CHAPITRE XXIV
La bataille était terminée : l'ordre succédai! au tumulte. Le baron de Bradwardine, après avoir vaillamnifnt fait .^on devoir tout le jour, assigna aux soldats qu'il couimaiidait leurs postes respectifs; puis il peiiï'a au chef de Glennaquoich et à sou a ni Waverley. 11 trouva le premier apaisant une lutte <le point d'honneur, et décidant de difficiles questions au sujet du butin. La plus importante de ces discussions concernait une montre d'or qui avait appartenu à quelque malheureux officier anglais. La partie contre laquelle le jugement fut rendu s'en consola, en faisant observer que la Bêle (la montre, qu'il prenait pour un .mimai vivant) était morte quand Vich-Jan-Yohi l'avait donnée à Murdoch. De fait, elle s'était arrêtée faute d'être montée. Au moment même on cette grande question venait d'être décidée, le baron de Bradwardine, avec un air de mjstèreet pourtant d'importance, rejoignit les deuxjeunes guerriers. 11 descendit de son cheval de bataile, qui était tout couvert de sueur, et dit à un de .ses domestiques d'en prendre grand soin. — Je punis rarement, l'ami, dit-il au palefrenier ; mais si vous faites quelque tour de votre métier, el ne pansez pas comme il faut mon pauvre Berwick pour courir au butin, le diable m'enlève si je ne vous casse pas la tète. (Il caressa l'animal qui l'av.nt porté à travers les périls de la journée, en lui disant un adieu cordial). Eh bien! mes amis, continua-t-il, la victoire est glorieuse et décisive ; maiscescoqnins d'Anglais ont tout d'abord pris la fuite J'aurais eu grand plaisir à vous montrer les détails du prœlium équestre, du combat équestre que leur lâcheté a remis à un autre jour. Après tout, j'ai encore une fois combattu pour cette vieille cause, quoique je n'aie pas tant besogne que vous, mes enfants. Mais Glennaquoich, et vous, M. Waverley, je vous prie de m'aiderde toutes vos lumières au sujft d'une afTaire fort importante, et qui toiKhe de bien près à l'honneur de la maison Bradwardine Je vins demande pardon de vous laisser, enseigne Maccouibich...., et à vous, monsieur...
La dernière personne à laquelle 11 s'adressait était Ballenkeiroch, qui, se rappelant la mort de son fils, lança vers Bradwardine un regard provocateur : le baron, aussi vifque l'éclair, avait déjà froncé le sourcil, quand Glennaquoich, prenant à part son subordonné, lui remontra impérativenifiil Ih folie de raviver en pareil moment une vieille querelle. — La terre est couverte de cadavres, dit le vieux montagnard en s'éloignant malgré lui ; un de plus eût été à peine remarqué; et si ce n'était à cause devons, Vich-Jan-Vohr, ce cadavre eût été celui de Bradwardine ou le mien.
Le chef l'entraîna, et revint ensuite au baron. — C'est Ballenkeiroch, lui dit-il à demi-voix et avec iiiysière. le père du jeune homme qui périt il y a huit ans à la malheureuse affaire des clos de Bradwardine. — Ah ! dit le baron adoucissant aussitôt la sévérité de ses traits, je puis souffrir beaucoup d'un homme à qui j'ai malheureusement causé une si grande peine ; vous avez bien fut de m'en prévenir, Glennaquoich; il peut lancer bien desregards aussi noirs qu une nuit de la Saint-Martin avant que Cosmo Gumyne Bralwardine se dise offensé. Ah! je ne laisserai point de fils après moi, et je puis endurer quelque chose d'un homme que j'ai privé du sien ; quoique voussachiez bien que touts'est légalement passé à votre propre satisfaction, et que j'ai fait tout ce qu'il fallait pour arranger l'affaire. Eh bien , comme je disais, jen'aipasde postérité mâle, et pourtantje dois maintenir l'honneur de ma maison : c'est là-dessus que je vous avais priés de m' accorder toute votre attention.
Les deux jeunes gens montraient une curiosité inquiète. — Mes enfants, continua le baron, d'après votre éducation, je crois que veus devez comprendre le vrai caractère des redevances féodales.
Fergus, épouvanté par ces préliminaires d'une discussion interminable, répondit : — Certainement baron, el poussa du coude Waverley pour l'avertir de faire comme s'il comprenait. — Et vous savez sans doute que la baronie de BradwarHine, qui est un fief de franc-alleu, a passé dans ma famille à une condilion particulière et honorable : avec la servitude d'ôter ou de tirer les bottes du roi après la bataille.
Ici Fergus tourna vers Edouard son œil de faucon, en fronçant le sourcil d'une manière presque impen eptible, et haussa léuièremenl les épaules. — Or, continua le baron, deux difficultés se
présentent à mon esprit sur ce sujet. La première est desavoir si, en aucun cas, je suis tenu à cette obligation, à cet hommage féodal, envers la personne du prince? — Eh ! certainement, répondit Mac-Ivor avec un admirable sang-froid ; le prince est régent: à la cour de France on rend à la personne du régent tous les honneurs dus à celle du roi; en outre, si j'avais le clmix, j'aimerais dix fois mieux ôter les bottes au jeune Chevalier qu'à son père. — Sans doute; mais ce n'est pas seulement une question de per.sonnes. Loin de moi, la pensée de vouloir ternir l'éclat de l'autorité du lieutenant du roi en lui refusant un hommage qui doit lui donner taut de splendeur ; car j'ignore même si l empereur d'Allemagne se fait ôter ses boites par nn franc baron de l'Empire. Mais il y a une grande difficulté, et la voici: le prince ne porte point de bottes mais simplement des brogues.
Ce dernier argument faillit compromettre la gravité de Fergus. — Mais, baron, dit-il, vous connaissez le proverbe ; « Il esl malaisé d'ôter la culotle d'un montagnard » ; or les bottes se trouvent ici dans le même cas. — Pourtant, le mol caliyœ, poursuivit le baron, peut s'entendre des brogues, qui se lient ; et la charte dit aussi ejcuere jeu detraheri, défaire ou tirer. Mais je voudrais encore des renseignements plus positifs, et j'ai peur de ne pas trouver d'assez grave autorité de re vesliaria — J'en ai grand'peur aussi pour vous, dit le chef en jetant les yeux sur une troupe de montagnards qui revenaient chargés des dépouilles des morts ; pourtant il ne parait guère qu'on néglige ici tout à fait la res vestiaria
Cette remarque venait à point pour remettre le baron en bonne humeur ; il l'honora d'un sourire, mais revint sur-le-champ à ce qui lui semblait une affaire sérieu^e. — Mon bailli Macwheeble pense que, par sa nature, cette servitude a lieu tanlumsi petatuTi seulement si Son Altesse Royale l'exige Cependant un domaine a été perdu faute d'avoir payé une petite redevance de trois grains de poivre par an, estimés alors valoir les se\it huilièmes d'un sou d'Ecosse. Donc avec votre permission, j'ai cru que le plus sage parti était de me mettre en état île rendre au prince cet horam^ige et de remplir mes obligations. Mon bailli m'accompagnera avec une signification déjà rédigée... la voilà... portant que si le bon plaisir de Son Altesse Royale était de faire tirer ses caligœ par d'autres que par le baron de Bradwardine, qui est ici prêt et disnosi à le faire, cet acte ne peut nullement porter atteinte ou préjudice aux droits baroniaux du su-idit Cosmo Comyne B-adwardine.
Fergus approuva fort ce projet, et le baron prit cordialement congé des deux amis avec un sourire d'imnorlance satisfaite. — Vive longtemps notre cher ami le baron! s'écria le chef dès qu'il ne fut plus à portée de les entendre ; car c'e-^t bien l'orieinal le plus comique qui existe de ce côté de la Tweed. Je voudrais avoir songé à lui conseiller de venir ce soir au cercle, un tire-botte sous le bras. Je suis sûr qu'il eût profité de mon conseil , si je l'avais donné avec la gravite convenable. — Et quel plaisir trouveriez-vous à couvrir de ridicule un si digne homme? — Avec votre permission, mon cher Waverley, vous êtes aussi ridicule que lui. Ne voyezvous donc pas qu'il n'est occupé tout entier que de cette cérémonie? Cette cérémonie, ce privilège, sont les choses les plus solennelles dont il ait entendu parler, auxquelles il ait songé depuis son enfince ; et sans doute l'espoir de remplir ses hautes fonctions lui a fait prendre les armes.. Soyez-en sûr, si j'avais voulu l'empêcher de se donner en spectacle, il m'aurait traité de fat, de suffisant, ou peut-être l'envie lui eût-elle pris de me couper la gorge. C'est un plaisir qu'il a fait mine de vouloir se permettre à pronos d'un point d'éii (uette bien moins important à ses yeux que l'affaire des bottes et des brogues, des caligœ enfin, quelque sens que les savants donnent à ce mot. .Mais il faut que je me rende au quartier général pour préparer le prince à cette scène extraordinaire ; mon avis sera bieii reçu, le fera rire à gorge déployée, et il saura garder son sérieux au moment où le lire serait moins convenable. Au reviiir donc, mon cher Waverley.
La première pensée de Waverley, quand Fergus l'eut quitté, fut d'aller voir l'officier à qui il avait sauvé la vie. 11 était gardé avec ses compagnons d'infortune, qui étaient fort nombreux, dans la maison d'un propriétaire voisin. En entrant dans la chambre où les captifs étaient entassés, Waverley reconnut aussitôt l'homme qu'il cherchait, d'aborl à la dignité particulière de ses traits, ensuite parce qu'il aperçait en faciion près de lui avec sa hache d'armes, Diigald Mahony, qui ne l'avait pas quitté un seul instant, non plus que s'ils eussent été cousus. Par celte vigilance, il prétendait d'aliord s'assurer la récompense qu'EJouard lui avait promise ; mais en même temps il avait empêché que le gentilhomme anglais ne fût dévalisé dans la confusion générale; car Dugald calculait judicieusement que le prix de sa peine lui serait payé en raison de l'état du prisonnier quand il le remettrait aux mains de Waverley; il se hâta donc de certifier à notre héros, en plus de paroles qu'il n'en usait d habitude, qu'il avait surveillé de près le soldat rouge, et que ce'ui-ci ne valait pas un plack de moins depuis le moment où Son Honneur l'avait préservé d'un bon coup de hache sur la tète. Waverley promit à Dggald une récoiHpeuse
honnête, et s'approchant de l'officier anglais, lui témoigna son vif désir de faire pour lui tout ce qui pourrait lui être agréable dans sa malheureuse situation. — Je suis soldat, répondit l'Anglais, et j'ai trop d'expérience pour me plaindre des hasards de la guerre. Je regrette seulement de retrouver dans notre île des scènes d'horreur que j'ai comparativement vues partout ailleurs avec indilTérence. — Encore une journée comme celle-ci, répliqua Waverley, et je vous réponds que la cause de vos regrets n'existera plus ; tout sera rentré dans la paix et dans l'ordre. L'officier sourit et secoua la tète. — Je n'oublifrai point assez ma situation, dit-il, pour oser combattre votre opinion ; mais, malgré votre victoire, malgré la valeur qui vous l'a fait remporter, vous avez entrepris une tâche bien au-dessus de vos forces.
En ce moment Fergus se précipita dans la chambre : — Venez, dit-il à Edouard, venez vite . le prince va passer la nuit à Pinkie- House, et si nous ne l'y suivons, nous perdrons toute la cérémonie des caligœ. Votre ami le baron s'est rendu coupable d'une grande cruauté, il a entraîné de force son bailli Macwheeble sur le champ de bataille; or, vous saurez que la bêle noire du bailli est un montagnard armé, ou un fusil chargé ; il est maintenant au milieu de la plaine, écoutant les instructions de Bradwardine au sujet de la protestation, baissant la tète comme une mouette, à chaque coup de fusil ou de pistolet que nos gens s'amusent à tirer, et essuyant en forme de pénitence, à chaque symptôme de frayeur, une sévère rebufade de son patron, qui n'admettrait point la décharge de toute une batterie de canons à cinq cents pas de distance, comme une excuse suffisante pour prêter peu d'attention à un discours où il s'agit de l'honneur de sa famille. — Mais comment M. Bradwardine a-t-il pu décider le bailli à s'avancer si loin ? — Ah ! il était venu jusqu'à Musselburgh, je crois, dans l'espérance de faire nos testaments ; et la bataille finie, d'après l'ordre formel liu baron, il a poussé jusqu'à Preston. 11 se plaint fort d'un ou deux bandits de notre corps qui ont mis sa vie en danger en lui présentant le canon de leurs fusils; mais, comme ils n'ont exigé qu'un sou anglais pour sa rançon, je ne crois pas qu'il soit nécessaire de dér.inger pour cela le prévôt militaire... Mais partons. Waverley. — Waverley! s'écria l'officier anglais avec une grande émotion, le neveu de sir Everard Waverley, du comté de... ? — Oui, monsieur! répondit Edouard un peu surpris du ton de l'interlocuteur. — Je suis à la fois heureux et affligé de vous rencontrer... — J'ignore, monsieur, comment j'ai mérite tant d'atlention... — N'avez-vous jamais entendu votre oncle parler d'un de ses amis nommé Talbot '?
— Ha souvent fait l'éloge de cet ami, répondit Edouard ; c'est je crois, un colonel de l'armée, qui a épousé lady Emilie Blandeville; mais je pense que le colonel Talbot est en pays étranger. — J'arrive du continent, répliqua l'olficier ; et me trouvant en Ecosse, j'ai cru que m^n devoir était d'agir là où mes services pourraient être utiles. Oui, monsieur Waverley, je suis le colonel Talbot, mari de la dame que vous avez nommée ; et je suis fier d'avouer que je dois mon grade dans l'armée et mon bonheur domesticiue à votre généreux" et respectable parent. Bon Dieu ! comment deviner que je retrouverais son niveu sous un pareil costume, et combattant pour une telle cause!... — Monsieur, dit Fergus fièrement, ce costume et cette cause appartiennent à des gens de naissance et d'honneur. — Ma position me défend d'entrer en contestation avec vous, dit le colonel Talbol; autrement il me serait facile de vous niontrerque le courage et la noblesse ne sauraient rendre bonne une cau?e mauvai.se. .Mais avec U periuisMon du neveu de mou ami et la vôtre, monsieur, j'aurais quelques mots à lui dire sur des affaires qui concernent sa famille. — .M. Waverley, monsieur, agit comme bon lui semble .. Vous allez, je pense, m' accompagner à Pinkie, mon cher Edouard, quand vous aurez fini de causer avec voire nouvelle connaissance "?
Sur ces mots, le chef de Gleniiaquoich, ajustant son plaid d'un air encore plus hautain que d'habitude, sortit de l'appartement. Waverley n'eut pas grand'peine à obtenir pour le colonel Talbot la permission de disceiidre dans un vaste jardiu qui louchait à .'•a prison. Us firent plusieurs tours en silence, le colonel parais.sant chercher un moyen d'entrer en lonversation ; enfin il commença :
— Monsieur Waverley, vous m'avez aujourd'hui sauvé la vie, et pourtant je remercierais Dieu de l'avoir perdue, pourvu que je ne vous eusse pas trouvé avec l'uniforme et la cocarde des rebelles.
— Je vous pardonne ce reproche, colonel Talbot ; il est bien iritent'onné, et les (iréjugés de votre éducation le rendent naturel. Mais Il n'y a rien d'extraordinaire de rencontrer un homme dont l'honneur a été publiquement et injustement attaqué, là où il a cru avoir beau jeu pour se vengrr de ses calomniateurs. — Et je dis, moi, que votre conduite était propre à confirmer les bruits qui ont couru, pui.sque vous avez suivi le plan qu'on vous accusait d'avoir formé. Ignorez-vous, monsieur Waverley, l'excessive désolation et même les périls où voire conduite a plongé vos plus chers pa- ' nisî — les périls! — Oui, monsieur, les perils !... Quand j'ai ntlé l'Anglelerrc, votre i>ni'le et votre père, accusés de trahison, 'VHient été obligés de fournir caution. Ji' sui- vcmi eu Ecosse dans
la seule inteulioo de vous retirer du gouffre ou vous êtes tombé ; cl
je n'ose songer aux maux qui vont fondre sur votre famille, maintenant que votre adhésion à la révolte est publique, quand le seul soupçon de ce crime l'a déjà compromise. Je regrette bien vivement de ne pas vous avoir rencontré avant cette dernière et fatale erreur. — En vérité j'ignore, dit Waverley d'un ton sec, pourquoi le colonel Talbot se fût donné pour moi tant de peine. — Monsieur Waverley, répondit le colonel, je ne me pique point aisément ; je vais donc répondre aussi clairement que vous le désirez. Je dois plus à votre oncle qu'un fils ne doit à son père ; j'ai pour lui un respect filial, et comme je crois qu'il m'est impossible de lui prouver mieux ma reconnaissance qu'en vous servant, je vous servirai, si je puis, même malgré vous. L'obligation personnelle que vous m'avez imposée aujourd'hui est sans doute la plus grande qu'un homme puisse imposer à son semblable; mais elle n'ajoute rien à mon zèle pour vous, de même que votre froideur ne saurait l'attiédir. — Vos intentions peuvent être bonnes, monsieur, dit Waverley blessé ; mais votre langage est dur ou du moins tranchant. — A mon retour en Angleterre, après une longue absence, continua le colonel, j'ai retrouvé votre oncle, sir Everard Waverley, sous la surveillance d'un envoyé du roi, par suite des soupçons ^ae votre conduite a suscités contre lui. C'est mon plus vieil ami, et, je le répéterai souvent, mon meilleur ami !... Il m'a sacrifié ses projets de bonheur ; il n'a jamais prononcé un mot, jamais conçu une pensée qui ne fût empreinte de la bienveillance la plus" pure. Je trouvai cet excellent homme en prison, soumis à un traitement que lui rendaient plus dur les habitudes de sa vie, l'élévation de son âme et, veuillez m'excuser. monsieur Waverley, la cause de son infortune. Je ne vous puis cacher quels furent alors mes sentiments à votre égard; vous m'avez paru criminel. Par le crédit de ma famille, qui est assez considérable, comme vous le savez, je parvins à obtenir la mise en liberté de sir Everard, et je partis pour l'Ecosse ; je vis le colonel Gardiner, cet homme dont la mort seul», suffirait pour rendre cette insurrection à jamais exécrable. En causant avec lui, je reconnus que, d'après des circonstances postérieures, il ne vous condamnait plus aussi sévèrement, et je ne doutai pas, si j'avais le bonheur de vous découvrir, de pouvoir tout arranger ; mais cette infâme rébellion a tout détruit. J'ai, pour la première fois dans ma longue carrière militaire, vu fuir honteusement les Anglais ; et puis je trouve le fils de mon plus cher ami..., je purs dire le fils de sa tendresse, partageant un triomphe dont il devrait être le premier à rougir. Mais pourquoi plaindre Gardiner ? Son sort est heureux , comparé au mien.
H y avait tant de dignité dans les manières du colonel Talbot, son visage exprimait si bien la résignation d'un soldat et le chagrin d'un homme de cœur, il avait raconté l'emprisonnement de sir Everard avec une sensibilité si vive, qu'Edouard restait mortifié, honteux en présence du prisonnier dont il avait sauvé la vie. Il ne fut pas fâché que Fergus vînt une seconde fois les interrompre. — Son Allcsse Royale demande monsieur Waverley. (Le colonel Talboijeta sur Edouard un regard de reproche qui n'échappa point à l'œil vif du montagnard.) Elle réclame immédiatement sa présence, répéta-t-il avec emphase.
Waverley se tourna de nouveau vers le colonel. — Kous nous reverrons, dit-il; en attendant, tous vos besoins... — Je n'ai besoin de rien, répliqua le colonel ; lai.ssez-moi partager le sort du dernier des braves qui, dans cette journée de malheur, ont préféré les blessures et la captivité à la fuite. Je changerais volontiers de place avec un de ceux qui ont péri , pour savoir que mes paroles ont fait impression sur votre esprit. — Gardez soigneusement le colonel Talbot, dit Fergus à l'officier montagnard qui surveillait les pri.sonniers ; tel est l'ordre exprès du prince, c'est un prisonnier de hante importance. — Mais ayez pour lui lous les égards dus à son rang, ajouta Waverley. — Pourvu qu'ils se concilient avec la plus iiévèic vigilance, reprit Fergus. L'officier promit qu'ils .seraient tous deux satisfaits, et Edouard suivit Fergus à la porte du jardin, où Galium Beg les attendait avec trois chevaux sellés. En retournant la léte, il vit le colonel Talbot qu'on ramenait à la prison entre deux haies de montagnards: le colonel s'arrêta sur le seuil de la porte , et fit de la main un signe à Waverley, comme pour confirmer lout ce qu'il avait dit. — On trouve ici autant de chevaux, dit Fergus en se mettant en selle, que de mûres sur les buissons; pour en avoir, il ne faut qu'allong^'r la main. Allons, Galium, tenez l'étrier, et courons à Pinkie-Hou>e. aussi vile que les ci-devanl chevaux de dragons voudront nous porter.