‹ WaverleyChapitre 26 sur 231 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

— J'ai rencontré en route l'ordonnanci: du prince qui vous mandait, dit Fergus k Edouard pendant qu'ils ;.'alopaiénl de Preston à l'iikie House. Mais vous savez, je suppose, de quelle importance ( -• MU pri>>0'inier connue le Ires noble colonid Talbol. Il pasie pour un des meilleurs officiers des habils rouges; c'est l'ami particulier,

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le favori de l'ëlecteur lui-même et de ce terrible héros , le duc de Cumberland , qui s'est arraché à ses lauriers de Fontenoi pour venir nous dévorer tout vivauls, nous autres pauvres montagnards.

Fergus ! dit Waverlev d'un ton de reprodie —Du diable si y) «dis

ce qu'on pourra faire de vous, répondit Mac-lvor: le vent de chaque doctrine vous emporte. Nous venons de remporter un triomphe qui n'a point son pareil dans l'histoire; votre conduite est élevée jusqu'aux cieux par tout le monde; le prince brûle de \ous remercier en personne, et toutes nos beautés de la Hose blanche vous tressent des couronnes: et vous, le preux chevalier du jour, vous vous allongez sur le cou de votre cheval comme une marchandede beurre qui s'en va au marché; vous avez l'air aussi sombre qu'un enterrement ! — La mort de ce pauvre coUmel Gardiner m'afflige; il eut pour moi tant de bontés! —Eh bien ! de la tristesse pour cinq minutes, mais de la joie ensuite; son sort aujourd'hui peut ètie le nôtre demain ; et le mal est-il si grand? Le mieux, après la victoire, est une morl honorable ; mais c'est un pis-aller: que nos ennemis eu profitent donc plutôt que nous-mêmes. — Mais le colonel Talbot m'apprend que mon père el mon oncle sont tous deux emprisonnés à cause de moi, par ordre du gouvernement. — Nous donnerons une caution, mon camarade; nos bonnes lames d André Ferrara nous serviront de répondant, et jo voudrais qu'elles justifiassent de leurs titres dans les salles de Wesminster! — Oh ' mes parents sont déjà eu liberté, moyennant une caution moins militaire. —Alors, Edouard, pourquoi cel abattement? Pensezvous que les minislres de l'électeur soient assf z simples pour mettre leurs ennemis en liberté dans ce moment c itique, s'ils pouvaient, s'ils osaient les enfermer et les punir? Nous aviserons au moyen de leur faire pa.s.ser de vos nouvelles.

Ces arguments réduisirent Edouard au silence sans néanmoins le satisfaire. 11 avait été plus d'une fois choqué du peu de sympathie que témoignait Fergus pour les sentiments de ceux même qu'il aimait, s'ils ne correspondaient pas aux siens du moment, et .-iirtout s'ils le contrariaient dans ses projets favoris. Parfois Fergus s'apercevait bien qu'il avait offensé Waverley ; mais visant toujours à un but qui lui souriait, il ne songeait guère au chagrin plus ou moins long de son ami. el la répétition de ces légères offenses avait un peu refroidi le vif attachement du volontaire pour son officier. Le prince reçut Waverley avec son affabilité ordinaire, et le complimenta fort de sa bravoure. Ensuite il le prit à part, lui fit plusieurs questions concernant le colonel Talbot et .ses liaisons; et quand il eut recueilli tous les renseignemenls qu'Edouard pouvait lui donner, — Monsieur Waverley, cntinua-l-il, puisque ce gentilhomme est si intimement lié avec votre digne et excellent ami sir Everard Waverlev, puisqu'il tient par sa femme à la famille Blandeville dont le dévouement aux vrais et loyaux principes de l'église d'Angleterre est si bien connu, je ne puis croire en vérité qu'il se refuse à èlre des nôtres, quoiqu'il ait pris un ma.sque pour s'accommoder aux circonstances. — Si j'en juge par le langage qu'il m'a tenu aujourd'hui , je suis forcé de ne pas partager lopinion de "Votre Altesse Rovale. —Eh bien! ou peut toujours en essayer. Je vous remets donc le colonel entre les mains, avec plein pouvoir d'agir à son égard comme bon vous semblera; et j'espère que vous trouverez moyen de connaître ses véritables dispositions pour le rélab'issemenl du trône de notre royal père. — Je suis convaincu, dit Waverley en s'inclinant , que si le colonel Talbot cousent à donner .sa parole, on peut s'v fier en tcnite sûreté ; mais s'il la refuse , je prie Votre Altesse Royale décharger un autre que le neveu de son ami du soin de le tenir sous la surveillance nécessaire. — C'est à vous seul que je le confierai, dit le prince en souriant, mais sans quitter le ton sérieux; mon intérêt exige que vous paraissiez en bonne intelligence avec lui, quand même vous ne pourriez gagner réellement sa confiance. Vous le recevrez dans vos quartiers, et en cas qu'il refuse sa parole , vous le ferez garder convenablement : je vous prie de vous en occuper tout de suite ; nous retournons demain à Edimbourg.

Ainsi forcé de revenir aux environs de Preston, Waverley perdit le spectacle solennel de Ihommage du baron de Bradwardine; mais il songeait alors si peu à toutes les choses futiles, qu'il avait totalement oublié la cérémonie pour laquelle Fergus avait voulu piquer sa ciiriOMté. Mais le lendemain parut une gazette oflicielle contenant les details de la bataille de GlaiidiiBuir, ainsi que les monlagnarls aimaient à nommer leur victoire; elle finissait par une notice sur la cour tenue par le Chevalier à Pinkie-House. Cette description des plus brillantes contenait le paragraphe qu'on va lire:

« Depuis le fatal traité qui raya l'Ecosse du rang des nations indépendantes , n'iiis n'avions plus le bonheur de voir ses princes recevoir et ses nobles rendre ces hommages féodaux qui, fondés sur les hauts fait- de la valeur écossaise, remettent en mémoire notre histoire primitive dans toute sa belle et chevaleresque simplicité. Mais dans la soirée du 20, nos souvenirs ont été réveillés par une de ces cérémonies qui appartiennent aux anciens jours de noire gloire. Le cercle formé, Cismo Comync Bradwardine, bar.m de même nom, colonel en activité, etc., etc., etc., a comparu divant l«priave, HGCompagué de M. Macwheeble, bailli de l'antique baro-

nie de Bradwardine (qui vient, dit-on , d'être nommé commissaire des subsistances) , et a réclamé la permission de remplir envers la personne de Sun Altesse Royale, comme représentant son père, le service féodal qui, d'après une charte octroyée par Robert Bruce, assure au réclamant possession de la baninie de Bradwardine et des domaines de Tnlly-Veolan. La réclamation enregistrée. Son Altesse Royale plaça son pied sur un coussin , et le baron de Bradwardine, mettant le genou droit en terre, détacha la courroie des brogues ou chaussure montagnarde, à talons bas, que notre jeune et brillant héros porte toujours comme ses braves partisans. Cela fait. Son Altesse Royale a déclaré la cérémonie lenninée, et embrassant le brave colonel , a prolesté que , sans la charte très précise de Robert Bruce, il n'eût jamais consenti à recevoir, même pour la forme, un service si vulgaire de mains qui avaient vaillamment combattu. Le baron de Bradwardine fit alors délivrer entre les mains de M. le commissaire Macwheeble un ceriificat portant tous les détails de l'acte d'hommage. Nous apprenons que Son Altesse Royale a dessein de f.iire élever le colonel Bradwardine à la pairie, en le faisant vicomte Bradwardine de Bradwardine et de Tnlly-Veolan, et qu'en attendant, elle s'est plu à lui iiermettre une addition honorable à ses armoiries, à savoir un tire-botte placé en sautoir sur une épée nue qu'il portera cantonne à dtxtre de sou écusson , avec cette nouvelle devise : « Tire et tire. »

— Sans le souvenir des railleries de Fergus, pensa Waverley , combien tous ces détails me sembleraient intéressants et sérieux! Mais, après tout, chaque chose a son beau comme son vilain côté; et ma foi, je ne vois guère pourquoi le lire-botte du baron figurerait moins bien dans des armoiries que les cruches , les chandelii rs et autres ustensiles qui n'eurent jamais rapport à la chevalerie , et qu'on trouve sur les écussons de nos plus anciennes familles...

Quand W'averley revint à Preston et rejoignit le colonel Talbot, il le trouva remis de ses violentes émotions- Il avait repris ses iiianières habituelles, celles d'un gentilhomme et d'un soldat anglais, brave, ouvert, généreux, mais non exempt de préjugés contre les gens qui n'étaient pas de son pays ou ne partageaient point ses opinions. (Jiiand Waverley eut appris au colonel l'intention du Chevalier, — Je n'aurais jamais pensé, dit-il , que je serais redevable d'une si grande obligation à ce jeune gentilhomme. Je dois au moins répéter du fond de mon cœur la prière de l'honnête ministre presliytéiien : Puisse-t-il , au lieu de la couronne qu'il ambitionne en ce monde, en recevoir bientôt une dans le ciel! Je vous donnerai bien volontiers ma parole de ne pas m'évader, puisque, de fait, c'est pour vous voir que je suis venu eu Ecosse. Mais je suppose que nous ne resterons pas longtemps ensemble. Votre Chevalier..., c'est un nom que nous pouvons lui donner entre nous... , continuera , je pense , sa croisade vers le sud. — Non pas que je sache ; je crois que l'armée s'arrête à Edimbourg pour atti'iidre dis renforts. — Et pour assiéger le château? dit Talbot en riant d'un air moqueur. Ah bien ! à moins que le général Preston ne manque à son vieil honneur, ou que le château ne timibc dansle lac du Nord, choses tout aussi probables l'une que l'autre, j'e.spèrc que nous aurons le temps de faire connaissance. Je parierais que le vaillant Chevalier songe à mattirer dans son parti ; et comme je veux , moi , vous rallier au mien , il ne peut rien nous arrivi r de luieux que le loisir de conférer ensemble. Mais, en vous parlant aujouid'hui , j'ai tenu un langage qui ne m'est pas habituel , et j'espère que vous me permellrtz de reprendre toute la discussion dès que noiis aurons pu nous mieux connaître.

11 serait superflu de décrire l'entrée triomphale du Chevalier dans Edimbourg. Une circonstance pourtant mérite l'atteulion , [ <irce qu'elle honore l'âme élevée de Flora Mac-lvor. Les montagnards qui entouraient le prince, dans le rlélire de cet heureux moment, tiraient sans cesse des coups de fusil ; une des armes se trouvait encore par hasard chargée à ba le, et le projectile eifleura la tempe de la jeune lady qui agitait sou mouchoir à un balcon. Fergus, témoin de cet accident, accourut aussitôt auprès d'elle; el voyant que la blessure n'était qu'une bagatelle, il l.i quitta pour s'élancer sur le soldat dont l'imprudence avait exposé sa soeur à un si grand péril ; mais le retenant par son plaid: — Ne faites point de mal à ce malheureux, s'écria- t-elle, ne lui faites pas de mal, remerciez plutôt Dieu avec moi que ce malheur soit arrivé ;\ Flora .Mac-lvor ; car si une dame de 1 autre parti eût été blessée, on aurait prétendu que le coup était tire à dessein.

Waverley u'eut pas l'inquiétude que lui eût causé cet événement; car il était nécessairement à l'arrière-garde pour amener le colonel Talbot à Edimbourg. Ils voyageaient ensemble achevai; et de temps à autre, comme pour souder mutuellement leurs sentiments et leurs intentions, ils conversaient sur des lieux communs. Quand Waverley aborda le sujet qui l'intéressait le plus vivement, savoir, la situation de son père et de sun oncle , le colonel sembla s'efforcer plutôt d'alléger son chagrin que de l'aggraver. Cetli- di.-pusitiou du colonel fut surtout evideiiti;, lorsqu'il eut écouté les aventures d'E iouard, que celui-ci lui confia sans répugnance. — Ainsi, reprit Talbot, il n'y avait pas préméditation, comme disent, je ery;»,'i«»

jurisconsultes, dans votre escaiiade ; et ce sont les civilités de ce Ciievalier errant il'ltalie ot d'un ou deux de ses recruteurs montagnards qui vous ont enjôlé? C'est une triste folie, à coup sûr, mais ce n'est pas encore si mal que j'imatrinais. Toutefois, vous ne pouvez en ce moment même quitter le Prétendant.... Mais je ne doute pas que, pendant les divisions qui vont s'élever parmi cette niasse hétérogène d'hommes violents, l'occasion ne puisse se présenter ; profitez-en, et vous sortirez encore avec honneur, avant que cette bulle de savon ne crève. Si nous parvenons à ce but je vous conseille de vous retirer en Flandre dans l'asile que je vous indiquerai ; et j'espère obtenir votre pardon du gouvernement après un exil de quelques mois. — Je ne puis vous permettre, colonel Talbot, répondit Waverley, de ra'entretenir davantage de projets qui seraient infâmes de ma'part : je n'abandonnerai pas une entreprise où je me suis engagé à la hâte, il est vrai, mais du moins volontairement, et avec l'intention d'en attendre l'issue. — Eh bien, dit le colonel en riant, laissez-moi du moins penser, espérer en liberté, sinon parler. Mais avez-vous jamais examiné ce paquet mystérieux?.... — Il est avec mes bagages, nous le retrouverons à Edimbourg.

Us furent bientôt arrivés dans la cai>itale. Par ordre exprès du prince^on avait donné pour logement à Waverley une fort belle maison, où se trouvait un appartement pour le colonel Tal.bot. Son premier soin fut de fouiller dans son porie-manteau, et sans beaucoup de peine il trouva le paquet désiré. Edouard l'ouvrit avec empressement. Dans une enveloppe adressée A E. Waverley, esquire, étaient un grand nombre de lettres décachetées. Los deux premières venaient du colonel Gardiner. La plus vieille de date contenait une remontrance douce et amicale pour avoir négligé les conseils qu'on lui donnait sur l'emploi du temps de son congé qui allait finir. «Et même, sans cette circonstance , disait le colonel, les nouvelles du dehors, et les instructions du ministre de la guerre, m'auraient forcé de vous rappeler, parce qu'on redoute, depuis les désastres en Flandre, l'inv.ision étrangère et l'insurrection à l'imérieur. Soyez donc le plus tôt possible au régiment ; voire retour est d'autant plus nécessaire que votre compagnie semble mal disposée, mais je diffère d'apfirofondir tout cela , jusqu'à ce que votre zèle vienne me seconder. »

fa seconde lettre , datée de huit jours plus tard, était écrite dans le style qu'avait dû prendre le colonel en ne recevant point de réponse à la [iremière. Il rappelait à Waverley son devoir comme officier, comme homme d'honneur, et comme Anglais; il lui marquait le meconteniement toujours croissant de sa troupe. Au dire de quelques soldats, le capitaine encourageait leur mutinerie; enfin on s'élonnail, on regrettait qu'il n'eût pas encore obéi à l'ordre de rejoindre le quartier-général. 11 était prévenu que son congé expirait; enfin le colonel le conjurait avec la bonté d'un père et l'autorité d'un supérieur, de réparer sa faute par un prompt retour à son régiment. « Pour être sûr, disait-il en finissant, que la présente vous sera remise, je l'envoie par votre caporal Timms , avec ordre de vous la remettre en mains propres. »

En lisant ces lettres , Waverley fut navré de douleur et forcé de faire amende honorable à la mémoire de son brave et excellent colonel ; car à cou[) sur, puisque Gardiner avait lieu de croire que toutes ses missives lui étn.ient parvenues, il était naturel que ne recevant point de réponse, il lui eût écrit ce troisième et dernier averlissemciit qu'à la vérité Edouard avait reçu à Gienn.iquoich, mais trop tard pour onéir, sa destitution , quand il avait été averti trois fois, n'était plus un procédé ni dur ni sévère . c'était une justice. La lettre qu'il ouvrit ensuite était du major de son régiment. Cet officier lui marquait qu'un bruit peu honorable pour sa réputation circulait dans le pays: «Un M Falconer de Ballihapple, ou un nom à peu près semblable, a propose, dit- on , devant le capitaine Waverley, un toast de révolte , et celui-ci lu souffert tranquillement, bien oiie l'outrage à la famille royale fût tellement grossier qu'un gcntleœaii de la compagnie, peu connu d'ailleurs par son zèle pour le gou crnement, crût devoir prendre parti. Et de plus, à en croire la renommée, le capitaine Waverley a smifTert que cette personne peu intéressée à la chose relevât eu sa place une injure adressée personnellement à i'officicrdu roi; qu'elle eût même une rencontre avec le provocateur. » Le major terminait en assurant qu'aucun des frères d'armes du capitaine Waverley ne iiouvait croire cette histoire scandaleuse, mais qu'ils pensaient tous que pnur son lioimeur ii pour celui de son régiment, il f.dlo t qu'il trouvât moyen de démontrer sur-le-champ ces infamies , etc. , ■ te. — (Jue pensez-vous de lout cela? dit le colonel Talboi à qui Waverlny |iassail les lettres à mesure qu'il les avait lues. — Ce que je pense? puis-je penser encore! il y a de quoi rendre fou. — Caliiuz-vous, mon jeune ami ; voyons un |>eu ces sales grilfonnagcs qui viennent ensuite.

La pi'emière de ces lettres était adres.sée à maître W. Uuffin.

« Mont chair mossicu ,quelq-z-uns de nos jeunes nnjolés ne veulent pas mordre, quoiq je leu! zai di ^uc vmis m'avic montre le ca- •■hpit du squire. Mai Times vous donera les lettres que vous demande et dira au vieux Addeui quil le* a remit daim les muiii) du

squire, et pareillement des votre, et quil serat prait pour le sinial Et vive l'Eglise et la Bombance, comme mon père chante après la moisson.

« Tout à vous , chair monsieur.

« P. S. Dites au squire que nous attendons de sa'i nouvel : on ai mécontan de n'avoir pa son écritur; le lieutenant Bottier ai sur les épines. »

— Ce Ruffin, dit le colonel , ne serait-ce pas votre Donald de la caverne, qui aurait intercepté vos lettres et entretenu sous votre nom une correspondance avec ce pauvre diable d'Houghton ? — Possible; mais qui peut être cet Addem? — Addem , pour Adam sans doute ; c'est le sobriquet du pauvre Gardiner.

Les antres lettres étaient dans le même genre, et ils reçurent bientôt des détails encore plus positifs sur les machinationsdeDonald Bean. John Hodges, ancien domestique de Waverley, qui élait resté au régiment, ayant été fait prisonnier à Preston, se présenta dans ce moment. 11 cherchait son maître pour rentrer , s'il était possible, à son service. Us apprirent de cet homme que peu de temps après que Waverley eut quitté le régiment, un colporteur appelé Ruthven ou Uiiffin, connu parmi les soldats sous le nom de Wily Will (le rusé William) , avait fait de fréquents voyages à la ville de Dundee. Il paraissait avoir la bourse bien garnie, vendait à bas prix ses "marchandises, semblait toujours prêt à régaler les amis, et avait lié connaissance avec plusieurs dragons de la compagnie de Waverley, surtout avec le sergent Houghton et un certain Timms , autre sous-officier. Cet homme leur fit part , au nom du capitaine , d'un projet de quitter le régiment et d'aller rejoindre les montagnards ; car , disait-il, presque tous les clans avaient déjà pris les armes. Ces soldats , élevés dans les principes jacobites , autant du moins qu'ils avaient une opinion, et sachant que leur seigneur sir Everard avait toujours passé pour tenir à ce parti, tombèrent aisément dans le piège. Waverley, au milieu des montagnards, pouvait envoyer ses lettres par l'intermédiaire d'un colporteur, et la vue de son cachet si connu semblait donner de l'authenticité aux intrigues ourdies en son nom, quand il ne pouvait écrire sans s'exfioser luimême. Mais le complot fut éventé par les bravades indiscrètes des mutins. Wily Will justifia bien son nom ; car, dès qu'il se vit soupçonné, il ne reparut pas. — Quand les feuilles publiques eurent fait connaître la destilulion de M. Waverley, ajouta Hodges , boo nombre d'entre nous ne cachèrent plus leur projet de révolte; mais ils furent cernés et désarmés par le reste du régiment. Un jugement du conseil de guerre condamna Houghtou et Timms à être fusillés; mais on leur permit de tirer au sort , et le dernier fut désigné et exécuté. Houghtori montra le plus vif repentir, convaincu , par les réiirimandes et les expliialions du colmiel Gardiner, qu'il avait réellement tenté un crime fort odieux. Dès que le pauvre diable fut bien persuadé, il eut, chose étonnante, l'intime conviction que l'instigateur avait agi sans les ordres du squire. — Ah ! disalt-Jl. si la chose devait déshonoier, abaisser la vieille Angleterre, certes, le capitaine ne savait rien du complot; il n'a jamais fait, jamais songé à faire rien de honteux, pas plus que sir Everard et que tous ses ancêtres; et je soutiendrai à la vie, à la mort, que Ruffin atout pris sous son bonnet.

La ferme conviction avec laquelle Houghton .s'exprimait, et la certitude que les lettres ad lessees à Waverley avaient été remises au prétendu Huflin, produisirent dans les opinions du colonel Gardiner le changement dont Talbot .s'était aperçu. Le lecleiir a sans doute déjà compris que Donald Lean Bean joua en celte occasion le rôle de provocateur. Voici en peu de mots quels étaient ses motifs : Doué d'un esprit actif et intrigant, il avait longtemps servi d'agent subalterne et d'espion du parti jacobite , sans même que Fergu.s- Mdc-lvor s'en doutât; car, si Donald était obligé de recourir à la protection de ce ch' f , il ne le craignait et ne le détestait que davantage. Lance dans cette intrigue, il avait naturellement cherché à s'élever par quelque coup hanli au-Jessus du métier hasardeux do brigand. Il était surtout chargé de connaître la force des régiments cantonnés en laosse . les dispositions des officiers, etc. Donald croyait que Wavi'i ley était au fond partisan des Stuaris, ce qui semblait confirme par sa longue visite au jacobite baron de Bradwardine. Ainsi, quand Edouard vint à sa caverne avec un des vassaux de Gleniiaquoirh, ce bandit, incapable de lomprendre le véritable motif de celte visite, la curiosité, osa se flatter qu'il lui serait possible d'employer ses talents àquelque intrigue d'importance sous les auspices de ce jeune et riche Anglais. Il ne perdit même pas tout espoir quand Waverley, en dépit de tontes ses ouvertures, eut refusé de lui faire aucune (ommunication. Ce silence, qui pouvait paraître une réserve prudente, piqua un peu Donald Boan.qiii, persuadé qu'on lui cachait un grand secret, résolut de jouer, bon gré maigre, un rôle dans ce drame. 11 avait donc, pendant le Sommeil de Waverley, dérobé son cachet pour s'en servir au besoin auprès des dragons. Son premier voyage à Dundee , ville où le régiment était en garni.son, le ib trompa, mais lui «tivril un nouveau champ pour agir. Il »avuii qu'aucun service dg •erail aurai bi«u tv>

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compensé parles amis du Chevalier que l'embauchage d'une partie de l'armée anglaise. Il se lança donc à travers les intrigues qui ont fait jusqu'ici des événements de notre histoire un écheveau assez embrouillé.

D'après les conseils du colonel Talbot, Waverley refusa de garder à son service le jeune soldat dont le récit avait jeté tant de lumière sur ces machinations. — Ce serait, disait le colonel, faire tort à ce pauvre garçon que de l'engager dans une entreprise désespérée, et, à tout événement, il ne faut point risquer de perdre un témoignage précieux.

Notre héros écrivit donc en quelques mots, à son père et à son oncle, tout ce qui lui était arrivé. Talbot remit au jeune dragon une lettre pour le capitaine d'un vaisseau de guerre anglais en croisière dans le détroit; il le priait de débarquer le porteur à Berwick avec un passe-port. Ils lui garnirent ensuite le gousset de manière à ce qu'il fit diligence; et, comme ils l'apprirent plus tard, tout réussit à souhait. Fatigué de la présence de Calhim Beg , qui avait sans doute reçu l'ordre d'espionner sa conduite , Waverley choisit pour domestique un simple garçon d'Edimbourg qui avait pris la cocarde blanche dans un accès de tristesse et de jalousie, parce que sa Jenny avait dansé toute une nuit avec Bullock, caporal dans l'infaoterie anglaise.

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