; secret que le comte de Meiiteilh achèterait au prix de toutes ses possessions, .\pproche, Annette Lyle, dit-il en se soulevant avec une force à laquelle on ne s'attendait pas ; approche, Annette, ne crains pas la vue de celui qui a pris soin de ton enfance ; viens dire à ces hommes vains et superbes, qui te méprisent parce qu'ils te croient issue de mon ancienne race, que ton sang n'est pas le nôtre, que tu n'es pas une Fille du Brouillard, mais que tu es née dans la demeure des grands, et que tu as dormi dans un berceau aussi doux qu'aucun de ceux que l'orgueil abrite dans ses palais dorés. — Au nom de Dieu! dit Menteith tremblant d'émotion, si vous savez quelque chose sur la naissance de cette jeune fille, révélez-le, et, avant de quitter ce monde, déchargez au moins votre conscience du poids de ce secret. — El que ne me dites vous aussi de bénir mes ennemis à mon dernier soupir, reprit Mac-Eagli en fixant sur lui un regard plein de malignité. Telles sont les maximes que vous prêchent vos prêtres; mais quand et envers qui les mettez- Yous en pratique? Avant de découvrir mon secret, il faut que je sache de quel prix on le paiera. Que donneriez-vous, chevalier d'Ardenvohr, pour apprendre que tous vos jeûnes ont été superflus, et qu'il existe encore un rejeton de votre famille? J'attends votre réponse : sans cela, je ne dis plus un mot. — Je pourrais... dit sir Duncan agité par le doute, l'inquiétude et la haine, je pourrais... Mais non, je connais ta race : elle descend du Grand Ennemi, et ne se compose que de menteurs et d'assassins. Si pourtant ce que tu dis est vrai, je pourrais presque te pardonner les outrages et tous les maux que tu m'as faits. — Vous l'entendez! c'est s'engager beaucoup pour un fils de Diarraid. Et vous, jeune comte, on dit dans le camp que vous donneriez votre sang et vos biens pour acquérir la certitude qu'Annelte Lyle n'est pas l'enfant d'un proscrit, et qu'elle est issue d'une race aussi noble que la vôtre. Eh bien^ si je vous la donne, cette assurance, sachez que ce n'est aucunement par affection pour vous. Il fut un temps où j'aurais échangé ce secret contre la liberté ; mais il s'agit maintenant de ce qui m'est plus cher que la liberté et la vie. Annette Lyle, je le déclare ici, est le dernier enfant du chevalier d'Ardenvohr, le seul qui ait survécu, le seul qui ait été arraché aux flammes et à la mort. — Cet homme, dit-il la vérité? s'écria la jeune fille dans une sorte d'égarement, ou bien ce que j'entends n'est-il qu'une illusion mensongère? — Annette, répondit Ranald, si tu •avais vécu longtemps p:irmi nous, tu saurais distinguer les accents de la vérité. Mais je donnerai à ce comte saxon, ainsi qu'au chevalier d'Anlenvohr, des preuves capables de convaincre l'incrédulité même. Maintenant retire-toi. J'ai aimé ton enfance : je ne hais pas ta jeunesse : quel est l'œil qui se détourne de la rose dans l'éc:lat de sa fraîcheur, bien qu'elle ait fleuri sur une épine? Pour toi seule j'éprouve quelque regret de ce qui ne jieut manquer d'arriver bientôt... Mais l'homme qui veut se venger de son ennemi ne doit pas s'inquiéter si l'innocence sera ensevelie ou non sous les ruines. — Il ■ a raison, s'écria lord Menteith : au nom du ciel, Annette, retirezvous. S'il a dit la vérité, sir Duncan et vous-même vous n'êtes pas préparés à un bonheui- si inattendu. — Si j'ai retrouvé un père, dit Annette, je ne m'en séparerai pas! non, je ne m'en séparerai pas dans ce moment si doux et si douloureux tout ensemble. — Unique vous soyez, jeune fille, répliqua sir Duncan, vous trouverez toujours un père en moi. — Alors, reprit .Menteith, je vais faire trans|)iirter Mac-Eagh dans l'appartement voisin de celui-ci, et je recueillerai nioi-mènie ses déclaratimis et les preuves de ce qu'il affirme. Sir Dugald Dalgetty consentira-t-il à me prêter son assistance? — Avec plaisir, mvlord, répondit le major; je ferai tout ce qui pourra vous être agrénlile. Personne n'est plus en étal que moi de vous seconder dans cette affaire, car j'ai entendu raconter toute l'histoire au cliAleau dlnverary, il y a un mois. Mais des prises de châteaux, comme celui d Ardenvuhr, restent peu dans ma mémoire, remplie de sujets beaucoup plus importants.
A celle declaration si franche et si brusque que Djigelly faisait en quittant l'appartement, tord Menteith lui lança un regard de colère et de mépris dont le digne major, très convaincu de son propre mérite, ne parut iiulleniont s'apercevoir.