‹ WaverleyChapitre 24 sur 231 · CHAPITRE XXIll · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIll

Quoique les montagnards marchassent d'un bon pas, le soleil déclinait quand ils purent couronner les hauteurs. De là ils dominaient la vaste plaine qui s'étend du nord à la mer, et où sont situés, mais à une grande distance l'un de l'autre, les petits villages de Seaton et de Cockeuzie, elle bourg de Preston. Une des roules basses qui mènent à Edimbourg le long des côtes, traverse cette plaine dejiuis les dernières maisons de Seaton jusqu'à Preston, où elle entre dans les défilés. Le général anglais avait résolu de s'approcher de la capitale par ce chemin, d'abord parce qu'il était plus coilimode pour sa cavalerie, ensuite parce qu'il croyait sans doute par cette manœuvre rencontrer de front les montagnards venant d'Edimbourg. Mais il s'était trompé, car la prévoyance du Chevalier ou de son conseil laissa ce passage libre, pour oixuper la position avantageuse qui le dominait. Assurés de leur posiiiun, les montagnards s'y formèrent aussitôt en ligne de bataille. Au même instant on aperçut lavant-garde anglaise qui débouchait des arbres et des haies de Scalon et venait occuper la plaine entre les hauteurs et la mer : l'espace qui séparait les armées n'était que d'un demi-mille. Waverley put voir sans peine les escadrons de dragons, précédés de

WAVEHLEY.

leurs éclaireurs, sortir l'un après l'autre des chemins étroits, leurs vedettes en tète, et prendre position dans la plaine, le front tourné vers celui de l'ainiéc du prince. Ts étaient suivis par un tram de pièces de campagnes, qui, .lyant rejoint le flinc de la cavalerie, furent aussi rangées sur une ligne et dirigées contre les liauteurs. Venaient ensuite trois ou quatre réizimenis d'infitnleriequi marchaient en colonne non serrée : leurs baïonnettes offraient des lignes successives d'acier ; et toutes lancèrent un éclair quand au signal donné ils firent volte-face, et se placèrent juste devant les montagnards. Une seconde baiterie d'artillerie et un autre rejiment de cavalerie fermaient la marche; ils se portèrent sur le flinc gauche de linfaiiterie, terminant ainsi la ligne qui resardait le sud.

Pendant que l'armée anglaise accomplissait ces évolutions, les montagnards ne mettaient pas moins de promptitude à se ranger en kataille. A mesure que les clans arriv.iient sur les hauteurs en face de I ennemi, ils s'ali?naienl, de sorte que les deu\ armées se trouvèrent en même temps prèles à combattre. Cesdispos'tiois ternainées. les montagnards poussèrent un cri t-rrible que répéta derrière eux l'écho de la montagne. Les Anglais répondirent par de longues acclamations de défi, et tirèrent un ou deux coups de canon sur les avant-postes. Aussitôt les montagnards se disposèrent avec ardeur à l'attaque; Evan Ohu disait .î Fergus : — Les habits rouges remue-it comme un œuf sur un bâton, et nous avons tout 1 avantage, car un pudding de mouton lui-même (Dieu le bénisse !) descendrait au galop la montagne.

Mais la côte que les monlagnaids avaient à descendre, quoique peu étendue, était impraticable, coupée, là par des ravins, ici par des murs en pierre, et traversée dans toute son étendue par un fossé large et profond, accidents de terrain qui auraient donné à la mousqueterie des Anglais de terribles avantages avant que les montagnards eussent pu tirer leurs énées. L'autorité des chefs fut donc nécessaire pour réprimer l'impétuosité de leurs soldats. Quelques tireurs d'élite descendirent seulement pour escarmoucher avec les avanl-postes, et reconnaître le terrain. Les deux armées présentaient a'ors un spectacle extraordinaire. D fférentes par la tenue et la discipline, et pourtant toutes deux admirablement dressées à leur tactique spéciale, ces deux masses d'hommes dont la lutte devait décider, pour un temps du moins, du sort de l'Ecosse, étiientalors en face l'une de l'autre comme deux gladiateurs dans l'amène, cherchant l'endroit le plus favorable pour s'attaquer Oi di-tinguait les principaux officiers et les états-majors généraux en face de leurs lignes, occupés avec des lunettes à .s'observer mutuellement, donnant des ordres et recevant des avis qu'apportaient les aides-decamp et les officiers d'ordonnance qui anim lient la scène en galopant d«ns toutes les directions comme si le sort de cette journée eût dépendu de la vitesse de leurs coursiers. L'espace qui sé|iarait les armées était de temps à autre occupé par rengagement partiel et irréeulier de quelques tirailleurs. On voyait parfois un chapeau ou un bonnet tomber à terre, ou bien un blessé qu'emportaient ses camarades Pourtant ce n'étaient que de petites escarmouches, car les deux partis avaient leurs raisons pour ne point avancer davantage. Les paysans des villages d'ilentour se montraient avec précaution, épiant l'is-iue do la lutte. Un peu plus loin dans la baie étaient deux vaiss"aiix à trois mâts por'ant le pavillon des Royaumes-Unis, et dont les haubans et les vergues étaient chargés de spectateurs moins timides. Ce terrible repos dura quelques instants : nuis Fergus et un autre chef reçurent l'ordre de diriser leurs cor[is respectifs sur le village de Preston pour harceler le flanc gauche de l'armée ennemie, et forcer sir Cope à changer de position. Pour exécuter ponctuellement cet ordre, le chef de Glennaquoich se plaça dans le cimetière de Tranent, poste élevé, et lieu fort convenable, comme Evan Dhii le fitobserver, « (lour tous les genlilshomines qui auraient le malheurd'èlre tués etqui désireraient une sépulture chrétienne. » Afin d'anéantir ou de déloger celte troupe, le géuér.d anglais fit avancer deux pièces de campagne soutenues par un escadron de cavalerie. Lps dragons approchèrent si près, que Waverley put fort bien reconnaître l'étendard du corps, et entendit les tromnetles et les timbales au son desquelles il avait si souvent marché. Il distinguai' aiis'.i les mots de coram indement prononcés en .niglais par une voix qu'il ne connaissait pas moins bien, celle de l'ofllcier pour qui il avait eu tant de respect. Il y eut un moment où, pLint les yeux autour de lui, et voyant le costume et l'équipement ingulier de sescamarades montagnards, en tendant leurs chuchotleuii'iits dans une langue Parbire et inconnue, regardant enfin .son [iropre habillement, si différent de celui qu'il avait porté depuis son enfance, il aurait voulu se réveiller et sortir de ce qui lui semblait maintenant un songe élrange, horrible, siiruaturel. — Grand Dieu! peusat-il. suis-je donc traître à mon pays, déserteur de mon drapeau ; enRn, comme disait ce pauvre homme en mourant, suis-jc un ennemi de ma terre natale, de la vieille Angleterre!

Avant qu'il put étouffer ces souvenirs, son ancien colonel s'était avancé en reconnaissance ei découvrait sa haute taille militaire. — Maintenant je puis l'abattre, dit Callum i.'ii levant avec préiaution «on fusil pardes.sus la muraille derrière laquelle 11 était couché, à moins de soixante pas. Edouard pensa qu'on allait commettre un

parricl'ie en sa presence, (jar les cheveux blancs, l'air inipo.;ant et vénérable du vieux soldat, rappelaient le respect tout filial que la plupart de ses officiers lui témoignaient. Miis avant que Waverley eût pu s'écrier « Arrête! » un vieux montagnard, placé près de Galium Beg, lui retint le bras — Gardez votre coup, dit l'homme à la seconde vue, sou heure n'a pas encore sonné; mais qu'il prenne garde à lui demain... Je vois son suaire sur sa poitrine.

Oallum, aussi sourd qu'une pierre à tout autre mitif, était accessible à la superstition. Il pâlit à ces mots du voyant et rameni son fusil. Le colonel Gardiner, sans se douter du péril qu'il avait couru, fit un long circuit, et retourna lentement vers son corps. Cependant l'armée anglaise avait changé de frimt; l'un de ses flancs s'était porté vers la mer, l'autre restait au village de Preston ; et comme il n'était pas moins difficile d'attaquer l'ennemi dans cette nouvelle position, Fergus et le reste du détachemen' furent rappelés à leur premier poste. Celle manœuvre en nécessita une serab able dans l'armée du gêné' al Cope, qui se remit sur une ligue parallel- à celle des montagnards. Ces dispositions de p-irt et d autre employèrent presque la fin du jour, et les deux armées se préparèrent à passer la nuit sous les armes, en gardant leurs positions. — Ou ne fera rien ce soir, dit Fergus à son ami Waverley; avant de nuis envelopper dans nos plaids, allons voir à quoi s'occupe le baron à l'ariière-garde

En approchant de son poste, ils trouvèrent le vieux et prudent officier, qui, ap es avoir envoyé ses patrouilles de nuit, et placé ses sentinelles, s'o''cupaità lire an reste de sa troupe la prière du soir de l'église épiscopale. Sa voix était forte et sonore, et quoique ses lunelies sur le nez et l' attitude de Saunders Siundersoq, qui, tout botté, faisait les fonctisns de clerc, euss'-nt quelque chose de risible, pourtant la situation périlleuse où l'on se trouvait, le costume militaire de l'auditoire, et la vue des chevaux sellés et attachés à des piquets derrière les soldats, donnaient un air solennel etimposant à cet acte de dévotion. — J'ai reçu les sacrements aujourd'hui, avant que vous fissiez éveillé, dit Fergus à l'oreille de Waverley; mais je ne suis pas catholique assez rigide pour refuser d'entejidre la prièrede ce brave officier. E louard fut du même avis, et ils attendirent que le baron eût fini ses dévotions. — Eh bien, mes enfants! leur dit-il en fermant le livre, irons-nous demain à l'ennemi avec des mains pesantes et des consciences légères? (Il salua alors cordialement Mac-Wor et Waverley, qui lui deinaudèreut son avis sur la situation.) Ma foi, vous le savez, comme dit Tacite, in rebtisbellicis maxime d'minalur fortuna, ce qui répond à notre vieil adage national : « La fortune peut beaucoup dans la mêlée. i> Mais croyez-moi, messieurs, le général ang ais n'est pas un grand clerc. Il émousse le courage des pauvres gens qu il commande, en les tenant sur la défensive, ce qui indique toujours infériorité ou craint*. Maintenant ils vont dormir tout armés, aussi inquiets, aussi mal à l'aise qu'un crapaud sous une herse, taudis que nos hommes seront frais et dispos pour l'action du matin. Ainsi bonsoir... Une seule chose me trouble; mais si tout va bien demain, je vous consulterai, Glennaquoich.

Edouard et Fergus retournèrent ensemble au bivouac. — Je cherche en vain, dit Waverley, qui peut agir de la sorte sur notre vieil ami. — En effet, rép:Midit Fergus, on s'étonne parfois qu'il puisse allier tant de raison à tant d'absurdité. Je ne sais ce qui lui trouble l'esprit... C'est sans doute sa pauvre Rose... Ecoutez! les Anglais s'arrangent pour la nuit.

Le roulement du tambour et les sons criards du fifre retentirent derrière la colline, moururent, recommencèrent, puis enfin cessèrent tout-à-fait : les trompettes et les timbales de la cavalerie jouèrent alors la marche militaire de la retraite, dont la belliqueuse harmonie se mêla aux sifflements lugubres du vent. Les deux amis, en arrivant à leurs quartiers, s'arrêtèrent, et regardèrent autour d'eux avant de s'aller coucher. A l'est le ciel rayonnait d'étoiles, mais un froid brouillard qui s'élevait de l'Océan couvrait l'honzon du côté de l'ouest, et balançait de blancs tourbillons sur le camp de l'armée ennemie. Les avant-postes hanovriens venaient jusqu'au grand ravin au bas de la côte, et avaient allumé de grands feux en plusieurs endroits; on les afiercevait à la lueur rougeàtre et vacillante qui, au milieu de l'épais brouillard, les entourait comme un cercle.

Les montagnards, pressés comme les feuilles d'une épaisse forêt, étaient étendus sur les hauteurs et plongés tous, excepté les sentinelles, dans le plus profond sommeil. — Combien de ces braves dormiront iticore plus profondément avant la nuit de demain, Fergus! dit Waverley avec un soupir involontaire. — Il n'y faut point penser, répondit Fergus. Il faut penser seulement à votre épée et à Ih personne qui vous l'a donnée: toute autre reflexion vient lard.

Narcotise, pour ainsi dire, par cette réponse sans réplique, Waverley parvint à calmer le tumulte de son esprit. Le chef et lui, réunissant leurs plauls, se firent un lit chaud et passable. Galium, s'assiyantà leur chevet, car il était chargé spécialement de veiller sur la personne du chef, commença une longue 1 1 irislc chiiisoii gaélique sur un ton bas et lugubre, qui, semblable au murmure d'un vent lointain, les eut bientôt endormis.

LES VEILLÉES LITTÉRAIRES ILLUSTRÉES

Les deuï amis avaient à peine dormi quelques heures, lorsqu'ils furent éveillés et mandés près du prince. Ils s'y rendirent au plus vite. Charles-Edourd était entoure de ses principaux oHîtiers et des chefs des clans. Un sac de cosses de pois, qui avait élé son lit, lui tenait alors lieu de siège. Au moment où Fergus entra dans le cercle, la délibération finissait. — Courage, braves amis! disaille Chevalier, et que chacun se mette aussitôt à la tète de son régiment ; un homme sur m'a oflert de nous conduire par une route praticable, étroite et détournée néanmoins, qui traverse à notre droite les fondrières et les marais : il veut nous guider même jusqu'au ler-

Le major Melville et Gilfillan.

rain solide cù sont campés les ennemis. Cette difficulté surmontée, c'est au ciel et à nos braves épées de faire le reste.

Cette proposition causa une joie universelle, et chaque chef se hâta de ranger ses hommes avec le moins de bruit possible. L'armée, abandonnant sa position par un mouvement vers la droite, trouva bientôt le sentier au milieu des marais, avançant toujours avec un.e grande rapidité et dans un silence profond. Le brouillard ne s'était pas élevé ; ils jouirent dont quelque temps de la clarté des étoiles; mais cette lumière s'évanouit avant la pointe du jour, et la tète delà colonne, continuant à descendre, se plongeait pour ainsi dire dans l'épais océan de brouillard qui roulait ses vagues blanchâtres sur toute la plaine et sur la mer qui terminait la plaine. Ils rencontrèrent quelques dilficultés inséparables de l'obscurité dans un chemin eiKjit, rompu et marécageux, et de la nécessité où ils se trouvaient de marcher en ordre. Toutefois, ces inconvénients étaient pour les montagnards, d'après leur genre de vie, moins grands qu'ils ne l'eussent été pour d' 'utres iroupes ; ils s'avancèrent donc d'un pas ferme et rapide. Lorsque le clan d'ivor approcha de la ttire ferme, en suivant les traces des guides, on entendit à travers le brouillard le cri d'une sentinelle invisible : «Qui va là?» — Chut! dit Fergus, chut! que personne ne réponde s'il tient à la vie. Pas accéléré !

Et ils continuèrent leur marche silencieuse et rapide. La vedette déchargea sa carabine sur les assaillants, et, le coup tiré, prit la fuite, car le galop de sou cheval retentit quelques instants. — Hijlax in limine latrat, dit le baron de Bradwurdine qui entendit le coup; le coquin va donner l'alarme.

Le clan de Fergus avait enfin gagné la plaine, naguère chargée

d'une riche moisson. Mais la récolte était enlevée, et la campagne était nue, point d'arbres, point de buissons qui pussent arrêter la marche. Le reste des montagnards suivait à la hâte, quand on entendit les tambours ennemis battre la générale. Comme le projet des chefs Jacobites n'était pas de surprendre les Anglais, ils ne furent point déconcertés en apprenant que l'ennemi était sur ses gardes; ils hâtèrent seulement leurs dispositions de combat, qui furent très simples. Les montagnards occupant à l'est la vaste plaine, ou plutôt les champs encore couverts de chaume, étaient rangés sur deux lignes, depuis les marais jusqu'à la mer. La première devait charger l'ennemi, la seconde servir de réserve. La faible cavalerie, que le prince commandaiten personne, resta entre les deux lignes. Charles Stuart avait manifesté le désir de charger lui-même à la tète de la première; mais, cédant aux instances de son entourage, il avait enlin, quoique à regret, renoncé à sa résolution. Les deux lignes se mirent alors en marche, la première prête à engager le combat. Les clans qui la composaient formaient chacun une espèce de phalange distincte, présentant un front étroit et profond de di.\, douze ou quinze rangs. Les mieux armés et les plus nobles occupaient le front de chacune de ces subdivisions irrégulières. Les autres épaulaient le premier rang, et, pressanttoujours, communiquaient une impulsion matérielle ainsi qu'un renouvellementd'ardeur et de confiance à ceux qui devaient les premiers s'offrir au péril. — Quittez votre plaid, Waverley, s'écria Fergus en jetant le sien ; nous aurons de la soie pour remplacer notre tartan, avant que le soleil éclaire lasurface de l'océan.

Aussitôt les montagnards se débarrassèrent de leurs plaids, préparèrent leurs armes, et il y eut un terrible silence d'environ trois

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Waverlpy tomba aux genoux de Charles Edouard.

minutes, pendant lequel, ôtant leurs toques et levant les yeux au ciel, ils murmurèrent une courte prière ; après quoi ils se recouvrirent et commencèrent à s'avancer, mais d'abord lentement. Waverley sentit en ce moment son cœur palpiter comme si ce coeur eût voulu s'échapper de son sein ; ce n'était pas crainte, ce n'était pas enthousiasme; c'était un mélange de ces deux émotions, un sentiment profond et nouveau qui, à la première secousse, étourdit et glaça son esprit, puis lui causa une sorte de fièvre et de délire. Le tumulte qui l'entourait venait encore animer son ardeur, lescornemu-

ses jouaient, et les clans se précipitaient en épaisses colonnes. Bientôt ils se remirent au pas , et le murmure de tant de voix réunies ne tarda point à se changer en d'unanimes clameurs.

A ce moment le soleil, dépassant l'horizon, dissipa le brouillard; les vapeurs se levèrent comme un rideau, et laissèrent voir les deui armées sur le point d'entamer l'action. La ligne de bataille des .\nglais élait directement opposée à celle des montagnards; la première brillait par son équipement et l'éclat des armures; elle était flanquée de cavalerie et d'artillerie. Mais cette vue n'épouvanta point les assaillants. — En avant, fils d'ivor ; s'écria leur chef; sans quoi les Gainerons répandront le premier sang.

Sur ces mots, le clan de Fergus s'élança avec des cris terribles.

Le reste est bien connu. La cavalerie hanovrienne, à laquelle on avait donné l'ordre de charger les montagnards en flanc, reçut le feu irrégulier qu'ils lui lançaient en courant, et saisie d'une terreur panique, hésita, s'arrêta, se débanda et prit la fuite. Les artilleurs, abandonnés par la cavalerie, s'enfuirent après avoir déchargé leurs pièces. Mais de leur côié, les montagnards, jetant leurs fusils après le premier feu , tirèrent leurs claymores et se précipitèrent avec une

courageusement à son poste. Mais ses lignes étendues étaient rompues et brisées en plus d'un endroit par les masses serrées des clans; et dans le combat à outrance qui s'ensuivit, les armes, la vigueur et l'activité extraordinaire des montagnards leur donnèrent une grande supériorité sur des soldats habitués à mettre leur confiance dans leur tactique et leur discipline. Waverley, en promenant ses regards

Buvez, dit-il, en lui offrant sa gourde.

ureur terrible sur l'infanterie. Dans ce moment de confusion et de frayeur, Waverley remarqua un officier anglais qui semblait de haut rang, seul et appuyé contre une pièce de canon : après la fuite des soldats qui la servaient, il l'avait lui-même rechargée et tirée contre le clan de Mac-Ivor, qui s'avançait vers lui. Frappé de sa noble et martiale figure, désireux de l'arracher à la mort, Waverley déf)assa pour un instant Its guerriers uiênie les plus agiles, arriva le premier et lui cria de se rendre ; l'officier répondit par un coup d'épée que WaverUy nçutdans sa large; mais l'arme de l'Anglais, frappant à faux, se brisa. Au môme instant la hache d'armes de Dugald Mahony était levée sur la tclc de l'officier ; Waverley arrêta et [irévint le coup, et l'Anglais voyant que toute résistance élait vaine, frappé de la généreuse préoccupation d'Ldnuard pour S'a MJrelé, lui remit le tronçon de sonépée. Lepri' onnier fut confie par Waverley a Dugald, avec l'ordre exprès de l<^ bien traiter et de ne point le dépouiller, (j promc»»e toutefois d'un ample dédommagement. A la droite d'Edouard la mêlée fut quelques instants furieuse et terrible. L'infanterie anglaise, exercée dans les guerres de Klaudrc, demeurait

Le colonel Talbot.

sur cette scènedecarnage,apeiçutlecolonel Gardiner, abandimné de ses soldats malgré tous ses efforts pour les rallier, lançant encore son cheval h travers la plaine pour prendre le commandement d'un petit corps d'infanterie qui, adossé contre le mur de son parc (car sa maison se trouvait près du champ de bataille), opposait encore une résistance désespérée. Waverley remariiua qu'il avait déjà reçu plus d'une blessure, car ses habits et sa selle fiaient tachés de sang. Sauver ce digne etbrave officier devint aussitôt le butde ses plusardenls efforts, mais il ne putque le voir tomber ; car avant qu'Edouard se ftil frayé un passage à travers les montagnards furieux et avides de butin, il vit son ancien colonel renversé de cheval par un rou|i de feu, et recevant même à terre (dus de blessuresqu'il n'en tût fallu pour lui arracher vingt fois la vie. Quand Waverley s'approcha, il n'était pourtant pas encore mort. Le guerrier expirant sembla reconnaître Edouard, car il fixa sur lui un regard de reproche, mêlé de tristesse, et il s'efforça d'ouvrir la bouche; mais sentant ipie la mort n'était pas éloignée, et renonçant à parler, il joignit les mains pour prier et abandonna .'on ànie an Créateur. Le regard que reçut de lui Waverley pendant son agonie ne fit pas sur le jeune jacobite, dans ce moment de trouble et de confusion, une impression pareil!» à celle qui vint plus tard frapper son souvenir.

Des cris de triomphe retentissaient alors dans toute la plaine. La bataille élait gagnée; l'artillerie, les munitions de guerre et les bagages, tout resta an pouvoir des Jacobites; jamais vietipire ne fut plus complète ; à peine quelques hommes du parti hanovrieii échappèrent-ils, à l'exciplion de la cavalerie, qui avait pris la fuite au commencement de la bataille. Quant au cours de notre histoire, nous n'avons plus à raconter que le sort de Italmawhapple qui, monté sur un cheval aussi lèlii que son maîlie, poursuivait les dragons à quatre milles environ du champ de bataille, lorsque dix ou douze fuyards, reprenant un peu de ripur, firent vollc-face. et, lui brisant le crâne avec leurs sabres, montrèrent que le malheureux

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gentilhomme avait loellement lie la cervelle : sa mort prouva ainsi une chose dont on avait beauroiip douté pendant sa vie. 11 fut peu regretté. Son ami le lieiiienant Jinker se mit en frais d'éloquence pour di-culper sa jument favorite de toute complicilé dans la calasstrophe: — Je l'ai répété mille fois au laird, disait-il, que c'était une grande honte de mettre une martingale à la pauvre bète, quand il pouvait la mener avec une gourmette longue d'un demi-pied ; au lieu que s'il eût voulu se servir d'un simple mors et d'un filet, elle se serait laissé conduire aussi aisément qu'un chevalde charrette. Telle fut l'oraison funèbre du laird de Balmawhapple.

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